Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

6-7 Sivane



Chavouot


Le don de la Loi

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La fête de Chavouot est la fête de la Révélation, en laquelle fut donnée la Torah – "la Loi", "les dix Paroles" ou "les dix Commandements".





C’est aussi la fête des Prémices et de la Moisson ; toutes les synagogues et les maisons sont décorées de feuillages verdoyants, de fleurs, de fruits et de plantes.
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Chavouot שבועות est l’une des trois fêtes de pèlerinage, c'est pourquoi l'on peut à juste titre la qualifier de חג.
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Le mot שבועות signifie « semaines », car la fête tombe à la fin de la période de l’Omère (cliquer ici), durant laquelle on compte, jour après jour, sept semaines à partir de la fête de Pessa’h (cliquer ici).
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La fête dure un jour en Israël, deux jours en diaspora (sur cette différence, voir à cette page). Sa date hébraïque est le 6 Sivane, généralement en mai/juin. 
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La Révélation eut lieu dans le désert, sur le mont Sinaï. Les Hébreux, rassemblés en bas de la montagne, reçurent les dix paroles – communément appelées les dix Commandements – qui constituent les bases du Judaïsme.

<- Haggadah de Ferrare (1583): Moïse recevant les Tables de la Loi sur le Mont Sinaï - Paris, Bibliothèque Nationale.
En bas, le peuple attend le retour de Moïse.

Les Dix Paroles (Ex 20,1-17 ; Dt 5,6-21) furent gravées par Dieu sur les Tables de la Loi que portait Moïse (Dt 5,22) :
את־הדברים האלה דבר יהוה אל־כל־קהלכם בהר מתוך האשׁ הענן והערפל קול גדול ולא יסף ויכתבם על־שׁני לחת אבנים ויתנם אלי׃
Littéralement : את־הדברים – Les paroles ; האלה – celles-ci ; דבר – prononça ; יהוה – YHWH l’Eternel ; אל – à ; כל – toute ; קהלכם – votre assemblée ; בהר – sur la montagne ; מתוך – au milieu de ; האש – le feu ; הענן – le nuage ; והערפל – et l’obscurité ; קול – une voix ; גדול – grande ; ולא – et ne pas ; יסף – il ajouta ; ויכתבם – et il les écrivit ; על – sur ; שני – deux ; לחת – tablettes de ; אבנים – pierre ; ויתנם – et il les donna ; אלי – à moi.
« L'Éternel prononça ces paroles à toute votre assemblée, sur la montagne, du milieu du feu, de la nuée et de l'obscurité, d'une voix forte, et il n'y ajouta rien; puis il les écrivit sur deux tables de pierre, qu'il me donna. »

La tradition rapporte que, ce jour-là, les Hébreux reçurent toute la Torah avec tous les commandements :
-         613 en tout:
-         365 négatifs, 
-         248 positifs, destinés à réglementer la vie de l’homme juif dans sa famille, sa société, et tout son environnement.




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A la synagogue, on lit les Dix Paroles (עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת) durant l’office du matin de la fête, et on ajoute la lecture du livre de רות Ruth*, évocation champêtre du temps des moissons.
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On a coutume, à cette fête de consommer essentiellement des aliments lactés. Diverses raisons sont avancées pour expliquer cette particularité :
- l’une est liée à la couleur blanche du lait, symbole de pureté ;
- une autre à la date de la fête, au début de l’été, où il est plus sain de consommer des aliments légers ;
- ou encore le 6 Sivane, les Hébreux venaient de recevoir la Torah – ainsi que toutes les recommandations d’abattage rituel et de séparation entre les aliments carnés et les aliments lactés ; ils n’avaient donc pas de viande apte à la consommation, ni d’ustensiles, et à cause de cela ils mangèrent des aliments lactés, plus simples à préparer ;
- on dit aussi que le 6 Sivane est le jour où Moïse bébé fut sauvé du Nil par la fille de pharaon, et qu’il n’accepta de boire que le lait d’une femme juive.
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La tradition est de passer toute la nuit de Chavouot, jusqu’au petit matin, à étudier les textes de la Torah et du Talmud, ou encore de la Kabbale.


L’étude est en effet l’un des fondements, voire le fondement, du judaïsme.



Consacrer du temps à l’étude de la Torah est un des commandements les plus importants de la vie juive.  

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* Le livre de Ruth

C'est l’un des "חָמֵשׁ מְגִלּוֹת hamesh megillôt - cinq rouleaux"
(= nom donné à des livres bibliques assez courts, lus dans les synagogues aux fêtes :
- Cantique des Cantiques à Pessa’h ;
- Ruth à Chavouot ;
- Lamentations à l’anniversaire de la destruction du Temple, le 9 du mois de Av ;
- Qohélet à Soukkôt ;
- Esther à Pourim).

Il raconte l’histoire de Ruth, une Moabite, épouse d’un Israélite, bientôt veuve, qui reste fidèlement auprès de sa belle-mère Noémi et s’attache au peuple d’Israël.


"The Story of Ruth" - 1876-77 - Thomas M. Rooke (1842-1942) - Tate Gallery, Londres


La fidélité de Ruth à sa belle-mère: saisissant le bras de Noémi, Ruth fait le choix de son peuple et de son Dieu (Rt 1,16). Toutes deux portent le deuil.->

Conformément à la loi du lévirat ("יבום", Dt 25,5-10, coutume imposant au beau-frère – ou, à défaut, au plus proche parent du défunt – d’une veuve sans enfant d’épouser celle-ci pour lui donner un enfant considéré comme postérité du défunt), elle devient l’épouse du riche propriétaire Booz, parent de son mari.



<- La générosité de Booz; Ruth se prosterne pour remercier celui qui traite avec bonté l'étrangère qu'elle est - et qui ouvre ainsi le récit à une dimension universelle (Rt2,10).

La lumière dorée de ce panneau central provient de la profusion des épis mûrs, qui évoque la "fête des Moissons" qu'est aussi Chavouot.




Ruth a quitté ses vêtements de deuil: Booz lui a donné un fils, Obed; Noémi tient l'ancêtre de David sur ses genoux (Rt 4,16); la perspective messianique est symbolisée par la vigne qui semble émaner de l'enfant.
Ruth esquisse un geste de tendre protection envers Noémi et Obed. -> 

Ruth est ainsi l’arrière-grand’mère de David.




<- Noémi et son "petit-fils" (par lévirat): l'attendrissement étonné d'une "vraie" grand'mère.



Ce récit date du temps d’Esdras.

Présentant sous un jour très favorable une étrangère introduite dans la communauté d’Israël (et même dans la lignée royale et messianique), il se situe en réaction contre une politique rigoureuse excluant les mariages avec des femmes non israélites (Esd 10). 

Ruth et Booz - 1660 - Barent Fabritius - L'Hermitage, Saint-Petersbourg
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