Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven


Les épîtres
non-pauliniennes



3. Les Épîtres de saint Pierre
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       En face des huit courts chapitres et des 165 versets de ces lettres, attribuées à Πέτρος Petros (Pierre), le pêcheur de Galilée devenu le premier des papes, les exégètes ressentent, une fois de plus, combien leur science s’avance sur des rives incertaines au seuil de leurs ignorances. Émouvantes à cause de l’autorité de leur signataire et de leur contenu, elles ne cessent de poser d’insolubles problèmes. En fait, nous ne savons rien de certain sur la date ni sur l’origine exacte de ces deux textes dont l’influence fut cependant constante sur les développements de la théologie chrétienne.
       La première lettre est adressée à des communautés situées en Asie Mineure. Ses développements prennent la forme d’une homélie dont voici les thèmes majeurs:
I.  Salutations (1,1-2).
II.  Un homme nouveau naît de l’immersion dans la joie du Messie (1,3-9); il doit être pleinement consacré au Seigneur selon l’ordre des prophètes (1,10-12).
III.  La vie nouvelle exige la consécration de l’homme dans l’amour du "découvrement", de la "révélation" (=Apocalypse)  de ישוע Iéshoua‘Ἰησοῦς Iēsous Jésus le Messie (1,13-2,10).
IV.  Devoirs de l’homme en face des nations et de l’État (2,11-17); devoirs des esclaves et des époux (2,18-3,7); l’amour fraternel et les persécutions (3,8-4,6).
V.  Exhortations et salutations finales (4,7-5,14).
   Au-delà de l’homélie, l’auteur vise à avertir ses lecteurs de l’imminence du retour en gloire de Jésus, le Messie crucifié. Invisible, il n’est cependant jamais loin de ceux qui s’attendent à son découvrement, à son apocalypse. L’homme qui écrit ce texte brûle visiblement d’un ardent amour pour celui dont le retour marquera la fin et le salut du monde.
      La critique est partagée sur l’origine et la datation de la deuxième lettre: certains pensent qu’elle fut rédigée en 61 ou 62 tandis que d’autres la datent de 80-90 ou même de 125. En se fondant sur les différences de pensée, de style, de vocabulaire, des critiques attribuent les deux lettres à des auteurs différents, la deuxième étant un écrit pseudépigraphique mis sous le nom de l’apôtre Pierre, selon un usage fréquent dans l’Antiquité.
     La deuxième lettre développe les thèmes suivants:
I.  Salutations (1,1-2).
II.  L’amour permet d’échapper à la corruption de l’univers (1,3-21).
III.  Les faux inspirés (2,1-22).
IV.  Le jour du Seigneur vient comme un voleur (3,1-13).
V.  Soyez consacrés et fervents (3,14-18).
       L’auteur, au-delà de ses enseignements moraux et spirituels, insiste sur l’espérance de la parousie, certitude prophétique et source de toute vertu. Le monde vit la dernière phase de son histoire depuis la crucifixion et la résurrection du Messie. Imminent est le jour du Seigneur, qui consommera la fin de ce monde. Cette certitude doit être pour chacun une source de vertu, celle-ci devant hâter l’heure de la parousie. Ainsi la destruction de ce monde, loin de marquer la fin de tout, donnera naissance à un nouvel univers, gouverné par l’homme nouveau reflet du Messie, son sauveur.

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• 1P 1,3-9

"Saint!" - קדיש Qaddish en araméen, קדוש Qaddosh en hébreu, ἅγιος
hagios
en grec, puis Sanctus en latin...
"Béni!" - בּרוּך Bâroûk en hébreu, εὐλογητός eulogētos en grec, puis Benedictus en latin...

De la prière juive au NT, la louange et l'action de grâce traversent toute la Bible.
Elles sont au coeur de la vie et de la liturgie des chrétiens et culminent dans l'Eucharistie (littéralement, "εὐχαριστία eucharistia = gratitude"), célébrée même quand le l'épreuve et le deuil attristent. Rien, en effet, ne devrait jamais étouffer la foi ni l'espérance des fidèles.
"Christ est ressuscité!"; par lui, Dieu nous a fait renaître; avec lui, nous entrerons en possession de l'héritage qui nous est réservé dans les cieux. Alors il essuiera toute larme de nos yeux; et, devenus semblables à notre Dieu, nous chanterons sans fin sa louange (Prière eucharistique III).  


Remarques:
Sur 1P 1,1-12: voir l'introduction ci-dessus.

Traduction et notes:

Verset 3.
 Εὐλογητὸς ὁ Θεὸς καὶ πατὴρ τοῦ Κυρίου ἡμῶν ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ, ὁ κατὰ τὸ πολὺ αὐτοῦ ἔλεος ἀναγεννήσας ἡμᾶς εἰς ἐλπίδα ζῶσαν δι᾿ ἀναστάσεως ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ ἐκ νεκρῶν,
Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui, selon sa grande miséricorde, nous a régénérés
- pour une espérance vivante par la résurrection de Jésus Christ d'entre les morts,
ἀναγεννήσας ἡμᾶς - nous a régénérés: Voir aussi vv.23-24. Cette régénération est l'œuvre de Dieu, effectuée par sa Parole vivante, l'Évangile (voir Jc 1,18). Tt 3,5 mentionne le rôle de l'Esprit.
εἰς ἐλπίδα ζῶσαν- pour une espérance vivante: Jésus est cette espérance (voir Ep 1,18).

Verset 4.
εἰς κληρονομίαν ἄφθαρτον καὶ ἀμίαντον καὶ ἀμάραντον, τετηρημένην ἐν οὐρανοῖς εἰς ὑμᾶς
- pour un héritage qui ne se peut ni corrompre, ni souiller, ni flétrir, lequel vous est réservé dans les cieux,
εἰς κληρονομίαν - pour un héritage:
-- Apposé à "l'espérance vivante" du v.3 et au "salut" du v.5.
-- Contrairement aux richesses humaines, cet "héritage" est indestructible: c'est le "pays promis", notre patrimoine - dont Canaan était le type, l'image préfigurative dans le PT. 
Sur le thème de "l'héritage",voir aussi Rm 8,17 et note à cette page; Col 1,12 et note à cette page.
 
Verset 5.
τοὺς ἐν δυνάμει Θεοῦ φρουρουμένους διὰ πίστεως εἰς σωτηρίαν ἑτοίμην ἀποκαλυφθῆναι ἐν καιρῷ ἐσχάτῳ·
<à vous> qui êtes gardés par la puissance de Dieu par la foi,
- pour un salut qui est prêt à être révélé au dernier temps
εἰς σωτηρίαν - pour un salut: Mot-clef de cette première section: Pierre,
- après avoir évoqué le salut à venir (vv.3-5),
- parle du salut présent (vv.6-9);
- lequel est un salut (v.10) préparé par le Seigneur (vv.10-12).

Verset 6.
ἐν ᾧ ἀγαλλιᾶσθε, ὀλίγον ἄρτι, εἰ δέον ἐστὶ, λυπηθέντες ἐν ποικίλοις πειρασμοῖς, 
ce en quoi vous vous réjouissez, tout en étant affligés maintenant pour un peu de temps, si cela est nécessaire, par diverses tentations
ὀλίγον - pour un peu de temps: C'est-à-dire que les "tentations" auront une durée limitée (l'image du feu du creuset, au v.7, indique que Pierre n'en minimise pas pour autant la rigueur). Voir4,17.

Verset 7.
ἵνα τὸ δοκίμιον ὑμῶν τῆς πίστεως πολυτιμότερον χρυσίου τοῦ ἀπολλυμένου διὰ πυρὸς δὲ δοκιμαζομένου εὑρεθῇ εἰς ἔπαινον καὶ τιμὴν καὶ δόξαν ἐν ἀποκαλύψει ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ,
afin que l'épreuve de votre foi, bien plus précieuse que celle de l'or qui périt et qui toutefois est éprouvé par le feu, ait pour résultat la louange, et la gloire, et l'honneur, dans la révélation de Jésus Christ,
• τὸ δοκίμιον ὑμῶν τῆς πίστεως - l'épreuve de votre foi: En considérant l'œuvre que Dieu peut accomplir en lui par le moyen des "épreuves", le croyant porte sur elles un regard différent: elles peuvent conduire sa "foi" à sa maturité (comp. Hé 12,5-6 et note à cette page; Jc 1,3).
ἐν ἀποκαλύψει ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ - dans la révélation de Jésus Christ
-- Le substantif "ἀποκάλυψις apokalupsis" (dont notre terme "Apocalypse" est la transcription littérale) dérive du verbe "ἀποκαλύπτω apokaluptō", qui - lui-même composé du préfixe prépositionnel "ἀπο" qui exprime l'éloignement et du verbe "καλύπτω kaluptō" qui signifie "voiler" (au propre et au figuré), "cacher" - signifie donc "dévoiler", "dé-cacher" donc "révéler".
Le substantif grec "ἀποκάλυψις" et les noms français qui en sont la transcription, "apocalypse/Apocalypse" désignent donc un "dévoilement", une "révélation" (et en aucun cas une catastrophe!...); l'anglais, par exemple, traduit d'ailleurs le terme grec par "revelation/Revelation". 
-- La locution "ἐν ἀποκαλύψει ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ- dans la révélation de Jésus Christ" signifie donc "lorsque Jésus se 'révélera', reviendra dans la gloire".
-- Alors il sera le seul juge de la qualité de la foi.

Jacobello ALBEREGNO - Polyptyque de l'Apocalypse (1360-90), panneau central->
Gallerie dell'Accademia, Venise

Verset 8.
ὃν οὐκ ἰδότες ἀγαπᾶτε, εἰς ὃν ἄρτι μὴ ὁρῶντες, πιστεύοντες δὲ ἀγαλλιᾶσθε χαρᾷ ἀνεκλαλήτῳ καὶ δεδοξασμένῃ,
lequel (quoique vous ne l'avez pas vu) vous aimez; et (quoique maintenant vous ne le voyiez pas), croyant en lui, vous vous réjouissez d'une joie ineffable et glorieuse,

Verset 9.
κομιζόμενοι τὸ τέλος τῆς πίστεως ὑμῶν, σωτηρίαν ψυχῶν.
recevant le résultat de votre foi: le salut des âmes.
Dès maintenant, "le salut" est à l'œuvre dans la vie de celui qui a la "foi"; certains pensent que ce v. vise essentiellement le futur.
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• 1P 1,8-12a

L’Évangile proclame l’accomplissement des promesses annoncées par les prophètes, et la venue du Sauveur dont Jean Baptiste, le dernier d’entre eux, a préparé le chemin.
Nous n’en sommes pas moins encore au temps de la foi et de l’espérance de ce qui doit advenir.
Cette espérance est tellement assurée qu’elle doit déjà nous faire tressaillir d’allégresse.
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• 1P 2,4-9


Remarques:

Sur les Lettres de Pierre et sur 1P 1,13-2,10: voir à cette page.
Sur ce texte :
C'est le même verbe hébreu, בּנה bânâh, qui signifie « entreprendre », d'où  « fonder une maison » (au sens de « bâtiment» comme au sens de « lignée»). Logiquement, les prophètes - en particulier Isaïe - ont souvent
comparé la croissance de la communauté des croyants à un édifice en construction, dont Dieu a jeté les fondations de ce grand projet depuis le premier jour de l'histoire humaine, et dont le Messie serait la pierre maîtresse.
Pierre reprend cette image pour parler du Christ, « pierre angulaire » de la communauté de tous ceux qui ont répondu à l'appel de Dieu. Cette communauté est donc un ensemble vivant, un « Temple spirituel ».

(Rien d'étonnant à l'utilisation de cette dernière expression; on sait en effet que - le Temple de Jérusalem,signe matériel de la présence de Dieu au milieu de son peuple,
ayant été définitivement détruit par les Romains en 70, voir à cette page - les maîtres juifs de tous les courants spirituels ont alors développé cette notion de
« Temple spirituel »)

Tous ceux que la foi a intégrés à cette construction sont co-responsables de son développement harmonieux. Ils doivent prendre leur part de la mission et célébrer, dans leur vie, un culte agréable à Dieu.
Traduction et notes:

Verset 4.
πρὸς ὃν προσερχόμενοι, λίθον ζῶντα, ὑπὸ ἀνθρώπων μὲν ἀποδεδοκιμασμένον, παρὰ δὲ Θεῷ ἐκλεκτὸν, ἔντιμον,
vous approchant du [Seigneur], pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse auprès de Dieu,
Voir Ps 118,22 et note à cette page; Is 28,16. Voir ci-dessous, vv.6-7.

Verset 5.
καὶ αὐτοὶ ὡς λίθοι ζῶντες οἰκοδομεῖσθε οἶκος πνευματικὸς, ἱεράτευμα ἅγιον, ἀνενέγκαι πνευματικὰς θυσίας εὐπροσδέκτους τῷ Θεῷ διὰ ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ·
vous-mêmes aussi, comme des pierres vivantes, édifiez-vous en une demeure spirituelle, un saint sacerdoce, pour offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus Christ.
οἶκος πνευματικός - une demeure spirituelle :Comp. "ναὸς Θεοῦ ἐστε - vous êtes le temple de Dieu","vous" désignant la communauté ecclésiale (en 1Co 3,16) .
Le Templede l'ancienne Alliance était l'image matérielle de la Maison spirituelle constituée par l'ensemble des croyants.  
L'Église est "le temple de Dieu" de la nouvelle Alliance, parce qu'elle est la demeure de l'Esprit. Voir 2Co 6,16; Ep 2,19-22.
ἱεράτευμα - un sacerdoce : C'est-à-dire "un groupe de prêtres".
Dans cette "demeure spirituelle" qu'est la communauté chrétienne, les croyants sont, comme les prêtres du PT, chargés d'offrir des "sacrifices" - mais "spirituels" ceux-là.
Dans le NT, les "sacrifices spirituels" désignent
- la louange du peuple de Dieu (Hé 13,15);
- le service (Rm 15,16; Ph 2,17;4,18);
- la consécration totale (Rm 12,1).
Ici, les "sacrifices" correspondent particulièrement à la célébration des œuvres merveilleuses de Dieu (v.9).  

Verset 6.
διότι περιέχει ἐν γραφῇ· ἰδοὺ τίθημι ἐν Σιὼν λίθον ἀκρογωνιαῖον, ἐκλεκτὸν, ἔντιμον, καὶ ὁ πιστεύων ἐπ᾿ αὐτῷ οὐ μὴ καταισχυνθῇ.
Parce qu'on trouve dans l'Écriture: "Voici, je pose en Sion une maîtresse pierre de coin, élue, précieuse; et celui qui croit en elle ne sera point confus".
Voir Is 28,16b:
הנני יסד בציון אבן אבן בחן פנת יקרת מוסד מוסד המאמין לא יחישׁ׃
Voici, je pose comme fondement, en Sion, une pierre, une pierre éprouvée, une pierre de coin de valeur, un sûr fondement: celui qui se fie à elle ne se hâtera pas <de fuir>.
LXX:Ἰδοὺ ἐγὼ ἐμβαλῶ εἰς τὰ θεμέλια Σιων λίθον πολυτελῆ ἐκλεκτὸν ἀκρογωνιαῖον ἔντιμον εἰς τὰ θεμέλια αὐτῆς, καὶ ὁ πιστεύων ἐπ᾿ αὐτῷ οὐ μὴ καταισχυνθῇ.

Verset 7.
ὑμῖν οὖν ἡ τιμὴ τοῖς πιστεύουσιν, ἀπιστοῦσιν δὲ λίθον ὃν ἀπεδοκίμασαν οἱ οἰκοδομοῦντες, οὗτος ἐγενήθη εἰς κεφαλὴν γωνίας
C'est donc pour vous qui croyez, qu'elle a ce prix; mais pour les désobéissants, "la pierre que ceux qui bâtissaient ont rejetée, celle-là est devenue la maîtresse pierre du coin",
Voir Ps 118,22:
אבן מאסו הבונים היתה לראשׁ פנה׃
La pierre que ceux qui bâtissaient avaient rejetée, est devenue la tête de l'angle.
LXX: λίθον, ὃν ἀπεδοκίμασαν οἱ οἰκοδομοῦντες, οὗτος ἐγενήθη εἰς κεφαλὴν γωνίας
-- On notera qu'ici (contrairement au v.6) la LXX est citée littéralement.
-- Métaphore filée dans le Ps et ici:
- Le roi (dans le Ps), le Christ ici, est le comparé, la pierre le comparant.
- La "ראשׁ פנה rô'sh pinnâh tête d'angle" est la pierre de fondation que l'on place à l'angle, et à partir de laquelle on aligne les murs du bâtiment (comp. Za 3,9;4,7;10,4).
Le peuple de l'Éternel est donc le comparé, le bâtiment le comparant; le roi/le Christ en est la pierre principale, autour de lui son peuple s'organise.
- "הבונים hâ bownyîm les bâtisseurs" est le comparant pour désigner les dirigeants du peuple.
Le texte suggère que ces dirigeants ne voulaient pas du roi choisi par l'Éternel - lequel lui a néanmoins confié la royauté / reconnaître Jésus comme Messie - pourtant envoyé par le Père.
-- Le thème de la « pierre d’angle » (qui peut devenir « pierre d’achoppement ») est un thème messianique chez les prophètes, comme Isaïe ou Zacharie.
-- Outre celui-ci, plusieurs textes du NT citent Ps 118,22-23, en l'appliquant à Jésus (Mt 21,42; Mc 12,10;20,17; Ac 4,11; voir aussi Ep 2,20).
En Mt 21,42, Jésus se présente lui-même comme une "pierre" qui, "rejetée", deviendra la "principale"; la suite des événements montrera en effet le "prodige" que Dieu va accomplir, en relevant celui qui a été méprisé.
Ici, le Christ est présenté (v.6) comme une "pierre" choisie et précieuse, mais pourtant rejetée (v.6).

Verset 8.
καὶ λίθος προσκόμματος καὶ πέτρα σκανδάλου· οἳ προσκόπτουσι τῷ λόγῳ ἀπειθοῦντες, εἰς ὃ καὶ ἐτέθησαν·
"et une pierre d'achoppement, et un rocher de chute", qui - étant désobéissants -heurtent contre la Parole, ce à quoi aussi ils ont été destinés.
καὶ λίθος προσκόμματος καὶ πέτρα σκανδάλου - "et une pierre d'achoppement, et un rocher de chute": Voir Is 8,14a:
 והיה [...] לאבן נגף ולצור מכשׁול
Et il sera [...] pour pierre d'achoppement et rocher de trébuchement.
(Remarque: on traduit souvent "rocher de scandale"; or ce dernier terme est directement calqué sur le mot latin qui désigne... un caillou que l'on a dans la chaussure et qui gêne la marche, ou fait tomber!).
• εἰς ὃ καὶ ἐτέθησαν- ce à quoi aussi ils ont été destinés: Attention: il s'agit bien ici d'un choix, qui met en œuvre la liberté de l'homme, non de prédestination.
Pierre distingue entre ceux qui donnent leur foi au Christ et ceux qui refusent de croire - or croire ou refuser de croire sont deux actes libres.Ce qu'écrit Pierre ici signifie donc: "des gens butent parce qu'ils refusant d'obéir à la Parole, et arrive ce qui devait leur arriver"; cette dernière phrase dit seulement la conséquence de leur choix libre mais pas une décision arbitraire de Dieu : le Dieu libérateur ne peut que respecter notre liberté!
Syméon l'avait annoncé à Joseph et Marie: "Il est là pour la chute ou le relèvement de beaucoup en Israël et pour être un signe contesté " (Lc 2, 34 ). De même ici,  Syméon exprime non une nécessité exigée par Dieu, mais les conséquences de la venue de Jésus. Effectivement, sa présence a été pour certains occasion de conversion complète, tandis que d'autres se sont endurcis.

Verset 9.
ὑμεῖς δὲ γένος ἐκλεκτόν, βασίλειον ἱεράτευμα, ἔθνος ἅγιον, λαὸς εἰς περιποίησιν, ὅπως τὰς ἀρετὰς ἐξαγγείλητε τοῦ ἐκ σκότους ὑμᾶς καλέσαντος εἰς τὸ θαυμαστὸν αὐτοῦ φῶς·
Mais vous, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis, pour que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière;
γένος ἐκλεκτόν, βασίλειον ἱεράτευμα- une race élue, un sacerdoce royal : Voir en Ex 9,6: "ממלכת כהנים וגוי קדושׁ - un royaume de prêtres-sacrificateurs, et une nation sainte".
βασίλειον ἱεράτευμα - un sacerdoce royal: Le rôle de la communauté d'Israël trouve son accomplissement dans l'Eglise, qui prend une place particulière auprès de Dieu pour le bien des nations (Voir Gn 12,3:
" ואברכה מברכיך ומקללך אאר ונברכו בך כל משׁפחת האדמה׃ - et je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront; et en toi seront bénies toutes les familles de la terre".
Comme le dit le rituel du baptême ("Vous êtes devenus membres du Christ, prêtre, prophète et roi"), le baptisé est  "greffé" sur le Christ, et - si le Christ est le seul "prêtre, prophète et roi" - le baptisé, devenu membre de son Corps, est désormais agrégé à ce peuple saint.
ὅπως τὰς ἀρετὰς ἐξαγγείλητε ὑμᾶς καλέσαντοςpour que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés: Voir Is 43,21:
"עם־זו יצרתי לי תהלתי יספרו׃ - J'ai formé ce peuple pour moi-même; ils raconteront ma louange".
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• 1P 2,20b-25

Se détourner de cette génération égarée (Ac 2,40) expose sinon toujours à la persécution du moins, un jour ou l'autre, à de douloureuses contradictions. paradoxalement ses souffrances témoignent en faveur de ceux qui agissent bien. "tenir bon" malgré les épreuves est une forme d'hommage à Dieu placé au-dessus de tout, et de fidélité résolue au Christ, le Juste persécuté dont parlait le prophète (Is 53), lui le berger qui nous sauve par ses blessures et proclame: "Heureux les persécutés pour la justice, ceux dont on dit toute sorte de mal à cause de moi" (Mt 5,10-11).

Sur les Lettres de Pierre: voir plus haut.
D'après Marie-Noëlle Thabut:
Dans ce passage (voir plus haut, l'introduction), Pierre s'adresse à une catégorie sociale toute particulière : ce sont des esclaves (on sait que l'esclavage existait encore à son époque).
Or, en droit romain, l'esclave était à la merci de son maître, il était un objet entre ses mains.
Si certains vivaient mieux que certains citoyens libres mais pauvres (être esclave étant un statut "juridique" et social) - par exemple des prisonniers de guerre qui avaient auparavant eu une bonne éducation pouvaient devenir les secrétaires, voire les intendants de leur maître; d'autres, des artisans-vendeurs pour le compte de celui-ci - il arrivait que des esclaves subissent des mauvais traitements sans autre raison que le bon plaisir de leur maître...

À ceux-ci, Pierre dit en substance : imitez le Christ ; lui aussi était esclave à sa manière, puisqu'il a mis sa vie tout entière au service de tous les hommes. Or, comment s'est-il comporté ?
« Couvert d'insultes, il n'insultait pas ; accablé de souffrance, il ne menaçait pas, mais il confiait sa cause à Celui qui juge avec justice. »

Reprenons le raisonnement de Pierre au début : « Si l'on vous fait souffrir alors que vous avez bien agi, vous rendrez hommage à Dieu en tenant bon. (verset 20 )... C'est bien à cela que vous avez été appelés, puisque le Christ lui-même a souffert pour vous et vous a laissé son exemple afin que vous suiviez ses traces. » (verset 21).
« Tenez bon... c'est à cela que vous avez été appelés » : l'appel dont parle Pierre concerne le « tenez bon » et non pas la souffrance en elle-même.
On pourrait retourner la phrase : « dans la souffrance, vous êtes appelés à tenir bon ». On ne redira jamais assez qu'il n'y a pas de vocation du chrétien à la souffrance, mais, dans la souffrance, un appel à tenir bon à l'exemple du Christ.
Suivre les traces du Christ, suivre son exemple, ce n'est pas souffrir pour souffrir, c'est tenir bon dans la souffrance comme lui : « couvert d'insultes, il n'insultait pas ; accablé de souffrance, il ne menaçait
pas... »
Pierre en profite pour rappeler le Credo des chrétiens : « Dans son corps, le Christ a porté nos péchés sur le bois de la Croix afin que nous puissions mourir à nos péchés et vivre dans la justice : c'est par ses blessures que vous avez été guéris ».

Voilà bien ce qui est au coeur de notre catéchisme, et en même temps la chose la plus difficile du monde à comprendre ! Nous affirmons « Dieu nous sauve... Le Christ est mort pour nos péchés », mais comment aller plus loin ? Comment expliquer ? De quoi nous sauve-t-il ? Comment nous sauve-t-il ?
Pour commencer, il semble que nous entendons ici une définition du salut : être sauvés, c'est devenir capables de vivre dans la justice. Nous sommes guéris de nos blessures, comme dit Pierre. Nos blessures à nous, ce sont nos incapacités d'aimer et de donner, de pardonner, de partager ; c'est une humanité déboussolée : au lieu d'être centrée sur Dieu, l'humanité a perdu sa boussole, elle est désorientée ; Pierre dit « Vous étiez errants comme des brebis ».
« Mourir à nos péchés », pour reprendre l'expression de Pierre, c'est être capables de vivre autrement.
C'est dans ce sens-là que Paul parlait d'homme nouveau quand il disait : « Vous vous êtes dépouillés du vieil homme avec ses pratiques et vous avez revêtu l'homme nouveau... qui ne cesse d'être renouvelé à l'image de son créateur » (Col 3, 9). Comme le disait Mgr Coffy : « Le Chrétien ne vit pas une autre vie que la vie ordinaire, il vit autrement la vie ordinaire ».

Reste à savoir comment la croix du Christ a pu opérer ce salut : « c'est par ses blessures que nous avons été guéris », dit Pierre. Or les blessures du Christ, n'oublions pas que ce n'est pas Dieu, ce sont les hommes qui les lui ont infligées ; rappelez-vous le discours de Pierre au matin de la Pentecôte: « Cet homme, Jésus, vous l'avez livré et supprimé... mais Dieu l'a ressuscité ». Le Christ est mort parce qu'il a eu le courage de porter témoignage à son Père, de se comporter en homme de prière et de paix, de s'opposer à toute forme de mépris ou d'exclusion.
Mais le Père dont il parlait ne répondait pas à l'image que s'en faisaient la majorité de ses contemporains ; Jésus, lui, malgré les menaces, n'a pas changé de ligne de conduite : « Je suis venu pour rendre témoignage à la vérité », disait-il. Alors on l'a supprimé. Mais, même sur la Croix, il a continué à rendre témoignage à son Père en révélant jusqu'où va le pardon de Dieu. Ses derniers mots sont encore des mots d'amour : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font. »

Alors, cette Croix qui était le lieu de l'horreur absolue, de la haine humaine déchaînée est devenue, grâce au Christ, le lieu de l'amour absolu dans ce pardon du Christ à ses bourreaux.
Et en le ressuscitant, Dieu transforme ce lieu de mort qu'est la Croix en lieu de Vie.
Désormais, il suffit de contempler la Croix, de croire à cet amour de Dieu pour l'humanité révélé dans la Croix du Christ, pour être transformés, convertis, réorientés ; comme le disait Zacharie « Ils lèveront les yeux vers celui qu'ils ont transpercé ». Alors nous sommes guéris, sauvés, c'est-à-dire rendus capables à nouveau d'aimer et de pardonner comme lui. Si nous voulons bien nous laisser attendrir par cette attitude d'amour absolu de Jésus et de son Père, nos cœurs de pierre deviennent cœurs de chair (voir les pages sur Le coeur dans la Bible, en particulier celle-ci). Et nous devenons capables de vivre comme lui, de « vivre dans la justice », comme dit Pierre. Et d'autres, alors, pourront se laisser transformer à leur tour. C'est comme une contagion qui doit se répandre.
Car, il faut bien le reconnaître, l'œuvre de transformation de l'humanité tout entière n'est pas terminée ! Il faut donc encore des témoins de l'amour et du pardon de Dieu : « Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups », disait Jésus. Quand Pierre dit : « Le Christ vous a laissé son exemple afin que vous suiviez ses traces », il nous rappelle que, à notre tour, nous devons prendre sa suite pour, avec lui, continuer l'œuvre du salut de l'humanité.
Paul dirait : le Christ est la tête et vous, vous êtes le corps du Messie... Nous voyons ce qui nous reste à faire ! Mais, rassurons-nous, l'Esprit Saint nous a été donné pour cela !
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• 1P 3,15-18

En quelques lignes, un code de conduite chrétienne au milieu des contradictions du monde:
- audace, humble et respectueuse de tous, dans la profession de foi;
- fidélité à faire le bien, quoi qu'il en coûte;
- en toute circonstance, suivre le comportement du Christ - le Juste "mort pour les coupables afin de nous introduire devant Dieu".

Sur les Lettres de Pierre: voir plus haut.
Sur ce passage, d'après Marie-Noëlle Thabut:
À lire entre les lignes de ce texte, on peut imaginer que les interlocuteurs de Pierre connaissaient, sinon une véritable persécution, du moins beaucoup de vexations et de moqueries de la part des païens, une hostilité latente (en particulier chaque fois qu'ils refusaient certaines pratiques païennes, les sacrifices aux divinités par exemple).
Pierre leur dit ici : « Frères, c'est à votre tour maintenant de vous conduire comme le Christ s'est conduit. Lui aussi a connu les accusations, les calomnies, les menaces, mais il n'a pas dévié ; à votre tour, vous devez être capables de répondre à vos adversaires ».

D'où leur viendra cette audace ? Oh, c'est bien simple : les Chrétiens n'ont qu'une source, qu'un argument, qu'un discours : le Christ est mort et ressuscité. Pierre ne dit pas autre chose : « C'est le Seigneur, le Christ que vous devez reconnaître dans vos cœurs comme le seul saint » ; « le Christ est mort pour les péchés, une fois pour toutes : lui, le Juste, il est mort pour les coupables afin de nous introduire devant Dieu. Dans sa chair, il a été mis à mort ; dans l'esprit, il a été rendu à la vie. »
La chair, en langage biblique (sur cette notion chez Paul, voir cette page), désigne le fait d'être mortel ; les ennemis de Jésus ne pouvaient donc l'atteindre que là : ils ne pouvaient rien contre l'esprit d'Amour qui est le principe même de la Vie ; parce qu'il était rempli de l'Esprit de Dieu, la mort ne pouvait le retenir en son pouvoir, comme dit Paul ; au contraire, l'Esprit lui a fait traverser la mort biologique et a fait surgir en lui la vie, parce que l'Esprit qui s'est manifesté sur lui au jour du Baptême est l'Esprit de Vie...
C'est ce même Esprit qui est entré en nous lors de notre baptême : désormais, nous le savons, nous le croyons, parce que nous l'avons vu réalisé en Jésus-Christ, le mal, la haine sont vaincus, la vie est plus forte que la mort ; c'est cela l'espérance des chrétiens, celle dont Pierre dit que nous devons pouvoir en rendre compte à tout moment ; le Christ avait bien dit à ses Apôtres : «Confiance, j'ai vaincu le monde ». Le monde attend de nous que nous ne baissions jamais les bras devant le mal, la haine, la violence.
Quand Pierre affirme « Le Christ est mort pour les péchés, une fois pour toutes » (v.18), l'expression « une fois pour toutes » est un cri de victoire : le monde du mal et du péché est définitivement vaincu dans l'obéissance du Fils.

Pierre lie fortement les deux étapes du témoignage du chrétien :
- ce qui se passe dans le secret du coeur, dans la prière ;
- le courage de parler ;
l'un ne va pas sans l'autre.

« C'est le Seigneur, le Christ que vous devez reconnaître dans vos cœurs comme le seul saint ». Voilà la première étape, ce qui se passe en nous, dans le secret de la prière.
La deuxième étape, c'est d'oser dire notre espérance, être prêts à dire « ce qui nous fait courir », dirait-on aujourd'hui. « Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l'espérance qui est en vous ».

Autrement dit, Pierre conseille de ne pas parler en premier ; selon lui, il faut se contenter de répondre aux questions de l'entourage. Il dit bien :
« Vous devez être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent... »

« Ne parle que si on t'interroge, mais vis de manière à ce qu'on t'interroge. »

Les interrogations ne germeront que si notre vie tout entière est un témoignage d'espérance : alors ceux qui nous voient vivre se demanderont immanquablement d'où nous vient notre espérance indestructible. Nous ne pouvons témoigner de Jésus-Christ que si nous avons d'abord vécu l'espérance. Ce qui signifie que notre témoignage se fait d'abord en actes et non en paroles. Être rendus capables de mener notre vie d'une manière renouvelée est certainement le témoignage le plus urgent.

C'est peut-être dans ce sens-là qu'on peut comprendre la phrase de Jésus : « Que votre lumière brille aux yeux des hommes, pour qu'en voyant vos bonnes actions, ils rendent gloire à votre Père qui est aux cieux » (Mt 5, 16). Vous connaissez aussi la phrase de Paul VI qui est une variation sur le même thème : « Nos contemporains ont besoin de témoins et non de maîtres... et ils n'écoutent les maîtres que s'ils sont des témoins ».

Cependant, ce témoignage n'est pas fanfaronnade : « Faites-le avec douceur et respect » (v.15), comme le dit Pierre. Cette douceur et ce respect qui ne doivent pas nous quitter peuvent nous faire comprendre la phrase suivante : « Ayez une conscience droite pour faire honte à vos adversaires ... »
« Faire honte » (v.16) : curieuse expression ; on ne peut évidemment pas penser que des chrétiens, vivant le commandement d'amour du Christ, n'aient d'autre but que de faire honte aux autres au sens où nous l'entendons habituellement ; ce dont il s'agit, c'est de donner un tel témoignage de foi, d'espérance et d'amour mutuel, que d'autres soient amenés à remettre en question leurs calomnies. Peut-être alors s'ouvriront-ils à la conversion.

Finalement, le programme que Pierre trace à ses disciples, c'est le programme même du Christ, c'est-à-dire le programme du Serviteur que décrivait le prophète Isaïe : « Il ne crie pas, il n'élève pas le ton ». Pierre en écho conseille « Agissez avec douceur et respect ».
Mais en même temps, quoi qu'il arrive, ce serviteur décrit par Isaïe ne se laisse pas décourager ; et à son tour Pierre insiste : « Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l'espérance qui est en vous ».

Traduction et notes:

Verset 15.
Κύριον δὲ τὸν Θεὸν ἁγιάσατε ἐν ταῖς καρδίαις ὑμῶν, ἕτοιμοι δὲ ἀεὶ πρὸς ἀπολογίαν παντὶ τῷ αἰτοῦντι ὑμᾶς λόγον περὶ τῆς ἐν ὑμῖν ἐλπίδος μετὰ πρᾳότητος καὶ φόβου,
mais sanctifiez le Seigneur Dieu dans vos cœurs; et soyez toujours prêts à la défendre, mais avec douceur et crainte, à quiconque vous demande raison de l'espérance qui est en vous,
ἕτοιμοι prêts: Voir Ep 6,15; Col 4,5.
πρὸς ἀπολογίαν -à la défendre :Face aux questions ou aux critiques, le chrétien doit être prêt (et, donc, doit s'être préparé) présenter et  expliquer (= à faire l'"ἀπολογία apologia - apologie" de) sa foi et de son comportement. Selon certains exégètes, Pierre aurait aussi à la pensée la nécessité pour les croyants de se défendre lors de la comparution devant les tribunaux.
• φόβου - crainte : Rappel: ce terme grec est celui qui est utilisé en LXX pour traduire ce qu'on nomme la "crainte de Dieu". C'est pourquoi la traduction liturgique utilise le mot "respect".

Versets 16-17.
συνείδησιν ἔχοντες ἀγαθήν, ἵνα ἐν ᾧ καταλαλοῦσιν ὑμῶν ὡς κακοποιῶν, καταισχυνθῶσιν οἱ ἐπηρεάζοντες ὑμῶν τὴν ἀγαθὴν ἐν Χριστῷ ἀναστροφήν.
κρεῖττον γὰρ ἀγαθοποιοῦντας, εἰ θέλοι τὸ θέλημα τοῦ Θεοῦ, πάσχειν ἢ κακοποιοῦντας.
ayant une bonne conscience, afin que - quant aux choses dans lesquelles ils médisent de vous comme de gens qui font le mal - ceux qui calomnient votre bonne conduite suivant le Christ, soient confus.
Car il vaut mieux souffrir, si telle est la volonté de Dieu, en faisant le bien qu'en faisant le mal.

Verset 18.
ὅτι καὶ Χριστὸς ἅπαξ περὶ ἁμαρτιῶν ἔπαθε, δίκαιος ὑπὲρ ἀδίκων, ἵνα ὑμᾶς προσαγάγῃ τῷ Θεῷ, θανατωθεὶς μὲν σαρκὶ, ζῳοποιηθεὶς δὲ πνεύματι·
parce qu'aussi le Christ a souffert une fois pour les péchés, le Juste pour les injustes, afin qu'il nous amenât à Dieu, ayant été mis à mort en chair, mais vivifié par l'Esprit,
Ce v. décrit trois aspects de la "mort" du "Christ" sur la Croix:
- la raison ("pour les péchés");
- les bénéficiaires ("les injustes");
- les modalités et la valeur ("en chair"; "une fois <pour toutes>").
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• 2P 1,16-19

"Nous avons vu le Seigneur ressuscité" - diront les Apôtres pour accréditer leur prédication.
"Nous l'avons contemplé sur la montagne de la Transfiguration, et nous avons entendu la voix venue du ciel" proclame de même Pierre; "écoutez donc ce que nous annonçons: notre message vient d'En-Haut".
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• 2P 3,8-14

Le temps qui ronge tout risque d'entamer même la confiance en Dieu.Il a permis de revenir: "A-t-il oublié, ou est-il en retard?..."
Ni l'un ni l'autre: il patiente pour que tous puissent parvenir au but - ceux qui progressent lentement sur la route, et ceux qui ne sont pas encore décidés à se mettre en chemin.

Le contexte:
Voir plus haut l'introduction générale aux épîtres de Pierre.
Sur 2P 3,1-16:
Les ressorts de la séduction démontés, Pierre termine sa lettre en cherchant à donner à ses destinataires les moyens d'exercer un sain raisonnement. Pour cela, il est nécessaire de bien interpréter les Écritures et de s'y attacher fermement. La venue du Seigneur est certaine - quoi qu'en disent ceux qui rejettent la seigneurie du Christ et l'autorité des Écritures, et qui interprètent l'enseignement biblique à la mesure de leur myopie.
La patience de Dieu ne contredit nullement le message apostolique, bien au contraire, c'est un signe de la grâce de Dieu pour ceux qu'il appelle et qui attendent la nouvelle terre où la justice habitera.
Ce salut se manifeste dès à présent par une pratique éthique qui cherche à refléter les qualités divines, et non pas une vie immorale. L'enjeu est de taille, puisque le salaire réservés à ceux qui ne respectent pas le Seigneur et rejettent l'autorité de sa Parole sera la perdition.
D'où:
- vibrante exhortation à l'effort, en vue d'une vie qui honore le Seigneur;
- manifestation de l'attachement du croyant à Dieu;
- témoignage envers le monde;
- manière de hâter sa venue. 


Traduction et notes:

Verset 8.
 ῞Εν δὲ τοῦτο μὴ λανθανέτω ὑμᾶς, ἀγαπητοί, ὅτι μία ἡμέρα παρὰ Κυρίῳ ὡς χίλια ἔτη, καὶ χίλια ἔτη ὡς ἡμέρα μία.
Mais n'ignorez pas cette chose, bien-aimés, c'est qu'un jour est, devant le Seigneur, comme mille ans, et mille ans comme un jour.
καὶ χίλια ἔτη ὡς ἡμέρα μία - et mille ans comme un jour: Pierre s'appuie sur une libre interprétation de Ps 90,4 (note à cette page):
כי אלף שׁנים בעיניך כיום אתמול כי יעבר ואשׁמורה בלילה׃ 
Car mille ans sont, à tes yeux,
Comme le jour d'hier, quand il n'est plus,
Et comme une veille de la nuit.
pour s'attaquer au pivot de l'argumentation des moqueurs au sujet du "retard" dans la venue du Messie: l'Éternel a forcément une autre perception du temps qui s'écoule que l'homme mortel!

Verset 9.
 οὐ βραδύνει Κύριος τῆς ἐπαγγελίας, ὥς τινες βραδύτητα ἡγοῦνται, ἀλλὰ μακροθυμεῖ εἰς ὑμᾶς, μὴ βουλόμενός τινας ἀπολέσθαι, ἀλλὰ πάντας εἰς μετάνοιαν χωρῆσαι.
Le Seigneur ne tarde pas pour ce qui concerne la promesse, comme quelques-uns estiment qu'il y a du retard; mais il est patient envers vous, ne voulant pas qu'aucun périsse, mais que tous viennent à la repentance.
μακροθυμεῖ εἰς ὑμᾶς - il est patient envers vous: Le "retard" de la venue du Seigneur n'est pas dû à son indifférence à l'égard de l'injustice de ce monde, mais à sa patience. Les moqueurs ont donc tort sur deux points:
- la notion de "retard";
- le motif de ce prétendu "retard".
πάντας εἰς μετάνοιαν χωρῆσαι - tous viennent à la repentance: La patience divine - qui a pour objet la "repentance", la conversion, s'applique à tous ceux qui partagent la même foi que Pierre, mais qui sont encore ballottés par l'enseignement des impies.

Verset 10.
῞Ηξει δὲ ἡμέρα Κυρίου ὡς κλέπτης ἐν νυκτί, ἐν ᾗ οὐρανοὶ ῥοιζηδὸν παρελεύσονται, στοιχεῖα δὲ καυσούμενα λυθήσονται, καὶ γῆ καὶ τὰ ἐν αὐτῇ ἔργα κατακαήσεται.
Or le jour du Seigneur viendra comme un voleur; et, dans ce jour-là, les cieux passeront avec un bruit sifflant, et les éléments embrasés seront dissous, et la terre et les œuvres qui sont en elle seront brûlées entièrement.
ἡμέρα Κυρίου - le jour du Seigneur: (En hébreu: יום יהוה"Le jour d'YHWH") Chez les prophètes cette locution désigne le jour du grand jugement manifestant l'intervention décisive de Dieu dans l'histoire du Salut (ainsi par ex. en Is 2,11;17;20; Am 5,18; Jl 3,4; So 1,14;2,3; mais aussi dans le NT en 1Th 5,2).
ὡς κλέπτης - comme un voleur: Voir Mt 24,43; Lc 12,39; 1Th 5,2. L'image suggère l'effet de surprise que produira cette venue, dont il est impossible de fixer la date.
στοιχεῖα καυσούμενα - les éléments embrasés: C'est-à-dire les astres. Il s'agirait donc d'un cataclysme céleste, où seuls les astres seraient touchés (la terre ne serait donc pas "dissoute"), ce qui s'accorde avec les textes apocalyptiques (Mc 13,24-25).
Pourtant d'aucun pensent (mais sans grande vraisemblance) qu'il s'agirait d'une désintégration universelle
γῆ [...] κατακαήσεται - la terre [...] <sera brûlée> entièrement:
-- Certains manuscrits (cf. recension de Wescott-Hort) donnent "ευρεθησεται", de "εὑρίσκωheuriskō", "trouver", "découvrir" => "voir" - d'où, ici, "sera jugée".
-- De toute façon, le feu (voir v.7) est souvent image du jugement divin ou de la purification dans le PT; et c'est avec cette signification qu'il apparaît en association avec de nombreuses théophanies (Gn 19,24; Dt 4,24; 1R 19,12;17; Ml 3,2). Ici, il est instrument de la destruction purificatrice, comme le fut l'eau du déluge au temps de Noé.
 
Verset 11.
῞Τούτων οὖν πάντων λυομένων ποταποὺς δεῖ ὑπάρχειν ὑμᾶς ἐν ἁγίαις ἀναστροφαῖς καὶ εὐσεβείαις,
Toutes ces choses devant donc se dissoudre, quelles gens devriez-vous être en sainte conduite et en piété,
• Τούτων οὖν πάντων λυομένων- Toutes ces choses devant donc se dissoudre: Avec l'expression vague "toutes ces choses", "tout cela", il peut être question
- soit de la désagrégation de l'univers entier,
- soit d'un cataclysme limité aux astres.
Ce n'est donc pas ce v. qui permet de trancher (voir v.10).
ἐν ἁγίαις ἀναστροφαῖς- en saints agissements: Avoir conscience du jugement à venir doit engager les croyants à rechercher les qualités qui demeurent (voir Mt 25,13; 1Th 5,6;8;11; 2P 1,13-16). Bien que ces "saints agissements" ne soient pas décrits, ils doivent nécessairement rejeter les pratiques immorales répertoriées chez les enseignants de mensonges.
 
Verset 12.
προσδοκῶντας καὶ σπεύδοντας τὴν παρουσίαν τῆς τοῦ Θεοῦ ἡμέρας, δι᾿ ἣν οὐρανοὶ πυρούμενοι λυθήσονται καὶ στοιχεῖα καυσούμενα τήκεται;
attendant et hâtant la venue du jour de Dieu, à cause duquel les cieux en feu seront dissous et les éléments embrasés se fondront.
προσδοκῶντας καὶ σπεύδοντας - attendant et hâtant:Hendiadys: l'attente préconisée - qui vise la venue du "יום יהוה - jour d'YHWH" (v.10) - est active. Pierre met l'accent sur deux actions concrètes contribuant à anticiper cette venue:
- mener une vie sainte;
- être attaché à Dieu (v.11).
 
Verset 13.
καινοὺς δὲ οὐρανοὺς καὶ γῆν καινὴν κατὰ τὸ ἐπάγγελμα αὐτοῦ προσδοκῶμεν, ἐν οἷς δικαιοσύνη κατοικεῖ.
Mais, selon sa promesse, nous attendons de nouveaux cieux et une nouvelle terre, dans lesquels la justice habite.
κατὰ τὸ ἐπάγγελμα αὐτοῦ- selon sa promesse: Voir Is 65,17;66,22. L'espérance chrétienne s'enracine dans la Parole divine.
δικαιοσύνη κατοικεῖ- la justice habite: Voir Is 9,6; Jr 23,5; Za 9,9 - et dans le NT: Ap 21,1sqq. En contraste avec les destructions à venir, le croyant s'attend à une nouvelle terre où règne la justice divine.
 
Verset 14.
Διό, ἀγαπητοί, ταῦτα προσδοκῶντες, σπουδάσατε ἄσπιλοι καὶ ἀμώμητοι αὐτῷ εὑρεθῆναι ἐν εἰρήνῃ,
C'est pourquoi, bien-aimés, en attendant ces choses, appliquez-vous à être trouvés sans tache et irréprochables devant lui, en paix;
προσδοκῶντες- en attendant:
-- Troisième occurrence du verbe "προσδοκάω prosdokaō" en trois vv.:
- v.12 -> προσδοκῶντας
- v.13 -> προσδοκῶμεν
- v.14 -> προσδοκῶντες.
-- L'attente sainte et active, telle doit être la réponse du croyant à la patience divine.
σπουδάσατε- appliquez-vous:Même exhortation à l'effort ("σπουδάζω
spoudadzō
", "faire des efforts", "être rapide" => "être diligent", "s'appliquer") qu'au chap.1 (voir aussi, chez Paul, Ph 2,12).
ἄσπιλοι καὶ ἀμώμητοιsans tache et irréprochables:Ce qui exclut bien évidemment les pratiques licencieuses des enseignants de mensonges, telles qu'elles sont décrites au chap. précédent (2,13); voir l'introduction générale.
ἐν εἰρήνῃ- dans la paix:Ce terme - comme le שלוםshalôm de l'hébreu - couvre un champ plus large que notre mot "paix": ce n'est pas seulement l'absence de toute forme de conflit, mais c'est le bien-être absolu que l'on pourra trouver en vivant selon la Loi divine. Cette "paix" provient de la réconciliation avec Dieu en Jésus Christ; la "justice" divine en est la marque. 
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