Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven


Les Dimanches de Pâques
(Années C) - 1
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Troisième Dimanche 

Temps pascal, temps de l'Église - et inversement: voilà ce que proclame, illustre et célèbre la liturgie de ce dimanche.
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Les Textes  

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• Première Lecture :  

• Ac 5,27b-32;40b-41.

Mis à mort par les hommes, Jésus a été ressuscité par Dieu; condamné comme un malfaiteur, il apporte à tous le salut et la rémission des péchés: telle est la foi que - depuis les temps apostoliques - l'Église ne cesse de proclamer, avec l'assistance de l'Esprit Saint.
Menaces et persécutions ne sauraient la réduire au silence. 

Le contexte:
Sur Ac 4,32 - 5,42:
- Un bref résumé (4,32-35) de la vie communautaire de la première Église met en valeur la solidarité matérielle qui unit les les croyants et qui est marquée par la générosité et le désintéressement.
- Deux exemples suivent immédiatement: celui, positif, de Barnabas (4,36-37) et celui, négatif, d'Ananias et Saphira (5,1-11).
- Un nouveau résumé de la vie des apôtres (5,12-16) met cette fois en avant leurs relations avec l'extérieur de la communauté: c'est au sein du peuple que Dieu accomplit des miracles par leur intermédiaire.
- Leurs actes les conduisent à nouveau en prison, puis devant le Sanhédrin, le Grand-Conseil (5,17-27). Mais la perplexité des autorités, leur prudence et l'assurance des apôtres inversent le cours du procès.
- C'est donc le grand-prêtre qui se considère comme accusé (5,28), et Pierre qui invite le Grand-Conseil à recevoir la grâce du changement et du salut (5,29-32).
- Malgré la fureur des autorités, la sagesse de Gamaliel permet la libération des apôtres et la poursuite de leur ministère (5,33-42).

Traduction et notes:

Verset 27.
 ᾿Αγαγόντες δὲ αὐτοὺς ἔστησαν ἐν τῷ συνεδρίῳ. καὶ ἐπηρώτησεν αὐτοὺς ὁ ἀρχιερεὺς
Après qu'ils les eurent amenés en présence du sanhédrin, le souverain sacrificateur les interrogea 

Verset 28.
λέγων· Οὐ παραγγελία παρηγγείλαμεν ὑμῖν μὴ διδάσκειν ἐπὶ τῷ ὀνόματι τούτῳ; καὶ ἰδοὺ πεπληρώκατε τὴν ῾Ιερουσαλὴμ τῆς διδαχῆς ὑμῶν, καὶ βούλεσθε ἐπαγαγεῖν ἐφ᾿ ἡμᾶς τὸ αἷμα τοῦ ἀνθρώπου τούτου.
en ces termes: Ne vous avons-nous pas défendu expressément d'enseigner en ce nom-là? Et voici, vous avez rempli Jérusalem de votre enseignement, et vous voulez faire retomber sur nous le sang de cet homme!
•  Οὐ παραγγελία παρηγγείλαμεν ὑμῖν μὴ διδάσκειν ἐπὶ τῷ ὀνόματι τούτῳ; - Ne vous avons-nous pas défendu expressément d'enseigner en ce nom-là?: Voir 4,17-18;21.
• ἐπαγαγεῖν ἐφ᾿ ἡμᾶς - vous voulez faire retomber sur nous: Voir 4,10-11.

Verset 29.
ἀποκριθεὶς δὲ Πέτρος καὶ οἱ ἀπόστολοι εἶπον· πειθαρχεῖν δεῖ Θεῷ μᾶλλον ἢ ἀνθρώποις. 
Pierre et les apôtres répondirent: Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes.

Verset 30.
ὁ Θεὸς τῶν πατέρων ἡμῶν ἤγειρεν ᾿Ιησοῦν, ὃν ὑμεῖς διεχειρίσασθε κρεμάσαντες ἐπὶ ξύλου·
Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus, que vous avez tué, en le pendant sur le bois. 
• ἐπὶ ξύλου - sur le bois: Comp. Dt 21,22-23.
 
Verset 31.
τοῦτον ὁ Θεὸς ἀρχηγὸν καὶ σωτῆρα ὕψωσεν τῇ δεξιᾷ αὐτοῦ δοῦναι μετάνοιαν τῷ ᾿Ισραὴλ καὶ ἄφεσιν ἁμαρτιῶν.
Dieu l'a élevé par sa droite comme Prince et Sauveur, pour donner à Israël la repentance et le pardon des péchés. 
τῇ δεξιᾷ αὐτοῦ - par sa droite: La "droite" de Dieu, sa main droite = sa puissance (voir la page sur "Le bras et la main de Dieu").
σωτῆρα - comme Sauveur: La mort de Jésus fait de lui le "Sauveur" qui peut conduire à "la repentance" et offrir "le pardon des péchés".
μετάνοιαν - la repentance: Voir 2,38.

Verset 32.
καὶ ἡμεῖς ἐσμεν αὐτοῦ μάρτυρες τῶν ῥημάτων τούτων, καὶ τὸ Πνεῦμα δὲ τὸ ῞Αγιον ὃ ἔδωκεν ὁ Θεὸς τοῖς πειθαρχοῦσιν αὐτῷ.
Nous sommes témoins de ces choses, de même que le Saint Esprit, que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent.
τοῖς πειθαρχοῦσιν αὐτω ͂ͅ- à ceux qui lui obéissent: Il s'agit de l' "obéissance" de la foi (Rm 1,5). Comp. Jn 15,26-27; 16,8-11. Le "Saint Esprit" suscite, conduit et accompagne le "témoignage" des disciples du Christ.

Verset 40.
καὶ προσκαλεσάμενοι τοὺς ἀποστόλους δείραντες παρήγγειλαν μὴ λαλεῖν ἐπὶ τῷ ὀνόματι τοῦ ᾿Ιησοῦ, καὶ ἀπέλυσαν αὐτούς.
Et ayant appelé les apôtres, ils les firent battre de verges, ils leur défendirent de parler au nom de Jésus, et ils les relâchèrent.
δείραντες - ils les firent battre de verges: Il s'agit peut-être des "quarante coups au plus" prévus par la Loi (voir Dt 25,3; voir aussi 2Co 11,24: Paul parle de "quarante coups moins un", car, la Loi interdisant d'aller au-delà de quarante coups de bâton, les Juifs s'arrêtaient à trente-neuf pour être surs de ne pas dépasser cette limite).

Verset 41.
οἱ μὲν οὖν ἐπορεύοντο χαίροντες ἀπὸ προσώπου τοῦ συνεδρίου, ὅτι ὑπὲρ τοῦ ὀνόματος αὐτοῦ κατηξιώθησαν ἀτιμασθῆναι·
Les apôtres se retirèrent de devant le sanhédrin, joyeux d'avoir été jugés dignes de subir des outrages pour le nom de Jésus.
χαίροντες - joyeux: Comp. 1P 4,12-13. Ce n'est bien entendu pas la souffrance en elle-même qui suscite la "joie" des apôtres, mais la cause de cette souffrance: leur attachement à Jésus; ils considèrent le traitement qu'ils ont subi (v.40) non comme un "outrage", une humiliation, mais comme un honneur.

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• Psaume :  

• Ps 30 (hébraïque)/ 29 ( LXX, Vulgate et liturgique),3-6;12-13.

Joie du matin de Pâques: le Christ s'est relevé vivant des abîmes.
Rien ne peut empêcher de proclamer cette Bonne Nouvelle. 

Sur ce psaume:
Prière de reconnaissance pour une délivrance de l'épreuve, une grave maladie semble-t-il (vv.2-4).
Ce psaume porte la suscription suivante:
מזמור שׁיר־חנכת הבית לדוד׃
Psaume. Cantique pour la dédicace de la maison. De David.
שׁירCantique: Comp. Ps 18; 45; 46; 48; 65 à 68.
- חנכת הבית - pour la dédicace de la maison: "De la maison", i.e. du Temple. La liturgie juive utilisera par la suite ce psaume pour la fête de 'Hanoukka qui célèbre la dédicace (ou reconsécration) de l'autel du Temple par Judas Macchabée après sa profanation par le roi Antiochos IV Epiphane, ainsi que pour Lag Ba Omère, la fête des Prémices(voir Dt 26,1-11).

Traduction et notes:

Verset 3.
יהוה אלהי שׁועתי אליך ותרפאני׃
YHWH, mon Dieu!
J'ai crié à toi, et tu m'as guéri. 

Verset 4.
 יהוה העלית מן־שׁאול נפשׁי חייתני מיורדי־בור׃
YHWH,tu as fait remonter mon âme du séjour des morts,
Tu m'as fait revivre loin de ceux qui descendent dans la fosse.
מיורדי־בור- loin de ceux qui descendent dans la fosse: Comp. Ps 28,1; Ez 26,20.

Verset 5.
זמרו ליהוה חסידיו והודו לזכר קדשׁו׃
Chantez pour YHWH, vous qui l'aimez,
Célébrez par vos louanges sa sainteté!

Verset 6.
 כי רגע באפו חיים ברצונו בערב ילין בכי ולבקר רנה׃
Car sa colère dure un instant,
Mais sa grâce toute la vie;
Le soir arrivent les pleurs,
Et le matin l'allégresse.

Verset 12.
  הפכת מספדי למחול לי פתחת שׂקי ותאזרני שׂמחה׃
Et tu as changé mes lamentations en allégresse,
Tu as délié mon sac, et tu m'as ceint de joie,
מיורדי־בור- loin de ceux qui descendent dans la fosse: Le mot שׂקśaq désigne un tissu lâche et rugueux fait de poils de chèvre ou de chameau, utilisé pour fabriquer les sacs à grain et les vêtements de deuil. Comp. Gn 37,34; 1R 21,27; Ps 35,13.

Verset 13.
  למען יזמרך כבוד ולא ידם יהוה אלהי לעולם אודך׃
Afin que mon coeur te chante et ne soit pas muet.
YHWH, mon Dieu! je te louerai toujours.

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• Deuxième Lecture :  

• Ap 5,11-14.

Pour rendre compte de sa vision, l'auteur du Livre de l'Apocalypse - saint Jean - ne pouvait que recourir à des images, ainsi que les prophètes et les mystiques.

<- Saint Jean à Patmos, rédigeant l'Apocalypse - Joos van Cleve, 1ère moitié du XVIème siècle - Musée des Beaux-Arts, Valenciennes.

Ci-dessous: détail.

Comme Daniel (Dn 7,10-12), il contemple, émerveillé une grandiose liturgie céleste. 

Mais c'est Jésus, "l'Agneau immolé", qui en est le centre: il reçoit le même hommage et la même adoration que le Père, "qui siège sur le trône".
Un "Amen" solennel, dont l'écho se répercute sans fin, donne à cette apothéose du Christ élevé à la droite de Dieu un retentissement cosmique.

Le contexte:
Sur le Livre de l'Apocalypse, voir ici.
Sur Ap 4,1 - 5,14: Ce passage est une sorte de diptyque (tableau constitué de deux panneaux qui se répondent). Et à la vision/audition concernant la situation des Églises (chap. 2-3) s'ajoute maintenant une perspective cosmique.
Jean "monte" (4,1), i.e. voyage jusqu'à Dieu avec l'aide de l'Esprit. Il se trouve alors dans une position favorable, aux sources de toute révélation, là où trône le Seigneur de l'univers. Il lui est donné de pénétrer dans les "coulisses" à la fois de la création et de l'histoire humaine, à la rencontre du Créateur (4,2-11) et du Rédempteur (5,6-14). L'adoration adressée indifféremment aux deux (4,9-11; 5,9-14) confirme que l'Agneau partage la dignité divine.
Les descriptions de Dieu, des Vivants, de l'Agneau utilisent le langage de visions analogue à celui du Premier Testament; Jean en effet a conscience de s'insérer dans la lignée des prophètes de Dieu qui l'ont précédé. Parmi les principales références au P.T. dans Ap 4,1 - 5,14, on peut noter Dn 7; Is 6; et surtout, ici, Ez 1-2.

Traduction et notes:

Verset 11.
Καὶ εἶδον καὶ ἤκουσα φωνὴν ἀγγέλων πολλῶν κύκλῳ τοῦ θρόνου καὶ τῶν ζῴων καὶ τῶν πρεσβυτέρων, καὶ ἦν ὁ ἀριθμὸς αὐτῶν μυριάδες μυριάδων καὶ χιλιάδες χιλιάδων,
Je regardai, et j'entendis la voix de beaucoup d'anges autour du trône et des êtres vivants et des vieillards, et leur nombre était des myriades de myriades et des milliers de milliers.

Verset 12.
λέγοντες φωνῇ μεγάλῃ· ἄξιόν ἐστι τὸ ἀρνίον τὸ ἐσφαγμένον λαβεῖν τὴν δύναμιν καὶ πλοῦτον καὶ σοφίαν καὶ ἰσχὺν καὶ τιμὴν καὶ δόξαν καὶ εὐλογίαν.
Ils disaient d'une voix forte:
L'Agneau qui a été immolé est digne de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l'honneur, la gloire, et la louange
εὐλογίαν - la louange: Comp. 1Ch 29,11-12.

<- Mosaïque de l'Agnus Dei - VIème siècle - Église Saint Vital, Ravenne (voûte surplombant l'autel et le chœur).

Verset 13.
καὶ πᾶν κτίσμα ὃ ἐν τῷ οὐρανῷ καὶ ἐπὶ τῆς γῆς καὶ ὑποκάτω τῆς γῆς καὶ ἐπὶ τῆς θαλάσσης ἐστί, καὶ τὰ ἐν αὐτοῖς πάντα, ἤκουσα λέγοντας· τῷ καθημένῳ ἐπὶ τοῦ θρόνου καὶ τῷ ἀρνίῳ ἡ εὐλογία καὶ ἡ τιμὴ καὶ ἡ δόξα καὶ τὸ κράτος εἰς τοὺς αἰῶνας τῶν αἰώνων.
Et toutes les créatures qui sont dans le ciel, sur la terre, sous la terre, sur la mer, et tout ce qui s'y trouve, je les entendis qui disaient:
A celui qui est assis sur le trône, et à l'Agneau, soient la louange, l'honneur, la gloire, et la force, aux siècles des siècles!
πᾶν κτίσμα - toutes les créatures: La liturgie culmine en un chant universel.
τῷ καθημένῳ ἐπὶ τοῦ θρόνου καὶ τῷ ἀρνίῳ - A celui qui est assis sur le trône, et à l'agneau: L'acclamation conjointe de Dieu et du Christ souligne qu'ils sont indissociables (voir ci-dessus présentation de 4,1 - 5,14).

Verset 14.
καὶ τὰ τέσσαρα ζῷα ἔλεγον· ἀμήν· καὶ οἱ πρεσβύτεροι ἔπεσαν καὶ προσεκύνησαν.
Et les quatre Vivants disaient: Amen! Et les vieillards se prosternèrent et adorèrent.

Le Christ en majesté, entouré des "Quatre Vivants", de deux anges et des vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse - 2ème quart du XIIème siècle - Tympan de l'abbatiale saint-Pierre, Moissac. ->




Ci-dessous, détail:
le Christ et les "Quatre Vivants"

qui ont servi (depuis saint Jérôme) de symboles aux quatre évangélistes: l'homme à Matthieu, le lion à Marc, le taureau à Luc, l'aigle à Jean.












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• Évangile :  

• Jn 21,1-19.

La "troisième" manifestation du Ressuscité rapportée par l'épilogue de l'Évangile selon saint Jean se distingue des autres:
- les témoins n'en sont pas les Onze, mais cinq d'entre eux seulement, plus deux disciples anonymes;
- ils ne marquent pas d'hésitation pour identifier le Seigneur.
Comment ne pas voir là une évocation de l'Église pascale?
Sur la mer de ce monde, elle peine souvent, sans résultats apparents. Le Seigneur, lui, voit où il faut jeter le filet; si ses disciples suivent ses indications, ils seront surpris par la fécondité extraordinaire de leurs efforts. Le repas de pain et de poisson, présidé par le Seigneur, fait songer à l'Eucharistie 

Le contexte:
Comme dans le Livre de l'Apocalypse (voir ici et ci-dessus), attribué au même auteur, le symbolisme des chiffres et des nombres joue un grand rôle ici.
Sur Jn: voir ici.
Sur Jn 21,1-25:
Après 20,30-31, qui aurait très bien pu conclure l'évangile, le chap. 21 se présente comme un post-scriptum.
Il comporte deux parties:
- la première (vv.1-14) est le récit - très symbolique, donc - d'une nouvelle pêche miraculeuse, réalisée grâce à l'intervention du Ressuscité. Jésus indique ainsi qu'il rétablit ses disciples dans leur ministère de pêcheurs d'hommes - dont il avait parlé lors de la "première" pêche miraculeuse, celle de Lc 5,10. Mais un obstacle demeure pour Pierre: celui de son reniement;
- la seconde partie du chapitre (vv.15-23) est donc consacrée au rétablissement de Pierre dans son ministère: après avoir fait vivre à l'apôtre "de l'intérieur" la peine qu'il avait lui-même ressentie, le Ressuscité lui annonce le pardon, le rétablit dans sa tâche de pasteur de ses propres brebis, et lui indique le chemin qu'il lui faudra suivre.
C'est Jean, le dernier témoin encore vivant (il était le plus jeune des Douze, et a vécu très vieux), qui rapporte ces faits (vv.23-25).

Traduction et notes:

Verset 1.
᾿Μετὰ ταῦτα ἐφανέρωσεν ἑαυτὸν πάλιν ὁ ᾿Ιησοῦς τοῖς μαθηταῖς ἐπὶ τῆς θαλάσσης τῆς Τιβεριάδος· ἐφανέρωσε δὲ οὕτως.
Après cela, Jésus se montra encore aux disciples, sur les bords de la mer de Tibériade. Et voici de quelle manière il se montra.

Verset 2.
᾿ ἦσαν ὁμοῦ Σίμων Πέτρος, καὶ Θωμᾶς ὁ λεγόμενος Δίδυμος, καὶ Ναθαναὴλ ὁ ἀπὸ Κανὰ τῆς Γαλιλαίας, καὶ οἱ τοῦ ζεβεδαίου, καὶ ἄλλοι ἐκ τῶν μαθητῶν αὐτοῦ δύο.
Simon Pierre, Thomas, appelé Didyme ("le Jumeau"), Nathanaël, de Cana en Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres disciples de Jésus, étaient ensemble.
Donc 7 personnes (5 Apôtres, nommés, et 2 disciples, anonymes). Ce chiffre "parfait" peut évoquer l’Église qui va naître. 

Verset 3.
᾿λέγει αὐτοῖς Σίμων Πέτρος· ὑπάγω ἁλιεύειν. λέγουσιν αὐτῷ· ἐρχόμεθα καὶ ἡμεῖς σὺν σοί. ἐξῆλθον καὶ ἐνέβησαν εἰς τὸ πλοῖον εὐθύς, καὶ ἐν ἐκείνῃ τῇ νυκτὶ ἐπίασαν οὐδέν.
Simon Pierre leur dit: Je vais pêcher. Ils lui dirent: Nous allons aussi avec toi. Ils sortirent et montèrent dans une barque, et cette nuit-là ils ne prirent rien.
 
Verset 4.
πρωΐας δὲ ἤδη γενομένης ἔστη ὁ ᾿Ιησοῦς εἰς τὸν αἰγιαλόν· οὐ μέντοι ᾔδεισαν οἱ μαθηταὶ ὅτι ᾿Ιησοῦς ἐστι.
Le matin étant venu, Jésus se trouva sur le rivage; mais les disciples ne savaient pas que c'était Jésus.
οὐ μέντοι ᾔδεισαν οἱ μαθηταὶ - mais les disciples ne savaient pas: Voir 20,14; Mt 28,17; Lc 24,16;37. A plusieurs reprises, Jésus n'a pas été reconnu après sa résurrection: peut-être son apparence, tout en étant celle qu'il avait auparavant, était-elle quelque peu différente; ou peut-être que les disciples, en raison du caractère extraordinaire de la résurrection, et ne s'attendant pas à un tel phénomène, n'ont même pas pensé qu'il pouvait s'agir de Jésus.

Verset 5.
λέγει οὖν αὐτοῖς ὁ ᾿Ιησοῦς· παιδία, μή τι προσφάγιον ἔχετε; ἀπεκρίθησαν αὐτῷ· οὔ.
Jésus leur dit: Jeunes gens, n'avez-vous rien à manger? Ils lui répondirent: Non.
• παιδία- Jeunes gens: En fait, cette locution traduit le terme "παιδίον-paidion" de façon factuelle, concrète - mais sans tenir compte de la valeur implicite de celui-ci.
En effet, "παιδίον"est le diminutif, neutre, de "παῖς-pais", masculin. Or
- le "παῖς" est (au moins étymologiquement) celui que le citoyen peut frapper ("παίω-paio") impunément; c'est-à-dire celui qui, juridiquement et socialement, dépend de lui: son "enfant" et/ou son "jeune esclave";
- le "παιδίον" est donc - de façon plus indéterminée encore (neutre) - quelqu'un qui ne peut s'exprimer (c'est d'ailleurs le sens étymologique du mot "enfant", du latin "in-fans"); donc,
d'abord, quelqu'un de très jeune
puis une personne immature,
puis, dans ce contexte, le Chrétien immature.

Verset 6.
ὁ δὲ εἶπεν αὐτοῖς· βάλετε εἰς τὰ δεξιὰ μέρη τοῦ πλοίου τὸ δίκτυον, καὶ εὑρήσετε. ἔβαλον οὖν, καὶ οὐκέτι αὐτὸ ἑλκύσαι ἴσχυσαν ἀπὸ τοῦ πλήθους τῶν ἰχθύων.
Il leur dit: Jetez le filet du côté droit de la barque, et vous trouverez. Ils le jetèrent donc, et ils ne pouvaient plus le retirer, à cause de la grande quantité de poissons.

Verset 7.
λέγει οὖν ὁ μαθητὴς ἐκεῖνος, ὃν ἡγάπα ὁ ᾿Ιησοῦς, τῷ Πέτρῳ· ὀ Κύριός ἐστι. Σίμων οὖν Πέτρος ἀκούσας ὅτι ὁ Κύριός ἐστι, τὸν ἐπενδύτην διεζώσατο· ἦν γὰρ γυμνός· καὶ ἔβαλεν ἑαυτὸν εἰς τὴν θάλασσαν·
Alors le disciple que Jésus aimait dit à Pierre: C'est le Seigneur! Et Simon Pierre, dès qu'il eut entendu que c'était le Seigneur, mit son vêtement et sa ceinture, car il était nu, et se jeta dans la mer.
• ὁ μαθητὴς ἐκεῖνος, ὃν ἡγάπα ὁ ᾿Ιησοῦς - le disciple que Jésus aimait: Voir 13,23; 19,26-27; 20,2; 21,20. Cette expression désigne Jean, l'auteur de cet évangile. En 1,18, ce dernier montre avec le même langage la proximité, "l'intimité" existant entre Jésus et le Père; Jésus, étant dans cette intimité, était qualifié pour révéler le Père. De même, ce disciple est donc qualifié pour rapporter les paroles du Fils: Jean affirme ainsi l'authenticité de son récit, témoignage d'un disciple vivant dans l'intimité de Jésus.
καὶ ἔβαλεν ἑαυτὸν εἰς τὴν θάλασσαν - et se jeta dans la mer: Pierre, comme dans d'autres épisodes, réagit de façon impulsive; en effet, s'il est "nu", c'est - très normalement, pour ne pas salir son vêtement en travaillant, pour ne pas le mouiller...
 
Verset 8.
οἱ δὲ ἄλλοι μαθηταὶ τῷ πλοιαρίῳ ἦλθον· οὐ γὰρ ἦσαν μακρὰν ἀπὸ τῆς γῆς, ἀλλ᾿ ὡς ἀπὸ πηχῶν διακοσίων, σύροντες τὸ δίκτυον τῶν ἰχθύων.
Les autres disciples vinrent avec la barque, tirant le filet plein de poissons, car ils n'étaient éloignés de terre que d'environ deux cents coudées.
ἀπὸ πηχῶν διακοσίων - d'environ deux cents coudées: La coudée (אמּה
'ammâh= avant-bras => coudée) est comprise entre 52,5cm ("grande coudée") et 45cm ("petite coudée"); ils sont donc à une centaine de mètres du rivage.

Verset 9.
ὡς οὖν ἀπέβησαν εἰς τὴν γῆν, βλέπουσιν ἀνθρακιὰν κειμένην καὶ ὀψάριον ἐπικείμενον καὶ ἄρτον.
Lorsqu'ils furent descendus à terre, ils virent là des charbons allumés, du poisson dessus, et du pain.

<-Le poisson et les pains, symboles du Repas eucharistique.

Verset 10.
λέγει αὐτοῖς ὁ ᾿Ιησοῦς· ἐνέγκατε ἀπὸ τῶν ὀψαρίων ὧν ἐπιάσατε νῦν.
Jésus leur dit: Apportez des poissons que vous venez de prendre.

Verset 11.
ἀνέβη οὖν Σίμων Πέτρος καὶ εἵλκυσε τὸ δίκτυον ἐπὶ τῆς γῆς, μεστὸν ἰχθύων μεγάλων ἑκατὸν πεντήκοντα τριῶν· καὶ τοσούτων ὄντων οὐκ ἐσχίσθη τὸ δίκτυον.
Simon Pierre monta dans la barque, et tira à terre le filet plein de cent cinquante-trois grands poissons; et quoiqu'il y en eût tant, le filet ne se rompit point.
ἑκατὸν πεντήκοντα τριῶν - cent cinquante-trois: Saint Jérôme explique que les naturalistes de l'époque comptaient 153 espèces de poissons dans la mer.
Ces "153 grands poissons", représentant donc la totalité des espèces, symboliseraient donc la totalité des peuples de la terre.
Ce nombre peut aussi évoquer le recensement, ordonné par le roi Salomon comme préliminaire à la construction du Temple, et qui avait dénombré 153 600 étrangers vivant en terre d'Israël,
(2Ch 2,17):
ויספר שׁלמה כל־האנשׁים הגירים אשׁר בארץ ישׂראל אחרי הספר אשׁר ספרם דויד אביו וימצאו מאה וחמשׁים אלף ושׁלשׁת אלפים ושׁשׁ מאות׃
(LXX - 2Ch 2,16: καὶ συνήγαγεν Σαλωμων πάντας τοὺς ἄνδρας τοὺς προσηλύτους ἐν γῇ Ισραηλ μετὰ τὸν ἀριθμόν, ὃν ἠρίθμησεν αὐτοὺς Δαυιδ ὁ πατὴρ αὐτοῦ, καὶ εὑρέθησαν ἑκατὸν πεντήκοντα χιλιάδες καὶ τρισχίλιοι ἑξακόσιοι.)
"Et Salomon dénombra tous les hommes étrangers qui étaient dans le pays d'Israël, suivant le dénombrement qu'en avait fait David, son père, et on en trouva cent cinquante-trois mille six cents".
• οὐκ ἐσχίσθη - ne se rompit point: Comp. Lc 5,6.

Verset 12.
 λέγει αὐτοῖς ὁ ᾿Ιησοῦς· δεῦτε ἀριστήσατε. οὐδεὶς δὲ ἐτόλμα τῶν μαθητῶν ἐξετάσαι αὐτόν σὺ τίς εἶ, εἰδότες ὅτι ὁ Κύριός ἐστιν.
Jésus leur dit: Venez, mangez. Et aucun des disciples n'osait lui demander: Qui es-tu? sachant que c'était le Seigneur.
οὐδεὶς δὲ ἐτόλμα τῶν μαθητῶν ἐξετάσαι αὐτόν σὺ τίς εἶ- aucun des disciples n'osait lui demander: Qui es-tu?: L'attitude des disciples est marquée par la crainte, car Jésus vient de renouveler la pêche miraculeuse qu'il leur avait permis de faire lors de son appel à le suivre (Lc 5,1-11). Tout se passe comme si les choses allaient recommencer; ils ne comprennent pas ce que veut Jésus.

Verset 13.
ἔρχεται οὖν ὁ ᾿Ιησοῦς καὶ λαμβάνει τὸν ἄρτον καὶ δίδωσιν αὐτοῖς, καὶ τὸ ὀψάριον ὁμοίως.
Jésus s'approcha, prit le pain, et leur en donna; il fit de même du poisson.

Verset 14.
τοῦτο ἤδη τρίτον ἐφανερώθη ὁ ᾿Ιησοῦς τοῖς μαθηταῖς αὐτοῦ ἐγερθεὶς ἐκ νεκρῶν. 
C'était déjà la troisième fois que Jésus se montrait à ses disciples depuis qu'il était ressuscité des morts.
τρίτον- la troisième fois: C'est la troisième fois que Jésus apparaît à un groupe des apôtres réunis:
- la première fois, en l'absence de Thomas (Jn 20,19-23);
- la deuxième fois, "huit jours plus tard", en présence de Thomas (Jn 20,24-31 - ces deux fois, lues le 2ème dimanche de Pâques);
- la troisième fois, ici.

Verset 15.
῞Οτε οὖν ἡρίστησαν, λέγει τῷ Σίμωνι Πέτρῳ ὁ ᾿Ιησοῦς· Σίμων ᾿Ιωνᾶ, ἀγαπᾷς με πλέον τούτων; λέγει αὐτῷ· ναί, Κύριε, σὺ οἶδας ὅτι φιλῶ σε. λέγει αὐτῷ· βόσκε τὰ ἀρνία μου. 
Après qu'ils eurent mangé, Jésus dit à Simon Pierre: Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu plus que ne m'aiment ceux-ci? Il lui répondit: Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime. Jésus lui dit: Pais mes agneaux.
πλέον τούτων - plus que ne m'aiment ceux-ci: Jésus demande à Pierre si son amour pour lui est toujours aussi présomptueux (voir Mt 26,33; Mc 14,29; Jn 13,37).
Autre traduction possible: "plus que tu n'aimes ceux-ci".
En fait, la traduction liturgique garde l'ambiguïté du grec (trad. littérale: "plus qu'eux"), qui ne tranche pas entre valeur subjective et objective du pronom (puisque le verbe n'est pas exprimé). Mais la première explicitation proposée a, contrairement à la seconde, une valeur théologique imposée par le contexte. En outre, la nécessité d'une explicitation se fait sentir dès le v.16.
βόσκε τὰ ἀρνία μου - Pais mes agneaux: Voir vv.16 et 17. Pierre reçoit pour mission de s'occuper du troupeau du Christ. Le rôle de berger qui lui est confié, à la suite du Maître (Jn 10,14-16; 20,21), exigera de lui un amour absolu, sans réserve pour le Seigneur.

Verset 16.
῞λέγει αὐτῷ πάλιν δεύτερον· Σίμων ᾿Ιωνᾶ, ἀγαπᾷς με; λέγει αὐτῷ· ναί, Κύριε, σὺ οἶδας ὅτι φιλῶ σε. λέγει αὐτῷ· ποίμαινε τὰ πρόβατά μου.  
Il lui dit une seconde fois: Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu? Pierre lui répondit: Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime. Jésus lui dit: Pais mes brebis.
ἀγαπᾷς με; - m'aimes-tu?: Cette fois (et cela implique que l'on choisisse une explicitation - qu'elle soit subjective ou objective - au v.15) Jésus demande à Pierre s'il l'aime tout simplement, dans l'absolu.

Verset 17.
῞λέγει αὐτῷ τὸ τρίτον· Σίμων ᾿Ιωνᾶ, φιλεῖς με; ἐλυπήθη ὁ Πέτρος ὅτι εἶπεν αὐτῷ τὸ τρίτον· φιλεῖς με; καὶ εἶπεν αὐτῷ· Κύριε, σὺ πάντα οἶδας, σὺ γινώσκεις ὅτι φιλῶ σε. λέγει αὐτῷ ὁ ᾿Ιησοῦς· βόσκε τὰ πρόβατά μου.  
Il lui dit pour la troisième fois: Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu? Pierre fut attristé de ce qu'il lui avait dit pour la troisième fois: M'aimes-tu? Et il lui répondit: Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t'aime. Jésus lui dit: Pais mes brebis.
φιλεῖς με; - m'aimes-tu?: Jésus n'emploie plus ici le verbe ἀγαπάω agapaō comme aux vv.15 et 16, mais le verbe φιλέω phileō - qui est le verbe que Pierre avait employé dans ses deux précédentes réponses.
Même si ces deux verbes sont très proches par le sens, le fait que Jésus reprenne ici le verbe employé par Pierre et non celui que lui-même avait d'abord employé a un sens: Jésus semble dire à Pierre: "Tu dis que tu m'aimes, et je reprends tes propres mots... Alors pourquoi m'as-tu renié?..."
Telle est en tout cas la manière dont Pierre a compris cette troisième question, car c'est à ce moment-là qu'il est "attristé" (ἐλυπήθη), comme s'il avait ressenti où Jésus voulait en venir (Cf. Jn 18,15-18;25-27).
Et par sa réponse il exprime sa foi - car il s'en remet cette fois totalement au jugement du Seigneur: "Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t'aime".

Verset 18.
῞ἀμὴν ἀμὴν λέγω σοι, ὅτε ἦς νεώτερος, ἐζώννυες σεαυτὸν καὶ περιεπάτεις ὅπου ἤθελες· ὅταν δὲ γηράσῃς, ἐκτενεῖς τὰς χεῖράς σου, καὶ ἄλλος σε ζώσει, καὶ οἴσει ὅπου οὐ θέλεις.  
En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais plus jeune, tu te ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais; mais quand tu seras vieux, tu étendras tes mains, et un autre te ceindra, et te mènera où tu ne voudras pas.
L'image que Jésus emploie ici oppose d'abord la liberté de la jeunesse aux limitations imposées par la vieillesse.
Mais Jésus indique aussi que la vie de Pierre se terminera par un emprisonnement et même par une exécution: selon la tradition, Pierre aurait été crucifié sous le règne de Néron ("tu étendras tes mains" pourrait en être une image: voir v.19).

Verset 19.
῞τοῦτο δὲ εἶπε σημαίνων ποίῳ θανάτῳ δοξάσει τὸν Θεόν. καὶ τοῦτο εἰπὼν λέγει αὐτῷ· ἀκολούθει μοι.  
Il dit cela pour indiquer par quelle mort Pierre glorifierait Dieu. Et ayant ainsi parlé, il lui dit: Suis-moi.
ἀκολούθει μοι- Suis-moi:Après avoir annoncé à Pierre que sa vie suivrait le modèle du Maître (jusque dans sa mort), Jésus l'invite à "le suivre", i.e. à être un disciple fidèle.
 

Prolongements:
- Saint Augustin - Sermon Guelferbitanus 16,2:
Quand vous entendez le Seigneur demander: "Pierre, m'aimes-tu?" considérez Pierre comme un miroir et regardez-vous en lui. Est-ce que Pierre représentait autre chose que la figure de l'Église? Lorsque le Seigneur interrogeait Pierre, c'est nous, c'est l'Église qu'il interrogeait.

- Jean-Paul II - Homélie (Paris 30 mai 1980):
« M'aimes-tu ? »
      « Aimes-tu ?... M'aimes-tu ?... » Pour toujours, jusqu'à la fin de sa vie, Pierre devait avancer sur le chemin accompagné de cette triple question : « M'aimes-tu ? »
Et il mesurait toutes ses activités à la réponse qu'il avait alors donnée. Quand il a été convoqué devant le Sanhédrin. Quand il a été mis en prison à Jérusalem, prison dont il ne devait pas sortir, et dont pourtant il est sorti. Et [...] à Antioche, puis plus loin encore, d'Antioche à Rome. Et lorsqu'à Rome il avait persévéré jusqu'à la fin de ses jours, il a connu la force des paroles selon lesquelles un Autre le conduisait là où il ne voulait pas. Et il savait aussi que, grâce à la force de ces paroles, l'Eglise « était assidue à l'enseignement des apôtres et à l'union fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » et que « le Seigneur ajoutait chaque jour à la communauté ceux qui seraient sauvés » (Ac 2,42.48) [...]
      Pierre ne peut jamais se détacher de cette question : « M'aimes-tu ? » Il la porte avec lui où qu'il aille. Il la porte à travers les siècles, à travers les générations. Au milieu de nouveaux peuples et de nouvelles nations. Au milieu de langues et de races toujours nouvelles. Il la porte lui seul, et pourtant il n'est plus seul. D'autres la portent avec lui [...] Il y a eu et il y a bien des hommes et des femmes qui ont su et qui savent encore aujourd'hui que toute leur vie a valeur et sens seulement et exclusivement dans la mesure où elle est une réponse à cette même question : « Aimes-tu ? M'aimes-tu ? » Ils ont donné et ils donnent leur réponse de manière totale et parfaite - une réponse héroïque - ou alors de manière commune, ordinaire. Mais en tout cas ils savent que leur vie, que la vie humaine en général, a valeur et sens dans la mesure où elle est la réponse à cette question : « Aimes-tu ? » C'est seulement grâce à cette question que la vie vaut la peine d'être vécue.
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Quatrième Dimanche 

Le temps de l'Église et des chrétiens est celui d'un vaste exode pascal à la suite du Christ, le Bon Pasteur. Il convie les hommes de toutes nations, races, peuples et langues à venir aux sources de la vie: avec lui, rien ne manquera.
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Les Textes  

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• Première Lecture :  

• Ac 13,14;43-52.

Antioche de Pisidie (actuellement Yalvaç, en Turquie; voir la carte à cette page): une communauté juive importante, mais sans doute de tendance traditionaliste, repousse Paul et Barnabas, parvenant même à les faire expulser du territoire.
Les apôtres se tournent alors vers les païens, qui accueillent avec joie la Bonne Nouvelle de leur appel au salut.
C'est à partir de ce moment-là, selon le témoignage de l'auteur des Actes, que l'Évangile est annoncé à tous sans distinction. Bientôt, le "concile de Jérusalem" (Ac 15,1-35) décrétera la légitimité de cet universalisme, et reconnaîtra Paul comme "l'Apôtre des Gentils" (= des goïm, des "païens", des non-Juifs) choisi par Dieu.

Le contexte:
Sur Ac 13,1 - 14,28:
• Paul et Barnabas, premiers missionnaires envoyés par l'Église d'Antioche (de Syrie), partent annoncer l'Évangile dans le monde païen.
Sous l'impulsion du Saint Esprit, ils sont mis à part par l'Église dans ce but (13,1-5).
- Ils commencent par se rendre à Chypre (13,6-12), île d'où Barnabas était originaire. Conformément à une stratégie qui s'enracine dans le plan de Dieu, Paul et Barnabas s'adressent en premier lieu aux Juifs, puis cherchent le contact avec les non-Juifs (13,6-7;46-48; 14,1). L'opposition se manifeste en la personne d'Elymas le magicien (comp. 8,9-24).
- A Antioche de Pisidie (13,13-52), Paul fait dans la synagogue un discours (vv.16-41) qui donne une idée de sa prédication aux Juifs. Il y développe des thèmes très proches de ceux des prédications de Pierre (Ac 2-3).
- A Lystres (14,15-17) en revanche Paul s'adresse à des païens (voir 17,16-34); son discours souligne, contre les idoles, la réalité du Dieu unique et Créateur, qui - jour après jour - prend soin de ses créatures.
Dans chacune des villes qu'ils visitent, Paul et Barnabas ont affaire à l'opposition des Juifs (13,50; 14,2;5;19;22); cependant, malgré leur hostilité, les deux "apôtres" (14,4;14) retournent dans les communautés qu'ils ont créées pour fortifier les croyants et consolider le travail accompli (14,21-25), puis reviennent à Antioche de Syrie, dans l'Eglise qui jouera pour Paul, tout au long de son ministère, le rôle de base missionnaire.

Traduction et notes:

Verset 14.
αὐτοὶ δὲ διελθόντες ἀπὸ τῆς Πέργης παρεγένοντο εἰς ᾿Αντιόχειαν τῆς Πισιδίας, καὶ εἰσελθόντες εἰς τὴν συναγωγὴν τῇ ἡμέρᾳ τῶν σαββάτων ἐκάθισαν.
De Pergé ils poursuivirent leur route, et arrivèrent à Antioche de Pisidie. Étant entrés dans la synagogue le jour du sabbat, ils s'assirent. 

Verset 43.
λυθείσης δὲ τῆς συναγωγῆς, ἠκολούθησαν πολλοὶ τῶν ᾿Ιουδαίων καὶ τῶν σεβομένων προσηλύτων τῷ Παύλῳ καὶ τῷ Βαρνάβᾳ, οἵτινες προσλαλοῦντες αὐτοῖς ἔπειθον αὐτοὺς προσμένειν τῇ χάριτι τοῦ Θεοῦ. 
et, à l'issue de l'assemblée, beaucoup de Juifs et de prosélytes pieux suivirent Paul et Barnabas, qui s'entretinrent avec eux, et les exhortèrent à rester attachés à la grâce de Dieu.
τῶν σεβομένων προσηλύτων - de prosélytes pieux: Normalement, cette expression désignait les païens convertis au Judaïsme et ayant en particulier adopté la circoncision; mais ici il pourrait s'agir d'un groupe beaucoup plus large (voir 13,16 - et note sur ce verset, à cette page).

Verset 44.
Τῷ δὲ ἐρχομένῳ σαββάτῳ σχεδὸν πᾶσα ἡ πόλις συνήχθη ἀκοῦσαι τὸν λόγον τοῦ Θεοῦ.
Le sabbat suivant, presque toute la ville se rassembla pour entendre la parole de Dieu.

Verset 45.
ἰδόντες δὲ οἱ ᾿Ιουδαῖοι τοὺς ὄχλους ἐπλήσθησαν ζήλου καὶ ἀντέλεγον τοῖς ὑπὸ τοῦ Παύλου λεγομένοις ἀντιλέγοντες καὶ βλασφημοῦντες.
Les Juifs, voyant la foule, furent remplis de jalousie, et ils s'opposaient à ce que disait Paul, en le contredisant et en l'injuriant.

Verset 46.
παρρησιασάμενοι δὲ ὁ Παῦλος καὶ ὁ Βαρναβᾶς εἶπον· ὑμῖν ἦν ἀναγκαῖον πρῶτον λαληθῆναι τὸν λόγον τοῦ Θεοῦ· ἐπειδὴ δὲ ἀπωθεῖσθε αὐτὸν καὶ οὐκ ἀξίους κρίνετε ἑαυτοὺς τῆς αἰωνίου ζωῆς, ἰδοὺ στρεφόμεθα εἰς τὰ ἔθνη.
Paul et Barnabas leur dirent avec assurance: C'est à vous premièrement que la parole de Dieu devait être annoncée; mais, puisque vous la repoussez, et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, voici, nous nous tournons vers les païens. 
πρῶτον - premièrement: Voir 3,26; 13,5. Paul utilisera régulièrement cette approche: s'adresser d'abord aux Juifs (13,14;14,1; 17,1;10;17; 18,4;19; 19,8); voir Rm 1,16.

Verset 47.
οὕτω γὰρ ἐντέταλται ἡμῖν ὁ Κύριος· τέθεικά σε εἰς φῶς ἐθνῶν τοῦ εἶναί σε εἰς σωτηρίαν ἕως ἐσχάτου τῆς γῆς.
Car ainsi nous l'a ordonné le Seigneur:
Je t'ai établi pour être la lumière des nations,
Pour porter le salut jusqu'aux extrémités de la terre
τέθεικά σε εἰς φῶς ἐθνῶν τοῦ εἶναί σε εἰς σωτηρίαν ἕως ἐσχάτου τῆς γῆς - Je t'ai établi pour être la lumière des nations, Pour porter le salut jusqu'aux extrémités de la terre: Is 49,6de:
ונתתיך לאור גוים להיות ישׁועתי עד־קצה הארץ׃
LXX: ἰδοὺ τέθεικά σε εἰς διαθήκην γένους εἰς φῶς ἐθνῶν τοῦ εἶναί σε εἰς σωτηρίαν ἕως ἐσχάτου τῆς γῆς.
Vulgate: dedi te in lucem gentium ut sis salus mea usque ad extremum terrae.
Paul et Barnabas interprètent leur ministère à la lumière de la mission du Serviteur de YHWH-l'Éternel. Ils vont être les hérauts des hauts faits du Serviteur (voir aussi Is 53,1 cité en Rm 10, 16), prolongeant par leur ministère celui du Serviteur. Telle est en fait la fonction des apôtres qui ont eu la charge d'annoncer et d'expliquer l'oeuvre du Serviteur.  

Verset 48.
ἀκούοντα δὲ τὰ ἔθνη ἔχαιρον καὶ ἐδόξαζον τὸν λόγον τοῦ Κυρίου, καὶ ἐπίστευσαν ὅσοι ἦσαν τεταγμένοι εἰς ζωὴν αἰώνιον·
Les païens se réjouissaient en entendant cela, ils glorifiaient la parole du Seigneur, et tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent.

Verset 49.
διεφέρετο δὲ ὁ λόγος τοῦ Κυρίου δι᾿ ὅλης τῆς χώρας. 
La parole du Seigneur se répandait dans tout le pays.

Verset 50.
οἱ δὲ ᾿Ιουδαῖοι παρώτρυναν τὰς σεβομένας γυναῖκας καὶ τὰς εὐσχήμονας καὶ τοὺς πρώτους τῆς πόλεως καὶ ἐπήγειραν διωγμὸν ἐπὶ τὸν Παῦλον καὶ τὸν Βαρνάβαν, καὶ ἐξέβαλον αὐτοὺς ἀπὸ τῶν ὁρίων αὐτῶν. 
Mais les Juifs excitèrent les femmes dévotes de distinction et les principaux de la ville; ils provoquèrent une persécution contre Paul et Barnabas, et ils les chassèrent de leur territoire.
τὰς σεβομένας - dévotes: Voir v.43 et note.
• διωγμὸν une persécution: Voir 14,2;5;19;22.

Verset 51.
οἱ δὲ ἐκτιναξάμενοι τὸν κονιορτὸν τῶν ποδῶν αὐτῶν ἐπ᾿ αὐτοὺς ἦλθον εἰς ᾿Ικόνιον.
Paul et Barnabas secouèrent contre eux la poussière de leurs pieds, et allèrent à Iconium.
• ἐκτιναξάμενοι τὸν κονιορτὸν τῶν ποδῶν αὐτῶν ἐπ᾿ αὐτοὺς secouèrent contre eux la poussière de leurs pieds: En revenant d'un voyage en territoire païen, les Juifs avaient coutume de secouer de leurs pieds la poussière de ces terres pour signifier qu'ils ne gardaient rien de commun avec les païens. En Mt 10,14, Jésus demande aux disciples d'accomplir ce même geste vis-à-vis de certains de leurs concitoyens, donc de les considérer comme des païens.
• εἰς ᾿Ικόνιονà Iconium: Voir la carte à cette page.

Verset 52.
οἵ δὲ μαθηταὶ ἐπληροῦντο χαρᾶς καὶ Πνεύματος ῾Αγίου. 
tandis que les disciples étaient remplis de joie et du Saint Esprit.

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• Psaume :  

• Ps 100 (hébraïque)/ 99 ( LXX, Vulgate et liturgique),1b-4;5.

Action de grâce pou le Christ Sauveur annoncé jusqu'aux extrémités de la terre.

Sur ce psaume:
Hymne à YHWH-l'Éternel, exhortant ses fidèles (et la terre entière) à l'adorer et le servir. On peut penser que ce psaume clôt la série des "Psaumes du Règne (de Dieu)": Ps 93; 95-99.
Ce psaume porte en 1a la suscription suivante:
 מזמור לתודה
Psaume de louange.

Traduction et notes:

Verset 1b.
הריעו ליהוה כל־הארץ׃
Poussez vers YHWH des cris de joie,
Vous tous, habitants de la terre!
כל־הארץ - toute la terre: Le caractère universel de l'adoration est souligné (comp. 96,1; 97,1; 98,2-4) ici encore: ce psaume se situe donc dans la même perspective universaliste que ceux qui le précèdent.

Verset 2.
  עבדו את־יהוה בשׂמחה באו לפניו ברננה׃
Servez YHWH avec joie,
Venez, avec allégresse, en sa présence!

Verset 3.
  דעו כי־יהוה הוא אלהים הוא־עשׂנו ולא אנחנו עמו וצאן מרעיתו׃ 
Sachez que YHWH est Dieu!
C'est lui qui nous a faits, et nous lui appartenons;
Nous sommes son peuple, et le troupeau de son pâturage.
ולא אנחנו - [et nous lui appartenons]: Littéralement "et non nous-mêmes"; la traduction donnée vient d'indications marginales de copistes; LXX donne, comme l'hébreu, "καὶ οὐχ ἡμεῖς", ainsi que Vulgate: "et non ipsi nos".
וצאן - et le troupeau: YHWH est comparé à un roi-berger, et Israël à un troupeau (comp. 95,7). L'image du berger pour les rois était commune dans le Proche-Orient ancien où la vie pastorale jouait un rôle essentiel, ainsi que celle du troupeau pour leur peuple. Leur royaume était également comparé à un pâturage (Jr 25,36; 49,19-20; 50,44-45). La même image s'applique à Dieu, le Roi-Berger suprême (voir Ps 23,1; 28,9; 74,1; 77,21; 78,52; 79,13; 80,2).

Verset 5.
  כי־טוב יהוה לעולם חסדו ועד־דר ודר אמונתו׃ 
Car YHWH est bon; sa bonté dure toujours,
Et sa fidélité de génération en génération. 
לעולם חסדו - sa bonté dure toujours: Refrain liturgique, qui revient à plusieurs reprises dans les Psaumes (comp. Ps 106,1; 107,1; 118,1;29; 136; mais aussi 1Ch 16,34; 2Ch 5,13; 7,3; Esd 3,11; Jr 33,11).

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• Deuxième Lecture :  

• Ap 7,9;14b-17.

Comme par une fenêtre ouverte, saint Jean contemple l'immense foule des élus rassemblés dans les parvis du ciel. Les premiers arrivés sont là, dans l'attitude des orants des représentations antiques. Ils ont déposé les vêtements qu'ils portaient dans la vie quotidienne pour revêtir "les vêtements blancs" de la liturgie - et ils tiennent déjà les palmes à la main. Ils attendent que les rejoignent leurs frères encore aux prises avec la "grande épreuve". 

Le contexte:
Sur Ap 6,1 - 8,6:
Puisqu'il est digne de rompre les sceaux du livre (5,2;9), l'Agneau le fait dans cette section de l'Apocalypse. Le jugement des sceaux - ainsi que celui des trompettes et des coupes - relève de l'autorité divine. C'est ce que souligne la correspondance entre les signes accompagnant d'une part l'apparition de Dieu (4,5) et d'autre part l'ouverture du septième sceau (8,5), le son de la septième trompette (11,13;15) et la septième coupe (16,17sqq).

- L'ouverture des sceaux libère des forces destructrices qui sont mises en œuvre, sous l'autorité de Dieu et dans le cadre de son plan de jugement et de rédemption (6,1-8).
- Ces forces produisent des épreuves punitives et purificatrices. Le texte insiste sur la souveraineté de Dieu (les ordres adressés aux cavaliers viennent de son trône) et permet d'éclairer les aléas de l'histoire à partir d'une perspective céleste sur la souffrance terrestre: les souffrances de l'Église sont sont à l'image de celles du Christ, elles s'intègrent à l'avancement du Royaume, elles ont une fin qui est déjà fixée (6,9-11).
- Cette fin correspond au jour du Jugement (6,12-17), où Dieu révèlera sa justice.

Le chap.7 interrompt l'ouverture des sceaux, avant que le dernier d'entre eux ne soit brisé (tout comme 10,1 - 11,14 joue le rôle d'interlude entre la sixième et la septième trompette).

- Au sein de la détresse, les croyants reçoivent une protection spirituelle de la part de Dieu (7,1-8), afin de pouvoir subsister au grand jour anticipé de la colère (6,17).
- Cette assurance doit être pour l'Église un encouragement à tenir ferme, jusqu'au jour où la promesse s'accomplira (7,9-17).
- Enfin, le septième sceau est ouvert (8,1-5) et, en réponse aux prières des saints, le jugement de Dieu est sur le point d'être exécuté.

Traduction et notes:

Verset 9.
Μετὰ ταῦτα εἶδον, καὶ ἰδοὺ ὄχλος πολύς, ὃν ἀριθμῆσαι αὐτὸν οὐδεὶς ἐδύνατο, ἐκ παντὸς ἔθνους καὶ φυλῶν καὶ λαῶν καὶ γλωσσῶν, ἑστῶτες ἐνώπιον τοῦ θρόνου καὶ ἐνώπιον τοῦ ἀρνίου, περιβεβλημένους στολὰς λευκάς, καὶ φοίνικες ἐν ταῖς χερσὶν αὐτῶν·
Après cela, je regardai, et voici, il y avait une grande foule, que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, et de toute langue. Ils se tenaient devant le trône et devant l'agneau, revêtus de robes blanches, et des palmes dans leurs mains.
• ὄχλος πολύς - une grande foule: D'après le v.14, il s'agit de ceux "qui viennent de la grande détresse". Ce groupe n'est pas forcément des 144 000 du v.4; il peut représenter la la même réalité vue sous l'angle de son accomplissement futur.
ἐνώπιον τοῦ θρόνου καὶ ἐνώπιον τοῦ ἀρνίου - devant le trône et devant l'agneau: Pour cette scène, il s'agit du même lieu et des mêmes acteurs qu'en 4,1-5;14.
στολὰς λευκάς - robes blanches: Voir 3,4;18; 4,4; 6,11; 7,9 et 13-14; 22,14). Symboles de pardon et de pureté (revêtir un vêtement blanc est une image de la purification du péché). Dans l'Ap, ces robes sont données aux rachetés, à ceux qui sont restés fidèles malgré les épreuves.
φοίνικες ἐν ταῖς χερσὶν αὐτῶν - des palmes dans leurs mains: Lors de la fête des Tentes (voir à cette page), les Juifs entraient en cortège dans le Temple en chantant le Ps 118 et en agitant des branches de palmier,
<- le Loulav,
en signe de joie et de victoire (voir Jn 12,13 - où les branches de palmes et le Ps 118 sont aussi associés).
Les branches de palmier étaient ainsi également utilisées lors de la fête de la Consécration pour célébrer la victoire des Maccabées et leur entrée dans Jérusalem (voir à cette page).

Verset 14.
καὶ εἴρηκα αὐτῷ· κύριέ μου, σὺ οἶδας. καὶ εἶπέ μοι· οὗτοί εἰσιν οἱ ἐρχόμενοι ἐκ τῆς θλίψεως τῆς μεγάλης, καὶ ἔπλυναν τὰς στολὰς αὐτῶν καὶ ἐλεύκαναν αὐτὰς ἐν τῷ αἵματι τοῦ ἀρνίου.
Je lui dis: Mon seigneur, c'est toi qui le sais. Et il me dit: Ce sont ceux qui viennent de la grande tribulation; ils ont lavé leurs robes, et ils les ont blanchies dans le sang de l'agneau.
ἐκ τῆς θλίψεως τῆς μεγάλης - de la grande tribulation: (ou "épreuve", ou "détresse"). Comme en 3,10 (l'épreuve que connaissent déjà les chrétiens de Philadelphie et des autres Églises, qui va s'intensifier et prendre une dimension universelle; i.e. le combat que se livrent l'Évangile et la propagande satanique pour capter les âmes), certains pensent à
- une référence historique: soit à une grande épreuve finale qui s'achèvera par la chute et le jugement d'un monde hostile au Christ,
- soit à une persécution qui devait s'abattre très rapidement sur les Églises d'Asie Mineure (comp. 2,10;22);
- une référence théologique: suivre l'Agneau et imiter son témoignage, c'est prendre le chemin de ses souffrances (1,9; comp. Mc 13, 9). 
καὶ ἔπλυναν τὰς στολὰς αὐτῶν καὶ ἐλεύκαναν αὐτὰς ἐν τῷ αἵματι τοῦ ἀρνίου - ils ont lavé leurs robes, et ils les ont blanchies dans le sang de l'agneau: Nouvelle image de purification (comp. Hé 9,14; 1Jn 1,7).

Verset 15.
διὰ τοῦτό εἰσιν ἐνώπιον τοῦ θρόνου τοῦ Θεοῦ καὶ λατρεύουσιν αὐτῷ ἡμέρας καὶ νυκτὸς ἐν τῷ ναῷ αὐτοῦ. καὶ ὁ καθήμενος ἐπὶ τοῦ θρόνου σκηνώσει ἐπ᾿ αὐτούς.
C'est pour cela qu'ils sont devant le trône de Dieu, et le servent jour et nuit dans son temple. Celui qui est assis sur le trône dressera sa tente sur eux;
σκηνώσει ἐπ᾿ αὐτούς - dressera sa tente sur eux: Nouvelle allusion à la fête de Soukkot, et donc à la précarité de l'Exode. Is 4,6 emploie la même image. Ces gens ont accès à la présence de Dieu (comparer avec le voile pourpre des icônes, qui symbolise cette même présence divine) et de l'Agneau, parce qu'ils ont été purifiés (v.14). Comp. 6,16-17, où ceux qui sont poursuivis essaient au contraire de fuir loin de cette présence.

Verset 16.
οὐ πεινάσουσιν ἔτι οὐδὲ διψήσουσιν ἔτι, οὐδὲ μὴ πέσῃ ἐπ᾿ αὐτοὺς ὁ ἥλιος οὐδὲ πᾶν καῦμα,
ils n'auront plus faim, ils n'auront plus soif, et le soleil ne les frappera point, ni aucune chaleur.
οὐ πεινάσουσιν ἔτι οὐδὲ διψήσουσιν ἔτι, οὐδὲ μὴ πέσῃ ἐπ᾿ αὐτοὺς ὁ ἥλιος - ils n'auront plus faim, ils n'auront plus soif, et le soleil ne les frappera point: Comp Is 49,10:
לא ירעבו ולא יצמאו ולא־יכם שׁרב ושׁמשׁ
Ils n'auront pas faim et ils n'auront pas soif;
Le mirage et le soleil ne les feront point souffrir.

Verset 17.
ὅτι τὸ ἀρνίον τὸ ἀνὰ μέσον τοῦ θρόνου ποιμανεῖ αὐτούς, καὶ ὁδηγήσει αὐτοὺς ἐπὶ ζωῆς πηγὰς ὑδάτων, καὶ ἐξαλείψει ὁ Θεὸς πᾶν δάκρυον ἐκ τῶν ὀφθαλμῶν αὐτῶν.
Car l'agneau qui est au milieu du trône les paîtra et les conduira aux sources des eaux de la vie, et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux.
ποιμανεῖ αὐτούς, καὶ ὁδηγήσει αὐτοὺς ἐπὶ ζωῆς πηγὰς ὑδάτων - les paîtra et les conduira aux sources des eaux de la vie: Voir Ps 23; Jn 4,10-15; 10,1-17. Noter le passage de l'Agneau au berger.

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• Évangile :  

• Jn 10,27-30.

"Écouter" et "suivre", "connaître" et "donner la vie": quatre verbes expriment les relations entre le divin Pasteur et ses brebis, dont la sécurité est assurée par le Père avec qui le Christ est UN.

Le contexte:
Sur Jn 10,22-42:
Comme plusieurs des épisodes précédents, ce discours de Jésus est associé à une fête: celle de la Dédicace, pendant laquelle on célébrait la reconsécration de l'autel du Temple de Jérusalem, profané par Antichos Épiphane (voir la pages sur 'Hanoukka et sur les livres des Maccabées).
Or Jésus se présente comme celui que le Père a "consacré et envoyé dans le monde" (v.36). En lui, Dieu réside comme en son Temple, établi parmi les hommes. Car le Père et lui sont Un (v.30); ce qui est vrai de l'un l'est de l'autre (vv.28-29;38), et ceux qui croient en lui ont la vie en lui (v.28).
Par cette section, Jean complète la section précédente (vv.1-21), comme le montre l'image des brebis, qui leur est commune (voir le § sur cette image à cette page).


Traduction et notes:

Verset 27.
τὰ πρόβατα τὰ ἐμὰ τῆς φωνῆς μου ἀκούει, κἀγὼ γινώσκω αὐτά, καὶ ἀκολουθοῦσί μοι,
Mes brebis entendent ma voix; je les connais, et elles me suivent.

Verset 28.
κἀγὼ ζωὴν αἰώνιον δίδωμι αὐτοῖς, καὶ οὐ μὴ ἀπόλωνται εἰς τὸν αἰῶνα, καὶ οὐχ ἁρπάσει τις αὐτὰ ἐκ τῆς χειρός μου.
Je leur donne la vie éternelle; et elles ne périront jamais, et personne ne les ravira de ma main.
ζωὴν αἰώνιον - la vie éternelle: Voir 1,4 et note à cette page et 3,15. Cette "vie" "réside dans" le Christ (1,4), elle est donc un don divin; elle n'est pas temporaire, comme la vie physique, mais "éternelle" (3,15); elle est pour le monde présent, mais elle est caractéristique du monde à venir; elle est donc d'une tout autre qualité que la vie physique. C'est par cette expression "la vie éternelle" que - après avoir parlé de la nouvelle naissance à la vie de l'Esprit - Jean traduit à partir de 3,15 l'expression "le royaume de Dieu".

Verset 29.
 ὁ πατήρ μου, ὃς δέδωκέ μοι, μεῖζων πάντων ἐστι, καὶ οὐδεὶς δύναται ἁρπάζειν ἐκ τῆς χειρὸς τοῦ πατρός.
Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tous; et personne ne peut les ravir de la main de mon Père. 
ὃς δέδωκέ μοι, μεῖζων πάντων ἐστι- qui me les a données, est plus grand que tous: Certains manuscrits (Wescott-Hort, 1881; Tischendorf 1869 par ex.) donnent "ο δεδωκεν μοι παντων μειζον εστιν", soit "ce qu'il m'a donné est plus grand que tout(es autres choses)".
Le Codex Sinaiticus (milieu du IVème s.) donne bien "μεῖζων".
On peut remarquer que "μου" avait été omis.
Mais le relatif a ici la forme "ο"; le copiste a ajouté (comme c'était fréquemment le cas à cette époque) un "ν" euphonique au verbe "δέδωκε" bien qu'il ne soit pas suivi d'une voyelle; on notera que le "ν" de "πάντων" est abrégé par un trait horizontal sur le "ω": les variantes citées ci-dessus sont  donc conformes au CS - sauf pour ce qui est du comparatif "μεῖζων"!

Verset 30.
ἐγὼ καὶ ὁ πατὴρ ἕν ἐσμεν.
Moi et le Père nous sommes un.
ἕν - un: Cette unité est évoquée dans les vv.28-29 (la main de Jésus, v.28, est la main du Père,v.29).
Jésus a déjà montré son unité avec le Père: ils ont un même projet, une même autorité, un même jugement, les mêmes œuvres, les mêmes paroles; mais il franchit ici une étape de plus, en affirmant son unité d'être, d'essence, avec le Père: le mot ἕν est neutre, il ne signifie donc pas que Jésus et le Père sont une seule et même personne (on aurait alors εἷς heïs, au masculin), mais qu'ils ont une seule et même nature divine. Voir 17,11;21.


Prolongements:
- Saint Grégoire de Nazianze - Discours II,17
Que le Dieu de la paix - qui "a élu David son serviteur et qui l'a enlevé à ses troupeaux de brebis" (Ps 78,70), lui le plus petit des fils de Jessé (1S 17,14) - le pasteur des pasteurs et le guide des guides, se présente à lui-même un troupeau splendide et sans tache, digne du bercail d'en-haut, au séjour des bienheureux, dans la splendeur des saints; pour que, tous, troupeau et pasteurs confondus, nous disions dans son temple sa gloire, dans le Christ.
- Basile de Séleucie (?-v. 468), évêque - Homélie 26 sur le Bon Pasteur 
« Je suis le bon pasteur, le vrai berger » (Jn 10,11)
      Abel, le premier pasteur, fit l'admiration du Seigneur qui accueillit volontiers son sacrifice et préféra encore le donateur au don qu'il lui faisait (Gn 4,4). L'Écriture vante aussi Jacob, berger des troupeaux de Laban, notant les peines qu'il prit pour ses brebis :
« J'ai été dévoré par la chaleur pendant le jour et par le froid durant la nuit » (Gn 31,40) ; et Dieu récompensa cet homme de son labeur. Berger, Moïse le fut lui aussi, sur les montagnes de Madian, aimant mieux être maltraité avec le peuple de Dieu que de connaître la jouissance [dans le palais de Pharaon]. Dieu, admirant ce choix, se laissa voir de lui en récompense (Ex 3,2). Et après la vision, Moïse n'abandonne pas son office de pasteur, mais de son bâton commande aux éléments (Ex 14,16) et fait paître le peuple d'Israël. David fut lui aussi pasteur mais son bâton de berger fut changé en sceptre royal et il reçut la couronne. Ne t'étonne pas si tous ces bons bergers sont proches de Dieu. Le Seigneur lui-même ne rougit pas d'être appelé « pasteur » (Ps 22; 79).  Dieu ne rougit pas de paître les hommes, pas plus qu'il ne rougit de les avoir créés.
      Mais regardons maintenant notre berger, le Christ ; voyons son amour pour les hommes et sa douceur pour les conduire au pâturage. Il se réjouit des brebis qui l'entourent comme il cherche celles qui s'égarent. Monts ni forêts ne lui font pas obstacle ; il court dans la vallée de l'ombre (Ps 22,4) pour parvenir jusqu'à l'endroit où se trouve la brebis perdue... On le voit aux enfers ; il donne l'ordre d'en sortir ; c'est ainsi qu'il cherche l'amour de ses brebis. Celui qui aime le Christ, c'est celui qui sait entendre sa voix.
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Suite des Dimanches de Pâques C à cette page.




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