Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

Le 6 janvier
 ou
le deuxième dimanche après la Nativité
dans les pays - comme la France -
où le 6 janvier n'est pas férié.

Épiphanie du Seigneur

L'Adoration des Mages - détail de la mosaïque de l'abside de Sainte-Marie-Majeure (Rome)

Introduction

La liturgie du 25 décembre met l'accent sur l'identité de Jésus, vrai Dieu et vrai homme, Fils de Dieu fait chair.  
Celle de l’Épiphanie célèbre, dans le même mystère, la Manifestation du Seigneur à tous les hommes.   

L’extension universelle du Règne de Dieu, le Créateur de l’univers, le Tout-Puissant, le seul vrai Dieu, est au cœur de la Révélation biblique la plus ancienne. Elle a été de plus en plus l’objet d’une grande espérance, parfois même teintée d’impatience.

Conscient de la singularité de son élection divine, le peuple de la Bible a progressivement compris que,  de quelque façon, ce privilège concernait tous les peuples de la terre. Un jour viendrait où les nations du monde entier afflueraient à Jérusalem, la ville-phare où seraient rassemblés, dans la joie, tous ses fils dispersés (Première Lecture : Is 60,1-6). 
Alors, un hommage unanime sera rendu au Seigneur de l’univers dont la splendeur illuminera la Ville (Psaume : Ps 72) et tous chanteront (cfPs 87,5) : « de Sion il est dit: Tous y sont nés ».   

La tradition chrétienne a recueilli et assume cette tradition et cette espérance (Deuxième Lecture : Ep 3,2-3 ;5-6). La Jérusalem vers laquelle marchent tous les hommes – de toute race, tout peuple, toute langue et toute nation – pour qui le Tout-Puissant a envoyé son Fils n’est cependant pas une cité de cette terre : elle descendra du ciel, d’auprès de Dieu, radieuse de la Gloire divine (cf.  Ap  21,10-11).

Des mages, venus de loin pour adorer le Seigneur nouveau-né, ont pris la tête de cette foule innombrable. Ayant trouvé le Sauveur au terme de leur long voyage, ils sont repartis chez eux en empruntant un chemin nouveau,

<- L'arrivée, l'Adoration, le retour des Mages - détail de l'illustration de l'Hymne Acathiste, icône de Yusûf Al-Musawwir, entre 1650 et 1667 (coll. Georges Antaki)

guidés,désormais, non plus par une étoile, mais par le reflet de la Lumière née de la Lumière, qui avait brillé dans leurs yeux et qui, désormais, illuminait le monde (Évangile: Mt 2,1-12).

La célébration de l'Eucharistie et de tout sacrement est une Épiphanie, une Manifestation du Seigneur qui est là,présent sous d'humbles signes.
Lorsque l'assemblée se disperse, elle est invitée à partir par un autre chemin, celui de la conversion: « Allez, dans la paix du Christ ».



Les Textes   

• Première Lecture :  

• Is 60,1-6

Encore marquée de particularisme historico-religieux, cette vision, a pourtant un sens hautement prophétique: dans la Jérusalem que nous attendons tous seront rassemblés pour toujours, dans une louange unanime du Seigneur, ceux qui - dès aujourd'hui - marchent vers elle.

Remarques:
Sur "le" livre d'Isaïe, voir à cette page.
Les chapitres 60-62 célèbrent la gloire à venir de la nouvelle Jérusalem, du nouvel Israël, transformés par l'action divine. A l'aide de nombreuses métaphores, le prophète évoque la grandeur du salut que connaîtra le peuple de Dieu. Celui-ci sera composé non seulement des Hébreux (revenus d'exil), mais aussi de païens convertis par le resplendissement de Jérusalem. Le Serviteur de YHWH sera l'auteur de cette œuvre de salut, œuvre de proclamation, de restauration, de libération, de consolation, et source de "joie éternelle".  

Verset 1.
 קומי אורי כי בא אורך וכבוד יהוה עליך זרח׃
Lève-toi, sois éclairée, car ta lumière arrive,
Et la gloire de YHWH se lève sur toi.
קומי - Lève-toi: cet impératif s'adresse à Jérusalem.
אורי - ta lumière: image du salut (voir Is 58,8; 59,9-10). Ce sera l'œuvre du Serviteur d'apporter la lumière (voir Is 42,6; 49,6). Ici, la lumière est la manifestation glorieuse d'YHWH (voir v.2; et 19-20).

Verset 2.
  כי־הנה החשׁך יכסה־ארץ וערפל לאמים ועליך יזרח יהוה וכבודו עליך יראה׃
Voici, les ténèbres couvrent la terre,
Et l'obscurité les peuples;
Mais sur toi l'Éternel se lève,
Sur toi sa gloire apparaît.
החשׁך- les ténèbres; ערפל- l'obscurité: comparer Is 8,22-9,1; 59,10. ערפל ‛ărâphel - littéralement: nuage bas, épais brouillard.   

Verset 3.
  והלכו גוים לאורך ומלכים לנגה זרחך׃
Des nations marchent à ta lumière,
Et des rois à la clarté de tes rayons.
והלכו גוים לאורך - Des nations marchent à ta lumière: éclairée de la lumière d'YHWH, Jérusalem non seulement sortira des ténèbres de sa prison, mais deviendra elle-même une lumière éclairant tous les peuples (comparer Is 2,2-4); passage cité en Ap 21,24.

Verset 4.
  שׂאי־סביב עיניך וראי כלם נקבצו באו־לך בניך מרחוק יבאו ובנתיך על־צד תאמנה׃ 
Porte tes yeux alentour, et regarde:
Tous ils s'assemblent, ils viennent vers toi;
Tes fils arrivent de loin,
Et tes filles sont portées sur les bras.
On retrouve ici le thème du retour des exilés et du repeuplement de Jérusalem (voir Is 49,17-22; 54,1-3) - qui évoque le salut du peuple de Dieu.

Verset 5.
 אז תראי ונהרת ופחד ורחב לבבך כי־יהפך עליך המון ים חיל גוים יבאו לך׃ 
Tu tressailliras alors et tu te réjouiras,
Et ton cœur bondira et se dilatera,
Quand les richesses de la mer se tourneront vers toi,
Quand les trésors des nations viendront à toi.
Ce thème de l'afflux des richesses des nations à Jérusalem (que l'on retrouve à plusieurs reprises: Is 18,7; 23,18; 45,14; 60,11; 61,6; 66,12; comparer Ag 2,7) est une façon d'évoquer la grandeur du Salut, ainsi que l'intégration des גוים goïm - non-Juifs au peuple de Dieu (voir Is 2,3). Par ces trésors, eux aussi rendent un culte à YHWH (voir vv.6-7;9).

Verset 6.
   שׁפעת גמלים תכסך בכרי מדין ועיפה כלם משׁבא יבאו זהב ולבונה ישׂאו ותהלת יהוה יבשׂרו׃
Tu seras couverte d'une foule de chameaux,
De dromadaires de Madiân et d'Épha;
Ils viendront tous de Saba;
Ils porteront de l'or et de l'encens,
Et publieront les louanges de l'Éternel.
מדיןmidyân- Madiân: les Madianites étaient une population nomade, vivant au sud-est de la Palestine, et descendant, d'après la tradition, de Madiân, fils d'Abraham et de sa concubine Qetourah (Gn 25,2); le nom "Madiân" désigne la population, son territoire, ou son "fondateur".
Les Madianites sont mêlés à l'histoire de Joseph (Gn 37,28;36), à l'affaire de Baal-Péor (Nb 25); ils sont les adversaires vaincus par Gédéon (voir note sur Is 9,3: "le jour de Madiân").
En revanche, par opposition avec ces épisodes conflictuels, c'est en Madiân que Moïse est accueilli; il épouse Cippora, fille du prêtre madianite Jethro.
עיפה‛êyphâh - Épha: l'un des fils de Madiân (Gn 25,2;4;13-14; Ps 72,10).
שׁבאshebâ - Saba: nom de trois antiques "fondateurs" de tribus, de ces tribus, et de leurs territoires - situés dans la péninsule arabique et en Afrique.
Ces régions étaient célèbres pour l'or, les pierres précieuses, et les parfums qu'elles produisaient (Ps 72,15). Ce nom évoque surtout la visite de la reine de "Saba" à Salomon (1R 10,1-11), venue précisément chargée de cadeaux précieux.

• Psaume :  

• Ps 72 (hébraïque) /  71  ( LXX, Vulgate et liturgique), 1b-2;7-8;10-13.

Vienne le jour du rassemblement de tous les peuples autour du Seigneur de justice et de paix, Sauveur des pauvres!

Remarques :
1. Ce psaume appartient aux "psaumes royaux", composés pour endre hommage aux rois de la lignée davidique, à l'occasion d'événements particuliers

2. Ce psaume est "לשׁלמה". Le préfixe prépositionnel "ל" a des sens variés:
- Elle peut exprimer le but, le datif; certaines versions donnent donc, comme LXX: "Εἰς Σαλωμων": "pour Salomon" (Martin - en français; "for Salomon", King James, Darby - en anglais);
- quant à la Vulgate, elle choisit plutôt le but: "In Salomonem", "sur Salomon", "pour parler de Salomon" (c'est la tournure qu'utilisèrent plus tard les Pères de l'Eglise pour introduire leurs commentaires sur les Livres bibliques: "In Esaiam" par ex. et non "De", qui introduirait un nom commun).

- Mais dans une tournure passive, elle peut introduire le complément d'agent; certains traducteurs, sous-entendant "écrit par", donnent donc: "de Salomon" (L.Segond, Ostervald, BJ - en français; "des Salomo", Luther, "von Salomo", Schlachter - en allemand; "by Salomon", Young - en anglais);
- la trad. française du Semeur traduit "de Salomon", mais précise en note "ou: 'pour Salomon'; et l'allemand Elberfelder écrit: "Für (O[der] von) Salomo".

3. Ce psaume a peut-être été utilisé lors du couronnement de Salomon et de ses descendants. Les prophéties décrivant le règne messianique ressemblent fort à ce qui est demandé ici (comparer: Is 9,6; 11;4-5; 60,1-2; Jr 23,5-6; 33,15-16; Za 9,9).

Traduction:
Verset 1.
 לשׁלמה אלהים משׁפטיך למלך תן וצדקתך לבן־מלך׃
Pour Salomon.
O Dieu, donne tes jugements au roi,
Et ta justice au fils du roi!
משׁפטיך למלך תן - donne tes jugements au roi: voir la page sur משׁפט- le jugement; une des fonctions principales du roi était de rendre la justice - et son exercice de la justice devait refléter la justice d'YHWH (comparer 1R 3,16-18; Ps 45,7; Is 11,3-4), le véritable roi d'Israël. C'est pour exercer cette justice que Salomon demanda à Dieu la sagesse (1R 3,9;11-12; Pr 16,12).

Verset 2.
 ידין עמך בצדק וענייך במשׁפט׃
Il jugera ton peuple avec justice,
Et tes malheureux avec équité.
Ce verset (ainsi que les vv.3-11 et 17) peut être compris  de deux façons:
- soit comme des affirmations: au présent ou plutôt, ici au futur,
- soit, plus vraisemblablement étant donné le contexte, comme des requêtes adressées à Dieu, avec une valeur d'optatif.
L'inaccompli peut en effet avoir ces différentes valeurs.
On peut opter pour le futur, en sous-entendant, entre les versets 1 et 2:
[O Dieu, donne tes jugements ... au fils du roi], ainsi [il jugera ton peuple avec justice ...]

Verset 7.
 יפרח־בימיו צדיק ורב שׁלום עד־בלי ירח׃
En ses jours le juste fleurira,
Et la paix sera grande jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de lune.

Verset 8.
 וירד מים עד־ים ומנהר עד־אפסי־ארץ׃
Il dominera d'une mer à l'autre,
Et du fleuve aux extrémités de la terre.
מים עד־ים - d'une mer à l'autre:i.e. de la Méditerranée à la Mer Morte, ou au golfe d'Aqaba.
מנהר - du fleuve: ce terme générique servait à désigner les "grands fleuves" (Nil, Euphrate); ici, l'Euphrate, qui constituait la limite orientale des territoires assujettis à Israël sous Salomon, selon la promesse faite par YHWH à Abraham puis à Israël (Gn 15,18-19; Ex 23,31; Dt 11,24).
• עד־אפסי־ארץ - [jusqu']aux extrémités de la terre: le souhait d'une extension du règne de Salomon "jusqu'aux extrémités de la terre" reprend une promesse faite à la dynastie davidique (cf. Ps 2,8; 45,17) et s'inscrit dans la perspective d'une reconnaissance universelle du règne d'YHWH - qui doit se réaliser par l'extension universelle du règne du Messie.

Verset 10.
 מלכי תרשׁישׁ ואיים מנחה ישׁיבו מלכי שׁבא וסבא אשׁכר יקריבו׃
Les rois de Tarsis et des îles paieront des tributs,
Les rois de Saba et de Séba offriront des présents.
תרשׁישׁ - Tarsis: ville lointaine, au-delà des mers, difficile à identifier, peut-être en Espagne. C'est le symbole du "bout du monde" (Jonas veut y partir pour échapper au Seigneur). L'expression "vaisseaux de Tarsis" désigne des navires au très long cours (1R 10,22).
שׁבאshebâ - Saba: voir Ps 72,15, 1R 10,1-11 et note sur Is 60,6; vraisemblablement, région du sud de l'Arabie (Yémen actuel), alors célèbre pour ses productions de grande valeur (pierres précieuses, parfums, or, etc.).
סבא sebâ'- Séba: vraisemblablement en Afrique (voir Gn 10,7; Is 43,3).
• אשׁכר - des présents: ces peuples manifesteront ainsi la souveraineté du roi sur eux (cf. notes sur Is 60,5-6): voir v.11.
 
Verset 11.
  וישׁתחוו־לו כל־מלכים כל־גוים יעבדוהו׃ 
Tous les rois se prosterneront devant lui,
Toutes les nations le serviront.

Verset 12.
כי־יציל אביון משׁוע ועני ואין־עזר לו׃
Car il délivrera le pauvre qui crie,
Et le malheureux qui n'a point d'aide.

Verset 13.
יחס על־דל ואביון ונפשׁות אביונים יושׁיע׃ 
Il aura pitié du faible et de l'indigent,
Et il sauvera la vie des pauvres;
Le roi Salomon était déjà appelé à réaliser cet idéal.
• אביונים - les pauvres: les "petits", les "malheureux", i.e. ceux que l'on méprise ou que l'on opprime; comparer, par ex.: Ps 9,13;19; 10,2;9; 12,6; 18,28; 14,6; etc.
Voir à cette page:
אביון 'ebyôn, "pauvre", "indigent", "mendiant" - 61 occurrences, dont plus du tiers dans les Psaumes - indique davantage le fait brut de la pauvreté, l'indigence économique;
דּל dal, "faible" - 49 occurrences, dont près du tiers dans les Proverbes - marque la vulnérabilité du pauvre.


• Deuxième Lecture :  

• Ep 3, 2-3a;5-6

L'Épiphanie du Seigneur: fondement et exigence de l'annonce de l'Évangile à tous les peuples auxquels, désormais, l'accès du Royaume est ouvert sans autre condition que la foi au Christ.

Remarques :

1. Sur Paul, et sur la Lettre aux Ephésiens, voir à cette page.
C'est le thème de l'apostolat de Paul (et des autres apôtres) qui domine dans les vv.2-13.

2. Ces versets sont constitués en grec de trois phrases, qui décrivent:
- la révélation aux apôtres du mystère de la réconciliation dans le Christ des Juifs et des
 "גוים goïm - ἔθνη éthnê (litt. "nations") - non-Juifs, païens, Gentils" 
en vue de la formation d'un seul corps (vv.2-7; voir aussi 1,9-10 et 2,20, et page "Juifs et Goïm chez saint Paul");
- le rôle de Paul en tant qu' "apôtre des Gentils (= גוים - ἔθνη)", et la grâce qui a fait de lui le messager de cet "Évangile" (= "Bonne Nouvelle") de la réconciliation (vv.8-12);
- les souffrances de l'apôtre pour l'Évangile (v.13).

3. Sur ce dernier thème, il peut être intéressant de lire également le premier verset de cette péricope:
Τούτου χάριν ἐγὼ Παῦλος ὁ δέσμιος τοῦ Χριστοῦ ᾿Ιησοῦ ὑπὲρ ὑμῶν τῶν ἐθνῶν,
A cause de cela, moi Paul, le prisonnier du Christ Jésus pour vous païens...
ὁ δέσμιος - le prisonnier: cette épître a vraisemblablement été rédigée lors de sa première captivité à Rome, en 61-62/63.
ὑπὲρ ὑμῶν - pour vous: Paul est en prison à cause de son ministère: sa prédication (notamment l'annonce du Salut aux גוים - ἔθνη) a suscité une forte hostilité à son égard (voir Ac 13,45; 22,21-23).
Paul interrompt sa phrase pour ouvrir, jusqu'à la fin du v.13, une parenthèse dans laquelle il explique quelle est sa mission, et la nature de l'annonce qu'il a reçu mission de proclamer.

Traduction intégrale du passage et remarques :

Verset 2:
εἴ γε ἠκούσατε τὴν οἰκονομίαν τῆς χάριτος τοῦ Θεοῦ τῆς δοθείσης μοι εἰς ὑμᾶς, 
si du moins vous avez appris la responsabilité que Dieu, dans sa grâce,  m'a confiée à votre égard.
τὴν οἰκονομίαν [...] εἰς ὑμᾶς - la responsabilité [...] à votre égard: cette phrase indique que Paul n'écrit pas seulement pour l'Église d'Éphèse (où il avait séjourné trois ans: Ac 20,31, et où l'on n'ignorait donc pas la responsabilité que Dieu lui avait confiée) - mais pour que son épître "tourne" dans d'autres Églises, plus jeunes, et où il est moins connu.

Verset 3:
ὅτι κατὰ ἀποκάλυψιν ἐγνώρισέ μοι τὸ μυστήριον, καθὼς προέγραψα ἐν ὀλίγῳ, 
C'est par révélation que j'ai eu connaissance du mystère sur lequel je viens d'écrire en peu de mots. 
τὸ μυστήριον - le mystère: celui de la participation des גוים - ἔθνη au Salut et aux privilèges du peuple de Dieu (voir page "Juifs et Goïm chez saint Paul"), cf. infra v.6. Cette participation avait été annoncée dans le Premier Testament par certaines prophéties (voir Col 1,26: "τὸ μυστήριον τὸ ἀποκεκρυμμένον ἀπὸ τῶν αἰώνων καὶ ἀπὸ τῶν γενεῶν - le mystère caché de tout temps et dans tous les âges")

Verset 4:
πρὸς ὃ δύνασθε ἀναγινώσκοντες νοῆσαι τὴν σύνεσίν μου ἐν τῷ μυστηρίῳ τοῦ Χριστοῦ,  
En les lisant, vous pouvez vous représenter la compréhension que j'ai du mystère de Christ.
τὴν σύνεσίν μου - la compréhension que j'ai: Paul a conscience de sa mission d'apôtre; il ne manifeste pas de fausse modestie, mais ne s'attribue aucun mérite: ce qu'il sait lui a été révélé ("κατὰ ἀποκάλυψιν" au v.3; voir aussi le v.5) par grâce (voir vv.7-8: "κατὰ τὴν δωρεὰν τῆς χάριτος τοῦ Θεοῦ - selon le don de la grâce de Dieu").

Verset 5:
ὃ ἑτέραις γενεαῖς οὐκ ἐγνωρίσθη τοῖς υἱοῖς τῶν ἀνθρώπων ὡς νῦν ἀπεκαλύφθη τοῖς ἁγίοις ἀποστόλοις αὐτοῦ καὶ προφήταις ἐν Πνεύματι,  
Il n'a pas été manifesté aux fils des hommes dans les autres générations, comme il a été révélé maintenant par l'Esprit à ses saints apôtres et prophètes.
• ἑτέραις γενεαῖςοὐκ ἐγνωρίσθη [...] ὡς νῦν - Il n'a pas été manifesté [...] dans les autres générations comme [...] maintenant: certains éléments du plan de Dieu se trouvaient déjà dans le Premier Testament (que Paul cite d'ailleurs très souvent, en particulier au sujet de la réunion des Juifs et des גוים - ἔθνη dans un seul peuple de Dieu: Ep 2,17, mais aussi Rm 9,25; 10,20; 15,9-12; etc.) mais sans la clarté de la révélation qui a été donnée aux apôtres (cf. infra, sur v.6).Pour Paul, les apôtres font autorité en ce qui concerne le message de la Nouvelle Alliance.
τοῖς ἁγίοις ἀποστόλοις αὐτοῦ - à ses saints apôtres: ce n'est pas seulement à Paul que le plan de Dieu a été révélé (voir 1Co 2,1;12-13). 
καὶ προφήταις - et prophètes: les apôtres sont aussi "prophètes" en tant que dépositaires des révélations divines (cf. Ep 2,20; 2Co 1,1).

Verset 6:
εἶναι τὰ ἔθνη συγκληρονόμα καὶ σύσσωμα καὶ συμμέτοχα τῆς ἐπαγγελίας αὐτοῦ ἐν τῷ Χριστῷ διὰ τοῦ εὐαγγελίου,  
Ce mystère, c'est que les païens sont cohéritiers, forment un même corps, et participent à la même promesse en Jésus Christ par l'Évangile,
συγκληρονόμα καὶ σύσσωμα καὶ συμμέτοχα-sont cohéritiers, forment un même corps, et participent à la même... : la répétition du préfixe prépositionnel "σύν sûn- avec" (d'où dérive directement notre préfixe "syn-") met en valeur le contenu du mystère, du plan "secret" de Dieu. Le Premier Testament annonçait que des païens se tourneraient vers le Dieu d'Israël et seraient sauvés (Gn 12,3; Is 2,1-4 par ex.); mais ces textes étaient souvent interprétés comme prônant l'adhésion au judaïsme, ou comme la découverte admirative par les גוים - ἔθνη du Dieu d'Israël. Le massage de Paul va plus loin: les גוים - ἔθνη sont unis aux Juifs en un "même corps" ("σύσσωμα", de "σύν-" et "σῶμα sōma - le corps"), sans distinction d'origine. 
 

• Evangile :  

• Mt 2, 1-12

Du temps de Matthieu, déjà, d'aucuns se perdaient en discussions stériles: la parole de Dieu à la bouche, ils montraient aux autres la route à suivre - sans s'y engager eux-mêmes, de peur de perdre ce qu'ils considéraient comme des privilèges personnels et réservés. Pendant ce temps, des païens embrassaient la foi avec joie - prêts à accueillir avec joie, sans réticences, la nouveauté imprévue de cette foi.
Aujourd'hui encore, alors que nous sommes parfois sclérosés dans nos attitudes de foi, des personnes qu'on n'attendait pas marchent laborieusement vers le Seigneur, et, quand elles l'ont trouvé, pleines de joie, elles n'hésitent pas à abandonner les chemins qui leur étaient familiers - guidés qu'ils sont par la Lumière qui désormais les habite. 

Remarques :

Sur Matthieu et son évangile, voir à cette page.

Traduction :

Verset 1.
Τοῦ δὲ ᾿Ιησοῦ γεννηθέντος ἐν Βηθλεὲμ τῆς ᾿Ιουδαίας ἐν ἡμέραις ῾Ηρῴδου τοῦ βασιλέως, ἰδοὺ μάγοι ἀπὸ ἀνατολῶν παρεγένοντο εἰς ῾Ιεροσόλυμα
Jésus étant né à Beth-léhem de Judée, aux jours du roi Hérode, voici: des mages d'Orient arrivèrent à Jérusalem,

• Βηθλεὲμ - Beth-léhem: en hébreu בּית לחםbêyth lekh'em - littéralement "בּית maison לחם du pain"; lieu d'origine du roi David, c'était un village situé à environ 8km au sud de Jérusalem (voir vv.5-6).
La translittération française la plus courante, "Bethléem", est donc celle du grec.

Ηρῴδου - d'Hérode: Hérode "le Grand", d'origine iduméenne (= d'Édom) a mis fin, grâce au soutien des Romains, au règne des Asmonéens (descendants des Maccabées - voir aussi cette page) lorsqu'en 37 av.J.C. il s'est emparé de Jérusalem.
Il avait été nommé "roi de Judée" par le sénat romain dès l'an 40. Tout en étant lié à Rome, son royaume était indépendant.
Hérode est mort en 4 av.J.C.

• Τοῦ δε ᾿Ιησοῦ γεννηθέντος - Jésus étant né:
la naissance de Jésus a eu lieu quelque temps avant la mort d'Hérode le Grand, sans doute autour de 6 avant notre ère.
 
• μάγοι - des mages:
Les "mages" (cf. notre mot "magicien") étaient des astrologues (et non des "rois"!), vraisemblablement venus de Mésopotamie - où ils étaient particulièrement nombreux et réputés.
<- Les ziggourats leur servaient vraisemblablement d'observatoires des astres.
Considérés comme des savants dans les civilisations proche-orientales antiques, ils avaient en revanche mauvaise réputation chez les Juifs, qui refusaient à la fois leur religion et leurs prétention à lire l'avenir dans les étoiles (comp. la réprobation de l'Église vis-à-vis des "voyant(e)s", horoscopes, etc.)

Ainsi, lorsqu'on trouve mention de tels personnages en Dn 2,2:
"Le roi fit appeler les magiciens (חרטמים kh'arṭômim), les astrologues (אשׁפים'ashshâphim), les enchanteurs (כשׁפיםkâshaphim), les Chaldéens (כשׂדים kaśdîyim), pour qu'ils lui disent ses songes";
et en Dn 2,10:
"Les Chaldéens répondirent au roi: 'Il n'est personne sur la terre qui puisse dire ce que demande le roi; [...] לכל־חרטם ואשׁף וכשׂדי - aucun magicien, astrologue, Chaldéen' ",
il est à noter ici que
- si l'auteur juif du Livre de Daniel cite "les enchanteurs" (pour lui, tous se valent: il englobe donc "les enchanteurs" avec tous les Chaldéens),
- les "Chaldéens", en revanche, ne les citent pas: pour eux, seuls les magiciens et les astrologues sont, comme eux-mêmes, des "prêtres-savants" sérieux.

Les premiers à répondre à l'appel du Christ ont donc été:
- des "bergers", qui avaient fort mauvaise réputation car, comme ils étaient généralement nomades et mercenaires (puisqu'ils étaient employés par différents propriétaires au gré de leurs déplacements) on les disait voleurs;
- des "mages", qui représentaient tout ce que les Juifs exécraient, en particulier le polythéisme et la divination...

Ces mages, avides de toutes formes de connaissances, avaient sans doute été en contact avec des Juifs de la Diaspora (fort nombreux; à l'époque: 1 Juif en Terre Sainte pour 14 en Diaspora) qui leur auraient parlé du Messie et de son "astre" (Nb 24,17) - ce qui expliqueraient qu'ils aient aussitôt compris le message de celui-ci (cf. infra v.2 et note).

 C'est pour leur origine, et ce désir de connaître Jésus, qu'on a fait des mages les symboles des "גוים - εθνη - païens" qui se convertiront au Christianisme.


Verset 2.
λέγοντες· ποῦ ἐστιν ὁ τεχθεὶς βασιλεὺς τῶν ᾿Ιουδαίων; εἴδομεν γὰρ αὐτοῦ τὸν ἀστέρα ἐν τῇ ἀνατολῇ, καὶ ἤλθομεν προσκυνῆσαι αὐτῷ.
disant: Où est le roi des Juifs qui vient de naître? car nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l'adorer.

αὐτοῦ τὸν ἀστέρα - son étoile: l'apparition de cet "astre", de cette "étoile" a été diversement interprétée. Certains ont vu une conjonction de planètes, d'autres une supernova ou une comète, d'autre encore un phénomène purement surnaturel.

• ὁ βασιλεὺς τῶν ᾿Ιουδαίων - le roi des Juifs: le lien entre l'étoile et le roi attendu est bien présent en Nb 24,7 (cf. supra):
דרך כוכב מיעקב וקם שׁבט מישׂראל
"Un astre sort de Jacob,
Un sceptre s'élève d'Israël."

A noter aussi que le mot "כּוכבkôkâb", s'il  désigne au sens propre un astre, une étoile, peut aussi désigner au sens figuré un prince, et que dans les textes orientaux et les hiéroglyphes l'étoile était le signe des dieux et des rois.

προσκυνῆσαι αὐτῷ - l'adorer: le verbe προσκυνέω signifie littéralement "s'accroupir (comme un chien-κύων qui s'aplatit) devant - πρός" donc "se prosterner" pour "rendre hommage", "adorer" - d'où ces diverses traductions du verbe.


Verset 3.
᾿Ακούσας δὲ ῾Ηρῴδης ὁ βασιλεὺς ἐταράχθη καὶ πᾶσα ῾Ιεροσόλυμα μετ᾿ αὐτοῦ,
Le roi Hérode, ayant appris cela, fut troublé, et tout Jérusalem avec lui.

• ἐταράχθη - fut troublé: le "trouble" d'Hérode répond à ce que l'on sait de lui par ailleurs; ainsi, à la fin de son règne (en 7 et en 4 av.J.C.), il avait fait exécuter plusieurs membres de sa famille qu'il soupçonnait de comploter contre lui.


Verset 4.
᾿καὶ συναγαγὼν πάντας τοὺς ἀρχιερεῖς καὶ γραμματεῖς τοῦ λαοῦ ἐπυνθάνετο παρ᾿ αὐτῶν ποῦ ὁ Χριστὸς γεννᾶται.
Et, rassemblant tous les grands prêtres et les scribes du peuple, et il s'informa auprès d'eux où devait naître le Messie. 

γραμματεῖς - les scribes: à l'origine, des personnes remplissant les rôles d'écrivains publics, de secrétaires particuliers ou de comptables; ou encore de secrétaires dans les cours royales.
Mais chez les Juifs, dès l'exil, ils étaient devenus des enseignants spécialistes de l'interprétation et de l'application des textes bibliques - les "gardiens de la tradition".
A l'époque de Jésus, ils représentent avec les grands prêtres la classe religieuse dirigeante de Jérusalem.

ὁ Χριστος - le Messie:
- Rappel: le mot grec Χριστος-Christ traduit l'hébreu משׁיח-Messie, les deux termes désignant l' "oint du Seigneur", celui qui a reçu de YHWH. l'onction royale.
Si le nouveau-né est bien le משׁיח, l'oint du Seigneur, il est donc susceptible de détrôner Hérode, usurpateur du trône aux yeux des Juifs (voir note v.1).
- Ce terme répond au "roi des Juifs" du v.2, car le Messie promis et attendu devait être un descendant de David (cf. infra, vv.5-6).


Versets 5-6.
᾿οἱ δὲ εἶπον αὐτῷ· ἐν Βηθλέεμ τῆς ᾿Ιουδαίας· οὕτω γὰρ γέγραπται διὰ τοῦ προφήτου·
Ils lui dirent: A Beth-léhem de Judée; car voici ce qui a été écrit par le prophète:  

᾿καὶ σύ Βηθλέεμ, γῆ ᾿Ιούδα, οὐδαμῶς ἐλαχίστη εἶ ἐν τοῖς ἡγεμόσιν ᾿Ιούδα· ἐκ σοῦ γὰρ ἐξελεύσεται ἡγούμενος, ὅστις ποιμανεῖ τὸν λαόν μουτὸν ᾿Ισραήλ.
Et toi, Beth-léhem, terre de Juda,
Tu n'es certes pas la moindre entre les principales villes de Juda,
Car de toi sortira un chef
Qui paîtra Israël, mon peuple.

Citation approximative de Mi 5,1:
 ואתה בית־לחם אפרתה צעיר להיות באלפי יהודה ממך לי יצא להיות מושׁל בישׂראל ומוצאתיו מקדם מימי עולם׃
LXX: Καὶ σύ, Βηθλεεμ οἶκος τοῦ Εφραθα, ὀλιγοστὸς εἶ τοῦ εἶναι ἐν χιλιάσιν Ιουδα· ἐκ σοῦ μοι ἐξελεύσεται τοῦ εἶναι εἰς ἄρχοντα ἐν τῷ Ισραηλ, καὶ αἱ ἔξοδοι αὐτοῦ ἀπ᾿  ἀρχῆς ἐξ ἡμερῶν αἰῶνος.
Et toi, Beth-Léhem maison d'Éphrata,
Toute petite entre les milliers de Juda,
De toi sortira pour moi
Celui qui dominera sur Israël,
Et dont l'origine remonte aux temps anciens,
Aux jours de l'éternité.
(en violet, les éléments que Matthieu a repris textuellement de Michée, en vert les paraphrases). 
On remarquera que Matthieu prend en fait le contrepied de Michée sur l'importance de Beth-Léhem, sans doute pour des raisons théologiques:
Michée insiste sur le contraste entre le peu d'importance de Beth-Léhem et le fait que c'est de là que sortira le Messie; Matthieu signifie par sa négation (en rouge) que c'est cette naissance du Messie qui rend grande la bourgade.

Certains éléments paraphrasent aussi 2S 5,2 (en brun):
 ויאמר יהוה לך אתה תרעה את־עמי את־ישׂראל ואתה תהיה לנגיד על־ישׂראל׃
LXX: καὶ εἶπεν κύριος πρὸς σέ Σὺ ποιμανεῖςτὸν λαόν μου τὸν Ισραηλ, καὶ σὺ ἔσει εἰς ἡγούμενον ἐπὶ τὸν Ισραηλ.
YHWH t'a dit: Tu paîtras mon peuple d'Israël, et tu seras le chef d'Israël.

Sur ce thème, cf. supra v.1 et note; voir aussi Jn 7,42.

Pour les Juifs de l'époque, c'est la dimension royale et politique de la conception du Messie qui prévalait (voir notes sur vv.1;4; voir aussi Mt 21,8-9): on s'attendait à ce que - nouveau David - il rétablisse la dynastie de son ancêtre et assure paix et prospérité pour Israël parmi les nations, désormais soumises au peuple de Dieu. 
Nous avons donc, déjà ici, le nœud de l'incompréhensionfondamentale entre Jésus - Messie théologique - et le peuple, qui attend un messie politique et guerrier, capable de détrôner Hérode et de chasser les Romains.
Quant à Hérode, aux tenants du pouvoir religieux, et aux Romains, c'est précisément ce messie "politique" qu'ils redoutent... et c'est pour cela qu'ils finiront par condamner Jésus à mort: parce qu'ils  n'ont pas compris que "son Royaume n'était pas de ce monde"...


Versets 7-10.
᾿Τότε ῾Ηρῴδης, λάθρᾳ καλέσας τοὺς μάγους ἠκρίβωσε παρ᾿ αὐτῶν τὸν χρόνον τοῦ φαινομένου ἀστέρος,
Alors Hérode fit appeler en secret les mages, et s'enquit soigneusement auprès d'eux depuis combien de temps l'étoile brillait. 

᾿καὶ πέμψας αὐτοὺς εἰς Βηθλέεμ εἶπε· πορευθέντες ἀκριβῶς ἐξετάσατε περὶ τοῦ παιδίου, ἐπὰν δὲ εὕρητε, ἀπαγγείλατέ μοι, ὅπως κἀγὼ ἐλθὼν προσκυνήσω αὐτῷ.
et les ayant envoyés à Bethléhem, il dit: Allez et renseignez-vous exactement au sujet du petit enfant; et quand vous l'aurez trouvé, faites-le-moi savoir, en sorte que moi aussi j'aille lui rendre hommage.
 
᾿οἱ δὲ ἀκούσαντες τοῦ βασιλέως ἐπορεύθησαν· καὶ ἰδοὺ ὁ ἀστὴρ ὃν εἶδον ἐν τῇ ἀνατολῇ προῆγεν αὐτοὺς, ἕως ἐλθὼν ἔστη ἐπάνω οὗ ἦν τὸ παιδίον·
Ayant entendu le roi, ils partirent. Et voici: l'étoile qu'ils avaient vue en Orient marchait devant eux jusqu'à ce qu'étant arrivée au-dessus du lieu où était le petit enfant, elle s'arrêtât.

᾿ἰδόντες δὲ τὸν ἀστέρα ἐχάρησαν χαρὰν μεγάλην σφόδρα,
Ayant vu l'étoile, ils furent saisis d'une très grande joie.


Verset 11.
᾿καὶ ἐλθόντες εἰς τὴν οἰκίαν εἶδον τὸ παιδίον μετὰ Μαρίας τῆς μητρὸς αὐτοῦ, καὶ πεσόντες προσεκύνησαν αὐτῷ, καὶ ἀνοίξαντες τοὺς θησαυροὺς αὐτῶν προσήνεγκαν αὐτῷ δῶρα, χρυσὸν καὶ λίβανον καὶ σμύρναν·
Et, étant entrés dans la maison, ils virent le petit enfant avec Marie, sa mère; et, s'étant prosternés, ils l'adorèrent; et, ayant ouvert leurs trésors, ils lui offrirent des présents: de l'or, de l'encens et de la myrrhe.

• εἰς τὴν οἰκίαν - dans la maison: certains commentaires déduisent de ce passage, et en s'appuyant sur Lc 2,7 que, contrairement à leur situation 
initiale, Jésus et ses parents sont désormais bien installés - ce qui suggérerait qu'un certain temps s'est écoulé entre le moment de la naissance de l'Enfant et la visite des mages.

C'est oublier les réalités du lieu.
En effet (voir schéma ci-contre qui présente une "maison palestinienne typique du Ier siècle" - laquelle a encore beaucoup de "sœurs jumelles", au XXIème siècle, dans toutes les régions agricoles du Proche-Orient!) - comme cela a également longtemps été de règle en Occident - la famille vit dans une pièce contiguë de celle où sont abrités les animaux domestiques (afin en particulier de profiter par temps froid de la chaleur dégagée par les bêtes) - et dort au-dessus de celle-ci.

Contrairement à la typologie iconographique, qui fait naître Jésus dans une grotte

L'arrivée des Mages - détail de l'illustration de l'Hymne Acathiste, icône de Yusûf Al-Musawwir, entre 1650 et 1667 (coll. Georges Antaki) ->


(les iconographes ont fait le choix de la grotte
- par souci théologique: préfigurer la mort du Christ,
- par désir de "récupération" de la "grotte" de la Basilique de la Nativité),

Jésus serait donc très vraisemblablement né dans la partie la plus chaude d'une auberge (sinon dans l'un de ses "dortoirs", où il n'y avait plus de place en raison du recensement), et non pas loin de toute habitation humaine, dans une grotte-étable isolée...

Il faut noter que Matthieu ne dit rien sur le lieu de la Nativité, et qu'il "passe" directement à la visite des mages "dans la maison".

•  χρυσὸν καὶ λίβανον καὶ σμύρναν - de l'or, de l'encens et de la myrrhe:

1.De ces trois présents de très grande valeur, il a été déduit par la tradition iconographique que les mages étaient au nombre de trois.


<- L'Adoration des Mages - détail de l'illustration de l'Hymne Acathiste, icône de Yusûf Al-Musawwir, entre 1650 et 1667 (coll. Georges Antaki)

On les a ainsi représentés symbolisant trois âges de la vie: jeune homme, homme mûr, vieillard.
• Ou, plus tard, trois "races" selon celles connues au moment de la représentation: blanc, basané et noir (ou, au gré des découvertes, un asiatique, un amérindien...).
• Des récits et textes apocryphes leur ont attribué des noms: selon la tradition, Gaspar, Melchior et Balthazar.


Les mages - détail du devant d'autel de Santa Maria d'Avià, vers 1200, Musée d'art de Catalogne, Barcelone, Espagne. ->


2. En réalité ces trésors ont, outre leur immense valeur marchande, une valeur théologique:
- Selon Is 60,6 (voir plus haut), les גוים-ἔθνη-non-Juifs devaient apporter de l'or et de l'encens dans la Jérusalem messianique:
 שׁפעת גמלים תכסך בכרי מדין ועיפה כלם משׁבא יבאו זהב ולבונה ישׂאו ותהלת יהוה יבשׂרו׃ 
"Tu seras couverte d'une foule de chameaux,
De dromadaires de Madiân et d'Épha;
Ils viendront tous de Séba;
Ils porteront de l'or et de l'encens,
Et publieront les louanges de YHWH-Adonaï."
- Si l'on ajoute dans l'Évangile la myrrhe, c'est pour évoquer la triple mission du Christ:
1. l'or symbolise le pouvoir: Jésus est le Christ-Messie-Roi; 
2. l'encens symbolise la prière qui monte vers le Père: Jésus est le Grand-Prêtre par excellence; il nous a enseigné comment prier;
3. la myrrhe était utilisée dans l'embaumement des morts: Jésus devra "mourir pour mieux (re)vivre", et nous faire ressusciter avec lui, libérés du péché.
• C'est pourquoises disciples seront appelés "peuple de prêtres (encens), peuple de rois (or), assemblée des saints (myrrhe)".
On peut dire aussi, comme saint Alphonse-Marie de Liguori (voir plus bas) en s'appuyant sur le Premier et le Nouveau Testaments, ils offrent de "l'or" au Seigneur lorsqu'ils resplendissent "devant lui par la lumière de la sagesse céleste"; de "l'encens" lorsqu'ils lui adressent "une prière pure"; et de la myrrhe lorsque, mortifiant leur chair (sur ce terme, voir cette page) par l'abstinence, ils portent "la croix à la suite de Jésus".


Verset 12.
᾿καὶ χρηματισθέντες κατ᾿ ὄναρ μὴ ἀνακάμψαι πρὸς ῾Ηρῴδην, δι᾿ ἄλλης ὁδοῦ ἀνεχώρησαν εἰς τὴν χώραν αὐτῶν. 
Puis, divinement avertis en songe de ne pas retourner vers Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.



<- Le retour des Mages - détail de l'illustration de l'Hymne Acathiste, icône de Yusûf Al-Musawwir, entre 1650 et 1667 (coll. Georges Antaki)




Commentaires:

- De Saint Bruno de Segni (v. 1045-1123), évêque, Premier sermon sur l'Épiphanie 
L'or, l'encens et la myrrhe
      Guidés par l'étoile, les mages venant d'Orient jusqu'à Bethléem sont entrés dans la maison où la bienheureuse Vierge Marie demeurait avec l'enfant ; ouvrant leurs trésors, ils ont offert trois dons au Seigneur : l'or, l'encens et la myrrhe, par lesquels ils l'ont confessé vrai Dieu, vrai homme et vrai roi.
      Ce sont bien les dons que la sainte Église ne cesse d'offrir à Dieu son Sauveur. Elle offre l'encens lorsqu'elle le confesse et croit en lui comme étant le véritable Seigneur, créateur de l'univers ; elle offre la myrrhe lorsqu'elle affirme qu'il a pris la substance de notre chair, dans laquelle il a voulu souffrir et mourir pour notre salut ; elle offre l'or quand elle n'hésite pas à proclamer qu'il règne éternellement avec le Père et l'Esprit Saint [...]
      Cette offrande peut recevoir un autre sens mystique. Selon Salomon, l'or signifie la sagesse céleste : « Le trésor le plus désirable se trouve dans la bouche du sage » (cfPr 21,20) [...] Selon le psalmiste, l'encens symbolise la prière pure : « Que ma prière, Seigneur, s'élève devant toi comme un encens » (Ps 140,2). Car, si notre prière est pure, elle exhale vers Dieu un parfum plus pur que la fumée de l'encens ; et de même que cette fumée monte vers le ciel, ainsi notre prière se dirige vers le Seigneur. La myrrhe symbolise la mortification de notre chair. Donc nous offrons l'or au Seigneur lorsque nous resplendissons devant lui par la lumière de la sagesse céleste [...] Nous lui offrons de l'encens lorsque nous élevons vers lui une prière pure. Et de la myrrhe lorsque, par l'abstinence, « mortifiant notre chair avec ses vices et ses convoitises » (Ga 5,24), nous portons la croix à la suite de Jésus.

- De Saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787), évêque et docteur de l'Eglise, Méditations pour l'octave de l'Épiphanie, n°1:
« Ils virent l'enfant avec Marie sa mère ;
et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui »
      Les mages trouvent une pauvre jeune fille avec un pauvre enfant couvert de pauvres langes [...] mais, en entrant dans cette grotte, ils ressentent une joie qu'ils n'ont jamais éprouvée [...] Le divin Enfant prend un air joyeux : signe de la satisfaction affectueuse avec laquelle il les accueille comme les premières conquêtes de son œuvre rédemptrice. Les saints rois regardent ensuite Marie, qui ne parle pas ; elle se tient en silence ; mais son visage qui reflète la joie et respire une douceur céleste, prouve qu'elle leur fait bon accueil et qu'elle les remercie d'être venus les premiers reconnaître son Fils pour ce qu'il est : leur souverain Maître [...]
      Enfant digne d'amour, je te vois dans cette grotte, couché sur la paille, très pauvre et très méprisé ; mais la foi m'enseigne que tu es mon Dieu descendu du ciel pour mon salut. Je te reconnais pour mon souverain Seigneur et mon Sauveur ; je te proclame tel mais je n'ai rien à t'offrir. Je n'ai pas l'or de l'amour, puisque j'ai aimé les choses de ce monde ; je n'ai aimé que mes caprices, au lieu de t'aimer toi, infiniment digne d'amour. Je n'ai pas l'encens de la prière, puisque j'ai malheureusement vécu sans penser à toi. Je n'ai pas la myrrhe de la mortification, puisque, pour ne m'être pas abstenu de plaisirs misérables, j'ai tant de fois contristé ta bonté infinie. Que t'offrirai-je donc ? Mon Jésus, je t'offre mon cœur, tout souillé, tout dénué qu'il est : accepte-le et change-le, puisque tu es venu ici-bas laver dans ton sang nos cœurs coupables et nous transformer ainsi de pécheurs en saints. Donne-moi donc cet or, cet encens, cette myrrhe qui me manquent. Donne-moi l'or de ton saint amour ; donne-moi l'encens, l'esprit de prière ; donne-moi la myrrhe, le désir et la force de me mortifier en tout ce qui te déplaît...
      O Vierge sainte, tu as accueilli les pieux rois mages avec une vive affection et tu les as comblés ; daigne aussi m'accueillir et me consoler, moi qui viens, à leur exemple, faire visite et m'offrir à ton Fils.


Détail de la reliure en ivoire de l'Évangile d'Etchmiadzin - VIème siècle - Erevan
On voit, de gauche à droite, la Vierge sur un trône et l'Enfant sur ses genoux, Joseph, les mages qui offrent leurs présents de leurs mains couvertes en signe de respect - selon la typologie iconographique. Les mages portent des bonnets dits "phrygiens" et sont comme poussés par un ange; l'impression de vol, de mouvement, de ce dernier est donnée - plus encore que par ses ailes - par ses pieds qui ne touchent pas le sol, et par les volutes que forme son vêtement qui semble ainsi porté par le vent.

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