Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven


Le Temps de Carême
Années B



Dieu a établi son Alliance avec Noé, ses descendants, et "tous les êtres vivants pour toutes les générations".

D'Abraham, dont l'obéissance sans réserve témoignait d'une confiance absolue, il a fait le père des croyants.
Sur le Sinaï, il a donné à Moïse la Loi qui faisait - d'anciens esclaves en Égypte - un peuple libéré doté d'une charte.
S'écarter de cette constitution ne pouvait que faire perdre le statut privilégié qu'elle garantissait, et condamnait immanquablement à retomber dans l'esclavage et l'exil. Mais Dieu n'a pas abandonné les déportés. Par ses prophètes il les a formés dans l'espérance du salut et les a amenés à se tourner, purifiés par l'épreuve, de nouveau vers lui.

Il les conduisait ainsi vers les jours où ils seraient prêts pour une Alliance nouvelle, désormais inscrite "dans leur cœur".

Alors le Christ est venu, annonçant "Les temps sont accomplis"; "le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle".
Il est le Fils bien-aimé du Père, qui dit "Écoutez-le!"
Par sa mort et sa résurrection, le Salut promis est donné au monde. Qui se tourne vers lui, "élevé en croix", aura la Vie éternelle.

 Tel est l'itinéraire de foi pascale que propose le Carême de l'année B, le Mystère que célèbre la liturgie.
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1er dimanche 

• Comme tous les ans, l'évangile du premier dimanche de Carême est celui de la tentation de Jésus au désert.
Mais saint Marc - lu en cette année B - se distingue ici nettement des deux autres synoptiques.
- Tout d'abord le récit de cet événement est on ne peut plus court: deux versets seulement! Une telle brièveté ne signifie nullement que Marc n'accorde qu'une importance mineure à cette donnée de la Tradition.
En effet, il l'intègre de façon significative dans l'ensemble des 14 premiers chapitres de son évangile, ensemble qu'il intitule "Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus, Messie, Fils de Dieu" (Mc 1,1).
Le bref rappel de la Tentation fait en effet charnière entre le Baptême de Jésus par Jean le Précurseur, lui aussi rapidement évoqué, et le début de la prédication du Fils de Dieu: "Les temps sont accomplis; le Règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle".
- Parmi les signes qui accréditent cette annonce, Marc fait une place particulière aux nombreux exorcismes opérés par Jésus.
La déroute du démon est, pour l'évangéliste, la grande manifestation de l'avènement du Règne de Dieu. Voilà pourquoi, avant même d'exposer le contenu de la Bonne Nouvelle, il rapporte comment, dès le premier jour de sa vie publique, Jésus a délivré un homme de l'esprit mauvais qui le tourmentait (Mc 1,21-28).

• La promesse de l'Alliance, faite jadis à Noé, s'accomplit.
Toutes les espérances sont dépassées.
Autrefois, un petit nombre seulement de personnes a été préservé du flot dévastateur du Déluge. Aujourd'hui, l'immersion dans les eaux baptismales sauve les multitudes.
Alors, l'arc-en-ciel était le gage de la fidélité de Dieu. Maintenant, la Croix du Christ est l'assurance de notre résurrection.

• Avec Jésus et par lui, ceux qui ont été élevés à la condition de fils de Dieu ont triomphé du démon. "Être baptisé, ce n'est pas être purifié des souillures extérieures, mais s'engager envers Dieu avec une conscience droite, et participer ainsi à la résurrection de Jésus Christ".

 Le Carême, préparation à la célébration annuelle de Pâques, est un temps favorable pour vérifier et réajuster cette orientation de notre vie.
 

Les Textes

Première Lecture: Gn 9,8-15
Psaume: Ps 25,4-9
Deuxième Lecture: 1P3,18-22
Évangile: Mc 1,12-15

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2ème dimanche 


La vie chrétienne est un long chemin de foi parcouru habituellement à pas lents, plus ou moins réguliers, parfois hésitants.
Au cours de cet itinéraire, pour vaincre le doute (qui peut s'insinuer ou tarauder) et la fatigue (qui se fait sentir), pour continuer malgré tout à aller de l'avant, on a souvent besoin d'être encouragé, entraîné, par les autres.
Il est également nécessaire de s'arrêter régulièrement pour se remettre devant les yeux le but à atteindre, pour réactiver ses motivations profondes.

Jésus a conduit les Apôtres en tenant compte de ces rythmes de la marche vers la plénitude de la foi à laquelle il les appelait.
Il semble avoir hésité, parfois, à leur révéler clairement son mystère et le leur, sa Pâque de mort-résurrection à laquelle il voulait les associer. Et, quand il l'a fait, il leur a souvent recommandé aux dires de saint Marc, de ne pas en faire part aux autres prématurément.
Annoncer l’Évangile sans peur et sans en édulcorer les exigences s'impose pourtant. Rien ni personne ne saurait faire peur: Dieu est pour nous; il nous a choisis pour nous établir dans la justice en son Fils, mort, ressuscité, assis à sa droite où il intercède pour nous.

Cette révélation n'en demeure pas moins la pierre d'achoppement de la foi.
On ferait volontiers l'impasse sur la face obscure du mystère pascal: mais il serait alors vidé de tout sens et de tout contenu. Le resplendissement de la Transfiguration ne peut être que fugitif ici-bas. Le moment de s'installer sur "la haute montagne" n'est pas encore venu: ni pour les chrétiens ni pour l’Église. C'est le temps de la foi et de l'espérance sans éclat.
Mais, quoi qu'il arrive, quand bien même tout semblerait remis en cause, une certitude s'impose, sur laquelle il faut s'appuyer fermement: Dieu est fidèle, il ne revient jamais sur ses promesses. Souvenons-nous d'Abraham, le père de la foi, chargeant sur les épaules de son fils Isaac le bois pour le sacrifice!

 C'est, entre autres choses, ce que rappelle le Carême, ce parcours-modèle de l'existence chrétienne.
Mais il ne se contente pas de proclamer ce que savent les chrétiens, ni d'exhorter à vivre selon la foi professée.
Il propose de faire une démarche symbolique, "sacramentelle", c'est-à-dire accomplie grâce aux "signes" efficaces du Salut dont ils sont porteurs.


Les Textes

Première Lecture: Gn 22,1-2;9a;10-13;15-18
Psaume: Ps 115,10;15-19
Deuxième Lecture: 1P3,18-22
Évangile: Mc 1,12-15

Remarque:
La 1ère Lecture et le Psaume sont très étroitement liés.
1- En effet, la 1ère Lecture a été écrite vers 700 av.J.-C., alors qu’Abraham a vécu vers 1850 av.J.-C. ; ses auteurs, lecteurs et auditeurs connaissent donc parfaitement l’issue de ce récit ; ils savent, comme il est dit dans le Ps, qu’ « il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens », et que Dieu demande non un sacrifice sanglant, mais « un sacrifice d’action de grâce ».
2- Mais tous savent aussi que le peuple d’Israël a été confronté aux cultes des peuples voisins ; ainsi, pour les Mésopotamiens, les dieux étaient les rivaux des hommes, et pour les Cananéens, ils étaient avides de sacrifices humains.
Ils savent également que même le peuple élu s’est parfois laissé aller à de telles extrémités. Ainsi, au VIII siècle av.J.-C., donc à peu près au moment de la rédaction de la Gn, le roi de Juda, Akhaz, a-t-il sacrifié son propre fils – croyant ainsi pouvoir sauver son royaume…
Et de nombreux autres textes du Premier Testament (Lv, Dt, Jg, etc.) font allusion à ce genre de sacrifices réprouvés par Dieu
3- Sachant que ce qui est ici traduit en français par « tu offriras [ton fils] en sacrifice » signifie littéralement, en hébreu « tu l’élèveras, tu le feras monter en élévation », et sans nous laisser induire en erreur par la traduction « mettre à l’épreuve », nous devons donc lire ou écouter ce récit avec le cœur plein de la Foi, de la confiance en Dieu dont a toujours fait preuve Abraham, lui dont le nom même signifie l’Alliance que Dieu a tissée avec lui, avec son peuple, avec nous...
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 3ème dimanche 


Le don de la Loi sur le Sinaï inaugure une étape capitale de l'histoire biblique. D'hommes, de femmes et d'enfants partis du pays de l'esclavage, Dieu fait un peuple doté d'une constitution qui assure la liberté et garantit chacun contre toute forme d'arbitraire, d'oppression et d'exploitation. Elle transforme les « sans-droits » en un « peuple de droit » avec qui le Seigneur, le seul Dieu, conclut une Alliance qu'il s'engage solennellement à ne jamais remettre en cause. Quoi qu'il advienne, il veillera personnellement, avec un soin jaloux, sur le respect, par tous, de cette constitution dont il est le garant suprême et le gardien. Rien de commun, donc, avec les décrets d'un despote soupçonneux, imposés sous peine de châtiments impitoyables. Ceux qui s'écartent de Dieu et de sa Loi ne peuvent s'en prendre qu'à eux-mêmes des conséquences qu'ils endurent : l'anarchie – où nul ne trouve plus en sécurité ; l'asservissement – auquel ramène fatalement la perte des repères qui permettent à chacun de trouver sa place, dans le respect des autres et du bien commun.

Durant l'Exode, Dieu était au milieu des siens. La Tente de la Rencontre était le signe et, en quelque sorte, le lieu de sa présence.
Plus tard, le Temple de pierres a remplacé ce sanctuaire dressé à chaque étape de la marche dans le désert. Toute une spiritualité s'est alors développée sous l'impulsion des prophètes qui ont prêché sans relâche le respect de la Maison de Dieu, la pureté et la sincérité du culte qu'on y célébrait. Par ailleurs, destructions et reconstructions du Temple ont toujours été liées à la dispersion et au nouveau rassemblement du peuple. Mais l'exil a montré que Dieu restait présent au milieu des siens, même en terre étrangère – alors qu'il n'avait plus de sanctuaire.

Cette expérience a suscité un développement et un enrichissement ultérieurs de la spiritualité et de la « théologie » du Temple. L'espérance est née, d'un Temple parfait inauguré par le Messie.
Le geste – vigoureux et insolite – de Jésus chassant les marchands du Temple se situe dans ce contexte. Il est aussi, et surtout, un signe.
De la Pâque des Juifs à celle de Jésus, un même mystère s'accomplit : celui de la destruction d'un sanctuaire et du relèvement d'un autre, qui n'est pas fait de mains d'homme – celui de sus, le Fils de Dieu, mort et ressuscité le troisième jour.
 Folie pour certains, scandale pour d'autres, c'est la manifestation suprême de la sagesse de Dieu, l'accomplissement de ses promesses, le fondement sûr de toute espérance.


Les Textes

Première Lecture: Ex 20,1-17 (en construction à cette page)
Le Décalogue (terme grec qui signifie « dix paroles ») se trouve dans laתנכTaNaK (la Bible hébraïque) sous deux formes légèrement différentes (Ex 20,1-17 et Dt 5,5-21) ; c'est la première de ces deux versions qu'on lit aujourd'hui.
Bien qu'on parle habituellement de « commandements », il s'agit plutôt des articles d'une charte d'alliance.
Elle a pour fondement la reconnaissance de l’Éternel comme l'Unique. Vient ensuite l'engagement à observer le Shabbat – qui fait participer hommes et bêtes au repos du Seigneur après la création. Enfin une série de règles pour le respect d'autrui et de ses biens.
On ne s'étonnera donc pas que cette Loi fondamentale du peuple de Dieu n'ait pas été abolie par Jésus, mais portée à son accomplissement.
Psaume: Ps 19,8-11 (à cette page)
Variation sur le thème de la Loi du Seigneur, source de vie et de bonheur, de sagesse et de jugement limpide, de droiture, de justice et de pureté - plus précieuse et délectable que tout.
Deuxième Lecture: 1Co 1,22-25
La Croix, qui témoigne de l'amour fou de Dieu pour tous les hommes sans distinction, conteste vigoureusement les idées reçues sur la puissance et sur la sagesse.
Évangile: Jn 2,13-25 (à cette page)
Les prophètes ont toujours manifesté un zèle jaloux pour la sainteté du Temple et la pureté du culte.
Pour insolite qu'elle fût, la violence avec laquelle Jésus s'en prenait à ceux qui ne respectaient pas la sainteté du sanctuaire n'avait rien de choquant en elle-même.
Mais après Pâques, les disciples ont compris la pleine signification et la portée exacte de ce geste: c'était une annonce du "Temple nouveau" inauguré par la Résurrection.
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4ème dimanche



Selon une opinion très largement répandue, le Carême - temps de pénitence - serait une période triste, morose, voire déprimante, que les chrétiens, repliés sur eux-mêmes, leur péché et leur misère, seraient appelés à vivre avec un intense sentiment de culpabilité. C'est cette façon de le voir qu'évoque la locution populaire "une face de carême"...

En réalité, il s'agit d'un temps de pénitence volontaire et de conversion - lesquelles
- mettent le cœur au large,
- libèrent ce que chacun porte en soi de meilleur,
- tournent le croyant vers Dieu et les autres.
C'est ce que rappellent les textes de l’Écriture proclamés ce dimanche.

 Dieu entretient avec les siens des relations d'amour. Sa Loi leur trace le chemin de liberté et de vie.
S'ils s'en écartent - malgré les avertissements et les mises en garde répétés - ils retombent dans les esclavages dont ils avaient été libérés. Sévère mais juste châtiment du péché? Sans doute. Mais si Dieu se résout à laisser le processus s'engager, c'est en dehors de tout esprit de vindicte, c'est parce qu'il espère que cette douloureuse expérience amènera les pécheurs à se repentir et à se convertir.
Souvent même, la situation de dénuement devient l'occasion d'un retour vivifiant aux sources pures de l’Écriture, de la découverte d'une prière et d'une liturgie purifiées.

Le long exil à Babylone (où fut déportée - au VIème siècle avant notre ère - la population d'Israël) est exemplaire de ce point de vue. Le "châtiment", mérité par les infidélités répétées de l'élite du peuple et de ses dirigeants, a été l'occasion d'un ressourcement extraordinaire: on a relu les Écritures anciennes, une intense activité - spirituelle et théologique - s'est développée. Le culte synagogal est né de cette période.
Voilà pourquoi le Chroniste n'hésite pas à parler d'une période où la terre "s'est reposée", pour redevenir capable de produire les fruits que Dieu en attendait.
Du coup, Nabuchodonosor et Cyrus ont fait figure d'instruments d'YHWH-l'Éternel - le premier pour le châtiment, le second pour ramener les déportés au pays; c'est d'ailleurs à ce titre que ce dernier est appelé le "משׁיח mâshîyakh", l'oint, le "Messie" d'YHWH, en Is45,1.

Au cours de l'exil dans lequel nous vivons, et pendant lequel nous sommes appelés à nous convertir, le Sauveur est là, lui le Fils de Dieu élevé en Croix et ressuscité - révélation de la richesse infinie de la grâce et de la miséricorde divines.
 Marchons dans sa Lumière en rendant grâce!
 
Les Textes

Première Lecture: 2Ch 36,14-16;19-23 (à cette page)
L'incendie du Temple par les troupes de Nabuchodonosor, la destruction de Jérusalem et la déportation qui s'ensuivit (voir ci-dessous, et à cette page) en 587 avant notre ère ont été une humiliation et un malheur terribles. L'auteur anonyme du Livre des Chroniques médite sur les causes et le sens de ces tragiques événements.
Dieu y a mis fin en inspirant à Cyrus la libération des déportés. Le texte lu en ce jour s'arrête là.
Mais on sait par ailleurs que cet exil a porté des fruits inattendus: intense activité spirituelle, théologique, littéraire; assemblées où l'écoute de la Parole, l'offrande des cœurs brisés et l'observance de la Loi remplaçaient les sacrifices du Temple; relecture et approfondissement des traditions anciennes, des Textes, fondateurs, des Prophètes antérieurs.
Ainsi va l'histoire du Salut, où tout est grâce
Psaume: Ps 137/136,1-6 cette page)
Que Dieu nous garde d'oublier sa présence, même (surtout!) quand nous sommes éloignés de lui!
Deuxième Lecture: Ép 2,4-10 (à cette page)
À travers heurs et malheurs, l'histoire du Salut révèle que Dieu est riche en miséricorde.
Il a mis le comble à son amour en envoyant son Fils pour sauver les pécheurs.
Puissent-ils, au moins, reconnaître la gratuité des bienfaits reçus et marcher, avec une confiance renouvelée, sur la voie tracée!
Évangile: Jn 3,14-21 (à cette page)
Tous ceux qui, jadis, au temps de l'Exode, se tournaient vers le serpent d'airain dressé par Moïse étaient guéris du venin mortel des serpents.
Le Christ élevé en Croix est le Salut pour tous ceux qui, dans la foi, regardent vers lui.

Remarque:

Ce dimanche encore, nous allons trouver une grande cohérence, et une progression, entre les Textes de la Liturgie de la Parole.
 
• Pour comprendre la 1ère Lecture (2Ch 36,14-16;19-23) et le Psaume, il faut savoir qu’ en 598 av. J.-C. le roi de Babylone, Nabuchodonosor s’était déjà rendu maître de Jérusalem, pillant et saccageant le Temple, et opérant une déportation massive des élites. A la tête des « anawim », le « petit reste » (voir cette page), les petites gens laissées au pays, il place Sédécias, qui régnera de 598 à 587.
Mais Sédécias n’obéit ni à Dieu (malgré les avertissements des prophètes) ni à Nabuchodonosor… et ce dernier, en 587, fait à nouveau le siège de Jérusalem. Ce siège dure 18 mois, au terme desquels les Babyloniens achèvent la destruction de Jérusalem et déportent la presque totalité du peuple.
Pourtant, à son tour, Nabuchodonosor est écrasé par les Perses du roi Cyrus (« Kurush » en perse, « Koresh » en hébreu) qui entrent dans Babylone en octobre 539. Il renvoie dans leur pays d’origine tous les peuples déplacés ; en 538, il promulgue l’édit qui met officiellement fin à la captivité des Juifs, favorise la reconstruction du Temple de Jérusalem et le retour des vases sacrés dans ce dernier.
Aussi Cyrus est-il considéré comme un instrument de Dieu, annoncé par le prophète Jérémie ; ce dernier avait, comme tous les prophètes, rappelé la Loi de Dieu au peuple qui la transgressait, et annoncé les malheurs qui s’abattraient sur lui s’il ne se convertissait pas. On peut d’ailleurs noter que ce verbe « se convertir » signifie étymologiquement « se (re)tourner vers » ; nous retrouverons cette notion dans l’Évangile (Jn 3,14-21): comme les hébreux au désert devaient « se tourner vers » le serpent d’airain pour être sauvés, nous devons « nous tourner vers » le Christ élevé sur la Croix et exalté dans la Gloire (cf. notes sur Le serpent d'airain et Le Christ, "élevé"  en cliquant ici).

 • On pourra être surpris de trouver encore dans ce texte tardif - relecture d’autres textes plus anciens (ceux de Samuel et des Rois) - le terme de « colère » de Dieu ; c’est le contexte historique qui exige ce genre de discours – car le danger de l’idolâtrie, voire des sacrifices sanglants, était encore présent. Cependant, pour l’auteur des Chroniques, l’histoire du Temple est le symbole  de l’histoire du peuple, le culte doit y être célébré pour maintenir la cohésion religieuse et politique du peuple. Et il affirme surtout deux choses :
-         Dieu reste toujours le « Dieu des pères », fidèle à son peuple malgré les infidélités de celui-ci, infidélités qui risquent de le jeter dans la ruine ;
-         et quand le peuple est dans la ruine, s’il se repent,  Dieu l’en sort toujours, car « rien n’est impossible à Dieu ».
 
• Dernière remarque : on parle de « 70 ans ». Or, si l’on calcule bien, l’Exil aura duré, au plus 60 ans pour les premiers déportés (de 598 à 538), 50 ans pour la majorité du peuple.
La citation attribuée au prophète Jérémie est en fait la synthèse de deux passages, l’un effectivement tiré de Jérémie, l’autre du Lévitique.
-         Jérémie parle de « 70 ans », au sens d’une vie d’homme ; le Ps 90 dit ainsi: « 70 ans, c’est la durée de notre vie, 80 si elle est vigoureuse ».
-         Le Lévitique en revanche ne précise pas la durée de l’Exil, mais il lui donne le sens de la réparation de tous les sabbats profanés par le peuple. L’année dite « sabbatique » était une année de repos pour la terre, une année de jachère – et, selon la Loi, elle avait lieu tous les 7 ans (comme le Sabbat tous les 7 jours). L’Exil serait donc pour la Terre Promise une sorte de sabbat forcé : 70, multiple de 7.
Le Chroniste fait donc la synthèse entre ces deux idées : une génération selon Jérémie, la compensation des sabbats selon le Lévitique.
En outre, ces 70 ans correspondent certainement pour lui, qui axe sa réflexion sur le Temple et le culte qui y est rendu, à une durée précise : de 585 (587, début du siège de Jérusalem ; 18 mois de siège ; destruction complète du Temple en 585) à 515 (reconstruction effective du Temple par Zorobabel), le culte a bien été interrompu 70 ans !
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Quant au Psaume 137/136, il parle au passé : c’est donc que le peuple est de retour d’Exil.
Il évoque les brimades subies, et le refus de ce qui aurait été un véritable parjure, une profanation : chanter des chants religieux comme de vulgaires chansons, sur un sol étranger, pour des incroyants !
Après ce retour, on a pris l’habitude de célébrer chaque année la date anniversaire de la chute de Jérusalem par une journée de pénitence et de deuil, avec une célébration pénitentielle dans le Temple.
 
• Ce Psaume, très aimé de nos frères juifs, a pour « sous-titre » liturgique Chant de l’exilé.


La phrase « Si je t’oublie, Jérusalem… est le titre de plusieurs œuvres.
 

Ce Psaume a été repris sous la forme de negro-spiritual, « By The Rivers Of Babylon », car il évoquait la situation des esclaves africains déportés en Amérique du Nord, et celle de leurs descendants, victimes de ségrégation raciale.
(Il a même fait un succès disco-pop dans les années 70 !)
 
De même, cette condition d’exilé peut évoquer celle de tous les croyants en butte aux railleries, brimades, voire aux persécutions du monde qui les entoure.
 
Mais elle évoque également, dans une perspective eschatologique, la condition du croyant « exilé » sur cette terre « de ténèbres », attendant la Lumière de Dieu (image que nous allons retrouver dans l’Évangile), après sa mort d’abord, mais surtout lorsqu’il rejoindra la « Jérusalem Céleste » célébrée par Saint Jean dans l’Apocalypse.

De nombreux mystiques donneront également des relectures de ce Psaume, par exemple Saint Jean de la Croix, vers 1570, lors de son emprisonnement (voir à cette page).
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5ème dimanche



Une Alliance nouvelle, que ne remettent pas constamment en cause les fluctuations de la volonté humaine et les infidélités répétées d'un peuple inconstant; la Loi inscrite dans les cœurs et la connaissance du Seigneur donnée une fois pour toutes ; le pardon définitif du péché : ni Jérémie – qui le premier en a reçu la révélation – ni aucun prophète après lui ne pouvait imaginer comment une telle promesse se réaliserait.
Nous savons aujourd'hui que c'est en Jésus Christ, le Fils de Dieu.


Dans sa personne, Dieu et l'homme sont totalement et pour toujours indissolublement unis : comme il l'a dit, le Père et lui sont Un. En raison de cette intimité, Jésus, le Verbe fait chair, avait une connaissance parfaite de Dieu. Venu dans ce monde pour faire la volonté de Celui qui l'envoyait, il a adhéré toute sa vie au vouloir du Père : pleinement et résolument, en paroles et en actes, jusqu'à la mort – et la mort sur la croix.
Tout cela, il l'a fait pour nous. Fils unique qui est dans le sein du Père, il nous conduit à connaître Dieu – que personne n'a jamais vu. Tous, nous avons part à sa plénitude, et nous avons reçu grâce sur grâce (Jn 1,16-18).
Il est le chef (« la tête ») du peuple de l'Alliance nouvelle et éternelle, scellée de son sang versé pour nous « en rémission des péchés ».
Grain tombé en terre, il a resurgi, arbre de vie chargé de fruits pour notre nourriture. La Croix sur laquelle il a été élevé (voir « le Christ élevé », sur Jn 3,14-21,à cette page) se dresse devant nos yeux, et l'écho de sa voix venue du ciel ne cesse de résonner : « Je l'ai glorifié, et je le glorifierai encore ».

Lorsque Jésus dit que « maintenant, le monde est jugé », cela signifie deux choses:
  • Satan, chef de ceux qui font le mal et s'opposent ainsi à Dieu, est définitivement « jeté dehors ».
  • En outre, depuis « l'Heure » de Jésus, celle de sa mort et de sa glorification, une ligne de démarcation est tracée ; les hommes se range de part et d'autre de celle-ci, du côté de ceux qui le reconnaissent, ou des autres, qui refusent de se laisser attirer par Celui qui – sur la Croix où il a été élevé – garde à jamais les deux bras à jamais ouverts.
La routesur laquelle le Christ nous entraîne est un chemin d'obéissance certes coûteuse – mais elle débouche avec lui sur le matin radieux de la Pâque éternelle.


Les Textes

Première Lecture: Jr 31,31-34 cette page)
« Une Alliance nouvelle » : l'expression, familière aux chrétiens, ne se trouve qu'une fois dans le PT : dans l'oracle du prophète Isaïe proclamé aujourd'hui.
Il s'agit d'une « nouveauté » radicale, et non plus du rétablissement des liens brisés par le péché, de l'annonce d'une étape tout à fait décisive qui inaugurera « les derniers temps ».
Les chrétiens ne peuvent s'empêcher de penser à la venue de l'Esprit.
Psaume: Ps 51/50,3-4;12-15 (à cette page)
Les mots et expressions se bousculent dans ce psaume pour évoquer ce que le pécheur attend de Dieu:
- effacer les péchés,
- laver,
- purifier,
- renouveler,
- raffermir,
- soutenir,
le tout par "son Esprit Saint".
Deuxième Lecture: Hé 5,7-9 (à cette page)
Ce n'est pas en héros impassible que Jésus est entré librement dans sa Passion, mais en Fils qui a appris à dire
« que ta volonté soit faite ».
Évangile: Jn 12,20-33 (à cette page)
L' « Heure » de Jésus : cette locution désigne, dans l’Évangile selon saint Jean, la Pâque du Seigneur – sommet et clef d'interprétation de toute son œuvre, de sa mission de Salut.
C'est pour cette Heure qu'il est venu – Heure redoutée, Heure d'agonie ; Heure pourtant désirée d'un grand désir, comme le moment d'offrir au Père le sacrifice parfait de son obéissance ; Heure de son exaltation (voir, à cette page, "Le Christ élevé") dans la gloire du Père ; Heure où les païens eux-mêmes reconnaîtront en lui le Fils de Dieu.
Regarder avec les yeux de la foi (voir, à cette page, "Le serpent d'airain") celui qui a été transpercé, voilà le chemin du Salut !

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