Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

Les Dimanches de Pâques
(Années C) - 2


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Cinquième Dimanche 

Le temps des chrétiens, de l'Église, de l'univers entier est un temps intermédiaire entre le départ du Christ entré dans la gloire du Père et l'apparition d'un "ciel nouveau" et d'une "terre nouvelle" que son retour inaugurera. Alors disparaîtra tout ce qui est aujourd'hui le champ clos où s'affrontent le bien et le mal, la lumière et les ténèbres.
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Les Textes  

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• Première Lecture :  

• Ac 14,21b-27.

Une fin de voyage missionnaire exemplaire: partout où ils sont passés, Paul et Barnabé ont annoncé l'Évangile; mais ils reviennent dans les communautés qu'ils ont récemment fondées, pour y encourager les disciples et les prémunir contre le scandale (au sens étymologique: la pierre d'achoppement, ce qui gêne la marche et peut faire tomber) des épreuves; ils dotent ces jeunes Églises de structures locales; enfin, ils retournent à Antioche en Syrie, pour  rendre compte de leur activité à l'Église qui les a envoyés, et lui faire part de l'ouverture des païens à leur prédication - ce qu'ils ne manquent pas d'attribuer à l'initiative de Dieu. 


Le contexte:
Sur Ac 13,1 - 14,28: Voir à cette page.

Traduction et notes:

Verset 21.
Εὐαγγελισάμενοί τε τὴν πόλιν ἐκείνην καὶ μαθητεύσαντες ἱκανοὺς ὑπέστρεψαν εἰς τὴν Λύστραν καὶ ᾿Ικόνιον καὶ ᾿Αντιόχειαν,
Quand ils eurent évangélisé cette ville [Derbé] et fait un certain nombre de disciples, ils retournèrent à Lystres, à Iconium et à Antioche [de Pisidie],
• ὑπέστρεψαν- ils retournèrent: Pour s'assurer de la persévérance des nouveaux  convertis et consolider le travail effectué dans ces villes (v.22).

Verset 22.
ἐπιστηρίζοντες τὰς ψυχὰς τῶν μαθητῶν, παρακαλοῦντες ἐμμένειν τῇ πίστει, καὶ ὅτι διὰ πολλῶν θλίψεων δεῖ ἡμᾶς εἰσελθεῖν εἰς τὴν βασιλείαν τοῦ Θεοῦ.
fortifiant l'esprit des disciples, les exhortant à persévérer dans la foi, et disant que c'est par beaucoup de tribulations qu'il nous faut entrer dans le royaume de Dieu.
θλίψεων - tribulations: Voir 13,50; 14,2;5;9;19.

Verset 23.
χειροτονήσαντες δὲ αὐτοῖς πρεσβυτέρους κατ᾿ ἐκκλησίαν, προσευξάμενοι μετὰ νηστειῶν παρέθεντο αὐτοὺς τῷ Κυρίῳ εἰς ὃν πεπιστεύκασι.
Ils firent nommer des anciens dans chaque Église, et, après avoir prié et jeûné, ils les recommandèrent au Seigneur, en qui ils avaient cru.
χειροτονήσαντες δὲ αὐτοῖςIls firent nommer: Littéralement, "ayant fait désigner pour eux par vote à main tendue, levée".
πρεσβυτέρους - des anciens: Le mot utilisé ici (πρεσβύτερος presbutéros, qui a donné, par ex., le français "presbytère", comparatif de πρέσβυς presbus - âgé, qui a donné "presbyte") recouvre dans les Églises apostoliques la même réalité que le mot ἐπίσκοπος episkopos - littéralement "surveillant", "superviseur" (qui a donné le français "évêque", et les mots de sa famille: "épiscopal" par ex.).
En fait le terme "ἐπίσκοπος", qui était utilisé dans le monde grec pour désigner les dirigeants, se réfère donc davantage à la culture hellénistique; alors que le mot "πρεσβύτερος", qui désignait en grec un membre du Sanhédrin, se réfère donc plutôt à la culture juive - et on pourrait les traduire l'un comme l'autre par "responsable" de ces jeunes Églises.

Verset 24.
καὶ διελθόντες τὴν Πισιδίαν ἦλθον εἰς Παμφυλίαν,
Traversant ensuite la Pisidie, ils vinrent en Pamphylie,

Verset 25.
καὶ λαλήσαντες ἐν Πέργῃ τὸν λόγον κατέβησαν εἰς ᾿Αττάλειαν,
annoncèrent la parole à Pergé, et descendirent à Attalie.

Verset 26.
κἀκεῖθεν ἀπέπλευσαν εἰς ᾿Αντιόχειαν, ὅθεν ἦσαν παραδεδομένοι τῇ χάριτι τοῦ Θεοῦ εἰς τὸ ἔργον ὃ ἐπλήρωσαν.
De là ils s'embarquèrent pour Antioche, d'où ils avaient été recommandés à la grâce de Dieu pour l'œuvre qu'ils venaient d'accomplir.
• ὅθεν ἦσαν παραδεδομένοι τῇ χάριτι τοῦ Θεοῦ - d'où ils avaient été recommandés à la grâce de Dieu: Voir 13,1-4.

Verset 27.
παραγενόμενοι δὲ καὶ συναγαγόντες τὴν ἐκκλησίαν ἀνήγγελλαν ὅσα ἐποίησεν ὁ Θεὸς μετ᾿ αὐτῶν, καὶ ὅτι ἤνοιξε τοῖς ἔθνεσι θύραν πίστεως.
Après leur arrivée, ils convoquèrent l'Église, et ils racontèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux, et comment il avait ouvert aux nations la porte de la foi.
• παραγενόμενοι- Après leur arrivée: Ce premier voyage missionnaire aura duré près de deux ans (de 46/47 à 47/48). Après celui-ci, Paul et Barnabas ont dû rester une année à Antioche - année pendant laquelle a dû avoir lieu l'épisode raconté en Ga 2,11, et la venue de "perturbateurs" dans les Églises de Galatie. 
θύραν πίστεως- la porte de la foi: On retrouve cette métaphore en 1Co 16,9; 2Co 2,12; Col 4,3.
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• Psaume :  

• Ps 145 (hébraïque)/ 144 ( LXX, Vulgate et liturgique),8-13.

Tendresse de Dieu pour ses œuvres.
Bonté du Seigneur pour tous.
La porte de la foi ouverte aux nations.

Sur ce psaume:
Hymne à la gloire du grand Roi, YHWH-l'Éternel qui agit avec puissance et bienveillance.
Ce psaume est alphabétique, i.e. les versets commencent par les lettres successives de l'alphabet hébraïque. Comme nous l'avons déjà vu à propos du Ps 34:
1-       Nous devrions plutôt dire que la division en versets de ce psaume s’est faite a posteriori, en s’appuyant sur l'indication alphabétique (voir le § « 5. Un peu d’histoire » à cette page).
2-     Intérêt de cette construction.
-         L’explication la plus simpliste consisterait à parler de procédé artificiel d'un poète qui souhaite « faire joli », d'un procédé purement littéraire
-         Pourtant, si l’on « avance » un peu plus loin dans la mentalité hébraïque – ainsi que l’ont fait Robert Lowth, dès le XVIIIème siècle, ou, plus près de nous, Charles L. Souvay en 1911 – on peut dire que ce procédé, que ce dernier met pourtant encore au nombre des « artifices stylistiques », nous « permet de retrouver quelque trace des lois qui présidaient à la versification hébraïque ».
        Si l’on approfondit encore cette réflexion, on constate que tous les textes acrostiches alphabétiques (certains Psaumes, les Lamentations, le chapitre 31 de Proverbes) expriment une idée de totalité (n’oublions pas que les lettres hébraïques ont aussi une valeur numérique ; donner toutes les lettres, c’est exprimer la totalité numérique, quantitative). Ce procédé a donc une valeur symbolique, théologique.
Un tel texte est ainsi une sorte de « sommaire » (nous dirions « l’ABC ») spirituel du sujet traité – le plus souvent la louange de Dieu.
3-       Les Ps 9, 34, 111, 112, 119 et 145 sont alphabétiques.
Ce psaume est très élaboré; voir ici son étude rhétorique.
Ce psaume porte en 1a la suscription:
  תהלה לדוד
Louange. De David.

Traduction et notes:

Verset 8.
 חנון ורחום יהוה ארך אפים וגדל־חסד׃
YHWH est miséricordieux et compatissant,
Lent à la colère et plein de bonté.
חנון ורחום - miséricordieux et compatissant: Paire figée, frappante par ses reprises de sonorités: חנּוּן kh'annûn- et רחוּם rakh'ûm. Comp. Ex 34,6.


Verset 9.
 טוב־יהוה לכל ורחמיו על־כל־מעשׂיו׃
YHWH est bon envers tous,
Et ses compassions s'étendent sur toutes ses œuvres.

Verset 10.
 יודוך יהוה כל־מעשׂיך וחסידיך יברכוכה׃
Toutes tes œuvres te loueront, ô YHWH!
Et tes fidèles te béniront.


Verset 11.
 כבוד מלכותך יאמרו וגבורתך ידברו׃
Ils diront la gloire de ton règne,
Et ils proclameront ta puissance,

Verset 12.
 להודיע לבני האדם גבורתיו וכבוד הדר מלכותו׃
Pour faire connaître aux fils de l'homme ta puissance
Et la splendeur glorieuse de ton règne.

Verset 13.
 מלכותך מלכות כל־עלמים וממשׁלתך בכל־דור ודור׃
Ton règne est un règne de tous les siècles,
Et ta domination subsiste dans tous les âges.
Sur le verset "נ" - ou "13b", voir l'étude rhétorique du psaume 145. Voici le texte de la LXX et de la Vulgate pour ce verset, puis sa traduction:
πιστὸς κύριος ἐν τοῖς λόγοις αὐτοῦ καὶ ὅσιος ἐν πᾶσι τοῖς ἔργοις αὐτοῦ.
fidelis Dominus in omnibus verbis suis et sanctus in omnibus operibus suis
Le Seigneur est vérité en ses paroles, amour en toutes ses œuvres.

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• Deuxième Lecture :  

• Ap 21,1-5a.
Une création nouvelle, une cité sainte venue du ciel, d'auprès de Dieu: il ne s'agit pas là de vaines espérances, mais de promesses dont saint Jean, un jour, dans une vision, a eu le privilège de contempler l'accomplissement.

<- Alonso CANO  (1601-1667) - La vision de Jérusalem par Saint Jean l'Évangéliste - 1636-37 - Wallace Collection, Londres

Le contexte:
Sur Ap 21,1 - 22,21:
La vision de 21,1-8, qu'on peut rattacher à 19,11 - 20,15, est le premier de trois volets parallèles (avec 21,9-27 et 22,1-5) où il est question, d'une manière ou d'une autre, de la Jérusalem nouvelle et de la nouvelle création:
- 21,1-8 décrit le monde nouveau où Dieu habite avec les hommes;
- 21,9-27, le plus long des trois tableaux, décrit la ville venue d'auprès de Dieu en la présentant comme l'antithèse de Babylone;
- 22,1-5 a pour thème une ville-paradis dans laquelle Dieu est venu résider.
Par cette vision de l'Église glorifiée, s'accomplit la vocation des Églises d'Asie: à la place de leurs imperfections et infidélités, on découvre un amour parfait - représenté par une mariée rayonnante.
Cette vision globale est destinée à inspirer le peuple de Dieu, à susciter son adoration, à l'inciter à demeurer dans le présent en communion avec Dieu.
L'accomplissement parfait de la vocation de l'Église - le peuple que Dieu rassemble, pour demeurer en son sein - est dépeint à l'aide d'images et de symboles de beauté, de perfection, de richesse, qui reprennent tout ce que les prophètes avaient entrevu. Leur message est intégré à une toile encore plus magnifique, et à l'histoire de l'Agneau immolé et ressuscité.
Dans une conclusion (22,6-21) qui réaffirme la vérité du témoignage de Jean et la portée de la révélation qu'il transmet, le Ressuscité adresse la parole une dernière fois aux siens. Leur réponse exprime leur vif désir de le rencontrer, et ramène l'Apocalypse et ses destinataires au point de départ: le temps est proche et leur Seigneur également: double incitation à la persévérance dans la foi!

Traduction et notes:

Verset 1.
Καὶ εἶδον οὐρανὸν καινὸν καὶ γῆν καινήν· ὁ γὰρ πρῶτος οὐρανὸς καὶ ἡ πρώτη γῆ ἀπῆλθον, καὶ ἡ θάλασσα οὐκ ἔστιν ἔτι.
Puis je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre; car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et la mer n'était plus.
εἶδον - je vis: Entre 19,11 et 21,1 cette expression revient huit fois (19,11;17;19; 20,1;4;11; 21,1;2). Elle structure une série de visions décrivant la victoire du Christ et le jugement des forces qui s'opposent à lui. Ces visions s'achèvent sur une fresque grandiose.
• οὐρανὸν καινὸν καὶ γῆν καινήν - un nouveau ciel et une nouvelle terre: L'adjectif employé ici est le même (καινός kaïnos) que celui désignant la "Nouvelle Alliance". Il exprime une idée de véritable, complète, radicale nouveauté, contrairement à νέος néos (et à son comparatif νεώτερος néôteros) qui exprime une idée de jeunesse, de nouveauté par rapport à autre chose. Dans la LXX, il traduit l'adjectif hébreu חדשׁ kh'âdâsh dont le sens est tout aussi radical.
Voir Is 65,17a:
כי־הנני בורא שׁמים חדשׁים וארץ חדשׁה
Car je vais créer de nouveaux cieux
Et une nouvelle terre

LXX: ἔσται γὰρ ὁ οὐρανὸς καινὸς καὶ ἡ γῆ καινή (litt.: car il y aura le nouveau ciel et la nouvelle terre),
et Is 66,22.
Il s'agit du remplacement de l'ancienne création, temporaire, par la nouvelle, éternelle.
ἡ θάλασσα οὐκ ἔστιν ἔτι - la mer n'était plus: Les forces opposées à Dieu sont souvent représentées comme des puissances "aquatiques" (voir par ex. les icônes du Baptême du Christ - à cette page; et les textes et notes sur les Cosmogonies Proche-Orientales - à cette page et aux suivantes). Comme elles ont été anéanties, leur "habitat" n'a plus de raison d'être.

Verset 2.
καὶ τὴν πόλιν τὴν ἁγίαν ῾Ιερουσαλὴμ καινὴν εἶδον καταβαίνουσαν ἐκ τοῦ οὐρανοῦ ἀπὸ τοῦ Θεοῦ, ἡτοιμασμένην ὡς νύμφην κεκοσμημένην τῷ ἀνδρὶ αὐτῆς.

Alonso CANO  (1601-1667) - La vision de Jérusalem par Saint Jean l'Évangéliste - 1636-37 - (Détail) - Wallace Collection, Londres
Et je vis descendre du ciel, d'auprès de Dieu, la ville sainte, nouvelle Jérusalem, préparée comme une épouse qui s'est parée pour son époux.
Ιερουσαλὴμ καινὴν - nouvelle Jérusalem: La description de la "nouvelle Jérusalem" rappelle la vision de la "Jérusalem restaurée" d'Ez 40-48 et d'Is 60.
"La ville" est présentée dans Ap 21-22 à la fois
- comme le cadre de vie de la communauté des croyants dans la nouvelle création
- comme cette communauté elle-même.
"La nouvelle Jérusalem" est le symbole de la communion entre "Dieu" et son peuple; elle est la "mariée", "l'Épouse de l'Agneau" (v.9). Voir Ap 3,12; 19,7.

Verset 3.
καὶ ἤκουσα φωνῆς μεγάλης ἐκ τοῦ οὐρανοῦ λεγούσης· ἰδοὺ ἡ σκηνὴ τοῦ Θεοῦ μετὰ τῶν ἀνθρώπων, καὶ σκηνώσει μετ᾿ αὐτῶν, καὶ αὐτοὶ λαοὶ αὐτοῦ ἔσονται, καὶ αὐτὸς ὁ Θεὸς ἔσται μετ᾿ αὐτῶν·
Et j'entendis du trône une forte voix qui disait: Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes! Il habitera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux.
μετὰ τῶν ἀνθρώπων - avec les hommes: Voir Lv 26,11-13; Ez37,27. Ez se termine sur le nom de la ville:
ושׁם־העיר מיום יהוה שׁמה׃
Et, dès ce jour, le nom de la ville sera: "YHWH-l'Éternel est ici" (Ez 48,35).
La communion parfaite qui existera entre Dieu et son peuple accomplira les attentes prophétiques. Comp. aussi Jn 1,14.
αὐτὸς ὁ Θεὸς ἔσται μετ᾿ αὐτῶν - Dieu lui-même sera avec eux: Voir Is 7,14; 8,1.

Verset 4.
καὶ ἐξαλείψει ὁ Θεὸς πᾶν δάκρυον ἀπὸ τῶν ὀφθαλμῶν αὐτῶν, καὶ ὁ θάνατος οὐκ ἔσται ἔτι, οὔτε πένθος οὔτε κραυγὴ οὔτε πόνος οὐκ ἔσται ἔτι· ὅτι τὰ πρῶτα ἀπῆλθον.
Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu.
Voir Is 25,8. La présence de Dieu dans toute sa plénitude implique la disparition des souffrances, caractéristiques de l'ancienne création (voir 7,17).

Verset 5.
Καὶ εἶπεν ὁ καθήμενος ἐπὶ τῷ θρόνῳ· ἰδοὺ καινὰ ποιῶ πάντα. καὶ λέγει μοι· γράψον, ὅτι οὗτοι οἱ λόγοι πιστοὶ καὶ ἀληθινοί εἰσι.
Et celui qui était assis sur le trône dit: Voici, je fais toutes choses nouvelles. Et il dit: Écris; car ces paroles sont certaines et véritables.
καινὰ ποιῶ πάντα - je fais toutes choses nouvelles: Voir Mt 19,28 - qui parle de la "nouvelle naissance" de la terre; Rm 8,21.

<- Christ en Majesté et la Jérusalem céleste - vers 1120 - Fresque - Chapelle Conventuelle de  l'église abbatiale de St. Chef en Dauphiné

Le Christ dans une mandorle est assis sur un trône couvert de coussins, les bras levés en une geste de bénédiction.

L'Agneau est curieusement placé au-dessus de la couronne du Christ, et à l'envers par rapport à ce dernier; il se rattache ainsi au registre supérieur de la voûte, et fait partie de la Jérusalem céleste que contemple saint Jean, conduit par un ange:

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• Évangile :  

• Jn 13,31-33b;34-35.

Retourné auprès du Père, Jésus reste avec les siens. Ce ne sont pas les discours qui témoignent de cette présence invisible, mais l'amour que les chrétiens ont les uns pour les autres. "Comme je vous ai aimés" dit Jésus. La charité fraternelle et son expression ont donc une dimension vraiment divine. 

Le contexte:
Sur Jn 13,31 - 14,31:
• Il est intéressant de comparer le discours d'adieu de Jésus à ceux de grandes figures bibliques:
- Jacob, Gn 49;
- Moïse, Dt 33;
- David, 1Ch 28-29;
- Paul, Ac 20,18-38.
Au cours de ces discours d'adieu, l'orateur
- annonce son départ, suscitant la tristesse;
- rappelle pour ses proches et les générations à venir l'essentiel de son enseignement et de la sagesse acquise.
Jésus, Sagesse de Dieu, transmet ou rappelle à ses disciples tout ce dont ils auront besoin pour supporter l'épreuve qui approche, et pour poursuivre la mission qui leur est confiée.
• Plan de la section:
1. Introduction au discours: la gloire à venir et le nouveau commandement (13,31-38).
2. Jésus réconforte ses disciples en leur présentant les avantages de son départ:
- il leur préparera une place;
- il va leur donner un Défenseur;
- il répondra à leurs prières;
- ils auront sa paix (14).
•  Le passage est rythmé par quatre demandes, formulées par quatre disciples différents:
- Où vas-tu (13,36)?
- Comment pouvons-nous y aller (14,5)?
- Montre-nous le Père (14,8).
- Pourquoi à nous et pas au monde (14,22)?


Traduction et notes:

Verset 31.
῞Οτε οὖν ἐξῆλθε, λέγει ὁ ᾿Ιησοῦς· νῦν ἐδοξάσθη ὁ Υἱὸς τοῦ ἀνθρώπου, καὶ ὁ Θεὸς ἐδοξάσθη ἐν αὐτῷ.
Lorsque [Judas] fut sorti, Jésus dit: "Maintenant, le Fils de l'homme a été glorifié, et Dieu a été glorifié en lui.
ὁ Υἱὸς τοῦ ἀνθρώπου - le Fils de l'homme: Voir 1,51. Allusion à la vision de Jacob (Gn 28,12-13).

<- Ferdinand BOL (1616-1680) – Le songe de Jacob (vers 1642) – Gemäldegalerie, Dresde.

Verset 32.
῞εἰ ὁ Θεὸς ἐδοξάσθη ἐν αὐτῷ καὶ ὁ Θεὸς δοξάσει αὐτὸν ἐν ἑαυτῷ, καὶ εὐθὺς δοξάσει αὐτόν.
Si Dieu a été glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera en lui-même, et il le glorifiera bientôt. 
• εἰ ὁ Θεὸς ἐδοξάσθη ἐν αὐτῷ - Si Dieu a été glorifié en lui: Certains manuscrits ne comportent pas ce membre de phrase (Nestle-Aland, par ex., ne le donne  pas); dans ce cas, la conjonction "καί" a sa valeur simple de coordination: "et", mettant sur le même plan quatre indépendantes (le grec, contrairement au français, répète la coordination):
- νῦν ἐδοξάσθη ὁ Υἱὸς τοῦ ἀνθρώπου - Maintenant, le Fils de l'homme a été glorifié,
- καὶ ὁ Θεὸς ἐδοξάσθη ἐν αὐτῷ - (et) Dieu a été glorifié en lui,
- καὶ ὁ Θεὸς δοξάσει αὐτὸν ἐν ἑαυτω - (et) Dieu le glorifiera en lui-même,
- καὶ εὐθὺς δοξάσει αὐτόν - et il le glorifiera bientôt.
Cette version est d'autant plus possible que - ne l'oublions jamais! - les manuscrits anciens n'étaient pas ponctués.

Codex Sinaiticus (milieu du IVème s.),
les versets 31-32 ->
On voit que ce codex (le plus ancien donnant l'intégralité de la Bible) ne fait figurer le segment ci-dessus qu'en rajout de marge.

Verset 33.
῞τεκνία, ἔτι μικρὸν μεθ᾿ ὑμῶν εἰμι. ζητήσετέ με, καὶ καθὼς εἶπον τοῖς ᾿Ιουδαίοις ὅτι ὅπου ὑπάγω ἐγὼ, ὑμεῖς οὐ δύνασθε ἐλθεῖν, καὶ ὑμῖν λέγω ἄρτι.
Mes petits enfants, je suis pour peu de temps encore avec vous. Vous me chercherez; et, comme j'ai dit aux Juifs: Vous ne pouvez venir où je vais, je vous le dis aussi maintenant.
ὅπου ὑπάγω ἐγὼ- là où moi je vais: Voir 7,33-35.

Verset 34.
῞ἐντολὴν καινὴν δίδωμι ὑμῖν ἵνα ἀγαπᾶτε ἀλλήλους, καθὼς ἡγάπησα ὑμᾶς ἵνα καὶ ὑμεῖς ἀγαπᾶτε ἀλλήλους. 
Je vous donne un commandement nouveau: Aimez-vous les uns les autres; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres.
ἀγαπᾶτε ἀλλήλους- Aimez-vous les uns les autres: L' "amour" est ici une action plus qu'un sentiment.
Le "commandement" est "nouveau" (même adjectif qu'en Ap 21,1, voir note) à cause de l'exemple qui en est donné, et à cause du cadre dans lequel il s'exprime:
- Le lavement des pieds (13,1-5), et plus encore la Croix, montrent ce à quoi Jésus fait référence (l'amour = le don de soi).
- Le cadre de l'obéissance à ce commandement est ici la communauté des disciples.

Commentaire patristique:

De Saint Cyrille d'Alexandrie - Commentaire sur l'Évangile de Jean, IX.
Voyez-vous la nouveauté de son amour envers nous? La Loi prescrit en effet d'aimer son frère comme soi-même. Or notre Seigneur Jésus Christ nous a aimés plus que lui-même, puisque, vivant dans les mêmes conditions que Dieu le Père et dans l'égalité avec lui, il ne serait pas descendu jusqu'à notre bassesse, il n'aurait pas subi les gifles, les moqueries, et tout ce qu'il a subi - si je voulais énumérer dans le détail tout ce qu'il a subi, je n'en finirais pas - et d'abord, il n'aurait pas voulu, étant riche, se faire pauvre, s'il ne nous avait pas aimés plus que lui-même. Une telle mesure d'amour est donc inouïe et nouvelle.  
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(Le jeudi suivant le Sixième Dimanche de Pâques on célèbre

Sixième Dimanche 

En retournant auprès de son Père, le Seigneur ressuscité n'a pas abandonné ses disciples. Il demeure avec eux tous et chacun d'entre eux d'une manière nouvelle que ne permettait pas sa condition humaine. Il vient avec le Père et établit sa demeure chez ceux qui l'aiment et gardent ses paroles. Il leur donne l'Esprit Saint, Défenseur, Mémoire vivante, et Maître intérieur de l'Église.
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Les Textes  

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• Première Lecture :  

• Ac 15,1-2;22-29.

Faut-il, peut-on imposer aux autres des pratiques ancestrales, de valeur certes incontestable, et qui ont jalonné le chemin de certains vers l'Évangile?
C'est la question que pose l'intervention, sans nul doute bien intentionnée, de chrétiens venus de Judée à Antioche.
Au terme d'une sérieuse discussion (non lue ici), l'assemblée - souvent appelée "le Concile de Jérusalem" - consciente de l'assistance de l'Esprit Saint, a pris une décision inspirée par le souci de l'unité et de la charité dans les communautés composées de convertis venus les uns du judaïsme, les autres du paganisme.

Le contexte:
Sur Ac 15,1-35: Cette section occupe une place importante dans le déroulement des Actes. On y trouve le témoignage de la première grande crise interne de l'Église - qui aurait pu miner tout ce qui avait été entrepris, à Antioche de Syrie (11,19-30) ou lors du premier voyage missionnaire de Paul (13-14).
La question qui a suscité cette crise est celle du rapport entre le salut en Jésus Christ et les institutions de la Première Alliance: pour être sauvés, les croyants d'origine païenne devaient-ils d'abord devenir des Juifs zélés (15,1;5)?
Par ailleurs, cette question posait, bien entendu, celle de la définition du "peuple de Dieu".
Ces questions étaient d'autant plus aiguës qu'il ne s'agissait plus de quelques païens (comme Corneille) qui adhéraient à la foi chrétienne, mais d'Églises entières qui se constituaient, composées essentiellement de non-Juifs.
La décision du Concile de Jérusalem allie plusieurs éléments:
- la prise en compte de l'œuvre de Dieu (7-13);
- l'enseignement normatif (15) de l'Écriture;
- le pragmatisme (21).
C'est l'Évangile de la grâce, sans la nécessité de la circoncision, qui est rappelé (9;11;28), mais aussi le souci de ne pas scandaliser les chrétiens d'origine juive, membres des communautés de la diaspora (20;21;29).

Traduction et notes:

Verset 1.
Καί τινες κατελθόντες ἀπὸ τῆς ᾿Ιουδαίας ἐδίδασκον τοὺς ἀδελφοὺς ὅτι ἐὰν μὴ περιτέμνησθε τῷ ἔθει Μωϋσέως, οὐ δύνασθε σωθῆναι. 
Quelques hommes, venus de la Judée, enseignaient les frères, en disant: Si vous n'êtes circoncis selon le rite de Moïse, vous ne pouvez être sauvés.
Ces "hommes venus de la Judée", qui enseignaient à Antioche la nécessité de la circoncision et du respect de la Torah pour "être sauvé" (voir 15,5) ont probablement la même doctrine que les perturbateurs qui s'étaient introduits dans les Églises de Galatie (voir Ga 2,15-21; 5,2-4; 6,15 et à cette page).
Ils devaient penser que l'accomplissement du plan de Dieu en Jésus Christ devait s'inscrire dans le cadre des institutions de la Première Alliance. 15,24 montre qu'ils n'avaient cependant pas l'appui des Églises chrétiennes de Jérusalem et de Judée.

Verset 2.
γενομένης οὖν στάσεως καὶ ζητήσεως οὐκ ὀλίγης τῷ Παύλῳ καὶ τῷ Βαρνάβᾳ πρὸς αὐτοὺς, ἔταξαν ἀναβαίνειν Παῦλον καὶ Βαρνάβαν καί τινας ἄλλους ἐξ αὐτῶν πρὸς τοὺς ἀποστόλους καὶ πρεσβυτέρους εἰς ῾Ιερουσαλὴμ περὶ τοῦ ζητήματος τούτου.
Paul et Barnabas eurent avec eux un débat et une vive discussion; et les frères décidèrent que Paul et Barnabas, et quelques-uns des leurs, monteraient à Jérusalem vers les apôtres et les anciens, pour traiter cette question.
πρεσβυτέρους - les anciens: Voir note sur 14,23 ci-dessus; l'emploi du terme "πρεσβύτερος" est particulièrement significatif du fait que l'on parle ici deresponsables de l'Église chrétienne de Jérusalem - donc d'origine juive.

Verset 22.
Tότε ἔδοξε τοῖς ἀποστόλοις καὶ τοῖς πρεσβυτέροις σὺν ὅλῃ τῇ ἐκκλησίᾳ ἐκλεξαμένους ἄνδρας ἐξ αὐτῶν πέμψαι εἰς ᾿Αντιόχειαν σὺν τῷ Παύλῳ καὶ Βαρνάβᾳ, ᾿Ιούδαν τὸν ἐπικαλούμενον Βαρσαββᾶν καὶ Σίλαν, ἄνδρας ἡγουμένους ἐν τοῖς ἀδελφοῖς,
Alors il parut bon aux apôtres et aux anciens, et à toute l'Église, de choisir parmi eux et d'envoyer à Antioche, avec Paul et Barnabé, Jude appelé Barsabbas et Silas, hommes considérés entre les frères.
• Βαρνάβᾳ- Barnabé (ou Barnabas): Surnom de Joseph, originaire de Chypre, cousin de Marc, généreux (4,36-37), qualifié d' "apôtre" (11,24); c'est lui qui a introduit Saül, nouveau converti, dans l'Église (9,26-27), a œuvré avec lui (devenu "Paul") à Antioche de Syrie, puis est parti, également avec lui, pour le premier voyage missionnaire. Prophète et docteur, il a participé au Concile de Jérusalem (13,1; 15,2-30).
Ιούδαν τὸν ἐπικαλούμενον Βαρσαββᾶν- Jude appelé Barsabbas: Prophète, délégué par le Concile de Jérusalem auprès de l'Église d'Antioche de Syrie (15,22;32). Auteur de l'épître de Jude.
Σίλαν- Silas: Forme hellénisée de Saül ("le réclamé"), dont Silvanus (-> Silvain) est la forme latine. Judéo-chrétien et citoyen romain (16,37), comme Paul, Silas joue un rôle important à Jérusalem. Après le Concile de Jérusalem, il accompagnera Paul dans son deuxième voyage missionnaire (il sera emprisonné à Philippes: 16,19-29) et participera à l'évangélisation de Corinthe. Coexpéditeur de plusieurs épîtres (1Th; 2Th; 2Co 1,19; 1P 5,12).

Verset 23.
γράψαντες διὰ χειρὸς αὐτῶν τάδε· οἱ ἀπόστολοι καὶ οἱ πρεσβύτεροι καὶ οἱ ἀδελφοὶ τοῖς κατὰ τὴν ᾿Αντιόχειαν καὶ Συρίαν καὶ Κιλικίαν ἀδελφοῖς τοῖς ἐξ ἐθνῶν χαίρειν.
Ils les chargèrent d'une lettre ainsi conçue:
Les apôtres, les anciens, et les frères, aux frères d'entre les païens, qui sont à Antioche, en Syrie, et en Cilicie, salut!

Verset 24.
 ᾿Επειδὴ ἠκούσαμεν ὅτι τινὲς ἐξ ἡμῶν ἐξελθόντες ἐτάραξαν ὑμᾶς λόγοις ἀνασκευάζοντες τὰς ψυχὰς ὑμῶν, λάγοντες περιτέμνεσθε καὶ τηρεῖν τὸν νπόμον, οἷς οὐ διεστειλάμεθα,
Ayant appris que quelques hommes partis de chez nous, et auxquels nous n'avions donné aucun ordre, vous ont troublés par leurs discours et ont ébranlé vos âmes,
τινὲς ἐξ ἡμῶν ἐξελθόντες- quelques hommes partis de chez nous: Voir v.1 et note ci-dessus.

Verset 25.
ἔδοξεν ἡμῖν γενομένοις ὁμοθυμαδὸν, ἐκλεξαμένους ἄνδρας πέμψαι πρὸς ὑμᾶς σὺν τοῖς ἀγαπητοῖς ἡμῶν Βαρνάβᾳ καὶ Παύλῳ,
nous avons jugé à propos, après nous être réunis tous ensemble, de choisir des délégués et de vous les envoyer avec nos bien-aimés Barnabas et Paul,

Verset 26.
ἀνθρώποις παραδεδωκόσι τὰς ψυχὰς αὐτῶν ὑπὲρ τοῦ ὀνόματος τοῦ Κυρίου ἡμῶν ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ.
ces hommes qui ont exposé leur vie pour le nom de notre Seigneur Jésus Christ. 

Verset 27.
ἀπεστάλκαμεν οὖν ᾿Ιούδαν καὶ Σίλαν καὶ αὐτοὺς διὰ λόγου ἀπαγγέλλοντας τὰ αὐτά.
Nous avons donc envoyé Jude et Silas, qui vous annonceront de leur bouche les mêmes choses. 

Verset 28.
ἔδοξε γὰρ τῷ ῾Αγίῳ Πνεύματι καὶ ἡμῖν μηδὲν πλέον ἐπιτίθεσθαι ὑμῖν βάρος πλὴν τῶν ἐπάναγκες τούτων,
Car il a paru bon au Saint Esprit et à nous de ne vous imposer d'autre charge que ce qui est nécessaire,
ἔδοξε- il a paru bon: La formule est officielle (cf. v.25), et ne doit pas laisser penser qu'il ne s'agit que de l'expression d'un avis. La mention de l'Esprit Saint souligne l'autorité de la décision.

Verset 29.
ἀπέχεσθαι εἰδωλοθύτων καὶ αἵματος καὶ πνικτοῦ καὶ πορνείας· ἐξ ὧν διατηροῦντες ἑαυτοὺς εὖ πράξετε. ῎Ερρωσθε.
soit: de vous abstenir des viandes sacrifiées aux idoles, du sang, des animaux étouffés, et de l'impudicité, choses contre lesquelles vous vous trouverez bien de vous tenir en garde. Adieu."

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• Psaume :  

• Ps 67 (hébraïque)/ 66 ( LXX, Vulgate et liturgique),2b-3;5;8; antienne: 4 et 6.

Étude intégrale de ce psaume: Voir à cette page.

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• Deuxième Lecture :  

• Ap 21,10-14;22-23.

Une création nouvelle, une cité sainte venue du ciel, d'auprès de Dieu: il ne s'agit pas là de vaines espérances, mais de promesses dont saint Jean, un jour, dans une vision, a eu le privilège de contempler l'accomplissement.

Le contexte:
Sur Ap 21,1 - 22,21: Cf. supra.

Traduction et notes:

Verset 10.
καὶ ἀπήνεγκέ με ἐν πνεύματι ἐπ᾿ ὄρος μέγα καὶ ὑψηλόν, καὶ ἔδειξέ μοι τὴν πόλιν τὴν ἁγίαν ῾Ιερουσαλὴμ καταβαίνουσαν ἐκ τοῦ οὐρανοῦ ἀπὸ τοῦ Θεοῦ,
Et il me transporta en esprit sur une grande et haute montagne. Et il me montra la ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel d'auprès de Dieu,
καὶ ἀπήνεγκέ με ἐν πνεύματι - Et il me transporta en esprit: Comp. 1,10; 4,2; 17,3.
On notera le contraste de lieu: le "désert" de la ville des hommes devient la "grande et haute montagne" (comp. Is 2,2; Ez 40,2; Mi 4,1; Ps 48,2) de la cité de Dieu.

Verset 11.
ἔχουσαν τὴν δόξαν τοῦ Θεοῦ· ὁ φωστὴρ αὐτῆς ὅμοιος λίθῳ τιμιωτάτῳ, ὡς λίθῳ ἰάσπιδι κρυσταλλίζοντι·
ayant la gloire de Dieu. Son éclat était semblable à celui d'une pierre très précieuse, d'une pierre de jaspe transparente comme du cristal. 
• τὴν δόξαν τοῦ Θεοῦla gloire de Dieu: Comp. 21,23. Le mot "δόξα doxa" traduit l'hébreu "כּבד ou כּבודkâbôd"; dans le Premier Testament, la "gloire de Dieu" emplissait le Temple; dans la nouvelle création, cette "gloire" rayonne au sein du peuple de Dieu.
Comp. avec 15,8, où la fumée indique la présence glorieuse de Dieu et empêche (comme au tabernacle ou au Temple: Ex 40,34-35; 1R 8,10-11; 2Ch 7,1-3; voir aussi Is 6,4; Ps 18,9; et surtout Ez 10,4) l'assistance humaine.
λίθῳ ἰάσπιδι - d'une pierre de jaspe: Le jaspe paraît jouer le rôle de pierre au reflet divin (voir ainsi 4,3). Comme dans les théophanies du PT (voir par ex. Ex 24,10; Ez1,26;28), les pierres précieuses (qui jouent un rôle symbolique sur le vêtement du grand-prêtre: Ex 28,17-20) contribuent à un récit de vision qui tente d'exprimer l'indicible: la majesté et la gloire de Dieu; on les retrouvera dans la suite de la description de la nouvelle création, en 18,21.

Verset 12.
ἔχουσα τεῖχος μέγα καὶ ὑψηλόν, ἔχουσα πυλῶνας δώδεκα, καὶ ἐπὶ τοῖς πυλῶσιν ἀγγέλους δώδεκα, καὶ ὀνόματα ἐπιγεγραμμένα, ἅ ἐστι τῶν δώδεκα φυλῶν τῶν υἱῶν ᾿Ισραήλ. 
Elle avait une grande et haute muraille. Elle avait douze portes, et sur les portes douze anges, et des noms écrits, ceux des douze tribus des fils d'Israël:

<- Christ en Majesté et la Jérusalem céleste - vers 1120 - Fresque - Chapelle Conventuelle de  l'église abbatiale de St. Chef en Dauphiné - détail: La Jérusalem céleste protégée par des anges, et demeure de l'Agneau.

πυλῶνας δώδεκα - douze portes: La "haute muraille" symbolise la sécurité dont bénéficient les habitants - et on pourrait penser que ces "douze portes", avec leurs douze anges "gardiens", représentent aussi cette sécurité; mais on verra en 21,25 que ces portes sont toujours ouvertes. 
δώδεκα φυλῶν τῶν υἱῶν ᾿Ισραήλ - les douze tribus des fils d'Israël: Voir en 7,5-8 le rappel des douze tribus: Juda, Ruben, Gad, Aser, Nephthali, Manassé, Siméon, Lévi, Issacar, Zabulon, Joseph, Benjamin.

Verset 13.
ἀπὸ ἀνατολῆς πυλῶνες τρεῖς, καὶ ἀπὸ βορρᾶ πυλῶνες τρεῖς, καὶ ἀπὸ νότου πυλῶνες τρεῖς, καὶ ἀπὸ δυσμῶν πυλῶνες τρεῖς.
à l'orient trois portes, au nord trois portes, au midi trois portes, et à l'occident trois portes. 
Les points cardinaux sont cités par Jean dans le même ordre qu'en Ez 42, 16sqq.

Verset 14.
καὶ τὸ τεῖχος τῆς πόλεως ἔχων θεμελίους δώδεκα, καὶ ἐπ᾿ αὐτῶν δώδεκα ὀνόματα τῶν δώδεκα ἀποστόλων τοῦ ἀρνίου. 
La muraille de la ville avait douze fondements, et sur eux les douze noms des douze apôtres de l'Agneau. 
δώδεκα ἀποστόλων τοῦ ἀρνίουles douze apôtres de l'Agneau: Les noms des douze apôtres, associés à ceux des douze tribus, représentent l'ensemble du peuple de Dieu, Première et Nouvelle Alliance confondues.
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Verset 22.
Καὶ ναὸν οὐκ εἶδον ἐν αὐτῇ· ὁ γὰρ Κύριος ὁ Θεὸς ὁ παντοκράτωρ ναὸς αὐτῆς ἐστι, καὶ τὸ ἀρνίον.
Je ne vis point de temple dans la ville; car le Seigneur Dieu tout puissant est son temple, ainsi que l'Agneau.

ναὸν οὐκ εἶδον - Je ne vis point de temple: Ce qui est une surprise par rapport à la prophétie d'Ézéchiel; mais, dans la mesure où la ville a pris la forme du "Lieu Très-Saint" (voir description au v.16), l'absence de temple matériel est très largement compensée par la présence de Dieu et de l'Agneau (voir Jn 2,19-22, où Jésus parle du "Temple" qu'est son corps): Dieu est dorénavant parfaitement et universellement présent au milieu de son peuple, aucune impureté n'interdit plus l'accès à sa Présence (v.27).

Verset 23.
καὶ ἡ πόλις οὐ χρείαν ἔχει τοῦ ἡλίου οὐδὲ τῆς σελήνης ἵνα φαίνωσιν αὐτῇ· ἡ γὰρ δόξα τοῦ Θεοῦ ἐφώτισεν αὐτήν, καὶ ὁ λύχνος αὐτῆς τὸ ἀρνίον.
La ville n'a besoin ni du soleil ni de la lune pour l'éclairer; car la gloire de Dieu l'éclaire, et l'Agneau est son flambeau. 

ὁ λύχνος αὐτῆς - son flambeau: Comp. à l' "éclat" du v.11; la "gloire de Dieu" (comp. 15,8) et "l'Agneau" surpassent par leur rayonnement le soleil et la lune, qui n'ont donc plus de raison d'être - conformément à Is 60,19;20.

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• Évangile :  

• Jn 14,23-29.

Le départ de Jésus allait-il réduire ceux qui ne l'ont pas connu personnellement à vivre comme en exil, dans la solitude aride de la foi, en attendant le retour glorieux du Seigneur?
Non,s'ils l'aiment et restent fidèles à ses paroles, ils auront toujours le Père et le Fils auprès d'eux, avec le Saint Esprit, . 


Le contexte:
Sur Jn 13,31 - 14,31: Voir ci-dessus.


Traduction et notes:

Verset 23.
ἀπεκρίθη ᾿Ιησοῦς καὶ εἶπεν αὐτῷ· ἐάν τις ἀγαπᾷ με, τὸν λόγον μου τηρήσει, καὶ ὁ πατήρ μου ἀγαπήσει αὐτόν, καὶ πρὸς αὐτὸν ἐλευσόμεθα καὶ μονὴν παρ᾿ αὐτῷ ποιήσομεν.
Jésus répondit [à Jude]: Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera; nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui.
• ἀγαπᾷ με - m'aime: La manifestation dont parle Jésus aux vv.21-22 se produit dans le cadre d'une relation d'amour (qui s'exprime par la foi et l'obéissance).
μονὴν παρ᾿ αὐτῷ ποιήσομεν - nous ferons notre demeure chez lui: Par l'Esprit. Comp. 14,2-3.

Verset 24.
ὁ μὴ ἀγαπῶν με τοὺς λόγους μου οὐ τηρεῖ· καὶ ὁ λόγος ὃν ἀκούετε οὐκ ἔστιν ἐμὸς, ἀλλὰ τοῦ πέμψαντός με πατρός.

Celui qui ne m'aime pas ne garde point mes paroles. Et la parole que vous entendez n'est pas de moi, mais du Père qui m'a envoyé.

Verset 25.
Ταῦτα λελάληκα παρ᾿ ὑμῖν μένων·

Je vous ai dit ces choses pendant que je demeure avec vous.

Verset 26.
ὁ δὲ παράκλητος, τὸ Πνεῦμα τὸ ῞Αγιον ὃ πέμψει ὁ πατὴρ ἐν τῷ ὀνόματί μου, ἐκεῖνος ὑμᾶς διδάξει πάντα καὶ ὑπομνήσει ὑμᾶς πάντα ἃ εἶπον ὑμῖν. 
Mais le consolateur, l'Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit.
ὁ  παράκλητος - le consolateur: Voir 14,16.
Le terme "παράκλητος paraklētos" désignait la personne qui représentait l'accusé dans une situation judiciaire. On le trouve donc traduit par "avocat, défenseur, soutien..." ou transcrit par "Paraclet".
L'Esprit va venir en aide aux croyants, en particulier dans les épreuves et les persécutions qu'ils connaîtront dans le cadre de leur mission dans un environnement hostile (10,17-20); et leur donner les connaissances et la puissance nécessaires à un témoignage efficace (14,26; 16,14; Ac 1,8). Il va les soutenir ainsi dans le procès qu'il mène contre "le monde" (16,8-11).
La présence de l'Esprit apportera donc aux disciples un réconfort (paix et joie) malgré le départ de Jésus.
Il est à noter que le ministère de Jésus et celui de l'Esprit sont très proches:
- il est aussi un "avocat": ἐάν τις ἁμάρτῃ, παράκλητον ἔχομεν πρὸς τὸν πατέρα, ᾿Ιησοῦν Χριστὸν δίκαιον - si quelqu'un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus Christ le juste (1Jn 2,1);
- Jésus est la "vérité"; le Paraclet est l' "Esprit de vérité" (14,6;17; 1Jn 5,6);
- tous deux enseignent (14,26);
- tous deux sont témoins (15,26; 18,37);
- tous deux sont rejetés (5,43; 14,17).
Jusque là, Jésus avait représenté le Père sur la terre; à partir de la Pentecôte, l'Esprit va représenter Jésus.
ἐν τῷ ὀνόματί μου - en mon nom: L'Esprit est envoyé par le Père et le Fils (voir 15,26).
• ὑπομνήσει ὑμᾶς - vous rappellera: L'Esprit permettra aux apôtres de comprendre la portée des paroles et des actes de Jésus (voir 2,17;22; 12,16; 15,26; 16,12-15). C'est ainsi qu'ils pourront en particulier rédiger les documents du Nouveau Testament. L'enseignement de Jésus a toujours été présenté comme étant celui du Père; par la suite, l'enseignement de l'Esprit sera celui du Fils.

Verset 27.
Εἰρήνην ἀφίημι ὑμῖν, εἰρήνην τὴν ἐμὴν δίδωμι ὑμῖν· οὐ καθὼς ὁ κόσμος δίδωσιν, ἐγὼ δίδωμι ὑμῖν. μὴ ταρασσέσθω ὑμῶν ἡ καρδία, μηδὲ δειλιάτω.
Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous donne pas comme le monde donne. Que votre coeur ne se trouble point, et ne s'alarme point.
• Εἰρήνην ἀφίημι ὑμῖν- je vous laisse la paix: En particulier en vue des moments d'épreuve; la "paix" vient de la présence du Christ par l'Esprit.

Verset 28.
ἡκούσατε ὅτι ἐγὼ εἶπον ὑμῖν, ὑπάγω καὶ ἔρχομαι πρὸς ὑμᾶς. εἰ ἡγαπᾶτέ με, ἐχάρητε ἄν ὅτι εἶπον, πορεύομαι πρὸς τὸν πατέρα, ὅτι ὁ πατὴρ μου μείζων μού ἐστι·
Vous avez entendu que je vous ai dit: Je m'en vais, et je reviens vers vous. Si vous m'aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais au Père; car le Père est plus grand que moi.
μείζων μού - plus grand que moi: Jésus souligne la réalité de l'humiliation qui a accompagné son ministère terrestre. Son retour au Père devrait donc réjouir les apôtres, car le Fils retrouvera, auprès du Père, la gloire qui était la sienne avant l'incarnation (voir 17,5: en s'humiliant lui-même en devenant homme, le Fils ne s'est pas "vidé" de sa nature divine - 1,1-3;14; 8,58 - mais il a renoncé à sa gloire; par sa résurrection et son retour au Père, il retrouvera la gloire qui était la sienne depuis toujours). Mais même en tant qu'envoyé sur la terre, abaissé, humilié, le Fils était parfaitement uni au Père (5,19; 10,30).

Verset 28.
καὶ νῦν εἴρηκα ὑμῖν πρὶν γενέσθαι, ἵνα ὅταν γένηται πιστεύσητε.
Et maintenant je vous ai dit ces choses avant qu'elles arrivent, afin que, lorsqu'elles arriveront, vous croyiez.


Méditation:
Sainte Thérèse d'Avila - (1515-1582) - carmélite, docteur de l'Église - Relations diverses, 46 et 48

« Si quelqu'un m'aime [...] nous viendrons chez lui ;
nous irons demeurer auprès de lui »
      Je jouissais un jour, dans le recueillement, de cette compagnie que j'ai toujours en mon âme ; il me semblait que Dieu s'y trouvait, de telle sorte que je songeais à cette parole de saint Pierre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16,16), car Dieu était vraiment vivant en moi. Cette prise de conscience ne ressemblait pas aux autres ; elle élève la puissance de la foi ; on ne saurait douter que la Trinité est en notre âme par une présence spéciale, par sa puissance et par son essence. Sentir cela est extrêmement avantageux pour faire entendre une telle vérité. Comme j'étais tout étonnée de voir une si haute Majesté dans une créature aussi vile que mon âme, j'ai entendu cette parole : « Ton âme n'est pas vile, ma fille, car elle est faite à mon image » (Gn 1,27).

      Un autre jour, je considérais en moi cette présence des trois Personnes divines. La lumière était tellement vive, qu'il n'y avait nul doute que ce ne fût là le Dieu vivant, le vrai Dieu... Je songeais combien la vie est amère, puisqu'elle nous empêche de nous tenir toujours dans une si admirable compagnie, et [...] le Seigneur m'a dit : « Ma fille, après cette vie, tu ne pourras plus me servir de la même manière que maintenant. Alors, que tu manges ou que tu dormes, quoi que tu fasses, fais-le par amour pour moi, comme si tu ne vivais plus toi-même, mais moi en toi ; c'est là ce qu'a proclamé saint Paul » (Ga 2,20).

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(Le jeudi suivant le Sixième Dimanche de Pâques on célèbre

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