Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven


Les Épîtres
non pauliniennes


1. L'Épître aux Hébreux

Quiconque lit attentivement cette "épître", ou "lettre" aux Hébreux a plutôt l'impression de se trouver devant une prédication ou un discours. Certes, les tout derniers versets du chap. 13 - avec les salutations qu'ils contiennent - peuvent faire penser à la conclusion d'une lettre. Mais le début ne comporte ni indication de l'auteur ni salutation au(x) destinataire(s) (comme cela était pourtant habituel à l'époque).

Ce texte a peut-être été rédigé en Italie. En tout cas, il s'adresse à des chrétiens exposés à l'impopularité, voire à une hostilité, croissante - au point que certains sont tentés d'abandonner leur foi chrétienne.
On notera que les citations du Premier Testament faites dans ce texte sont plus calquées sur la TaNaKh (donc sur l'hébreu) que sur la LXX. L'auteur est donc un excellent bibliste, qui a sans doute (selon la tradition juive) appris par coeur la TaNaKh, et connaît suffisamment la LXX pour la citer de mémoire, donc souvent approximativement. Certains en on déduit qu'il pourrait appartenir au "milieu paulinien".

On peut y distinguer deux parties principales (entrecoupées d'appels pressants):
- La première partie (jusqu'à 10,8) met en évidence la grandeur suprême du Christ, supérieur aux prophètes, aux anges, à Moïse et à Josué, aux grands-prêtres de l'ancienne Alliance; son sacrifice, accompli une fois pour toutes est supérieur aux nombreux sacrifices de l'ancien Israël 
- La seconde partie encourage les auditeurs à persévérer dans la foi, en regardant les croyants du Premier Testament, et en gardant leurs regards fixés sur Jésus, pour supporter comme eux et comme lui l'opposition.
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• Hé 1,1-6

Contrairement aux idoles muettes, Dieu parle. Pendant longtemps, il a eu recours à des intermédiaires. "Dans ces jours où nous sommes", il a envoyé dans le monde son propre Verbe, "expression parfaite de son être", de son dessein et de sa volonté.

Remarques:

Verset 1.
τοῖς πατράσιν- à nos pères: c'est-à-dire au peuple juif des générations passées, dont les chrétiens se considèrent comme les héritiers.
ἐν τοῖς προφήταις - par les prophètes: le mot est ici à prendre au sens large et désigne tous ceux par qui Dieu s'est manifesté dans le Premier Testament.

Verset 2.
ἐπ᾿ ἐσχάτου τῶν ἡμερῶν τούτων- dans ces temps qui sont les derniers: c'est-à-dire la période finale de l'histoire qu'a inaugurée la venue du Christ; voir 1Co 10,11.
κληρονόμον πάντων- héritier de toutes choses: en tant qu'héritier,
- il succède à tous les prophètes et accomplit leur message;
- il possède et domine tout ce qu'il a créé (voir Ps 2,7-8).
καὶ τοὺς αἰῶνας ἐποίησεν- il a aussi créé le monde: comparer Pr 8, 22-31; Jn 1,1-3; Col 1,16.

Verset 3.
χαρακτὴρ τῆς ὑποστάσεως αὐτοῦ - l'empreinte de sa personne: le mot "χαρακτήρ charaktēr" désigne le "signe gravé", l' "empreinte"; il souligne la correspondance parfaite qui existe entre le Fils et l'être même de Dieu.

<- Dans la plupart des représentations occidentales de la Trinité, le Père et le Fils ont le même visage; quant à sa représentation iconographique, elle se fonde sur le thème de "l'hospitalité d'Abraham" avec ses "trois personnages semblables" ->
D'où la supériorité de cette révélation dernière sur celles d'autrefois, évoquées au verset 1.
φέρων τὰ πάντα- soutenant toutes choses: voir Col 1,17.
καθαρισμὸν τῶν ἁμαρτιῶν ἡμῶν- la purification des péchés: cette idée sera développée plus loin (en Hé 7 par ex., où le Fils est présenté comme le grand-prêtre par excellence). 
ἐν δεξιᾷ τῆς μεγαλωσύνης - à la droite de la majesté divine:
- le terme μεγαλωσύνη megalôsunê a pour sens premier "grandeur, majesté", et pour sens dérivé "divinité", voire "Dieu" lui-même;
- être "à la droite de quelqu'un" est une position d'honneur; être "à la droite de Dieu" est donc une position d'immense honneur et d'autorité (comparer à Ps 110,1, texte très souvent cité en ).

Verset 4.
τῶν ἀγγέλων - aux anges
- "ἄγγελος an'gelos", dérivé du verbe "ἀγγέλλω an'gellō  - annoncer" désigne d'abord tout messager; la traduction-transcription "ange" est seconde.
- Les "anges" occupaient une grande place dans le judaïsme du Ier siècle (sans doute sous l'influence des civilisations proche-orientales de l'époque), qui les avait hiérarchisés et classés. Proches de YHWH, ils reçoivent de lui des missions précises et importantes; on considère par exemple qu'ils ont participé au don par Dieu de la Loi (Hé 2,2 reprend cette idée).
- Dans (voir par ex. Hé 1,14), c'est particulièrement leur rôle en faveur des croyants qui est mis en avant: ils sont présents à toutes les étapes de l'accomplissement du plan de Salut divin. En établissant ici la supériorité du Fils sur les anges, l'auteur de l'épître établit du même coup sa supériorité sur la Loi.
ὄνομα - un nom: ne pas oublier que "השׁם haShêm - le Nom" est l'une des appellations utilisées en hébreu pour désigner YHWH sans prononcer le nom divin; ce "ὄνομα - nom" est donc par définition "διαφορώτερον παρ᾿ αὐτοὺς - plus excellent que le leur", puisque c'est "השׁםhaShêm - le Nom" divin.

Verset 5.
υἱός μου εἶ σύ, ἐγὼ σήμερον γεγέννηκά σε - Tu es mon Fils, Je t'ai engendré aujourd'hui: citation littérale de la traduction grecque du Ps 2,7:
בני אתה אני היום ילדתיך׃
LXX: Υἱός μου εἶ σύ, ἐγὼ σήμερον γεγέννηκά σε.
C'est la formule d'intronisation du Messie-Roi (rappel: dans les civilisations Proche-Orientales anciennes, le roi devient le fils adoptif d'un dieu, ce qui le divinise à partir de son intronisation; dans la Bible, le roi devient le fils adoptif d'YHWH, le Dieu unique; mais s'agissant du Christ, il est de tout temps le Filsde Dieu).
ἐγὼ ἔσομαι αὐτῷ εἰς πατέρα, καὶ αὐτὸς ἔσται μοι εἰς υἱόν - Je serai pour lui un père, et il sera pour moi un fils: citation littérale de la traduction grecque de 2S 7,14:
אני אהיה־לו לאב והוא יהיה־לי לבן
LXX: ἐγὼ ἔσομαι αὐτῷ εἰς πατέρα, καὶ αὐτὸς ἔσται μοι εἰς υἱόν.
La promesse faite à David et à sa descendance (un règne éternel) avait une portée qui dépassait de toute évidence la succession normale des rois issus de David. Le peuple juif y avait donc vu la promesse de la venue d'un Roi différent des autres, le Messie, en qui s'accomplirait cette prophétie (cf. Ez 34,23-24).

Verset 6.
τὸν πρωτότοκον - le premier-né: voir Col 1,15; dans le Premier Testament, "בּכורbekôr - premier-né, aîné" est le titre porté par celui qui a le plus haut rang: le roi d'Israël portait ainsi le titre de "fils premier-né de Dieu", ce qui signifiait "le plus élevé des rois de la terre".
προσκυνησάτωσαν αὐτῷ πάντες ἄγγελοι Θεοῦ - Que tous les anges de Dieu se prosternent devant lui: voir Ps 97,7; et surtout citation presque littérale de la glose grecque (ou d'un passage hébreu perdu) de Dt 32,43:
LXX: καὶ προσκυνησάτωσαν αὐτῷ πάντες υἱοὶ θεοῦ.
Cette application au Fils de paroles adressées à Dieu dans le Premier Testament révèle son rang divin et son unité avec le Père.
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• Hé 2,9-11

Solidaire des hommes et serviteur du dessein de son Père, le Christ a scellé, par sa souffrance, l'Alliance qui conduit à la gloire.

Les "Hébreux" à qui s'adresse cette épître sont des juifs convertis qui passent par une grave crise de doute et de découragement. L’auteur  leur "remonte le moral" en dirigeant leur regard vers le Christ qui a porté le judaïsme à son accomplissement.
La Lettre offre une méditation sur la liturgie céleste et éternelle.
A ces Hébreux découragés, l’auteur montre un Christ qui partage leur souffrance pour la faire déboucher dans la gloire.
Jésus est proche de nous, dit-il. Citant le psaume 8,6, il montre comment Jésus avait été, dans son incarnation, abaissé un peu au-dessous des anges. Ce "un peu" signifie aussi : "pour un peu de temps" (Jn 14,19). Il a fait l’expérience de la mort. Il est de la même race que nous. Il n’a pas honte de nous appeler ses frères: voyez comme il a partagé notre sort... Mais pour le retourner !
Car Dieu, qui ne veut pas nous laisser à la dérive, qui veut une multitude de fils à conduire jusqu’à la gloire définitive, a d’abord mené Jésus à la perfection de la gloire, il l’a ressuscité.
Regardez donc ce Jésus: par son abaissement, sa mort, par sa résurrection, sa gloire, il est à l’origine de notre salut. Il est notre vrai libérateur. Regardez-le avec confiance, suivez-le avec courage.
Toutes les idéologies humaines "calent" devant la souffrance et la mort. La foi, elle, les assume pour les dépasser. Comme il est bon, réconfortant de regarder ce Christ qui est "de notre côté": nous ne sommes pas seuls dans nos épreuves, nos lassitudes. Il est là, avec nous. Déjà, il a forcé la porte par laquelle nous pourrons, à sa suite, entrer dans notre réussite définitive, dans la gloire.
Nous te rendons grâce, Père. Car le Christ, dans sa Pâque, son passage de la souffrance à la gloire, a fait une œuvre merveilleuse. Nous voici libérés, appelés à partager sa gloire (première préface des dimanches).
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• Hé 4,12-13.

"La parole de Dieu" désigne ici le Christ (cf. le Λογος chez saint Jean), Verbe fait chair qui fait connaître la volonté du Père.
Impossible de tricher avec cette "Parole vivante", souvent décapante, toujours salutaire!
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• Hé 4,14-16.

Une ferme proclamation de foi: tous ceux qui mettent leur confiance en Jésus, le Fils de Dieu fait homme, sont assurés d'avoir, par lui et avec lui, accès auprès de Dieu.
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• Hé 5,1-6.

Le Christ est le Médiateur parfait entre le ciel et la terre parce que, dans sa personne, Dieu et l'homme sont intimement et pour toujours unis.
Il ne s'est pas arrogé lui-même son sacerdoce, qui n'est pas non plus d'institution humaine: il le tient de son origine divine.

L'épître aux Hébreux cite Ps 110,4:
אתה־כהן לעולם על־דברתי מלכי־צדק׃
ici, en 5,6, mais également en 7,17;21:
συ ιερευς εις τον αιωνα κατα την ταξιν μελχισεδεκ
"Tu es prêtre pour toujours selon l'ordre de Melchisédech"
"Selon l'ordre de Melchisédech": parce que ce "roi de Salem" et "prêtre du Très-Haut" (Gn 14,18):
מלכי־צדק מלך שלם [...] כהן לאל עליון׃
n'appartient à aucune lignée sacerdotale connue: il est "απατωρ αμητωρ αγενεαλογητος- sans père, sans mère, sans généalogie".

Melchisédech et la Ménorah – (marqueterie de pierres dures) 1600-20 – Maître florentin anonyme – Museo  dell'Opificio delle Pietre Dure, Florence.
Melchisédech, prêtre et roi de Salem, attend le retour d’Abram pour bénir ce dernier. Il se tient près de l’Arche d’Alliance, devant laquelle se trouvent la Ménorah et un autel.
Le nom de Melchisédech signifie "מלך roi צדק de justice" (sur la Tsedaka, voir en cliquant ici et ici).
Et 7,2 continue en précisant qu'il est "מלך roi שלם de Salem", et, en jouant sur les différentes vocalisations possibles en hébreu, que cela signifie "מלך roi de שלם shalom = paix".
Melchisédech est donc une préfiguration du Christ - prêtre et roi, mais pas à la façon d'Israël, car - si le roi devait être de la lignée de David, comme l'est le Christ - les prêtres devaient descendre d'Aaron (cf. Hé 7,11).
Toute la section Hé 5,1 - 7,28 développe le thème général suivant: le Christ est le grand-prêtre parfait,
       - choisi par Dieu et non de sa propre initiative (5,1-6);
       - cette perfection - acquise au prix de son obéissance dans la souffrance - fait de lui le Sauveur de ceux qui lui obéissent (5,7-10);
       - [puis vient un développement des reproches que l'auteur de l'épître fait à ses lecteurs (paresse et immaturité spirituelles: 5,11-6,3; situation dramatique de celui qui a commencé dans la foi puis abandonne le Seigneur: 6,4-8; mais se lecteurs se ressaisiront et persévéreront dans leur effort: 6,9-12];
       - l'exemple d'Abraham souligne la fidélité de Dieu à ses promesses: le croyant peut s'appuyer sur cette certitude: 6,13-20;
       - Melchisédech n'a pas de lignée; il bénit Abraham et reçoit de lui la dîme: sa prêtrise est donc supérieure au système de la Loi, et en cela elle annonce celle du Christ: 7,1-10;
       - le Christ, prêtre dans la lignée de Melchisédech, est donc le grand-prêtre éternel et parfait, nommé par serment, intercesseur devant Dieu; il abroge le système lévitique, qui était imparfait: 7,11-25;
       - le passage atteint son sommet lorsque le Christ nous est présenté comme sacrifice-sacrificateur choisi, qui s'offre lui-même, en un sacrifice saint, parfait, unique, définitif :7,26-28.
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Hé 5, 7-9

Ce passage se situe dans la première partie de l'épître (voir l'introduction ci-dessus) : ce n'est pas en héros impassible que Jésus est entré librement dans sa Passion, mais en Fils qui a appris à dire "que ta volonté soit faite", et nous a enseigné à faire de même pour notre Salut.
Pour aider ses auditeurs à surmonter leur découragement, l'auteur ne se contente pas de paroles réconfortantes. Il évoque avec réalisme la difficile condition des chrétiens dans le monde, et précise le but de l'oeuvre du Christ: par sa mort, il a rendu possible ce qu'aucun sacrifice ne pouvait accomplir. Les auditeurs sont invités alors à prendre place dans la grande foule des témoins de Jésus-Christ, l'auteur du "salut éternel" pour "tous ceux qui lui obéissent".
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• Hé 9,11-15

Avec beaucoup de finesse, l’auteur de la Lettre aux Hébreux (voir l'introduction ci-dessus) montre les rapports entre la foi chrétienne et la tradition biblique antérieure relative au culte : rites et sacrifices, sacerdoce, sanctuaire de Dieu au milieu de son peuple.
L’épistolier (ou le prédicateur ?) fait ici référence à un rite de la grande fête juive du Yom – Kippour, Jour du Grand Pardon, telle que pratiquée avant la destruction du Temple. Ce jour-là, et celui-là exclusivement, le grand-prêtre pénétrait dans le « saint des saints », lieu de la présence de Dieu dans le Temple, une première fois avec du sang de taureau pour ses propres fautes, puis, une seconde fois, avec du sang de bouc, pour les fautes du peuple.
Le mystère du Salut opéré par le Christ s’en trouve remarquablement éclairé : « entré une fois pour toutes dans le sanctuaire du ciel », le Christ, en s’offrant lui-même, a obtenu pour tous les hommes la purification intérieure que préfigurait – autrefois – l’aspersion rituelle du sang des animaux immolés  (voir Ex 24,3-8 et page « Le sang dans la Bible »); il a scellé une Alliance qui n’aura plus besoin d’être renouvelée.
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• Hé 9,24-28

Au "Jour des expiations", Yom Kippour, le grand prêtre entrait dans le "Saint des saints", la partie la plus sacrée du Temple (voir en cliquant ici), où il procédait à un sacrifice d'animaux; il ressortait pour faire une aspersion du peuple avec leur sang (voir "Le sang dans la Bible"). Ensuite un bouc, symboliquement chargé de tous les péchés du peuple, était envoyé dans le désert (d'où l'expression "le bouc émissaire").
Le Christ, lui, est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire du ciel, après avoir versé son propre sang pour libérer l'humanité entière de ses fautes.
Mort comme tous les hommes, il apparaîtra "une seconde fois", "pour le salut de ceux qui l'attendent".
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• Hé 10,5-10

Par l'obéissance de toute sa vie, le Verbe fait chair est offrande parfaite au Père. "Par lui, avec lui et en lui", le peuple saint présente à Dieu, "partout dans le monde, une offrande pure".

Remarques :
Versets 5-7.
θυσίαν καὶ προσφορὰν οὐκ ἠθέλησας, σῶμα δὲ κατηρτίσω μοι· ὁλοκαυτώματα καὶ περὶ ἁμαρτίας οὐκ εὐδόκησας·
τότε εἶπον· ἰδοὺ ἥκω, ἐν κεφαλίδι βιβλίου γέγραπται περὶ ἐμοῦ, τοῦ ποιῆσαι, ὁ Θεός, τὸ θέλημά σου.
Tu n'as voulu ni sacrifice ni offrande,
Mais tu m'as formé un corps;
Tu n'as agréé ni holocaustes ni sacrifices pour le péché.
Alors j'ai dit: Voici, je viens
(Dans le rouleau du livre il est question de moi)
Pour faire, ô Dieu, ta volonté: L'auteur de l'épître met dans la bouche du Christ le Ps 40,7-9:
זבח ומנחה לא־חפצת אזנים כרית לי עולה וחטאה לא שׁאלת׃
אז אמרתי הנה־באתי במגלת־ספר כתוב עלי׃
 לעשׂות־רצונך אלהי חפצתי ותורתך בתוך מעי׃
LXX (en bleu ce qui a été textuellement repris par l'auteur de l'épître, qui connaissait de toute évidence pratiquement par cœur cette traduction du psaume):
θυσίαν καὶ προσφορὰν οὐκ ἠθέλησας, ὠτία δὲ κατηρτίσω μοι· ὁλοκαύτωμα καὶ περὶ ἁμαρτίας οὐκ ᾔτησας.
τότε εἶπον Ἰδοὺ ἥκω, ἐν κεφαλίδι βιβλίου γέγραπται περὶ ἐμοῦ·
τοῦ ποιῆσαι τὸ θέλημά σου, ὁ θεός μου, ἐβουλήθην καὶ τὸν νόμον σου ἐν μέσῳ τῆς κοιλίας μου.
Ce sont les paroles du juste serviteur de Dieu qui se réjouit du salut divin, et qui sait que c'est la consécration pleine et entière d'une vie - plutôt que des sacrifices d'animaux - que Dieu agrée. 

Verset 6.
ὁλοκαυτώματα - holocaustes (le substantif, au singulier dans le  texte des LXX: ὁλοκαύτωμα,vient de ὅλος - tout entier, et de καίω brûler): l'holocauste est un sacrifice au cours duquel la victime est entièrement consumée sur l'autel; dans les "sacrifices de communion" au contraire, une partie de la chair de la victime était brûlée, et le reste consommé par les prêtres et les fidèles dans un repas sacré. Le Lévitique décrit longuement les différents rituels de sacrifices.

Verset 7.
ἐν κεφαλίδι βιβλίου ͂ - dans le rouleau du livre:
- Textuellement, le substantif κεφαλίς désigne chacune des "poignées" qui sont à l'extrémité (de κεφαλή képhalè, la tête => "céphalée", "encéphalite", "ECG: électroencéphalogramme", etc.) du bâton sur lequel le rouleau (ici du Sefer Tora') est enroulé; par extension, le mot a fini par désigner le "rouleau" lui-même.
- Ici l'expression désigne vraisemblablement le Premier Testament dans son ensemble, dont Jésus est l'accomplissement.
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• Hé 10,11-14;18

Une nouvelle expression de la supériorité absolue du sacerdoce de Jésus Christ: tandis que les prêtres "debout" devant Dieu doivent offrir sans cesse les mêmes sacrifices, il est, lui, "assis pour toujours à la droite de Dieu" parce qu'il a accompli - une fois pour toutes - le sacrifice dont il ne lui reste qu'à distribuer les fruits.
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• Hé 11,1-2;8-19

L'espérance a pour fondement la parole de Dieu qui fait et qui fera ce qu'elle dit. Voilà pourquoi la foi fait vraiment entrer déjà en possession de ce qu'elle espère. Parmi tous les ancêtres à la foi exemplaire, Abraham tient la première place. Trois épisodes majeurs de son histoire témoignent de sa confiance inébranlable dans les promesses de Dieu.

Sur le chapitre 11:
Ce chapitre s'ouvre sur une définition de la foi (vv.1-3 - je donne aussi ce troisième verset, car il fait partie intégrante, et importante, de cette définition).
Celle-ci est ensuite illustrée par la célèbre liste des héros de la Première Alliance, chaque évocation commençant et étant rythmée par "Πίστει- C'est par la foi que...":
- Abel (v.4),
- Hénoch (vv.5-6),
- Noé (v.7),
- Abraham (vv.8-12);
- [première occurrence de la restriction "Κατὰ πίστιν ἀπέθανον οὗτοι πάντες, μὴ λαβόντες τὰς ἐπαγγελίας - C'est dans la foi qu'ils sont tous morts, sans avoir obtenu les choses promises" (vv.13-16)]
- Abraham (vv.17-19);
- Isaac (v.20);
- Jacob (v.21);
- Joseph (v.22);
- Moïse (vv.23-29);
- Josué, Rahab et la prise de Jéricho (vv.30-31);
- Gédéon, Baraq, Samson, Jephté, David, Samuel, les prophètes, et "d'autres encore" (vv.32-38).
Mais, malgré leur foi remarquable et l'approbation divine, ces personnages du PT n'ont pas vu l'Alliance nouvelle, l'accomplissement dans le Christ de la promesse qui leur avait été faite (vv.39-40): "Καὶ οὗτοι πάντες μαρτυρηθέντες διὰ τῆς πίστεως οὐκ ἐκομίσαντο τὴν ἐπαγγελίαν,  τοῦ Θεοῦ περὶ ἡμῶν κρεῖττόν τι προβλεψαμένου, ἵνα μὴ χωρὶς ἡμῶν τελειωθῶσι - Tous ceux-là, à la foi desquels il a été rendu témoignage, n'ont pas obtenu ce qui leur était promis,  Dieu ayant en vue quelque chose de meilleur pour nous, afin qu'ils ne parvinssent pas sans nous à la perfection".

Traduction et remarques:

Verset 1.
Εστι δὲ πίστις ἐλπιζομένων ὑπόστασις πραγμάτων ἔλεγχος οὐ βλεπομένων. Or la foi est une ferme assurance des choses qu'on espère, une démonstration de celles qu'on ne voit pas.
ἐλπιζομένων - des choses qu'on espère: Le contenu de ce qui est espéré n'est pas précisé, mais il s'agit de réalités "qu'on ne voit pas" et qui appartiennent au monde à venir.
Les termes "assurance" et "démonstration" montrent que "la foi" n'est pas seulement une attitude humaine subjective, mais qu'elle est aussi un don de Dieu.
Au v.6, la foi est présentée comme l'attitude que Dieu apprécie, comme une démarche ("chercher Dieu", "s'approcher de lui") fondée sur une conviction: "Dieu existe".

Versets 2-3.
῎ἐν ταύτῃ γὰρ ἐμαρτυρήθησαν οἱ πρεσβύτεροι. 
Pour l'avoir possédée, les anciens ont obtenu un témoignage favorable.
Πίστει νοοῦμεν κατηρτίσθαι τοὺς αἰῶνας ῥήματι Θεοῦ, εἰς τὸ μὴ ἐκ φαινομένων τὰ βλεπόμενα γεγονέναι. 
C'est par la foi que nous reconnaissons que le monde a été organisé par la parole de Dieu, en sorte que ce qu'on voit n'a pas été fait de choses visibles.
• κατηρτίσθαι- a été organisé: "La foi" induit une certaine vision du monde, qui ne se limite pas à ce qui est perceptible naturellement: le monde a été créé "par la parole de Dieu", il dépend d'elle pour sa cohérence (voir 1,2), il trouve son sens et son harmonie dans la souveraineté invisible de Dieu.

Verset 8.
Le départ d’Abraham pour le pays de Canaan - 1614 – Pieter Lastman (Amsterdam, 1583-1633) - L’Ermitage, Saint-Petersbourg.  
Même si les costumes des personnages sont typiquement du XVIIème s., il n’en reste pas moins que l’accent est mis sur la lumière divine qui guide le vieil Abraham, et sur sa confiance en Dieu marquée par son attitude de prière.
Πίστει καλούμενος ᾿Αβραὰμ ὑπήκουσεν ἐξελθεῖν εἰς τὸν τόπον ὃν ἤμελλε λαμβάνειν εἰς κληρονομίαν, καὶ ἐξῆλθεν μὴ ἐπιστάμενος ποῦ ἔρχεται.
C'est par la foi qu'Abraham, lors de sa vocation, obéit et partit pour un lieu qu'il devait recevoir en héritage, et qu'il partit sans savoir où il allait.
• καλούμενος - lors de sa vocation:La foi d'Abraham s'exprime en réponse à l'appel de Dieu.

Versets 9-10.
Πίστει παρῴκησεν εἰς τὴν ῆν τῆς ἐπαγγελίας ὡς ἀλλοτρίαν, ἐν σκηναῖς κατοικήσας μετὰ ᾿Ισαὰκ καὶ ᾿Ιακὼβ τῶν συγκληρονόμων τῆς ἐπαγγελίας τῆς αὐτῆς·
C'est par la foi qu'il vint s'établir dans la terre promise comme dans une terre étrangère, habitant sous des tentes, ainsi qu'Isaac et Jacob, les cohéritiers de la même promesse.
ἐξεδέχετο γὰρ τὴν τοὺς θεμελίους ἔχουσαν πόλιν ἧς τεχνίτης καὶ δημιουργὸς ὁ Θεός.
Car il attendait la cité qui a de solides fondements, celle dont Dieu est l'architecte et le constructeur.
τὴν τοὺς θεμελίους ἔχουσαν πόλιν - la cité qui a de solides fondements: Par opposition à la précarité de la vie nomade, sous la tente. Mais cette "cité" est surtout la Jérusalem céleste (12,22; 13,14; Ap 21,2;10-27).

Versets 11-12.
Πίστει καὶ αὐτὴ Σάρρα δύναμιν εἰς καταβολὴν σπέρματος ἔλαβε καὶ παρὰ καιρὸν ἡλικίας ἔτεκεν, ἐπεὶ πιστὸν ἡγήσατο τὸν ἐπαγγειλάμενον.
C'est par la foi que Sara elle-même, malgré son âge avancé, fut rendue capable d'avoir une postérité, parce qu'elle crut à la fidélité de celui qui avait fait la promesse.
διὸ καὶ ἀφ᾿ ἑνὸς ἐγεννήθησαν, καὶ ταῦτα νενεκρωμένου, καθὼς τὰ ἄστρα τοῦ οὐρανοῦ τῷ πλήθει καὶ ὡς ἡ ἄμμος ἡ παρὰ τὸ χεῖλος τῆς θαλάσσης ἡ ἀναρίθμητος.
C'est pourquoi d'un seul homme, déjà marqué par la mort, naquit une postérité nombreuse comme les étoiles du ciel, comme le sable qui est sur le bord de la mer et qu'on ne peut compter.
L'hospitalité d'Abraham - Gerbrand van den EECKHOUT (1621-1674, Amsterdam) - 1656 - L'Ermitage, Saint-Pétersbourg.

Au plan artistique, on notera que l’artiste a vêtu Abraham « à l’orientale », selon son temps, et qu’au lieu de le représenter devant une tente, il le place devant des constructions « en dur ». Il respecte en revanche la notation de Gn 18,4: les personnages sont bien installés sous un chêne. On remarquera également l’impression d’opulence que dénotent la richesse des tissus et de la vaisselle, le nombre de serviteurs (vêtus comme des paysans du XVIIème s.) et des animaux domestiques, ainsi que le paon au premier plan à gauche.
Au plan théologique, on notera que van den Eeckhout, s’il a doté d’ailes les trois visiteurs d’Abraham, il a donné à deux d’entre eux des couleurs (teint, vêtements) « humaines », tandis que le troisième semble irradier une lumière blanche, surnaturelle. Il différencie ainsi « les deux anges » de « YHWH-l’Éternel » (voir note sur Gn 18,2 à cette page); c’est d’ailleurs bien ce dernier personnage « lumineux » qui, le repas achevé, tourné vers Abraham, adresse à ce dernier (qui semble esquisser un geste d’humilité) la prophétie de Gn 18,10.
αὐτὴ Σάρρα - Sara elle-même: Voir, en Gn 18,11-15 ("le rire de Sara"), que la confiance de Sara n'a pas pourtant été aussi immédiate que celle d'Abraham!
νενεκρωμένου - marqué par la mort: Selon Gn 21,5, Abraham avait 100 ans; comp. Rm 4,19.
• ὡς ἡ ἄμμος ἡ παρὰ τὸ χεῖλος τῆς θαλάσσης - comme le sable qui est sur le bord de la mer: Voir Gn 15,5.

Verset 13.
Κατὰ πίστιν ἀπέθανον οὗτοι πάντες, μὴ λαβόντες τὰς ἐπαγγελίας, ἀλλὰ πόρρωθεν αὐτὰς ἰδόντες, καὶ ἀσπασάμενοι, καὶ ὁμολογήσαντες ὅτι ξένοι καὶ παρεπίδημοί εἰσι ἐπὶ τῆς γῆς.
C'est dans la foi qu'ils sont tous morts, sans avoir obtenu les choses promises; mais ils les ont vues et saluées de loin, reconnaissant qu'ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre.
• Κατὰ πίστιν- C'est dans la foi: Comme on l'a vu dans la présentation de ce chap., on aborde ici une première fois ce qui sera la conclusion de cette liste des "aînés dans la foi": malgré leur foi, ils n'ont pas vu l'accomplissement dans le Christ de la Promesse; la formule d'ouverture du verset a donc changé, on est passé de "Πίστει" à "Κατὰ πίστιν".
ξένοι καὶ παρεπίδημοί εἰσι ἐπὶ τῆς γῆς- étrangers et voyageurs sur la terre: Voir Gn 23,4.

Versets 14-16.
οἱ γὰρ τοιαῦτα λέγοντες ἐμφανίζουσιν ὅτι πατρίδα ἐπιζητοῦσι.
Ceux qui parlent ainsi montrent qu'ils cherchent une patrie.
καὶ εἰ μὲν ἐκείνης ἐμνημόνευον, ἀφ᾿ ἧς ἐξῆλθον, εἶχον ἂν καιρὸν ἀνακάμψαι·
S'ils avaient eu en vue celle d'où ils étaient sortis, ils auraient eu le temps d'y retourner. 
νῦν δὲ κρείττονος ὀρέγονται, τοῦτ᾿ ἔστιν, ἐπουρανίου. διὸ οὐκ ἐπαισχύνεται αὐτοὺς ὁ Θεὸς Θεὸς ἐπικαλεῖσθαι αὐτῶν· ἡτοίμασε γὰρ αὐτοῖς πόλιν.
Mais maintenant ils en désirent une meilleure, c'est-à-dire une céleste. C'est pourquoi Dieu n'a pas honte d'être appelé leur Dieu, car il leur a préparé une cité.
• οὐκ ἐπαισχύνεται αὐτοὺς ὁ Θεὸς Θεὸς ἐπικαλεῖσθαι αὐτῶν- Dieu n'a pas honte d'être appelé leur Dieu: Car Dieu a tenu sa promesse, même si les Anciens n'en ont pas vu la réalisation.
πόλιν - une cité: Voir plus haut, v.10 et note.

Verset 17.
Πίστει προσενήνοχεν ᾿Αβραὰμ τὸν ᾿Ισαὰκ πειραζόμενος, καὶ τὸν μονογενῆ προσέφερεν ὁ τὰς ἐπαγγελίας ἀναδεξάμενος,
C'est par la foi qu'Abraham offrit Isaac, lorsqu'il fut mis à l'épreuve, et qu'il offrit son fils unique, lui qui avait reçu les promesses,

Abraham conduisant son fils Isaac au Sacrifice – vers 1535 – Maître flamand anonyme, actif à Anvers de 1525 à 1550 – Musée du Louvre, Paris ->
L'artiste fait figurer les divers moments du récit sur ce même panneau:
- En bas, Abraham avec ses serviteurs (tous sont vêtus comme les contemporains de l'artiste) se prépare à partir; il aide son jeune fils à se charger du bois de l'holocauste.
- Puis tous deux montent vers le lieu du sacrifice.
- Au sommet, un ange arrête le bras d'Abraham; l'animal qui servira au sacrifice est pris dans un buisson (détail ci-dessous)
• Αβραὰμ  πειραζόμενος- Abraham, lorsqu'il fut mis à l'épreuve: "Mis à l'épreuve" par Dieu, dont la demande concernant Isaac semble contredire la promesse, Abraham fait preuve de "foi" puisqu'il croit que Dieu tiendra, malgré toutes les apparences, cette promesse - qui passe nécessairement par Isaac - même si cela doit passer par un miracle aussi extraordinaire qu'une résurrection (v.19).

Verset 18.
πρὸς ὃν ἐλαλήθη ὅτι ἐν ᾿Ισαὰκ κληθήσεταί σοι σπέρμα,
et à qui il avait été dit: En Isaac sera nommée pour toi une postérité.
• ἐν ᾿Ισαὰκ κληθήσεταί σοι σπέρμα - En Isaac sera nommée pour toi une postérité: Citation littérale de la traduction (elle-même littérale) des LXX pour Gn 21,12:
 ביצחק יקרא לך זרע׃


Verset 19.
λογισάμενος ὅτι καὶ ἐκ νεκρῶν ἐγείρειν δυνατὸς ὁ Θεός· ὅθεν αὐτὸν καὶ ἐν παραβολῇ ἐκομίσατο.
Il pensait que Dieu est puissant, même pour ressusciter [quelqu'un] d'entre les morts; aussi le recouvra-t-il en une préfiguration [de la résurrection].
ἐκ νεκρῶν ἐγείρειν - pour ressusciter d'entre les morts: Gn 22,5;8 indiquent qu'Abraham s'attendait à revenir avec son fils. Comp. Rm 4,17.
•  ἐν παραβολῇ - en une préfiguration
L’histoire d’Abraham - 1425-52 – Lorenzo Ghiberti (Florence, 1378-1455) -
Baptistère, Florence

Chacun des panneaux des « Portes du Paradis » présente plusieurs épisodes d’un même récit biblique,
le Premier Testament préfigure le Nouveau; ainsi, la « ligature d’Isaac » apparaît à l’arrière-plan comme une préfiguration du sacrifice du Christ et de sa résurrection, les trois « anges » sont une révélation de la Trinité, le repas préparé par Sarah prophétise l’institution de l’Eucharistie.
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• Hé 12,5-7;11-13

Dieu agit toujours en Père qui aime ses enfants. Il ne veut que leur bien, et ne les soumet jamais à des épreuves inutiles. Les difficultés qu'ils rencontrent sur la route où ils sont engagés à la suite du Christ doivent être comprises et assumées comme autant d'appels à se dépasser, à devenir plus "justes", à acquérir une nouvelle vigueur, à "niveler la piste pour y marcher" plus allègrement.

Sur Hé 12,1-13:
L'exemple des héros de la Première Alliance conduit à une exhortation - qui repose sur une image sportive (v.1c: δι᾿ ὑπομονῆς τρέχωμεν τὸν προκείμενον ἡμῖν ἀγῶνα - courons avec persévérance dans la compétition qui nous est ouverte) - faisant le lien entre la foi et l'endurance dans l'épreuve. La vie du chrétien est comme une course, inspirée par l'exemple des prédécesseurs et concentrée sur le Christ, celui qui ouvre le chemin de la foi et la porte à la perfection (il est le "couronnement" de la liste du chapitre 11).
De même que les souffrances du Christ n'ont pas été vaines et qu'elles ont fait de lui "l'auteur d'un salut éternel" (5,8-9), de même celles des croyants sont intégrées à la discipline par laquelle Dieu veut les conduire à "une vie juste, vécue dans la paix" (12,3-13).
Je donne également ici la traduction des vv.8-10, qui permettent de mieux suivre le raisonnement de l'auteur de l'épître - même s'ils sont omis dans la lecture liturgique.

Versets 5-6.
καὶ ἐκλέλησθε τῆς παρακλήσεως, ἥτις ὑμῖν ὡς υἱοῖς διαλέγεται· υἱέ μου, μὴ ὀλιγώρει παιδείας Κυρίου, μηδὲ ἐκλύου ὑπ᾿ αὐτοῦ ἐλεγχόμενος.
Et vous avez oublié l'exhortation qui vous est adressée comme à des fils:
"Mon fils, ne méprise pas le châtiment du Seigneur,
Et ne perds pas courage lorsqu'il te reprend;
ὃν γὰρ ἀγαπᾷ Κύριος παιδεύει, μαστιγοῖ δὲ πάντα υἱὸν ὃν παραδέχεται.
Car le Seigneur châtie celui qu'il aime,
Et il frappe de la verge tous ceux qu'il reconnaît pour ses fils".
• υἱέ μου, μὴ ὀλιγώρει παιδείας Κυρίου, μηδὲ ἐκλύου ὑπ᾿ αὐτοῦ ἐλεγχόμενος ὃν γὰρ ἀγαπᾷ Κύριος παιδεύει, μαστιγοῖ δὲ πάντα υἱὸν ὃν παραδέχεται-
"Mon fils [...] ses fils": Citation de Pr 3,11-12:
 מוסר יהוה בני אל־תמאס ואל־תקץ בתוכחתו׃
Mon fils, ne méprise pas la correction de YHWH-l'Éternel,
Et ne t'effraie point de ses châtiments;
LXX: Υἱέ, μὴ ὀλιγώρει παιδείας κυρίου μηδὲ ἐκλύου ὑπ᾿ αὐτοῦ ἐλεγχόμενος·
כיאת אשׁר יאהב יהוה יוכיח וכאב את־בן ירצה׃
Car YHWH-l'Éternel châtie celui qu'il aime,
Comme un père l'enfant qu'il chérit.
LXX: ὃν γὰρ ἀγαπᾷ κύριος παιδεύει, μαστιγοῖ δὲ πάντα υἱὸν ὃν παραδέχεται.
Par cette citation (plus proche de l'hébreu que de la LXX - puisqu'elle précise, contrairement à cette dernière, "υἱέ μου", "mon fils"; LXX a déjà adopté l'usage grec de ne pas utiliser le possessif au vocatif: "Υἱέ","fils"), l'auteur de l'épître invite ses lecteurs à porter un autre regard sur les épreuves: puisque Dieu peut les utiliser pour leur éducation,
1. ils doivent les prendre au sérieux;
2. ils ne doivent pas se laisser décourager par elles.
On notera que la LXX utilise pour traduire le tétragramme יהוה son qéré אֲדֹנָי  (littéralement: "mon Seigneur"), en grec: Κύριος; ce fait de langue nous indique que les Juifs, au IIIème s. av.J.C., considéraient déjà le tétragramme comme un kétiv imprononçable (voir à cette page).

Verset 7.
εἰς παιδείαν ὑπομένετε, ὡς υἱοῖς ὑμῖν προσφέρεται ὁ Θεός· τίς γὰρ ἐστιν υἱὸς ὃν οὐ παιδεύει πατήρ;
Supportez le châtiment: c'est comme des fils que Dieu vous traite; car quel est le fils qu'un père ne châtie pas?
τίς γὰρ ἐστιν υἱὸς ὃν οὐ παιδεύει πατήρ; - car quel est le fils qu'un père ne châtie pas?: Voir l'exemple par excellence donné par Jésus: "élevé à la perfection" (2,10) il a pourtant "appris l'obéissance" (5,8); sa situation particulière (il était "sans péché", 4,15) oblige à envisager un apprentissage - certes réel - de l'obéissance, mais qui ne passe pas par la désobéissance; on pourrait concevoir cet apprentissage comme un approfondissement permis par une attitude victorieuse face à de multiples épreuves.

Versets 8-9.
εἰ δὲ χωρίς ἐστε παιδείας, ἧς μέτοχοι γεγόνασι πάντες, ἄρα νόθοι ἐστὲ καὶ οὐχ υἱοί.
Mais si vous êtes exempts du châtiment auquel tous ont part, vous êtes donc des enfants illégitimes, et non des fils.
εἶτα τοὺς μὲν τῆς σαρκὸς ἡμῶν πατέρας εἴχομεν παιδευτὰς καὶ ἐνετρεπόμεθα· οὐ πολλῷ μᾶλλον ὑποταγησόμεθα τῷ πατρὶ τῶν πνευμάτων καὶ ζήσομεν;
D'ailleurs, puisque nos pères selon la chair nous ont châtiés, et que nous les avons respectés, ne devons nous pas à bien plus forte raison nous soumettre au Père selon les esprits, pour avoir la Vie?
τῷ πατρὶ τῶν πνευμάτων- au Père selon les esprits: Le Père céleste est ici opposé aux parents terrestres, l'un est Père des croyants quant à leur "esprit", leur âme, les autres le sont quant à "la chair"; les uns donnent la vie corporelle, l'autre donne la Vie éternelle: sa paternité est donc plus fondamentale.

Versets 10-12.
οἱ μὲν γὰρ πρὸς ὀλίγας ἡμέρας κατὰ τὸ δοκοῦν αὐτοῖς ἐπαίδευον, ὁ δὲ ἐπὶ τὸ συμφέρον, εἰς τὸ μεταλαβεῖν τῆς ἁγιότητος αὐτοῦ.
Nos pères nous châtiaient pour peu de jours, comme ils le trouvaient bon; mais Dieu nous châtie pour notre bien, afin que nous participions à sa sainteté.
πᾶσα δὲ παιδεία πρὸς μὲν τὸ παρὸν οὐ δοκεῖ χαρᾶς εἶναι, ἀλλὰ λύπης, ὕστερον δὲ καρπὸν εἰρηνικὸν τοῖς δι᾿ αὐτῆς γεγυμνασμένοις ἀποδίδωσι δικαιοσύνης.
Il est vrai que tout châtiment semble d'abord un sujet de tristesse, et non de joie; mais il produit plus tard pour ceux qui ont été ainsi exercés un fruit paisible de justice.
Διὸ τὰς παρειμένας χεῖρας καὶ τὰ παραλελυμένα γόνατα ἀνορθώσατε,
Donc
"Fortifiez vos mains languissantes
Et vos genoux affaiblis";
τὰς παρειμένας χεῖρας καὶ τὰ παραλελυμένα γόνατα ἀνορθώσατε- "Fortifiez vos mains languissantes et vos genoux affaiblis":
D'après Is 35,3:
חזקו ידים רפות וברכים כשׁלות אמצו׃
Fortifiez les mains languissantes,
Et affermissez les genoux qui chancellent.
Isaïe dans ce v. adressait à un peuple accablé une exhortation au courage et à la foi.
LXX: ἰσχύσατε, χεῖρες ἀνειμέναι καὶ γόνατα παραλελυμένα·
L'auteur de la lettre, ici encore (et bien plus qu'au v.5), traduit directement la citation de l'hébreu en grec, sans passer par l'intermédiaire de la LXX.

Verset 13.
καὶ τροχιὰς ὀρθὰς ποιήσατε τοῖς ποσὶν ὑμῶν, ἵνα μὴ τὸ χωλὸν ἐκτραπῇ, ἰαθῇ δὲ μᾶλλον.
et suivez avec vos pieds des voies droites, afin que ce qui est boiteux ne dévie pas, mais plutôt se raffermisse.
• τροχιὰς ὀρθὰς ποιήσατε τοῖς ποσὶν ὑμῶν- suivez avec vos pieds des voies droites:
Voir Pr 4,26:
פלס מעגל רגלך וכל־דרכיך יכנו׃
Aplanis le chemin de tes pieds,
Et que toutes tes voies soient sures.
Les deux citations des vv.12-13 prolongent l'image du v.1, du chemin et de la course;  nous avons donc ici une métaphore filée - et de façon très adroite, puisque qu'elle l'est avec deux citations vétérotestamentaires, ce qui prouve une fois encore que l'auteur connaissait parfaitement la TaNaKh.
LXX: ὀρθὰς τροχιὰς ποίει σοῖς ποσὶν καὶ τὰς ὁδούς σου κατεύθυνε.
Si l'auteur utilise ici la LXX, c'est approximativement; on peut en déduire qu'il la connaissait suffisamment pour la citer de mémoire (les citations systématiquement rigoureuses étant généralement le fait d'auteurs ayant l'ouvrage sous les yeux). C'est donc un grand connaisseur du PT.
• τροχιὰς ὀρθὰς - des voies droites:Invitation à suivre le chemin de la sagesse et du bien.
L'exhortation qui est tirée de ces citations invite la communauté à être attentive à son état spirituel, et peut-être en particulier à celui de ses membres qui sont les plus faibles ou les plus en danger spirituel.
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• Hé 12,18-19;22-24

Au Sinaï, Dieu a manifesté sa puissance.
En Jésus, il se révèle dans l'humilité.
Par lui, les croyants d'aujourd'hui et de tous les temps entrent en communion avec tous ceux qui déjà sont avec lui dans la Cité du Dieu vivant.

Sur Hé 12,14-29 :
La lettre s'achève sur un mélange d'avertissements et d'exhortations solennels. L'auteur y fait encore largement appel au PT.
Illustré par l'exemple d'Esaü, c'est d'abord le risque de passer à côté de la grâce de Dieu qui est évoqué (vv.14-17).
Puis une description impressionnante de la théophanie et de la Révélation de Dieu au Sinaï permet à l'auteur de rappeler l'heureuse espérance de celui qui persévère (vv.18-23).
Mais celui qui refuse d'entendre le message du Médiateur de la Nouvelle Alliance se trouvera dans la situation de Caïn le meurtrier, ou des Juifs incrédules (vv.24-25): entre les mains du juste Juge dont la puissance réduit à néant tout ce qui n'appartient pas à son Royaume inébranlable (vv.26-29).
Je donne également ici la traduction des vv.20-21, qui permettent de mieux suivre le raisonnement de l'auteur de l'épître - même s'ils sont omis dans la lecture liturgique.

Versets 18-19.
Οὐ γὰρ προσεληλύθατε ψηλαφωμένῳ ὄρει καὶ κεκαυμένῳ πυρὶ καὶ γνόφῳ καὶ σκότῳ καὶ θυέλλῃ
Les Tables de la Loi et le veau d’or - 1481-82 – Cosimo ROSSELLI (Florence, 1439-1507) – Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican.

Au second plan, à gauche, les Hébreux attendent dans leur campement Moïse monté au sommet du Sinaï (ci-dessous); le jeune homme qui attend Moïse à mi-hauteur du Sinaï est Josué, qui n'ose regarder.
Au premier plan, à gauche, Moïse rapporte les Tables de la Loi au peuple; mais, au centre, il voit que ce dernier vénère le veau d'or (sur un autel, sous la théophanie) et brise les Tables.
Au second plan, à droite, la condamnation des idolâtres.


Détail ci-dessous: Le peuple attend Moïse au pied du Sinaï



Vous ne vous êtes pas approchés d'une montagne qu'on pouvait toucher et qui était embrasée par le feu, ni de la nuée, ni des ténèbres, ni de la tempête,
 καὶ σάλπιγγος ἤχῳ καὶ φωνῇ ῥημάτων, ἧς οἱ ἀκούσαντες παρῃτήσαντο μὴ προστεθῆναι αὐτοῖς λόγον·
ni du retentissement de la trompette, ni du bruit des paroles, tel que ceux qui l'entendirent demandèrent qu'il ne leur en fût adressé aucune de plus,


Détail ci-dessous: Moïse et la théophanie
Voir Ex 19,16; Dt 4,12; voir aussi à cette page, le § 2.1. sur la théophanie au Sinaï.
Versets 20-21.
οὐκ ἔφερον γὰρ τὸ διαστελλόμενον· κἂν θηρίον θίγῃ τοῦ ὄρους, λιθοβοληθήσεται·
car ils ne supportaient pas cette déclaration: "Si même une bête touche la montagne, elle sera lapidée". 
καί, οὕτω φοβερὸν ἦν τὸ φανταζόμενον, Μωϋσῆς εἶπεν· ἔκφοβός εἰμι καὶ ἔντρομος·
Et ce spectacle était si terrible que Moïse dit: "Je suis épouvanté" et tout tremblant!
Voir Ex 19,12-13; Dt 9,19. Cette description effrayante de la situation des Hébreux face à la Révélation sinaïtique et à la théophanie vise à mettre en valeur la bénédiction que représente la nouvelle situation (vv.22-23).

Verset 22.
ἀλλὰ προσεληλύθατε Σιὼν ὄρει καὶ πόλει Θεοῦ ζῶντος, ῾Ιερουσαλὴμ ἐπουρανίῳ, καὶ μυριάσιν ἀγγέλων, πανηγύρει
Mais vous vous êtes approchés de la montagne de Sion, de la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, des myriades qui forment le chœur des anges,

Les portes du Paradis – Panneau de triptyque (détail)1467-71 HansMEMLING (vers 1440-1494) –  Muzeum Narodowe, Gdansk ->



L'ensemble de la construction évoque la Jérusalem céleste; son portail - celui d'un édifice gothique - comporte des balcons avec des anges musiciens qui accueillent les élus, que d'autres anges revêtent de leurs tenues de Vie; le gable, qui présente la création d'Ève, renforce encore la portée messianique de la scène.

Σιὼν ὄρει - la montagne de Sion: Deux montagnes (l'Horeb ou Sinaï au v.18 et le mont Sion ici) évoquent les deux Alliances.
• Ιερουσαλὴμ ἐπουρανίῳ- la Jérusalem céleste: Voir plus haut 11,10 et note.
• μυριάσιν ἀγγέλων, πανηγύρει- des myriades qui forment le chœur des anges: Ils célèbrent la gloire de Dieu.
Verset 23.
καὶ ἐκκλησίᾳ πρωτοτόκων ἐν ουρανοῖς ἀπογεγραμμένων, καὶ κριτῇ Θεῷ πάντων, καὶ πνεύμασι δικαίων τετελειωμένων,
de l'assemblé des premiers-nés inscrits dans les cieux, du juge qui est le Dieu de tous, des esprits des justes parvenus à la perfection,
• ἐκκλησίᾳ πρωτοτόκων- de l'assemblé des premiers-nés: C'est-à-dire la multitude des croyants, d'ores et déjà frères et sœurs du Premier-Né par excellence (comp. tout ce passage à 1,1-6 et notes, plus haut; sur ce terme, voir particulièrement la note sur "τὸν πρωτότοκον/בּכורbekôr - premier-né" en 1,6) et héritiers avec lui des privilèges de cette filiation.
πνεύμασι δικαίων τετελειωμένων- des esprits des justes parvenus à la perfection: Les croyants décédés qui ont "couru avec endurance" (13,1), dont "la foi a été portée à la perfection" (13,2) et qui attendent, dans la présence de Dieu, la rédemption des corps.
Verset 23.
καὶ διαθήκης νέας μεσίτῃ ᾿Ιησοῦ, καὶ αἵματι ῥαντισμοῦ κρεῖττον λαλοῦντι παρὰ τὸν ῎Αβελ.
de Jésus qui est le médiateur de la nouvelle alliance, et du sang de l'aspersion qui parle mieux que celui d'Abel.
διαθήκης νέας μεσίτῃ - le médiateur de la nouvelle alliance: Voir 7,22;8,6.
αἵματι ῥαντισμοῦ - du sang de l'aspersion: Voir cette page.
κρεῖττον λαλοῦντι παρὰ τὸν ῎Αβελ - qui parle mieux que celui d'Abel: Abel est mort, victime de la méchanceté de son frère.
<- Caïn et Abel - Détail d'un panneau (XIème s.?) de porte en bronze - San Zeno, Vérone
Son sang "criait vengeance" (Gn 4,10).
Jésus aussi est mort par la suite de la méchanceté de ses "frères" les hommes - mais son sang couvre les péchés de ceux qui croient en lui.



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2. L'Épître de saint Jacques

1. Canonicité.
L'épître de Jacques ne fut reçue que progressivement dans l'Eglise.
Si sa canonicité ne semble pas avoir posé de problème en Égypte, où Origène la cite comme Écriture inspirée, Eusèbe de Césarée, au début du IVème siècle, reconnaît qu'elle est encore contestée par certains.
Dans les Églises de langue syriaque,  elle est introduite dans le Canon du Nouveau Testament au cours du IVème siècle.
En Afrique, elle est inconnue de Tertullien et de Cyprien; le catalogue de Mommsen (vers 360) ne la contient pas encore.
A Rome, elle ne figure pas dans le Canon de Muratori, attribué à saint Hippolyte (vers 200); si l'on a un temps pensé que cette épître avait été citée par saint Clément de Rome et par l'auteur du Pasteur d'Hermas, on reconnaît de plus en plus aujourd'hui que ces affinités s'expliquent par l'utilisation de sources communes, et par le fait que les auteurs devaient affronter des difficultés analogues (cf. infra).
Elle ne s'imposera dans l'ensemble des Églises d'Orient et d'Occident que vers la fin du IVème siècle.

2. L'auteur.
Quand les Églises acceptent la canonicité de cette épître, elles identifient communément son auteur avec Jacques "le Mineur", "frère du Seigneur", au rôle marquant dans la première communauté de Jérusalem dont il fut l'une des "colonnes", martyrisé en 62.

Il est distinct de Jacques, fils de Zébédée, qu'Hérode Agrippa Ier fit décapiter en 44. Il était le frère de Jean,  l'un des Douze, et l'un des quatre premiers appelés (avec son frère, ainsi que Simon-Pierre et André).

Mt 10,2sqq parle aussi de Jacques, fils d'Alphée.
L'un de ces "Jacques" est-il l'auteur de cette épître?  Ou encore une autre personne portant ce nom? ou se réclamant de celui-ci?
Si son auteur avait réellement été "le frère du Seigneur", considéré comme le premier évêque de Jérusalem, proche du Christ, personnage de tout premier plan, on comprend mal la difficulté que cette épître a eue pour s'imposer comme canonique.
D'autre part, elle a été rédigée directement en grec - avec toutes les qualités de la rhétorique hellénistique: élégance, richesse de vocabulaire, phrases très construites. Difficile d'imaginer ce style sous le calame d'un Galiléen... sinon avec l'aide d'un disciple hellénisant - mais rien ne permet d'étayer cette conjecture.
Enfin et surtout, comme on l'a vu plus haut, cette épître présente de nombreuses analogies avec des textes de la fin du Ier ou du début du IIème siècles - en particulier la première lettre de Clément de Rome et Le Pasteur d'Hermas.
En conséquence, de nombreux exégètes placent la composition de cette épître vers la fin du Ier siècle, voire le début du IIème.
Le caractère archaïque de sa christologie s'expliquerait alors, non par l'antiquité de sa rédaction,  mais parce qu'elle émanerait de milieux judéo-chrétiens héritiers de la pensée de Jacques,  frère de Jésus qui, repliés sur eux-mêmes (en particulier à cause des persécutions), seraient restés fermés aux développements de la théologie chrétienne primitive.

3. Le contenu.
L'épître de Jacques contient une série de directives pratiques adressées "ταις δωδεκα φυλαις ταις εν τη διασπορα- aux Douze tribus de la Diaspora" (1,1), c'est-à-dire très vraisemblablement à tous les chrétiens d'origine juive dispersés dans le monde hellénistico-romain.
Dans un langage vivant et énergique, aux images frappantes, l'auteur leur écrit pour dénoncer la façon dont ils se comportent tant dans leurs relations mutuelles que vis-à-vis des non-chrétiens.
Jacques évoque d'abord la sagesse: elle vient de Dieu, et doit lui être demandée avec une foi entière (1,2-8).
Après quoi les instructions concernent successivement
- la pauvreté et la richesse;
- les épreuves et les tentations;
- la vraie religion, qui doit se traduire par les actes (1,9-27).
L'auteur s'en prend ensuite vigoureusement à toute discrimination dans la communauté (2,1-13).
Puis il aborde ce qu'on peut considérer comme le thème fondamental de sa lettre: la relation entre la foi et les actes (2,14-26).
Dans un passage plein de comparaisons expressives, il dénonce ensuite les maux commis par la langue (3,1-12), et revient au thème de la véritable sagesse (3,13-18).
Il réprimande sévèrement les gens
- qui causent des disputes,
- qui sont amis du monde,
- qui s'arrogent le droit de juger leurs frères;
et il attaque les riches qui exploitent leurs employés (4,1 - 5,6).
Pour terminer, il recommande la patience, la prière persévérante, et l'entraide spirituelle (5,7-20).
L'exigence posée par cette sorte de lettre circulaire est donc claire: il ne suffit pas de croire théoriquement à la Bonne Nouvelle de Jésus; il faut que la foi s'exprime dans les comportements car "η πιστις χωρις εργων νεκρα εστιν - la foi sans les actes est morte" (2,26).
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• Jc 2,1-5

La manière dont se tiennent les réunions d'un groupe, la place reconnue aux uns et aux autres, révèlent en particulier le type de relations qui règnent entre les membres, leurs éventuelles inégalités ou - au contraire - le respect et la considération dont chacun est l'objet.
Il en va de même dans l'assemblée liturgique, image la plus visible de l'Eglise, où les différences de condition sociale ne doivent pas entrer en ligne de compte.
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• Jc 2,14-18.

La question du rapport entre la foi et les œuvres s'est posée très tôt.
La lettre de Jacques ne la résout pas: elle répond simplement à ceux qui estiment que la foi sans les œuvres suffit pour être sauvé; Paul quant à lui (Rm 1,16 - 8,39) conteste ceux qui - à l'inverse - pensent devoir le salut à leurs seules bonnes actions.
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• Jc 3,16-4,3.

Comme la foi, la "sagesse qui vient de Dieu"
- se traduit en actes.
- Droiture, paix, tolérance, justice, miséricorde en sont les fruits.
- Elle s'oppose à la convoitise, source de tous les maux.
- La prière qu'elle inspire est exaucée, parce qu'elle demande les vrais biens.
"Vous ne pouvez servir Dieu et l'argent" dit Jésus (Mt 6,24). Ils sont donc à plaindre, ceux qui ont des richesses, car, s'ils n'y prennent garde, cette possession risque de les "posséder" et de mettre en péril leur appartenance au Seigneur et leur avenir éternel.

Jésus n’a cessé de le dire, c’est du cœur que proviennent les pensées et les intentions qui inspirent et qualifient les actes. Mais il faut compter aussi avec le corps, maîtriser ses pulsions. On doit aussi lutter contre la séduction des idoles, dont l’une des plus dangereuses et des plus voraces est l’argent (cf. Mt 6,24) : ceux qui possèdent des richesses se trouvent spécialement en danger de se perdre…
Tout cela, Jésus l’a enseigné non seulement en paroles, mais en actes : accueillant à tous, il s’est fait pauvre jusqu’à se dépouiller de sa divinité (cf. Ph 2,6) pour nous enrichir de sa pauvreté…
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• Jc 5,7-10

Entre la première venue du Seigneur et son dernier avènement, c'est le temps de l'espérance, pétrie de patience et de persévérance, qui rebondit sans cesse, jusqu'au plus profond de l'épreuve.
Tentation et épreuve (vv.7-11), sagesse et parole vraie (v.12), prière pour ceux qui passent par la pauvreté de la vie (vv.13-18): Jacques  - reprenant les trois thèmes principaux qui structurent sa lettre - invite ses lecteurs au courage, au respect de la vérité et des autres, et à la prière -signe de solidarité avec autrui. Car, à l'exemple de Job, des prophètes et d'Élie, nous sommes appelés à vivre notre vie devant Dieu, avec le souci, en particulier, de ceux qui s'éloignent de lui (vv.19-20).
  

Traduction et remarques:

Verset 7.
῎Μακροθυμήσατε οὖν, ἀδελφοί, ἕως τῆς παρουσίας τοῦ Κυρίου. ἰδοὺ ὁ γεωργὸς ἐκδέχεται τὸν τίμιον καρπὸν τῆς γῆς, μακροθυμῶν ἐπ᾿ αὐτῷ ἕως λάβῃ ὑετὸν πρώϊμον καὶ ὄψιμον·
Soyez donc patients, frères jusqu'à l'avènement du Seigneur. Voici, le laboureur attend le précieux fruit de la terre, prenant patience à son égard, jusqu'à ce qu'il ait reçu les pluies de la première et de l'arrière-saison.
• Μακροθυμήσατε- Soyez patients: Le verbe grec "μακροθυμέω makrothuméō" signifie litt. "ayez un coeur patient". Il est en effet construit sur les deux termes "μακρός makros - long" et "θυμός thumos - coeur, âme"; il a ainsi exactement la même étymologie que l'adjectif français "longanime" (= "dont le coeur est patient"), calqué lui sur le latin.
• ὑετὸν πρώϊμον καὶ ὄψιμον- les pluies de la première et de l'arrière-saison: Litt. "ὑετός huetos - une pluie; πρώΐμος proïmos - du matin -> de l'automne (la "première" saison de pluie, celle où on l'attend); καί kaï - et; ψιμος opsimos - tardive -> du printemps (la "dernière" période de pluie avant la sécheresse de l'été) -> "les pluies de l'automne et du printemps".

Verset 8.
μακροθυμήσατε καὶ ὑμεῖς, στηρίξατε τὰς καρδίας ὑμῶν, ὅτι ἡ παρουσία τοῦ Κυρίου ἤγγικε.
Vous aussi, soyez patients, affermissez vos cœurs, car l'avènement du Seigneur est proche.

Verset 9.
μὴ στενάζετε κατ᾿ ἀλλήλων, ἀδελφοί, ἵνα μὴ κριθῆτε· ἰδοὺ ὁ κριτὴς πρὸ τῶν θυρῶν ἕστηκεν.
Ne murmurez pas les uns contres les autres, frères, afin que vous ne soyez pas jugés: voici, le juge se tient devant la porte.

• μὴ στενάζετε κατ᾿ ἀλλήλων- Ne murmurez pas les uns contres les autres: Voir 2,8;4,11. La Loi invitait déjà à l'amour du prochain: "אהבת לרעך כמוך - Tu aimeras ton prochain comme toi-même" (Lv 19,18); ce commandement, qui était considéré comme un des fondements de celle-ci (associé à l'amour pour Dieu: voir Mt 22,34-40), a été largement repris dans le NT par Jésus et les apôtres (Rm 13,9; Ga 5,14 par ex.); Jacques invite ses lecteurs à interpréter toute la Loi du PT à la lumière du commandement d'amour.  

Verset 10.
ὑπόδειγμα λάβετε, ἀδελφοί μου, τῆς κακοπαθείας καὶ τῆς μακροθυμίας τοὺς προφήτας, οἳ ἐλάλησαν τῷ ὀνόματι Κυρίου.
Prenez, mes frères, pour modèles de souffrance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur.

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3. Les Épîtres de saint Pierre

• 1P 1,3-9

"Saint!" - קדיש Qaddish en araméen, קדוש Qaddosh en hébreu, ἅγιος
hagios
en grec, puis Sanctus en latin...
"Béni!" - בּרוּך Bâroûk en hébreu, εὐλογητός eulogētos en grec, puis Benedictus en latin...
De la prière juive au NT, la louange et l'action de grâce traversent toute la Bible.
Elles sont au coeur de la vie et de la liturgie des chrétiens et culminent dans l'Eucharistie (littéralement, "εὐχαριστία eucharistia = gratitude"), célébrée même quand le l'épreuve et le deuil attristent. Rien, en effet, ne devrait jamais étouffer la foi ni l'espérance des fidèles.
"Christ est ressuscité!"; par lui, Dieu nous a fait renaître; avec lui, nous entrerons en possession de l'héritage qui nous est réservé dans les cieux. Alors il essuiera toute larme de nos yeux; et, devenus semblables à notre Dieu, nous chanterons sans fin sa louange (Prière eucharistique III).  


Remarques:

Sur les épîtres de Pierre:

    En face des huit courts chapitres et des 165 versets de ces lettres, attribuées à Πέτρος Petros (Pierre), le pêcheur de Galilée devenu le premier des papes, les exégètes ressentent, une fois de plus, combien leur science s’avance sur des rives incertaines au seuil de leurs ignorances. Émouvantes à cause de l’autorité de leur signataire et de leur contenu, elles ne cessent de poser d’insolubles problèmes. En fait, nous ne savons rien de certain sur la date ni sur l’origine exacte de ces deux textes dont l’influence fut cependant constante sur les développements de la théologie chrétienne.

    La première lettre est adressée à des communautés situées en Asie Mineure. Ses développements prennent la forme d’une homélie dont voici les thèmes majeurs:
I.  Salutations (1,1-2).
II.  Un homme nouveau naît de l’immersion dans la joie du Messie (1,3-9); il doit être pleinement consacré au Seigneur selon l’ordre des prophètes (1,10-12).
III.  La vie nouvelle exige la consécration de l’homme dans l’amour du "découvrement", de la "révélation" (=Apocalypse)  de ישוע Iéshoua‘Ἰησοῦς Iēsous Jésus le Messie (1,13-2,10).
IV.  Devoirs de l’homme en face des nations et de l’État (2,11-17); devoirs des esclaves et des époux (2,18-3,7); l’amour fraternel et les persécutions (3,8-4,6).
V.  Exhortations et salutations finales (4,7-5,14).
    Au-delà de l’homélie, l’auteur vise à avertir ses lecteurs de l’imminence du retour en gloire de Jésus, le Messie crucifié. Invisible, il n’est cependant jamais loin de ceux qui s’attendent à son découvrement, à son apocalypse. L’homme qui écrit ce texte brûle visiblement d’un ardent amour pour celui dont le retour marquera la fin et le salut du monde.
   
    La critique est partagée sur l’origine et la datation de la deuxième lettre: certains pensent qu’elle fut rédigée en 61 ou 62 tandis que d’autres la datent de 80-90 ou même de 125. En se fondant sur les différences de pensée, de style, de vocabulaire, des critiques attribuent les deux lettres à des auteurs différents, la deuxième étant un écrit pseudépigraphique mis sous le nom de l’apôtre Pierre, selon un usage fréquent dans l’Antiquité.
    La deuxième lettre développe les thèmes suivants:
I.  Salutations (1,1-2).
II.  L’amour permet d’échapper à la corruption de l’univers (1,3-21).
III.  Les faux inspirés (2,1-22).
IV.  Le jour du Seigneur vient comme un voleur (3,1-13).
V.  Soyez consacrés et fervents (3,14-18).
    L’auteur, au-delà de ses enseignements moraux et spirituels, insiste sur l’espérance de la parousie, certitude prophétique et source de toute vertu. Le monde vit la dernière phase de son histoire depuis la crucifixion et la résurrection du Messie. Imminent est le jour du Seigneur, qui consommera la fin de ce monde. Cette certitude doit être pour chacun une source de vertu, celle-ci devant hâter l’heure de la parousie. Ainsi la destruction de ce monde, loin de marquer la fin de tout, donnera naissance à un nouvel univers, gouverné par l’homme nouveau reflet du Messie, son sauveur.

Sur 1P 1,1-12: voir l'introduction ci-dessus.

Traduction et notes:

Verset 3.
 Εὐλογητὸς ὁ Θεὸς καὶ πατὴρ τοῦ Κυρίου ἡμῶν ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ, ὁ κατὰ τὸ πολὺ αὐτοῦ ἔλεος ἀναγεννήσας ἡμᾶς εἰς ἐλπίδα ζῶσαν δι᾿ ἀναστάσεως ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ ἐκ νεκρῶν,
Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui, selon sa grande miséricorde, nous a régénérés
- pour une espérance vivante par la résurrection de Jésus Christ d'entre les morts,
ἀναγεννήσας ἡμᾶς - nous a régénérés: Voir aussi vv.23-24. Cette régénération est l'œuvre de Dieu, effectuée par sa Parole vivante, l'Évangile (voir Jc 1,18). Tt 3,5 mentionne le rôle de l'Esprit.
εἰς ἐλπίδα ζῶσαν- pour une espérance vivante: Jésus est cette espérance (voir Ep 1,18).

Verset 4.
εἰς κληρονομίαν ἄφθαρτον καὶ ἀμίαντον καὶ ἀμάραντον, τετηρημένην ἐν οὐρανοῖς εἰς ὑμᾶς
- pour un héritage qui ne se peut ni corrompre, ni souiller, ni flétrir, lequel vous est réservé dans les cieux,

εἰς κληρονομίαν - pour un héritage:
-- Apposé à "l'espérance vivante" du v.3 et au "salut" du v.5.
-- Contrairement aux richesses humaines, cet "héritage" est indestructible: c'est le "pays promis", notre patrimoine - dont Canaan était le type, l'image préfigurative dans le PT. 
Sur le thème de "l'héritage",voir aussi Rm 8,17 et note à cette page; Col 1,12 et note à cette page.
 
Verset 5.
τοὺς ἐν δυνάμει Θεοῦ φρουρουμένους διὰ πίστεως εἰς σωτηρίαν ἑτοίμην ἀποκαλυφθῆναι ἐν καιρῷ ἐσχάτῳ·
<à vous> qui êtes gardés par la puissance de Dieu par la foi,
- pour un salut qui est prêt à être révélé au dernier temps
εἰς σωτηρίαν - pour un salut: Mot-clef de cette première section: Pierre,
- après avoir évoqué le salut à venir (vv.3-5),
- parle du salut présent (vv.6-9);
- lequel est un salut (v.10) préparé par le Seigneur (vv.10-12).

Verset 6.
ἐν ᾧ ἀγαλλιᾶσθε, ὀλίγον ἄρτι, εἰ δέον ἐστὶ, λυπηθέντες ἐν ποικίλοις πειρασμοῖς, 
ce en quoi vous vous réjouissez, tout en étant affligés maintenant pour un peu de temps, si cela est nécessaire, par diverses tentations
ὀλίγον - pour un peu de temps: C'est-à-dire que les "tentations" auront une durée limitée (l'image du feu du creuset, au v.7, indique que Pierre n'en minimise pas pour autant la rigueur). Voir4,17.

Verset 7.
ἵνα τὸ δοκίμιον ὑμῶν τῆς πίστεως πολυτιμότερον χρυσίου τοῦ ἀπολλυμένου διὰ πυρὸς δὲ δοκιμαζομένου εὑρεθῇ εἰς ἔπαινον καὶ τιμὴν καὶ δόξαν ἐν ἀποκαλύψει ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ,
afin que l'épreuve de votre foi, bien plus précieuse que celle de l'or qui périt et qui toutefois est éprouvé par le feu, ait pour résultat la louange, et la gloire, et l'honneur, dans la révélation de Jésus Christ,
• τὸ δοκίμιον ὑμῶν τῆς πίστεως- l'épreuve de votre foi: En considérant l'œuvre que Dieu peut accomplir en lui par le moyen des "épreuves", le croyant porte sur elles un regard différent: elles peuvent conduire sa "foi" à sa maturité (comp. Hé 12,5-6 et note à cette page; Jc 1,3).
ἐν ἀποκαλύψει ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ- dans la révélation de Jésus Christ
-- Le substantif "ἀποκάλυψις apokalupsis" (dont notre terme "Apocalypse" est la transcription littérale) dérive du verbe "ἀποκαλύπτω apokaluptō", qui - lui-même composé du préfixe prépositionnel "ἀπο" qui exprime l'éloignement et du verbe "καλύπτω kaluptō" qui signifie "voiler" (au propre et au figuré), "cacher" - signifie donc "dévoiler", "dé-cacher" donc "révéler".
Les substantifs "ἀποκάλυψις" et apocalypse/Apocalypse désignent donc un "dévoilement", une "révélation" (et en aucun cas une catastrophe!...) 
-- La locution "ἐν ἀποκαλύψει ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ- dans la révélation de Jésus Christ" signifie donc "lorsque Jésus se 'révélera', reviendra dans la gloire".
-- Alors il sera le seul juge de la qualité de la foi.
Jacobello ALBEREGNO - Polyptyque de l'Apocalypse (1360-90), panneau central
Gallerie dell'Accademia, Venise

Verset 8.
ὃν οὐκ ἰδότες ἀγαπᾶτε, εἰς ὃν ἄρτι μὴ ὁρῶντες, πιστεύοντες δὲ ἀγαλλιᾶσθε χαρᾷ ἀνεκλαλήτῳ καὶ δεδοξασμένῃ,
lequel (quoique vous ne l'avez pas vu) vous aimez; et (quoique maintenant vous ne le voyiez pas), croyant en lui, vous vous réjouissez d'une joie ineffable et glorieuse,

Verset 9.
κομιζόμενοι τὸ τέλος τῆς πίστεως ὑμῶν, σωτηρίαν ψυχῶν.
recevant le résultat de votre foi: le salut des âmes.
Dès maintenant, "le salut" est à l'œuvre dans la vie de celui qui a la "foi"; certains pensent que ce v. vise essentiellement le futur.
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• 1P 1,8-12a

L’Évangile proclame l’accomplissement des promesses annoncées par les prophètes, et la venue du Sauveur dont Jean Baptiste, le dernier d’entre eux, a préparé le chemin.
Nous n’en sommes pas moins encore au temps de la foi et de l’espérance de ce qui doit advenir.
Cette espérance est tellement assurée qu’elle doit déjà nous faire tressaillir d’allégresse.


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• 2P 1,16-19

"Nous avons vu le Seigneur ressuscité" - diront les Apôtres pour accréditer leur prédication.
"Nous l'avons contemplé sur la montagne de la Transfiguration, et nous avons entendu la voix venue du ciel" proclame de même Pierre; "écoutez donc ce que nous annonçons: notre message vient d'En-Haut".
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4. Les Épîtres de saint Jean








1Jn 2,1-5a
Trois thèmes principaux s’entrecroisent dans la Première Lettre de saint Jean (voir page sur l’ensemble de cette épître):
-         rejeter le péché ;
-         s’attacher aux assurances qui donnent la foi ;
-         aimer Dieu pour lui ressembler.
C’est le premier qui sert ici de point de départ : le péché faisant perdre la ressemblance de Dieu (voir pages sur la Genèse, 1 et 2), il faut l’éviter à tout prix – mais ne pas désespérer en cas de chute : Jésus, le Juste offert pour les péchés du monde entier, est notre Défenseur auprès du Père.
A propos du mot « défenseur » : il traduit le mot grec « παρακλητος – celui qui est appelé auprès » ; or, à part ici, où ce mot désigne le Christ, victime expiatoire pour tous les péchés du monde, le mot « Paraclet » désigne couramment l’Esprit-Saint, qui
- rend le Christ présent auprès de ses disciples (Jn 14,15-16);
- rend vivante la Parole du Christ (Jn 14,26);
- rend témoignage au Christ (Jn 15,26).
Ce mot, en particulier, permet d’effectivement attribuer cette épître à saint Jean – car il est uniquement johannique. On ne le trouve en effet,  outre ici et dans les passages susmentionnés, qu’en Jn 16,7.
Voir l’étude détaillée de 1Jn 2,3-6 en cliquant ici.
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• 1Jn 3,1-3.

Seule la foi permet de reconnaître le Fils de Dieu dans l'homme Jésus, et la condition d'enfants de Dieu dans celle des disciples.
Le retour du Christ rendra manifeste son identité profonde et, du même coup, ce que sont "dès maintenant" les chrétiens.
Cette certitude et cette espérance donnent aux disciples la force d'agir avec assurance, et de marcher vers "ce qui ne paraît pas encore clairement", en dépit de l'hostilité et des contradictions du monde.
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• 1Jn 3, 1-2;21-24

Notre Père des cieux ne nous confère pas seulement le don merveilleux de la vie: il nous donne part à sa propre vie. Il nous comble de son amour et de ses grâces.

Remarques :

Verset 1
• τέκνα Θεοῦ - enfants de Dieu: voir Jn 1,12 et remarques sur ce verset à cette page.
• αὐτόν - celui-ci: = Dieu

Verset 22.
• ὃ ἐὰν αἰτῶμεν - Quoi que ce soit que nous demandions: nous avons un libre accès en sa présence, notre demande s'accorde avec sa volonté et son désir (voir Jn 14,13; 15,7; 1Jn 5,15).


Verset 23.
• καθὼς ἔδωκεν ἐντολὴν ἡμῖν - selon la recommandation qu'il nous a donnée: sa volonté est exprimée par deux commandements: la foi dans le Christ, et l'amour mutuel.


Verset 24.
• ἐκ τοῦ Πνεύματος - par l'Esprit : l'Esprit suscite la foi (voir 1Jn 4,2) et l'amour (voir ci-dessus, v.23); il donne ainsi au croyant l'assurance de son appartenance à Dieu (1Jn 3,19).
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1Jn 3, 18-24

"Croire et aimer, voilà la Vie !"
Troisième thème de la Première lettre de saint Jean : la charité fraternelle « non en paroles mais en actes », critère ultime de l’appartenance à Dieu, de la communion avec lui fondée sur le don de l’Esprit ; la fidélité aux commandements et la foi en Jésus – garanties de la prière exaucée et de la paix du cœur.

Le mot « cœur » est très fréquemment employé dans la Bible (voir la page consacrée à ce thème en cliquant ici). Il peut désigner ce que nous nommons l’âme, la conscience, l’intime de nous-mêmes. Mais il est aussi question des pensées, des projets, des sentiments, des intentions – bonnes ou mauvaises.
Dieu connaît les secrets des cœurs : « il sonde les reins et les cœurs ». Mais Dieu ne nous espionne pas, ne nous surveille pas : il connaît les raisons de nos actes, ne se laisse pas prendre aux apparences. Il nous connaît mieux que nous nous connaissons nous-mêmes.
Et c’est Lui qui donne aux hommes un cœur fidèle, un cœur droit et sincère, qui les comble de joie au plus profond d’eux-mêmes.
"Dieu plus grand que notre cœur."
Cependant, avoir « le cœur en paix » - εμπροσθεν αυτου πεισομεν τας καρδιας ημων (littéralement : devant Lui nous assurerons nos cœurs), comme l’écrit Jean (verset 19), ne nous empêche pas de connaître des interrogations inquiètes sur notre valeur devant le Seigneur. La Foi de l’apôtre Jean vient nous apaiser : « si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur » - εαν καταγινωσκη ημων η καρδια […] μειζων εστιν ο θεος της καρδιας ημων (verset 20) : une des phrases les plus merveilleuses du Nouveau Testament !
L’interprétation catholique de ce verset diverge nettement de celle qu’en donna Calvin : "Dieu mieux que nous encore connaît nos péchés ; craignons donc la sévérité de son jugement"…
Non, pour nous, Dieu est plus indulgent que notre propre conscience ; Il est plus grand que notre cœur par sa miséricorde : car Dieu est Amour, Dieu n’est qu’Amour !
Il nous reste (verset 23) à avoir foi en Jésus (notre accompagnateur, notre consolateur): πιστευσωμεν τω ονοματι του υιου αυτου ιησου χριστου « croyons au nom de son Fils Jésus Christ »  – et à nous aimer les uns les autres (la paix est inconciliable avec la jalousie, les rancœurs, les injures...): αγαπωμεν αλληλους « aimons-nous les uns les autres »… à nous aimer εν εργω και αληθεια « en action et en vérité » (verset 18)!
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• 1Jn 4,7-10.

En raison de son origine divine, l’amour fraternel dont il est ici question est le critère ultime de la connaissance intime de Dieu.
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1Jn 4,11-16

Connaître le Dieu invisible, c’est croire en son amour infini, manifesté par l’envoi de son Fils comme Sauveur du monde.
La charité fraternelle est à la fois le signe et le gage de l’union à Dieu, de la communion avec l’Esprit qui unit le Père et le Fils.
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1Jn 5, 1-6

Ce passage rappelle les conséquences et les exigences de la foi au Christ.
Une brève, mais riche variation en forme de contrepoint autour de quelques thèmes particulièrement chers à saint Jean : foi, amour de Dieu, filiation divine des croyants ; obéissance aux commandements ; victoire du Christ et des croyants sur l’esprit du monde ; don et témoignage de l’Esprit Saint.
Il faut lire et relire chaque affirmation et, au fur et à mesure qu’elle résonne, revenir aux précédentes – en évitant par-dessus tout de chercher à les schématiser : ce serait gravement réducteur !
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