Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

Le Temps du Carême
Années C
(suite)

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Une "Route de Carême,
Bible en main",
avec les Fraternités Monastiques de Jérusalem

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Cinquième semaine

  SE LAISSER AIMER
Nous voici presque au terme de notre route vers Pâques ; déjà se profile la croix : à la fin de la semaine, nous fêterons le Dimanche des Rameaux qui est aussi le Dimanche de la Passion. Si, chaque année, l’Église nous donne à revivre dans la liturgie les mystères du Christ, ce n’est pas à la façon d’une histoire qui retiendrait notre attention parce qu’on n’en connaîtrait pas la fin. Ce dimanche forme comme un porche d’entrée dans la grande Semaine Sainte : en commémorant à la fois l’entrée messianique de Jésus à Jérusalem et le drame de la Passion, il offre une clé de lecture en annonçant avec force la victoire finale sur le mal et la mort, mais aussi le chemin qui y conduit et qui passe par l’humiliation et la souffrance.

La croix est le lieu où nous pouvons nous laisser juger ; mais elle est surtout le signe, la «preuve», selon l’expression de Paul qui va nous guider, de l’amour fou qui a conduit Dieu à prendre corps d’homme et à assumer, jusqu’en son corps, nos déchirements et nos douleurs. Amour de compassion du Dieu Père, blessé lui-même par la souffrance de ses enfants. Amour efficace plus encore, qui souffre le mal et la mort, mais les traverse en sa pâque ; amour de l’Agneau de Dieu qui «porte le péché du monde», non pour en être écrasé, mais pour l’emporter et nous en délivrer.

Mais cet amour livré que nous contemplons sur la croix, encore faut-il le laisser nous atteindre, nous toucher, nous transformer. Pour entrer dans cette grande dynamique du salut accompli à la croix, il suffit en quelque sorte de se laisser aimer. On pourrait croire cela facile… On s’aperçoit vite que ce n’est pas une attitude qui nous est si naturelle que cela et qu’elle demande en fait un retournement – une conversion – de nos tendances, de nos habitudes, de nos valeurs peut-être. Que paradoxalement cet amour si grand, si pur, nous fait un peu peur, éveille en nous méfiance ou culpabilité. Et que le chemin peut être long pour réapprendre ce que l’enfant sait spontanément.

Pour nous permettre de mieux le comprendre et le sentir, des figures évangéliques vont nous accompagner : celle du jeune homme riche, si empressé à faire le bien, mais si triste à la pensée de laisser ses biens ; et celle du bon larron qui n’a, lui, rien fait de bon, mais qui seulement sait s’abandonner, au dernier moment, à la miséricorde. Celle de Marthe qui aime en s’activant ; et celle de Marie qui aime en écoutant. Non qu’il faille voir là un éloge de la passivité, mais parce que l’amour dont nous pouvons aimer a sa source en Celui qui est l’Amour même.

«Adam où es-tu ? crie à nouveau le Christ en croix. Je suis venu à ta recherche - fait dire au Christ une homélie de saint Germain de Constantinople - et, pour pouvoir te trouver, j’ai tendu les mains sur la croix. Les mains tendues, je me tourne vers le Père pour rendre grâces de t’avoir trouvé, puis je les tourne aussi vers toi pour t’embrasser.»

Dimanche, nous contemplerons sur la croix Celui qui est venu pour embrasser le monde et le ramener, avec lui, vers le Père.

La semaine

Lundi 18 mars : Comme un Époux, comme un Père (Os 2,16-22; 11,1-4;8-9)
Le Dieu de la Première Alliance s’était présenté à Moïse comme le «Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et fidélité» (Ex 34,6). Au long de l’histoire, c’est un drame d’amour qui se joue entre ce Dieu fidèle et le peuple versatile, capricieux, prêt à se tourner vers des idoles. Pour montrer ce caractère absolu de l’amour du Seigneur, le prophète Osée multiplie les images : Dieu aime comme un époux bafoué qui, malgré sa douleur, revient vers son épouse et veut tout rependre avec elle, depuis le commencement, dans une alliance universelle et éternelle. Et Dieu aime comme un père qui apprend à son fils à marcher ; comme une mère qui «soulève son nourrisson tout contre sa joue». C’est par ce Dieu qui nous aime, de cet amour total, viscéral, pourrait-on dire, en reprenant l’image du prophète, quels que soient nos manques et nos refus, qu’il nous faut nous laisser aimer. C’est cet amour si grand qu’il nous effraie parfois, qu’il nous faut apprendre à recevoir.   
Seigneur, tu es le Père qui nous a créés et nous a donné tout ce que nous avons pour vivre et pour te répondre amour pour amour. Tu nous aimes avec tendresse comme une mère qui sait voir en son enfant ce qu’il y a de plus beau et désire pour lui le meilleur. Tu nous aimes comme un époux qui tout entier se donne à son épouse et désire qu’entre eux la communion soit parfaite. Sois béni pour cet incompréhensible amour. Délivre-nous des peurs qui nous retiennent de nous abandonner à toi. Aie pitié de nous quand de faux désirs et de petites joies nous retiennent loin de toi. Renouvelle notre cœur à l’image du tien pour que, dans l’Esprit, nous puissions comme toi en faire une offrande d’amour. Amen.

Mardi 19 mars : Se laisser regarder (Mc 10,17-22)
«Jésus fixa son regard sur lui et l’aima.» Le prophète tentait de nous faire percevoir l’amour de Dieu à travers des images. En Jésus, Dieu vient lui-même nous manifester cet amour. Parce que l’incarnation n’a d’autre but que d’aller jusqu’à la mort – «preuve» que Dieu nous aime (Rm 5,5) – pour nous en ramener à la vie. Et parce qu’ayant pris chair et corps d’homme, Jésus peut prodiguer aux hommes les marques, les signes de son amour. Mais cet homme, si généreux, si prompt à faire des choses pour Dieu, n’est pas disposé à soutenir ce regard de Jésus sur lui, n’est pas prêt à se laisser dépouiller, émonder, à se laisser faire. Ayant peur de tout donner, il ne peut plus recevoir. Ayant peur de s’abandonner, il ne récolte que la tristesse. Tout ce qu’il a devient un poids, un obstacle qui l’empêche de se laisser regarder tel qu’il est. Même l’Amour ne peut rien apporter à celui qui déjà croit tout posséder. Est-il si compliqué de se laisser faire ?
Sois béni, Seigneur, pour le regard de tendresse que tu poses sur chacun de nous, sur chacun de tes enfants, hésitants ou prisonniers de leurs richesses. Sois béni d’être venu nous dévoiler le visage du Père qui n’est qu’amour et compassion. Que ton regard bienveillant et exigeant soit sur nous, au long des jours, et qu’en lui soit notre confiance. Qu’il nous fasse connaître ton «amour qui surpasse toute connaissance et entrer de toute notre plénitude dans ta Plénitude». Qu’en lui les catéchumènes puisent le désir et la force d’aller au bout de la route qui les mène à la fontaine baptismale où ils seront plongés dans ta mort et ta résurrection, toi qui es le Dieu venu remettre ta vie par amour. Amen.

Mercredi 20 mars : Reconnaître le Sauveur (Lc 23,39-43)
A l’opposé de l’homme trop riche pour parvenir à se laisser aimer, nous contemplons aujourd’hui un homme qui n’a plus rien. Plus de biens matériels – s’il en a jamais eu –, plus d’attaches sociales : il n’est plus qu’un réprouvé, condamné au pire supplice. Même plus de temps : il est seul devant la mort proche. Et c’est celui-là qui sait regarder le Christ, qui perçoit la puissance d’amour de cet homme silencieux, défiguré, condamné comme lui, et l’implore de toute sa foi : «Jésus, souviens-toi de moi…». C’est celui-là qui n’a plus que son manque à offrir, qui sait recevoir la plénitude du don de Dieu. «C’est donc un voleur qui a rouvert le paradis - commente saint Ephrem de Nisibe. Ouvrez les portes de votre cœur à Celui qui vous a ouvert les portes de son Royaume.» (C'est pourquoi dans l'Orient chrétien on ne parle pas, comme en Occident, du "bon larron", mais du "larron théologien" qui, par sa foi a "volé le Royaume" - sans nuance péjorative dans le verbe "voler", mais pour indiquer qu'il l'a obtenu par sa seule foi, non par sa vie).
<- "Le Brigand de droite" - 1775 - Le Bon Larron est représenté nu, vêtu seulement d'un périzoma; sa main gauche, comme son visage, est levée - sans doute en direction du Christ. Au fond, les remparts et la ville de Jérusalem. Cette icône devait faire partie d'un triptyque présentant le Christ au centre, avec le "larron théologien" à droite comme le veut la tradition; c'est d'ailleurs ce qu'indique l'inscription rouge, en arabe, à gauche de sa tête: "Le brigand de droite".  Sur les bordures supérieure et inférieure, les inscriptions en arabe sont incomplètes; en haut: "... Jésus Christ. Fait en l'année 1491 de l'ère copte." (c'est-à-dire en 1775); en bas, l'inscription partielle cite la prière du Bon Larron. Cette icône date de l'époque ottomane, où les icônes grec-orthodoxes et grec-catholiques (melkites) ont trouvé une place importante dans les églises coptes. Un style local s'est ainsi formé: au contact des iconographes égyptiens, les iconographes levantins "s'égyptianisent", et les artistes égyptiens adoptent l'iconographie typologique. Ainsi en va-t-il d'Ohan (Jean) Karapétian, arménien de Jérusalem installé au Caire, où il peint des icônes coptes qu'il signe en arabe "Yûhanna Al-Amani", c'est-à-dire "Jean l'Arménien", qui travaille de conserve avec Abraham le Scribe, illustre iconographe copte; tous deux signent conjointement une énorme production qui s'étend sur quarante ans. Cette icône est typique de leur style: taille prépondérante de la tête par rapport au corps, grands yeux en amande, sobriété des moyens techniques et simplification des formes.
Seigneur, comme le larron, nous croyons que la puissance de ton amour à tout moment peut faire refleurir nos déserts et redonner la vie. Qu’elle peut venir être la richesse de ceux qui n’ont plus rien, l’espérance de ceux qui souffrent, la force de ceux qui meurent. Sois béni de faire de nous, si nous nous tournons vers toi, ces saints affamés et dépenaillés, plus pauvres que glorieux, que tu veux vêtir et rassasier, rassurer et panser ; que tu veux combler d’un bonheur d’éternité, pour peu qu’ils osent seulement te le demander. Sois béni de faire de nous des mendiants heureux que tu veux revêtir de ta lumière et mettre au rang de fils. Car rien n’est impossible à ton amour qui renouvelle toutes choses. Amen.

Jeudi 21 mars : Se reposer dans l'Amour (Lc 23,39-43)
Deux figures de femmes nous accompagnent aujourd’hui : elles n’opposent plus la richesse et la pauvreté, mais plutôt l’activité et le repos. L’œuvre de Marthe est bonne : elle aime le Christ qu’elle sert, comme nous l’aimons à travers les membres du Christ qu’aujourd’hui encore nous avons à servir. Marie, elle, semble ne pas agir : elle écoute, elle goûte la présence du Seigneur qui vient la visiter. Mais elle «a choisi la meilleure part», car cette part est première et dernière. Première, puisque l’amour reçu du Seigneur est la source qui nous permet, à notre tour, d’aimer en acte et en vérité. Dernière, puisqu’elle anticipe ce que sera notre part d’éternité : nous rassasier, nous laisser combler de la présence du Seigneur. Durant le voyage de cette vie, nous laisser aimer, c’est aussi cela : prendre le temps de nous asseoir aux pieds de Jésus pour «goûter comme est bon le Seigneur» (Ps 34,9), et nous reposer dans l’amour.
Seigneur, tu as voulu demeurer parmi nous par ta Parole, par ta Présence eucharistique, par les sacrements que dispense ton Église et par le sacrement du frère, de tous les frères que tu nous donnes à servir et à aimer. Et, comme à tes apôtres, tu nous dis : «Reposez-vous un peu…». Sois béni de nous permettre de nous tenir simplement auprès de toi et de nous laisser déjà combler par la joie et la paix de ta présence. Mets au cœur des catéchumènes l’amour de ta Parole et de ton Pain qui leur apprendra à se laisser nourrir par cette manne que chaque jour tu nous dispenses. Apprends-nous à venir à l’écart refaire nos forces auprès de toi, le Dieu de toute consolation qui vient parler à notre cœur. Amen.

Vendredi 22 mars : Être choisi comme ami (Jn 15,9-17)
Alors que nous approchons du Dimanche de la Passion où se commémore le sacrifice de l’amour crucifié, nous relisons les dernières paroles adressées par Jésus à ses disciples. Et ces paroles nous font entrer dans la grande spirale de l’amour : l’amour que Jésus reçoit de son Père et dont il aime les siens ; l’amour que ceux-ci reçoivent et qu’à leur tour ils transmettent. La multiplication de ce petit mot «comme» montre comment, par son amour offert, le Christ nous introduit dans la vie trinitaire où tout n’est qu’accueil et don. Comment, irrigués, traversés par cet amour «répandu en nos cœurs» (Rm 5,5) et déversé sur le monde, nous retrouvons notre véritable nature créée «à l’image de Dieu» et lui devenons des «amis» qui ont part à sa joie.
Trinité sainte en qui il n’est qu’échange d’amour, tu as voulu nous laisser entrevoir ton mystère. Tu as voulu que le Fils, «l’un des Trois», nous donne, par sa vie et sa mort livrée, l’exemple du plus grand amour, pour que de cet amour donné jusqu’à l’extrême, nous puissions nous aussi aimer. Ne permets pas qu’en nous se ternisse ton image qui nous rend capables de t’imiter. Que jamais nous ne fassions obstacle à ce flot de l’amour qui vient revivifier le monde et que tu désires faire passer en nous, à travers nous que tu as voulu choisir et appeler amis. Sois béni pour ce dessein de salut qui déborde notre raison et notre imagination et nous laisse comme des enfants désarmés devant toi, Dieu plus grand que tout désir. Amen.

Samedi 23 mars : La "preuve" du plus grand amour (Rm 5,5-11; Ga 2,19-20)
Devant la croix ne faut-il pas se taire ? L’incompréhensible amour qui conduit à une mort injuste et douloureuse ne déroute-t-il pas tout discours ? Dieu a voulu aller jusque là, et ce terme pourrait être révoltant ou écrasant. Mais c’est une «preuve», n’hésite pas à dire Paul. Une preuve, non par l’horreur, mais par l’amour, car la croix n’a de sens que parce qu’elle n’est précisément pas un terme, mais un passage : le coeur ouvert par une lance du Christ en croix ouvre notre propre coeur ; l’esprit que, mourant, il remet au Père, est cet Esprit qui «répand l’amour en nos coeurs». Plus que jamais, il s’agit ici de laisser faire ce que nous ne comprenons pas encore pleinement ; de nous laisser faire, de laisser le Christ vivant en nous y déployer peu à peu sa puissance de résurrection.
Seigneur Christ, nous nous prosternons devant ta croix pour adorer en toi l’amour livré pour notre vie. Comme les disciples et les saintes femmes, nous ne pouvons te suivre que de loin, mais nous voulons t’accueillir en nous, Seigneur Jésus. Nous voulons t’ouvrir en nous cet espace où, vivant, tu nous transformeras peu à peu en ta vie, où, glorieux, tu nous feras peu à peu passer dans l’amour trinitaire. Nous te prions, une fois encore, pour nos frères et sœurs catéchumènes qui, par leur baptême, vont être configurés à ta mort et à ta résurrection. Qu’au signe de tes bras étendus sur la croix pour embrasser le monde, tous puissent reconnaître de quel amour ils sont aimés. Amen.

• Dimanche 24 mars :

Dimanche
des Rameaux et de la Passion.

Voir à cette page

1.Procession des Rameaux:
Évangile - Lc 19,28-40
2.Messe de la Passion:
Première Lecture - Is 50,4-7
Psaume - Ps 22/21,8-9;17-18a;19-20;25c-26;27b - antienne:2
Deuxième Lecture - Ph 2,6-11
Évangile - Lc 22,14 -23,56


Homélie du Frère Pierre-Marie Delfieux
(Fondateur des Fraternités Monastiques de Jérusalem)

Croix d’espérance et passion d’amour

Tout en laissant retentir dans le recueillement de nos cœurs
l’évocation de cette Passion du Seigneur
si sobre en son réalisme et si poignante en sa vérité,
nous ne pouvons manquer de nous interroger
sur le sens ultime de cette mort insensée.
De cette mort si volontairement acceptée,
si dramatiquement subie.
De cette mort du Fils de Dieu,
devenu pour nous Fils de l’homme.
Et nous voici invités à contempler les deux grands signes
qui nous sont ainsi donnés
par la mort rédemptrice du Christ sur la croix :
une marque d’espérance tout d’abord ;
et une preuve d’amour ensuite.
Deux signes qui deviennent réponse lumineuse à nos pourquoi.
Deux signes en face de quoi nous voici tous appelés
à partager cette même espérance
et à nous engager dans cette même attitude d’amour.
*
La mort du Christ est en elle-même déjà
un véritable cri d’espérance.
On pourrait dire que le Christ est venu pour cela.
qu’il est descendu jusqu’à nous dans ce but (Jn 3,13-16).
En se faisant homme, le Fils de Dieu
a épousé notre condition humaine tout entière (Rm 8,1sqq).
Il nous a rejoints jusqu’à cette obligation inéluctable
de devoir tous mourir un jour.
Il n’a pas détourné son chemin de ce but ultime (Lc 13,33).
Il a fait de toute sa vie une marche libre,
déterminée, irrésistible,
vers cette mort qui nous tenait captifs (Lc 18,31-34).
Par trois fois il en a fait l’annonce solennelle.
Il en a clairement déterminé l’heure.
Il s’est avancé vers elle avec une liberté confondante,
nous libérant du même coup
de toute mauvaise culpabilité :
Ma vie, nul ne la prend,
mais c’est moi qui la donne (Jn 10,18).
Quelle espérance dans la trajectoire sans détour
de cette existence qui monte tout droit
vers l’au-delà de cette vie,
par-delà le mur et la ténèbre de nos tombeaux.
En face de nos doutes et de nos questionnements apeurés,
Jésus avance avec les paroles de la vie éternelle (Jn 6,68).
À l’encontre de nos obscurités et de nos ignorances,
le Christ se dresse en proclamant :
Je suis la lumière du monde (8,12).
Avec lui, on ne sombre plus dans la mort, on s’y endort.
Oui, on peut conduire le Verbe de Dieu au Golgotha !
En mettant à mort le Créateur de la vie (Ac 3,15),
c’est la vie même de Dieu
qui traverse l’ombre de notre mort !
C’est la mort de la mort
qui se célèbre aujourd’hui au Calvaire !
Et c’est pour entendre ces paroles,
non point de désespoir et de tristesse,
mais d’espérance et de vie,
que nous voici réunis, avec nos rameaux verts à la main,
devant l’arbre sec de sa croix qui déjà refleurit.
À l’écoute de la Parole de Dieu.
En vérité, en vérité je vous le dis,
si quelqu’un garde ma parole,
il ne verra jamais la mort (Jn 8,51).
Voilà la promesse du Premier-né de toute créature,
devenu pour nous le Premier-né d’entre les morts
et qui a tout rempli, même notre mort,
de l’espérance de sa vie (Col 1,15.21).
*
Ce signe d’espérance, apparu dans la croix du Calvaire,
devient alors à son tour une véritable preuve d’amour.
Une preuve ?
Il n’y a pas de preuve de Dieu, nous le savons bien.
Il respecte trop pour cela la liberté de notre foi.
Mais il y a une preuve de son amour pour nous.
Avant sa mort, Jésus l’avait déjà annoncé :
Il n’y a pas de plus belle preuve d’amour
que de donner sa vie pour ceux qu’on aime (Jn 15,13).
Après sa résurrection d’entre les morts,
l’apôtre Paul pourra nous montrer
la splendeur de cette vérité ;
car la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ,
alors que nous étions encore pécheurs
est mort pour nous (Rm 5,8).
Nous ne saurons jamais jusqu’où le Christ a pu nous aimer !
Mais nous pouvons être sûrs
qu’il l’a fait sans tricher et sans partage.
Il a connu nos douleurs, notre tristesse (Mt 26,38),
nos cris (Mc 15,34 ; Lc 23,46) et nos larmes (Hé 5,7).
La lettre aux Hébreux a cette expression saisissante :
Il fallait que, par la grâce de Dieu,
au bénéfice de tout homme, il goûtât la mort (Hé 2,9).
Pour nous montrer comment la vivre !
Désormais, le plus souffrant, le plus tombé,
le plus perdu des hommes
peut se redire comme l’apôtre relevé et pardonné :
Il m’a aimé et s’est livré pour moi ! (Ga 2,20).
Quel amour insondable !
À côté de l’espérance que nous ouvre l’appel de sa mort,
nous pouvons donc chanter
et célébrer à jamais l’infini de son amour.
qui nous est ainsi manifesté.
*
Nous aussi, désormais,
nous pouvons avancer sur une route d’espérance.
Par la grâce de la Passion rédemptrice de Jésus-Christ,
notre mort n’est plus la fin de cette vie qui passe
mais l’entrée dans la Vie qui ne passera pas.
En vérité, en vérité je vous le dis,
celui qui écoute ma parole a la vie éternelle…
et il est déjà passé de la mort à la vie (Jn 5,24).
On ne meurt pas, on entre dans la vie !
Sainte Catherine de Gênes n’hésite pas à dire :
«Lorsque je vois mourir une personne, je me dis :
Oh ! que de choses nouvelles, grandes et extrêmes,
elle est sur le point de voir !» .
Oui, nous pouvons avancer dans l’espérance !
Quelqu’un marche devant nous,
dont nous célébrons la victoire aujourd’hui.
Toute notre existence est pour nous apprendre à bien mourir.
Sur les ruines de l’homme extérieur,
l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour (2Co 4,16).
À sa mort, ce n’est pas l’homme qui est enterré,
c’est son passé.
L’avenir radieux qui l’attend
est celui-là même du Royaume des cieux.
Au bon larron, à l’heure même de l’agonie,
Jésus a proclamé, nous l’avons bien entendu :
Ce soir même, tu seras avec moi en paradis (Lc 23,43).
On comprend, sachant ceci, que «la foi que Dieu préfère»,
ce soit l’espérance .
C’est à cela d’abord que nous appelle sa croix (1P 3,15).
*
Mais comme cette espérance est celle du partage de son amour,
c’est à vivre dans l’amour
que, pour finir, nous invite aussi sa Passion.
À un Dieu qui nous a déjà tout donné, par pur et fol amour,
nous pouvons répondre par le don ultime et total
de toute notre vie offerte en acte de plein amour (Rm 12,1-3).
«Ô mort, s’exclame la grande sainte Thérèse d’Avila,
je ne sais comment on peut te redouter,
puisque c’est en toi qu’est la vie !» .
Et par toi que s’ouvrent les portes du bonheur éternel.
La mort n’est pas glorifiée pour autant :
elle reste une absurde et rude conséquence du péché.
Mais elle est dépassée, transcendée !
Certes la pensée de devoir quitter ce monde
nous peine et peut nous faire pleurer !
Mais la perspective de partir pour une plénitude d’éternité
ne peut que nous consoler.
Non, frères et sœurs,
on ne peut craindre indéfiniment
d’aller voir Celui que nous aimons et qui nous aime !
Si nous mourons avec lui, avec lui nous vivrons,
proclame l’Écriture.
Si nous souffrons avec lui, avec lui nous règnerons (2Tm 2,11-12).
Car l’amour est plus fort que la mort,
chante le Cantique des Cantiques.
Et lorsqu’il est vraiment vécu, il anticipe le paradis.
Nous ne disons adieu, en finale ici-bas
qu’à ce qui ne peut être éternisé (1Co 15,50) !
Par ta croix, ô Christ,
fais que je vive ma vie dans l’espérance,
jusqu’à mourir d’amour,
afin de partager à jamais Ta vie
en Ton amour.

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Sixième semaine - Semaine Sainte

  SE LAISSER SAUVER
«Exulte avec force, fille de Sion ! Crie de joie, fille de Jérusalem ! Voici que ton roi vient à toi : il est juste et victorieux, humble, monté sur un âne, sur un ânon, le petit d’une ânesse» (Za 9,9). Aujourd’hui, rameaux en mains, nous avons acclamé le fils de David : «Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !» Puis nous avons suivi le Christ, de l’allégresse triomphale de son entrée à Jérusalem jusqu’au grand cri et au silence du Golgotha. Nous voici entrés, plongés dans un mystère qui nous dépasse de toutes parts : Dieu a donné sa vie pour nous.

Un mystère qui nous dépasse de toutes parts… Si bien que, peut-être, nous ne savons plus trop comment nous tenir devant cette grande croix où le Christ meurt pour nous… Que nous ayons été généreux ou paresseux pendant ce carême, attentifs ou distraits, nous nous trouvons infiniment démunis devant le mystère de l’amour fou de Dieu.

En réalité, c’est bien là que notre pèlerinage voulait nous conduire ! Il y a quarante jours déjà, nous avons pris la route. Nous avons cherché à croire, à écouter et à espérer. Puis, sur le chemin où nous avancions, quelqu’un est venu à notre rencontre, comme le père de la parabole. Devant lui nous nous sommes découverts pécheurs : nous étions partis en exil loin de sa tendresse. Avancer, c’était donc se laisser faire, se laisser réconcilier, se laisser juger et pour tout dire, se laisser aimer.

Au seuil de cette grande semaine, tout nous fait donc pressentir qu’il ne s’agit plus «de l’homme qui veut ou qui court, comme le dit l’apôtre Paul, mais de Dieu qui fait miséricorde» (Rm 9,17). Dieu fait tout. Et nous ? Comme Pierre, voyant agenouillé devant lui son Maître et son Seigneur, nous aurions envie de protester…

Et pourtant, il nous reste quelque chose à faire, et c’est bien en vue de cela que nous avons marché quarante jours durant : consentir, avec Pierre, à nous laisser laver, à nous laisser sauver. Nous avons été réconciliés. Nous avons été jugés par celui qui n’a pas condamné la femme adultère. Puisque nous avons été aimés si magnifiquement, nous nous tenons en paix devant ce grand mystère. Nous commençons à le comprendre vraiment, et à nous en réjouir : nous n’avons rien mérité. Nous ne pouvons rien donner en échange de ce trop grand amour. Mais nous pouvons l’accueillir, cet amour, avec gratitude et avec émerveillement, afin qu’il vive en nous ! Et en regardant le Christ s’avancer librement, plein de tendresse et de force, vers la Croix qui se dresse, nous aurons des yeux pour voir : un tel amour ne pouvait être vaincu, il avait la force d’engloutir la mort pour toujours, et de nous offrir au matin de Pâques, le pardon et la vie éternelle.

La semaine

Lundi 25 mars - Lundi Saint : À Béthanie (Jn 12,1-11)
Remarque: l'Annonciation, normalement célébrée le 25 mars, ne peut l'être ni pendant le Carême ni dans l'Octave de Pâques; elle sera donc célébrée, cette année 2013, le lundi 8 avril. 
Au premier jour de la semaine sainte, nous voici à Béthanie. C’est là qu’habitent Lazare, que Jésus a «ressuscité d’entre les morts», ainsi que ses sœurs Marthe et Marie. Il règne une douce amitié dans ce repas donné en l’honneur de Jésus, pleine de reconnaissance et aussi de gravité. Marthe sert, Lazare se réjouit avec celui qui lui a rendu la vie. Marie accomplit le geste d’un fol amour, répandant un parfum de grand prix sur les pieds de Jésus. Judas s’indigne. Jésus répond : «Laisse-la». Elle a bien raison de m’aimer follement. Il nous est bon d’être à Béthanie au premier jour de cette grande semaine. Là, on ne cherche pas à retenir Jésus qui s’avance vers sa Passion. On ne fait pas non plus de déclarations téméraires. Mais le parfum répandu par Marie dit la reconnaissance, l’action de grâces. Accueillir le salut, c’est peut-être tout simplement cela : rendre grâces à celui qui nous a sauvés, et l’aimer de nous avoir tant aimés.  
Avec Marie de Béthanie, Seigneur, nous nous tenons là. Nous avons marché pendant tout ce carême, mais aujourd’hui nous nous tenons là. Pour nous, tu vas monter à Jérusalem, toute proche, c’est toi qui vas parcourir la route qui reste, et qui te conduira jusqu’à la croix. Puisque tu nous as aimés sans mesure, nous t’offrons ce que nous sommes, pauvrement mais joyeusement. Tu as accueilli l’amour de Marie de Béthanie : accueille l’offrande de nos vies, toi qui vas tout illuminer par ta croix et ta résurrection. Amen.

• Mardi 26 mars - Mardi Saint : Tu me suivras (Jn 13,21-33;36-38)
«Je donnerai ma vie pour toi !», dit Pierre. La réponse de Jésus dut le remplir de douleur et de confusion. Pourtant, Jésus avait essayé de détourner Pierre de toute réaction téméraire : «tu me suivras plus tard». C’est ce «plus tard», sûrement, qui a déclenché la réaction de cet apôtre fougueux. «Plus tard», cela voulait donc dire que, pour le moment, il se trouvait impuissant et démuni devant son Maître qui venait d’annoncer qu’un des Douze le livrerait. On comprend le désarroi de Pierre ! Se laisser sauver, c’est entendre nous aussi ce «plus tard». Un jour ou l’autre, et peut-être dans une toute petite chose aux yeux du monde, nous donnerons notre vie. Mais pour que ce jour vienne, il nous faut accepter aujourd’hui que le Christ donne sa vie le premier pour nous. Le regarder s’avancer sans pouvoir le suivre pour le moment, c’est poser un acte d’une folle gratuité, et d’une totale confiance. Et c’est ainsi que nous apprenons à donner, nous aussi, notre vie.
Seigneur, c’est toi qui vas donner ta vie pour nous. Sois béni de t’engager sur ce chemin où nous ne pouvons pas te suivre pour le moment. Tu en feras un chemin de pâque, où nous pourrons ensuite passer avec toi de la mort à la vie. Sois béni pour ce chemin que tu as tracé dans la vie de chacun de nos frères et sœurs catéchumènes. Qu’ils restent à jamais ancrés dans la certitude que tu les précèdes en tout, car tu es la voie, la vérité et la vie. Amen. 

• Mercredi 27 mars - Mercredi Saint : Les mains vides (Mt 26,14-25) 
En ce mercredi saint, la liturgie nous confronte au personnage de Judas. En réalité, il était présent depuis le début de la semaine dans les lectures que nous avons méditées. À chaque fois, deux choses nous sont dites sur lui : il sera le traître, et il s’occupe d’argent. Bien sûr, ce n’est pas parce qu’il tient la bourse commune que Judas devient le traître ! Mais cette insistance n’est pourtant pas anodine. Judas compte : il voit le parfum répandu et l’argent perdu – pour lui, puisqu’il volait ce qu’on mettait dans la bourse… Aujourd’hui il obtient pour la trahison de son Maître une somme dérisoire. Judas compte, et le Fils de l’homme s’en va. Librement, dans une souveraine gratuité. En face du personnage de Judas, Jésus dévoile ainsi la profondeur de son mystère : lui n’a «rien retenu», il a tout dépensé pour nous, plus follement que le prodigue. Il s’en va les mains vides, le cœur libre pour y emporter Judas lui-même qu’il prend dans sa compassion : «malheureux l’homme par qui le Fils de l’homme est livré». C’est cette liberté souveraine qui nous sauve : le Christ emporte dans sa pâque toutes nos trahisons, mais il ne compte pas nos fautes. Il nous prend dans son amour et nous attire vers le Père.
Béni sois-tu, Seigneur, pour la liberté avec laquelle tu t’avances vers ta passion. Cette liberté est si grande, si forte qu’en elle nos trahisons et nos refus ne pèsent plus rien si nous nous laissons prendre avec toi dans ce mouvement qui t’attire vers le Père. Donne-nous part à cette sainte liberté. Apprends-nous à donner joyeusement, sans nous laisser retenir par le poids de nos fautes. Que ton Église se laisse recréer dans ta Pâque, afin que le monde croie qu’il est aimé d’amour. 

Jeudi 28 mars:
Jeudi saint
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Aimer jusqu’au bout (Jn 13,1-15)
 Les premiers versets du récit du lavement des pieds que nous méditons aujourd’hui présentent Jésus comme celui qui sait. Il sait d’une part que son heure est venue : Judas va le livrer. Mais il sait surtout «que le Père avait tout remis entre ses mains, qu’il était venu de Dieu et qu’il retournait à Dieu». Ce qu’il sait, ce n’est pas d’abord le péché des hommes mais l’amour dont le Père le comble, et dans lequel il veut attirer toute l’humanité. Aujourd’hui Jésus dépose son vêtement comme il déposera sa vie, pour la reprendre ensuite. Le voici agenouillé devant Pierre pour l’aimer jusqu’au bout. Dans le dialogue entre Pierre et son Maître, nous comprenons mieux ce que veut dire : se laisser sauver. L’eau que Jésus veut répandre sur les pieds de Pierre, c’est cet amour offert. C’est l’amour du Christ qui nous sauve. Pour nous purifier, le Seigneur répand pour nous sa vie comme une eau. Il nous reste à nous laisser faire : que le Christ ne nous lave pas seulement les pieds, mais encore les mains et la tête : qu’il nous plonge tout entiers dans sa mort et sa résurrection.
Père, source de toute vie, nous venons à toi en ce jour. Nous aussi, en ton Fils, nous venons de toi et nous retournons à toi. Enracine en nous cette certitude de ton amour pour nous. Ainsi, dans la confiance et l’émerveillement, nous pourrons apprendre à nous faire les serviteurs de nos frères. Nous te prions pour ceux que tu as choisis pour le ministère sacerdotal. Garde le pape, les prêtres et les évêques dans la fidélité à ton amour. Qu’ils soient témoins de ta miséricorde et ministres de ton salut. Amen. 

Vendredi 29 mars :
Vendredi Saint
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Mon serviteur réussira (Is 52,13-15; 53,1-12)
En ce Vendredi Saint, nous entendrons le récit de la passion selon saint Jean. Pour y entrer, nous méditons ensemble la première lecture qui retentira à l’office de la passion. On y entend un cri de victoire : «Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ; il montera, il s’élèvera, il sera exalté !». Ce serviteur souffrant évoqué par le prophète Isaïe est une figure bouleversante du Christ «homme de douleur […] semblable au lépreux dont on se détourne». Ce chant de victoire, qui pourrait aujourd’hui l’entonner ? Nous, nous avons crucifié le Seigneur de la gloire. Le Christ, lui, meurt sur la croix, ses yeux se ferment pour ne pas voir le mal. Où donc se chante déjà le cantique nouveau ? Peut-être pourrions-nous dire qu’il se chante en Dieu. Le Père, voyant mourir son Fils, contemple aussi sa victoire. Il voit l’absolue confiance de son Fils qui meurt comme on s’élance vers un Père tout aimant. Jean lui aussi témoigne : il a vu le sang et l’eau, il a vu l’arbre sec de la croix devenir source de vie. La croix est glorieuse. Nous ne sommes pas sauvés malgré ce que nous avons infligé au Fils de l’homme. Nous sommes sauvés parce qu’il a transformé cette mort en confiance filiale et en amour. En voyant mourir le Fils de l’homme, nous pouvons déjà l’affirmer : le Christ a vaincu la mort. Seigneur, aujourd’hui tu meurs de ton trop grand amour pour nous. Devant toi qui t’es laissé conduire comme un agneau qui n’ouvre pas la bouche, nous restons en silence. Mais c’est l’action de grâces qui habite notre cœur. L’eau et le sang qui jaillissent de ton côté ouvert nous dévoilent la longueur, la largeur, la profondeur de ton amour pour nous. Notre prière s’élargit au monde entier. Toi qui veux que tous les hommes soient sauvés, nous t’en prions : que chacun se laisse rejoindre par ton salut, et que nos vies chantent ta victoire : par ta croix, la joie est revenue sur le monde ! 

• Samedi 3 avril:
Samedi Saint
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Un grand silence (1P 3,18-20 ; Lc 24,1-12) 
«Un grand silence règne aujourd’hui sur la terre, un grand silence et une grande solitude, un grand silence parce que le Roi dort» (Épiphane de Salamine).
Il nous faut goûter aujourd’hui ce silence, éprouver sa paix mais aussi l’inconcevable absence qu’il révèle. Stupeur : le Seigneur est mort et mis au tombeau. Qu’espérer encore ? Mais il ne dort ni ne sommeille, le gardien d’Israël… La première lettre de Pierre nous fait entrer dans le mystère de la descente vertigineuse du Christ jusqu’aux enfers, jusqu’au creux du silence le plus désolé. Là, il prêche, il annonce le salut. En effet le Fils se laisse enfanter, il se laisse aimer du plus profond de la mort, et c’est la mort qui en meurt, qui perd à jamais son pouvoir de nous retenir loin de Dieu. Dans ce lieu de poussière, les pas du Christ tracent un chemin de lumière : cette descente vertigineuse s’inverse en une remontée plus folle encore. Les portes des enfers sont brisées, l’amour a vaincu toutes nos morts. Nous voici emportés dans un mouvement irrésistible ; la joie va éclater, un cri va retentir : «Voici l’époux qui vient, sortez à sa rencontre !». L’Évangile selon saint Luc qui sera proclamé au cours de la grande vigile pascale est encore tout plein de l’étonnement des disciples. Mais les femmes se rappellent les paroles de Jésus, et elles croient. Aujourd’hui, le Christ vient à notre rencontre : «Si ton cœur croit que Dieu a ressuscité [Jésus] d’entre les morts, tu seras sauvé» (Rm10, 9). Par la foi, nous recevons du Christ le vêtement du salut, la tunique baptismale. Avec lui, il nous entraîne dans la lumière sans déclin… Alleluia ! Seigneur nous passons aujourd’hui du silence aux cris de joie, des ténèbres à la lumière. Et nous pressentons que c’est un seul mystère de mort et de résurrection qui s’accomplit pour nous en ces jours. Nous te bénissons pour les catéchumènes qui renaissent en cette nuit de l’eau et de l’Esprit, nous te rendons grâces pour les merveilles que tu accomplis en eux. Renouvelle en nous aussi la grâce de notre baptême. Avec toi, nous avons été plongés dans la mort ; avec toi, que nous vivions désormais une vie nouvelle. Tu es notre salut, tu es le Dieu qui fais toutes choses nouvelles, toi notre sauveur et notre roi, gloire à toi dans les siècles !


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