Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

Le 9 novembre

Dédicace
de la
basilique du Latran


Introduction 


L’archibasilique du Très-Saint-Sauveur, plus connue sous le nom de basilique* Saint-Jean-de-Latran(San Giovanni in Laterano) est une église cathédrale (du latin cathedra, désignant le siège, la "cathèdre" où se tient l'évêque durant les offices), puisqu'elle est le siège de l'évêché de Rome, dont l'évêque est le pape.

Saint Pierre ayant été considéré comme "le premier évêque de Rome", elle est considérée comme la mère de toutes les Églises catholiques romaines du monde (qu'elles soient ou non de rite latin); c'est pourquoi elle porte sur son fronton l'inscription "omnium urbis et orbis ecclesiarum mater et caput - mère et tête de toutes les Églises de Rome et du monde".
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* • Une "basilique" (du grec "βασιλικός basilikos - 1.royal; 2.prééminent") est une église dotée par le pape de ce titre honorifique, en raison par exemple des pèlerinages qu'elles accueillent.
Les quatre "basiliques majeures" initiales, toutes situées à Rome, sont Saint-Pierre du Vatican, Saint-Jean de Latran, Saint-Paul-hors-les-murs et Sainte-Marie-Majeure. Elles sont au nombre de quatre en souvenir des quatre patriarcats (d'Occident: Rome; d'Orient: Alexandrie, Constantinople, Antioche).
Chacune de ces quatre basiliques comporte une "Porte Sainte", qui est ouverte uniquement durant une Année Sainte ou "Jubilé".
À certaines conditions, il est possible, y compris en dehors des Jubilés, d'obtenir l'indulgence plénière dans ces basiliques.

<- La Porte Sainte de Saint-Jean-du-Latran



Son nom:

Alors que son nom de dédicace est "Très-Saint-Sauveur", on la connaît sous le nom de "Saint-Jean-de-Latran" pour les raisons suivantes:

• Un baptistère (on sait qu'en Italie, le baptistère et le campanile-clocher d'une église en sont très fréquemment séparés) construit non loin, sur d'anciens thermes, avait été rebâti par le pape Sixte III (432-440); il a été mis au XIIème siècle sous le patronage de saint Jean Baptiste.
<- Le baptistère de la cathédrale a fini par donner, dans l'usage commun, son nom à celle-ci.
• Le terrain (situé sur le Cælius, l'une des "sept collines de Rome") sur lequel la basilique a été construite était le domaine de la famille patricienne des Laterani; d'où le nom de "Latran".


Son histoire:

C'est l'empereur Constantin Ier qui fit don à l'Eglise du domaine des Laterani, et fit édifier cette basilique. Le pape Sylvestre Ier (314-335) la dédia au Saint-Sauveur le 9 novembre 324.
La basilique a subi de nombreux outrages à travers les siècles.
Elle subit des dégâts lors des sacs de Rome (en 410 par Alaric et en 455 par Genséric).
Un tremblement de terre la détruisit en 896.
Elle fut entièrement reconstruite par le pape Serge III (904-911).
La basilique fut à nouveau détruite par un incendie dans la nuit du 6 mai 1308sous le pape Clément V (1305-1314) qui, bien que n'ayant jamais résidé à Rome, puisqu'il transféra le Saint-Siège à Avignonen 1309, la fit reconstruire.

<- Le palais adjacent,
le Patriarcho, ->
a été jusqu'en 1304 la résidence des évêques de Rome.
Déserté à cette époque à cause des troubles qui sévissaient dans le quartier, il fut bien entendu totalement abandonné en 1309. 

Les travaux entrepris par Clément V furent terminés sous le règne de son successeur Jean XII (1316-1334), également pape "avignonais"
La basilique fut encore endommagée par un séisme en 1349,  puis par un autre incendie en 1361, et à nouveau restaurée par Urbain V (sixième pape avignonais,1362-1370).

Après le retour des papes d'Avignon à Rome, en 1377, le pape Nicolas V (1447-1455) transféra au Vatican les services généraux de l'Eglise, mais la basilique Saint-Jean-du-Latran est restée "la cathédrale de Rome".

La basilique actuelle date du XVIIème siècle. 

<- Sa nef (longue de 130 mètres, elle en fait la plus grande église après Saint-Pierre)
et son aménagement intérieur ont été réalisés pour le pape Innocent X (1644-1655) par l'architecte Francesco Borromini à l'occasion du Jubilé de 1650:                




<- Sous ce baldaquin gothique (XIVème siècle) se trouve l'autel "papal" car seul le pape (ou un cardinal nommément désigné par lui par indult spécial renouvelé à chaque fois pour le remplacer) peut y célébrer l'Eucharistie.




<- Abside,

avec la cathèdre pontificale, ->



<- la "cathedra"antique





Quant à la monumentale façade, elle fut construite (en travertin, pierre calcaire blanche, provenant des carrières de Tivoli) en 1733-1735 sur les plans de l'architecte Alessandro Galilei.  



Les cathédrales

Dans chaque diocèse, la cathédrale est le signe - on pourrait dire "le sacrement" - de l'unité interne de l'Église locale, unité dont l'évêque est le garant et le gardien, en communion (en union "externe") avec toutes les autres Églises.
Voilà pourquoi on célèbre chaque année, dans chaque diocèse, "la dédicace de l'église cathédrale".


Pourquoi fêter la dédicace de Saint-Jean-du-Latran?
 
Comme l'évêque de Rome - en tant que tel, et donc successeur de saint Pierre - a pour ministère, outre la charge de son propre diocèse, le service de la charité et de l'unité dans l'Église Catholique Romaine tout entière (il est "pape" = père, de l'Église, comme sa cathédrale est "mère de toutes les Églises du monde", dépassant ainsi les limites de "la Ville", c'est-à-dire de Rome).
En commémorer la dédicace, c'est proclamer l'unité et la communion de toutes les Églises locales, dans la communion au pape, "pasteur de tous les fidèles",

<- "Le bon pasteur" - fresque paléochrétienne (IIIème siècle) - Catacombe Major, Rome.

"serviteur des serviteurs de Dieu",

"Le Christ lavant les pieds de ses apôtres" - icône sur bois (Xème siècle) - Bibliothèque du monastère Sainte-Catherine, Sinaï, Egypte. ->

"qui préside, avec le collège épiscopal*, au rassemblement universel de l'Église, et garantit les diversités légitimes" - pour employer des expressions tirées des Actes du concile Vatican II.

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Pourtant les sanctuaires les plus vénérables, ce ne sont pas des édifices mais des signes et des hommes - voir page "Saint(e)s?" et Deuxième Lecture: 1Co 3,9-17.

Et le seul véritable Temple, c'est Jésus (voir Évangile: Jn 2,13-22).

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Dire cela, ce n'est pas déprécier les sanctuaires édifiés par la foi des fidèles - mais proclamer leur authentique dignité, sans oublier, toutefois, qu'aucune construction, si somptueuse soit-elle, ne saurait emprisonner Dieu, ni limiter son action:
"l'Esprit souffle où il veut".
L'Église aussi doit témoigner, par son action et ses comportements, que le salut est largement ouvert à tous.

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Les Textes   

• Première Lecture :  

• Ez 47,1-2;8-9;12.

Une vision qui exprime de manière admirable et hautement suggestive la signification et, pourrait-on dire, la "vocation" de tout lieu de culte.
Dans le contexte catholique de la dédicace de la basilique Saint-Jean-du-Latran où est lu ce texte, on pense à la vocation de celle-ci, de toute cathédrale et de toute église, même la plus humble.


• Psaume :  

• Ps 46 (hébraïque) / 45 (LXX, Vulgate et liturgique), 2-3b;4-5;3c/7/12;9.

De Dieu jaillissent des sources d'eau vive qui nous régénèrent tous.
On pense à la vision d'Ézéchiel (47,1-12).
Les chrétiens penseront à l'eau jaillie du cœur du Christ, transpercé par la lance du soldat romain.


• Deuxième Lecture :  

• 1Co 3,9b-11;16-17.

Heureux ceux qui édifient des sanctuaires vivants fondés sur le Christ et habités par l'Esprit! Malheur à qui occasionne leur chute!


• Évangile :  

• Jn 2,13-22.

Dans l'Évangile selon saint Jean, la purification du Temple est mise en relation directe avec la résurrection de Jésus.
C'est lui, le Seigneur ressuscité, éternellement auprès de Dieu, le Temple qui n'est pas fait de main d'homme, en qui et par qui les croyants célèbrent le culte en esprit et en vérité.

Méditation 1

La liturgie nous invite à revivre chaque année dans la joie la dédicace de la basilique Saint Jean du Latran. Cet édifice est en effet la cathédrale du pape, l’évêque de Rome qui «préside à la charité de toutes les Églises». Tous les chrétiens sont ainsi invités à élargir leur cœur aux dimensions de l’Église universelle, à se réjouir avec tous ceux qui sont unis dans le même amour, et disent cette unité en se retrouvant dans un même lieu de prière. Pourtant, l’évangile que nous entendons à cette occasion résonne comme un avertissement. Il évoque en effet Jésus chassant du temple de Jérusalem tous ceux qui font de la maison de son Père une maison de trafic. De plus, il parle de la destruction de ce temple dont tous étaient si fiers. Pour bien comprendre ce geste du Christ, il nous faut nous souvenir, comme l’évangéliste Saint Jean, de ce verset de l’Écriture : «L’amour de ta maison fera mon tourment.» Si le Christ vient aujourd’hui purifier tous les lieux de notre vie où nous voulons rendre un culte à Dieu c’est par amour pour son peuple où il veut demeurer. Devant cette exigence, nous demandons, comme ceux qui écoutent Jésus : «Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là ?» Or le Christ a bien un signe à nous donner, celui de sa résurrection, en laquelle nous sommes rebâtis, purifiés et réunifiés en son amour. Qu’il vienne donc aujourd’hui dans son temple, qu’il vienne visiter la maison de prière qu’est son Église. Qu’il y répande le souffle de son Esprit sanctificateur. Autour de l’évêque de Rome nous célébrerons dans la joie l’amour si grand de notre Dieu qui a voulu planter sa tente parmi nous.

L’expulsion des  marchands du Temple - vers 1724 -
Giovanni Paolo PANNINI  (1691-1765) - Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid

Méditation 2

Prière d’introduction:
Jésus, apprends-moi à faire silence dans mon cœur pour parler avec toi. J’ai beaucoup de choses à dire. Il y a tant de choses que je ne comprends pas. Je suis faible et petit. J’ai besoin de ton aide pour discerner ta volonté dans ma vie. J’ai besoin de ta force pour résister au péché. Aide-moi à atteindre le niveau de sainteté que tu désires pour moi.
Prière de demande:
Que le désir de ton amitié me consomme tellement que j’enlève tout péché de ma vie.

Points de réflexion:
1. L’ardeur pour la maison de son Père.
Le Temple de Jérusalem était le seul endroit où un Juif pouvait adorer Dieu. Le Temple était la demeure de Dieu, son repose-pied. Israël y offrait ses holocaustes. C’était un endroit privilégié pour prier. Ainsi un jour, Jésus y est allé pour dialoguer avec son Père.
Cependant, les marchands et les changeurs de monnaie avaient transformé le temple en une place de marché. L’ardeur pour la maison de son père le consommait, et Jésus a ôté ces obstacles de son chemin.
La prière a besoin d’une une ambiance de paix et de récollection. C’est une disposition intérieure de confiance et de foi en Dieu, tel que le calme se fait même au milieu d’un orage. Aujourd’hui, pour venir parler avec Jésus, nous devons enlever d’abord tous les obstacles de notre chemin, tout ce qui pourrait nous empêcher de tourner nos cœurs vers lui.
2. Temples de l’Esprit Saint.
Le Temple était une construction physique. Dieu l’a béni avec sa présence, et sa présence l’a rendu saint.
Jésus est vrai Dieu et vrai homme. Le trouver, c’est trouver Dieu. Parler avec lui, c’est parler avec Dieu. L’écouter, c’est découvrir la volonté de Dieu pour nous. Puisqu’il est Dieu, Jésus peut comparer son corps au temple. "Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai." De même saint Paul a pu parler des chrétiens comme les ’ temples de l’Esprit Saint’.
Le Christ sanctifie nos corps par sa présence.
C’est pourquoi nous devrions rester purs et libres de la tache du péché. Par nos actes de ce jour, nous nous offrons en tant que sacrifices vivants acceptables à Dieu.
3. La prière est mémoire.
Jésus a présenté sa mort prochaine et sa résurrection comme un signe. Les chefs juifs lui avaient demandés un signe qui démontrerait son autorité pour vider le temple des marchands et des changeurs de monnaie qu’eux-mêmes avaient autorisés. Son autorité était celle d’un fils dans la maison de son père.
Après la Résurrection, ses disciples se sont souvenus de ses paroles et ils ont cru. Prier, c’est faire mémoire. Nous méditons sur l’action de Dieu en notre vie comme sur ses paroles dans l’Ecriture. La foi est le fruit de la méditation. En cela, Marie est le modèle parfait. Elle a toujours gardé en son cœur les mystères de son fils.

Dialogue avec le Christ:
Aujourd’hui, Seigneur, aide-moi à me souvenir de toutes les bonnes choses que tu m’as données à moi-même et à ma famille. Fais-moi entrevoir l’œuvre de ta providence. Je sais que tu me viens en aide par des centaines de manières différentes. Donne-moi la force et la confiance pour comprendre et pour accomplir ta volonté en ce jour. Aide-moi à devenir davantage semblable à Marie, et à "méditer toutes ces choses dans mon cœur".

Résolution:
Je rejetterai tout péché de ma vie, toute chose qui pourrait me séparer du Seigneur Jésus-Christ.

Méditation 3

Points de réflexion:
1. Dans ce passage de son Evangile, Jésus nous enseigne plusieurs choses.
- Quand il chasse du Temple les bœufs, les brebis, les colombes et les changeurs d’argent, Jésus manifeste son amour profond et son respect pour les affaires de son Père.
Examinons notre recueillement à l’église et notre attention pendant la prière : que montrons-nous de notre amour et de notre respect envers notre Père ?
- Ensuite, Jésus se réfère au fait que nous sommes les temples de Dieu.
Cela implique que nous devons chasser de notre intérieur tout ce qui fait barrière à notre amour pour Dieu (l’égoïsme, la paresse, les désirs mondains...).  Au moment du baptême, les trois personnes de la Sainte Trinité sont venues dans notre âme avec le désir de s’unir à nous. Par la présence divine, notre âme se convertit en un "petit ciel" ! Apprenons donc à traiter Dieu présent en nous avec plus d’égards.
2. Dieu est réellement présent dans l’âme en état de grâce. Pourtant, pour converser avec Lui, il faut se concentrer car, sous l’influence de nos sentiments, nous avons tendance à nous éparpiller. Nous devons toujours agir en sachant que nous sommes « temples de Dieu ». Efforçons-nous de toujours vivre dans l’intimité de la Sainte Trinité. Dans la mesure où nous purifions notre cœur et notre regard, dans la mesure où, avec l’aide du Seigneur, nous arrivons à ce recueillement, il nous sera plus aisé de rencontrer Dieu dans la prière.
3. Quand Jésus dit aux Juifs : « Détruisez ce Temple et en trois jours, je le rebâtirai », il fait allusion à sa mort sur la croix et à sa résurrection. Ici, le Seigneur nous rappelle qu’il est impossible de Le suivre sans passer par la croix. « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix, et qu’il me suive. » (Lc 9, 23) Pour purifier notre cœur et le rendre plus humble, nous devons mortifier notre corps et nos sens. Pour donner du fruit, c’est à dire pour aimer Dieu et pour réellement aider les autres, le sacrifice est nécessaire. Nous devons « mourir à nous-mêmes ». L’efficacité surnaturelle nécessite une abnégation continuelle, un oubli complet de notre confort et de notre égoïsme. Ces sacrifices ne peuvent pas nous rendre tristes car c’est pour le Seigneur que nous les offrons !

Prière:
Merci, Seigneur, de me donner l’occasion de t’aider à porter la croix que tu as portée toi-même jusqu’au calvaire. Avec toi, je veux participer à la rédemption du monde par la mortification de mes sens, de mes goûts, de mes appétits charnels...
Aide-moi à me charger joyeusement chaque jour de ma croix afin de m’unir d’avantage à ton œuvre de salut.

Résolution:
Mettre tout l’amour possible dans un acte de mortification que personne ne soupçonnera.

Pour prolonger la méditation

- Du Premier Testament : 
- Esd 3,10-11: « Lorsque les ouvriers posèrent les fondements du temple de l'Éternel, on fit assister les sacrificateurs en costume, avec les trompettes, et les Lévites, fils d'Asaph, avec les cymbales, afin qu'ils célébrassent l'Éternel, d'après les ordonnances de David, roi d'Israël.Ils chantaient, célébrant et louant l'Éternel par ces paroles: Car il est bon, car sa miséricorde pour Israël dure à toujours! Et tout le peuple poussait de grands cris de joie en célébrant l'Éternel, parce qu'on posait les fondements de la maison de l'Éternel. » 
- Is 56,7: « Je les amènerai sur ma montagne sainte, Et je les réjouirai dans ma maison de prière; Leurs holocaustes et leurs sacrifices seront agréés sur mon autel; Car ma maison sera appelée une maison de prière pour tous les peuples. » 
- Ez 37,27: « Ma demeure sera parmi eux; je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. » 
- Ps 40/39,7: « Tu ne désires ni sacrifice ni offrande, Tu m'as ouvert les oreilles; Tu ne demandes ni holocauste ni victime expiatoire. » 
- Jr 7,4: « Ne vous livrez pas à des espérances trompeuses, en disant: C'est ici le temple de l'Éternel, le temple de l'Éternel, Le temple de l'Éternel!. » 

- Du Nouveau Testament :
- Lc 2,49 : « Il leur dit: Pourquoi me cherchiez-vous? Ne saviez-vous pas qu'il faut que je m'occupe des affaires de mon Père? »
- Jn 7,37-39 : « Le dernier jour, le grand jour de la fête, Jésus, se tenant debout, s'écria: Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi, et qu'il boive. Celui qui croit en moi, des fleuves d'eau vive couleront de son sein, comme dit l'Écriture. Il dit cela de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. »  

- Commentaire patristique:
De Saint Augustin, Homélie sur le psaume 130:
    « Le Seigneur les chassa tous du Temple. » L'apôtre Paul dit : « Le temple de Dieu est saint et ce temple, c'est vous » (1Co 3,17), c'est-à-dire, vous tous qui croyez au Christ et qui croyez au point de l'aimer [...] Tous ceux qui croient ainsi sont les pierres vivantes dont s'édifie le temple de Dieu (1P 2,5) ; ils sont comme ce bois imputrescible dont a été construite l'arche que le déluge n'a pas pu submerger (Gn 6,14). Ce temple, le peuple de Dieu, les hommes eux-mêmes, c'est l'endroit où Dieu exauce quand on l'y prie. Ceux qui prient Dieu en dehors de ce temple ne sauraient être exaucés pour la paix de la Jérusalem d'en haut, même s'ils sont exaucés pour certains biens matériels que Dieu accorde aussi aux païens... Mais c'est tout autre chose d'être exaucé en ce qui concerne la vie éternelle ; cela n'est accordé qu'à ceux qui prient dans le temple de Dieu.
      Car celui qui prie dans le temple de Dieu prie dans la paix de l'Eglise, dans l'unité du Corps du Christ, parce que le Corps du Christ est constitué de la multitude des croyants répartis sur toute la terre [...] Et celui qui prie dans la paix de l'Eglise prie « en esprit et en vérité » (Jn 4, 23) ; l'ancien Temple n'en était que le symbole. En effet, c'était pour nous instruire que le Seigneur a chassé du Temple ces hommes qui ne cherchaient que leur propre intérêt, qui ne s'y rendaient que pour acheter et pour vendre. Si cet ancien Temple a dû subir cette purification, il est évident que le Corps du Christ lui aussi, le temple véritable, contient des acheteurs et vendeurs mêlés à ceux qui prient, c'est à dire des hommes qui ne cherchent que « leur propre avantage et non celui de Jésus Christ » (Ph 2,21) [...] Un temps viendra où le Seigneur mettra dehors tous ces péchés.     
     [...]
     Cette assemblée de fidèles, temple de Dieu et corps du Christ, n'a qu'une voix qui chante le psaume comme par la bouche d'un seul homme. Beaucoup de psaumes nous ont déjà fait entendre sa voix; écoutons-la aussi dans celui-ci. Si nous le voulons, en l'entendant chanter, nous chantons aussi dans notre cœur.

L’expulsion des  marchands du Temple - vers 1675 - GIORDANO Luca (Naples, 1632-1705) - L’Ermitage, Saint- Petersbourg

- Commentaire moderne:
D'après G.Motte, Homélie (1972):
Ce qui semble en cause, ce n'est pas une réforme superficielle. Jésus nous donne ici le signe d'une autre bousculade, d'une autre expulsion plus subtile à saisir.
Les marchands qui vendaient, ou changeaient de la monnaie, les fidèles qui leur achetaient les animaux nécessaires au culte s'échangeaient réciproquement de la bonne conscience. Ils pouvaient être quittes de leurs obligations cultuelles, et ainsi rendre le Tout-Puissant favorable à leurs demandes.
Précisément, c'est cela qui est terminé désormais. Les disciples se sont rappelés l'Ecriture; les autres Juifs ont demandé: "Quel signe nous donnes-tu pour justifier cette action?"
Et Jésus leur donne ce signe qu'ils ne comprennent pas - et que Jean doit nous expliquer: il ressuscitera trois jours après qu'il aura été mis à mort. Ce sera, bien sûr, le signe de sa puissance et de son autorité personnelle, ce sera - bien plus encore - une violente secousse dans toutes nos convictions ou nos conventions religieuses et culturelles; ce sera "la bousculade fondamentale" qui fera sauter les habitudes les plus sacrées, fera exploser les convictions les plus solides, transformera la folie ne sagesse et la faiblesse en force.
Signes rassurants, sagesse satisfaisante, tels sont les deux appuis qui nous permettraient de traverser l'existence dans la sérénité paisible et la satisfaction de soi.
C'est précisément tout cela que Jésus veut faire éclater - c'est cet éclatement que signifie la bousculade du temple de Jérusalem.

L’expulsion des  marchands du Temple - Giovanni Paolo PANNINI - Détail
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