Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

Le Temps du Carême
Années A
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Introduction


Vainqueur du démon qu'il a affronté au désert de la tentation (Premier dimanche), Jésus a pris la tête d'une humanité nouvelle, justifiée par son obéissance indéfectible au Père.

En lui, le Fils bien-aimé ressuscité d'entre les morts et désormais dans la gloire, resplendissent la vie et l'immortalité.
"Écoutez-le!" proclame avec insistance la liturgie de Carême en répétant sans se lasser ce qu'a dit la voix venant de la nuée, lors de la Transfiguration du Seigneur (Deuxième dimanche).

Cette exhortation pressante reste d'actualité, car la vie chrétienne est - comme le rappellent les Troisième, Quatrième et Cinquième dimanches du Carême des années A - un grand catéchuménat.
Le baptisé professe que Jésus est
- la Source d'eau vive qui apaise toute soif;
- la Lumière qui dissipe les ténèbres et rend la vue aux aveugles de naissance;
- le Ressuscité qui ouvre les tombeaux dont il délivre les morts.
Mais la foi,
- accueil de la grâce qui transfigure,
- regard porté sur le monde avec les yeux du Christ,
- et, avec lui, passage de la mort à la vie,
ne saurait se limiter à une profession faite un jour de grâce...

Nous croyons, Seigneur; augmente en nous la foi!
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Les dimanches


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Premier dimanche

Textes


Première Lecture: Gn 2,7-9;3,1-7a 
Deuxième Lecture: Rm 5,12-19 (Lecture brève: 12;17-19)
Évangile: Mt 4,1-11

La liturgie de ce premier dimanche de Carême nous propulse d’emblée au cœur du mystère pascal : - « Par un seul homme, Adam, le péché est entré dans le monde, et par le péché est venue la mort » – voilà pour la face obscure du mystère. - Mais « si par la faute d’un seul homme la mort a régné, combien plus, à cause de Jésus Christ et de lui seul règneront-ils dans la vie, ceux qui reçoivent en plénitude le don de la grâce qui les rend justes » – voilà pour la Bonne Nouvelle du salut en Jésus-Christ. Toute l’histoire humaine est désormais tendue entre ces deux événements.Le premier, le péché des origines, nous affecte de fait ; la participation au second, le mystère de la Rédemption, nous est gracieusement offert en Jésus Sauveur.

Nous sommes certes déjà participants de ce salut par la foi et le baptême ; mais c’est précisément pour être renouvelés dans cette vertu et dans ce sacrement que nous entreprenons le pèlerinage de quarante jours du Carême
. Car la grâce du salut ne nous est pas imposée : il nous faut choisir ; prétendre à une position de neutralité signifie repousser implicitement la proposition que Dieu nous fait en son Fils, et choisir de rester sous le pouvoir du Prince de ce monde.

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C’est précisément la nécessité de choisir notre destinée éternelle qui nous est rappelé dans la liturgie de ce jour
. Les lectures s’articulent toutes autour de trois acteurs : Dieu, l’homme, le Satan. Ce sont effectivement les trois protagonistes du drame que nous allons revivre tout au long du Carême, qui va culminer le Vendredi saint, avant de se résoudre d’une manière totalement inattendue au matin de Pâques.
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Dieu est présenté au livre de la Genèse (Première Lecture) comme le Créateur souverain. Rien n’existe qui ne reçoive de lui sa subsistance et tout ce qu’il a créé est bon : l’homme, le jardin d’Éden et même cet étrange « animal rusé » nommé le « serpent ». A peine le Créateur s’est-il retiré, que le fameux « serpent » prend l’initiative d’un dialogue dans lequel il accuse Dieu d’hypocrisie et de volonté de puissance. Ses propos vont trouver écho dans le cœur de la femme, séduite par  « l’arbre de la connaissance de ce qui est bon et mauvais », c'est-à-dire par l’autosuffisance. Refusant d’être les collaborateurs de Dieu, nos premiers parents ont préféré l’autonomie ; comme le fils prodigue, ils ont exigé leur « part d’héritage » pour en disposer selon leur volonté propre, et ne plus avoir à vivre dans la dépendance du don de Dieu.
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Mais s’étant coupés par le fait même de la source de la vie, ce choix ne pouvait les conduire qu’à la mort, « et ainsi la mort est passé en tous les hommes » (Deuxième Lecture). Tel est bien le triste état de notre humanité que décrit Saint Paul dans la seconde lecture, où nous retrouvons nos trois protagonistes : « Adam », l’homme, dont nous venons de voir comment il a introduit le mal dans le monde ; le « péché », terme par lequel Paul dans cette épître désigne l’instigateur de la transgression, c'est-à-dire le démon ; et Dieu en la personne de Jésus-Christ. Si la stratégie du serpent a parfaitement réussi en Gn 3, Paul nous annonce cependant qu’il n’en sera pas de même avec le Christ, que préfigurait le premier Adam. Là où ce dernier a désobéi, entraînant tous les hommes dans le péché, le Christ Jésus par son obéissance « a conduit tous les hommes à la justification qui donne la vie ».
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L’évangile de ce jour – qui met à nouveau en scène les trois mêmes personnages – nous raconte précisément l’affrontement victorieux du Nouvel Adam face au Satan. Précisons que même si on utilise l’expression : les trois « tentations » de Jésus, Notre Seigneur n’a cependant pas été tenté au sens où nous le sommes. Pour nous la tentation désigne un état où notre liberté oscille entre notre volonté propre et celle de Dieu ; nous hésitons entre le bien et le mal, trahissant par le fait même notre malice, c'est-à-dire notre complicité avec le mal proposé. Rien de tel chez Jésus, dont la volonté n’a jamais vacillé dans son obéissance inconditionnelle à son Père. Jésus vient d’être baptisé, la voix du Père s’est faite entendre et l’a confirmé dans sa filiation divine : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui, j’ai mis tout mon amour ». C’est autour de cette parole, qui établit Jésus dans une relation de filiation unique à Dieu son Père, que se noue le drame, suscité paradoxalement par l’Esprit, puisque c’est lui qui « conduit Jésus au désert ». C’est donc à une révélation que nous sommes conviés à travers cet événement.
*
Face à ce personnage qu’il ne connait pas vraiment, même s’il a entendu la déclaration venant d’en-haut, le démon va réessayer son antique stratégie : il propose à Jésus de subvenir par lui-même à ses besoins au nom de sa dignité filiale. Un fils ne dispose-t-il pas de tous les biens ? N’est-il pas l’héritier ? Pourquoi dès lors se ferait-il dépendant du don de son Père ? Il n’a rien à recevoir puisque tout est à lui. La réponse de Jésus renvoie sans hésitation à la communion d’amour au Père, qui est plus essentielle à la filiation que la libre disposition des biens. Cette communion d’amour s’établit et se maintient dans l’accueil de « toute Parole qui sort de la bouche de Dieu » et dont le Fils fait sa nourriture.

Où en sommes-nous
de cette confiance filiale ? Vivons-nous cette Parole de Jésus : « Cherchez d'abord le Royaume et la justice de Dieu, et tout le reste vous sera donné par surcroît » (Mt 6, 33) ?
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Le Démon a porté sa première attaque au niveau d’un des besoins élémentaires de l’humanité de Jésus : la faim. La réponse de Notre Seigneur, qui recentre le débat sur la filiation et donc sur la relation d’absolue confiance au Père, va conduire le Satan à déplacer son attaque. La seconde tentation suggère à Jésus d’obliger son Père à intervenir en sa faveur, afin de donner aux yeux de tous la preuve concrète de la vérité de sa relation filiale unique. A nouveau Jésus rétablit les priorités en plaçant l’abandon confiant avant l’exigence de signes, qui est dénoncée comme une « mise à l’épreuve » de Dieu. Ce n’est pas l’homme qui met Dieu à l’épreuve, mais c’est Dieu qui nous éprouve, nous purifie à travers l’épreuve, comme on purifie l’or au creuset. Le Fils unique, qui a voulu pleinement épouser notre humanité si durement marquée par les conséquences du péché, n’échappera pas à cette nécessité ; l’auteur de la lettre aux Hébreux écrit en effet : « Tout Fils qu’il était, il apprit par ses souffrances l’obéissance » (Hé 5, 8). Jésus nous a purifiés de notre désobéissance, source de toute souffrance, par son obéissance héroïque tout au long de sa Passion d’amour pour Dieu son Père et pour les hommes ses frères.

Où en sommes-nous
de cette attitude d’abandon confiant entre les mains du Père, dans la certitude de sa bienveillance, et dans la conviction que tout concourt au bien de ceux qui l’aiment ?
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Devant ce double échec, n’y tenant plus, le démon trahit sa véritable motivation : il ne veut détourner l’homme de son Créateur que pour obtenir de la créature l’adoration qui revient à Dieu seul. Jésus le repousse avec autorité : « Arrière Satan ! », tout en affirmant avec force que la logique de l’amour culmine dans l’adoration, c'est-à-dire dans l’offrande de tout notre être à Celui qui est la seule Source de tout bien.

Où en sommes-nous
de cette attitude de don de nous-mêmes à Dieu par amour, qui s’exprime dans la louange, l’action de grâce, l’offrande, l’adoration ?
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Au terme de notre méditation, il apparaît que la liturgie de ce jour veut attirer notre attention sur le « péché racine », d’où découlent tous les autres : notre volonté d’autonomie, qui s’oppose à la joyeuse dépendance de celui qui nous donne à chaque instant « la vie, le mouvement et l’être » (Ac 17, 28). Nous sommes donc invités, en cette première semaine de Carême, à faire un examen de conscience sur la manière dont nous gérons notre vie, et en particulier sur la place laissée à Dieu dans le discernement de nos objectifs, le choix des moyens utilisés pour les rejoindre, et l’attribution de la gloire qui ressort de nos succès. La conversion consiste à ré-accueillir résolument Dieu dans nos vies, refusant fermement de décider par nous-mêmes « le bien et le mal », mais nous laissant instruire par son Fils Jésus-Christ, qui nous montre le chemin de la vraie liberté et de la vie (cf. Jn 14, 6). Si nous consentons à une telle attitude d’humilité qui nous réinsère dans la dépendance de l’amour, soyons en sûrs : « le démon sera obligé de nous quitter, et les anges s’approcheront de nous pour nous servir ».
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Accorde-nous, Dieu tout-puissant, tout au long de ce Carême, de progresser dans la vraie connaissance de Jésus-Christ, de discerner les idoles qui nous asservissent encore et d’y renoncer résolument. Nous pourrons alors accueillir pleinement la lumière de la Résurrection, et en vivre plus fidèlement dans une existence transformée.
(Invité par son Éminence le Cardinal Lustiger à donner les Prédications de Carême à Notre-Dame de Paris en 2002.)

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Deuxième dimanche

Le Deuxième dimanche de Carême, la lecture de l’Évangile de la Transfiguration rappelle que l’abaissement ("kénose") et la passion du Christ ne doivent jamais être considérés ou célébrés en oubliant que c'est par sa mort que le Seigneur est entré dans sa gloire.


Textes


Première Lecture: Gn 12,1-4a 
Deuxième Lecture: 2Tm 1,8b-10 
Évangile: Mt 17,1-9


La Parole de Dieu est bénédiction pour Abraham et pour tous ses fils.
Mais en premier lieu, l’appel de Dieu est désappropriation ; Abraham est appelé à quitter ce qu’il connaît pour se lancer vers ce qu’il ne connaît pas. Le Seigneur lui demande en effet : quitte « ton » pays, « ta » famille, la maison de « ton » père et va vers « le pays que je te montrerai ».
Par le jeu des pronoms personnels, le Seigneur renseigne Abraham sur la portée de son appel ; plus qu’un nouveau pays, le patriarche devra découvrir une relation nouvelle entre Dieu et l’homme — « je te bénirai » — et entre les hommes — « en toi seront bénies toutes les familles de la terre ».
Le cercle des relations d’Abraham dépasse les frontières de son clan et s’ouvre à l’infini, infini de Dieu, immensité des nations.
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La bénédiction suit ce mouvement et prend une ampleur nouvelle.
Dieu, nous le savons bien, crée en séparant.
Le départ d’Abraham annonce donc un épanouissement nouveau de la vie, il est le signe que Dieu ne se laisse pas mettre en échec par le péché de l’homme et ne renonce pas à son projet de salut. Les familles des peuples se sont divisées ; Dieu décide que la bénédiction passera par un seul homme pour les rejoindre tous. La promesse faite à Abraham est ainsi le fondement d’une alliance nouvelle où l’homme est appelé à collaborer à la réalisation de son salut.

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Quelle audace ! Dieu fait confiance à Abraham pour que sa bénédiction rejoigne l’ensemble des nations ; Dieu confie à un homme ce que tous les autres sont destinés à recevoir.
Voyons comment le Seigneur procède.
Il y a d’abord une promesse destinée à Abraham seul. Appelé à quitter son pays pour un autre, que le Seigneur lui fera voir, le patriarche reçoit pour famille une grande nation.
Puis le Seigneur lui promet la bénédiction, récompense pour ceux qui renoncent à la convoitise et à l’autonomie. Cependant, notons que l’attitude d’Abraham seul n’est pas déterminante. Dieu accompagne en effet sa promesse d’une condition : « je bénirai ceux qui te béniront, je maudirai celui qui te méprisera ». Pour recevoir la bénédiction confiée à Abraham, il faut le respecter, il faut renoncer à jalouser le don qui lui a été fait. En un mot, pour recevoir la bénédiction, il faut renoncer au meurtre fratricide. Caïn, en effet, n’avait pas compris que son frère était pour lui un chemin de vie ; aveuglé par la souffrance de ses désirs déçus, il a sombré dans la malédiction et dans la mort. Cette condition que Dieu ajoute à sa promesse est une invitation à bénir le frère sur qui repose la bénédiction, pour bénéficier à son tour du don de la vie.
Finalement, l’appel d’Abraham à quitter son pays nous rejoint sous la forme d’un appel à quitter les terres arides de la jalousie et de la convoitise, car la vie ne s’épanouit que dans le partage et l’échange.
Puis le Seigneur dit : « en toi seront bénies toutes les nations de la terre ». En disant cela, Dieu propose une réponse au péché du jardin de l’Éden : il invite les hommes à entrer dans une dynamique d’alliance où la participation de chacun est nécessaire, une dynamique qui s’exprime dans la communion des différences. Chacun à sa manière joue le même jeu de la vie et met ainsi la mort en échec. Chacun coopère à son salut que, tout à la fois, il reçoit de Dieu et d’autrui. L’originalité est que cette alliance tripartite n’a pas de centre. Dieu se met au service des hommes, l’élu de Dieu porte la vie à ses frères et tous les frères bénissent celui que Dieu a choisi, conscients que l’appel qu’il a reçu représente une chance pour tous. Finalement, au centre de ce réseau est l’alliance, qui ne prive personne ni de sa responsabilité ni de sa liberté.

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« Abraham partit, comme le Seigneur le lui avait dit ». Tout est dans le « comme ». Abraham Abraham souscrit à la volonté de Dieu et entre librement dans l’alliance. Voilà qui force notre admiration et mérite notre louange et fait d’Abraham de premier des croyants. Adam et Ève avaient certes reçu eux aussi un appel de Dieu ; mais Abraham ne possède pas déjà le don de Dieu. Il part pour un pays qu’il ne connaît pas encore. Il est le premier homme à faire totalement confiance à Dieu, à engager sa vie uniquement sur la Parole du Seigneur Dieu.

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Dans notre itinéraire scripturaire, la deuxième lecture représente la transition idéale vers l’évangile. Comment ne pas nous émerveiller avec saint Paul « car Dieu (…) nous a donné une vocation sainte » ? Comment ne pas louer le Seigneur pour son Élu, son Messie, car « cette grâce nous avait été donnée dans le Christ Jésus avant tous les siècles, et maintenant elle est devenue visible à nos yeux, car notre Sauveur, le Christ Jésus, s’est manifesté (…) en faisant resplendir la vie » ?

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En effet, au jour de la transfiguration, Dieu nous montre le pays qu’il avait promis à Abraham. Il apparaît clairement que nous sommes en route vers la gloire de Dieu. Là est le lieu où nous sommes appelés à demeurer, selon ce qu’exprime le désir de saint Pierre de monter trois tentes. Mais il est trop tôt pour nous installer, la route est encore à faire qui nous sépare de la pleine jouissance des fruits de la résurrection. Nous ferons cependant cette route le cœur léger car aujourd’hui nous goûtons les prémisses de la victoire du Christ notre sauveur.

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Mais comment garder ce trésor pour demain ? Comment l’emporter pour qu’il soit notre force aux jours de la Passion ? En imitant Jésus, tout simplement. Le mystère de la transfiguration nous montre que l’alliance tripartite entre Dieu, son Messie et le reste de l’humanité, s’enracine et se déploie dans la prière. Jésus se transfigure à mesure qu’il prie. Au fur et à mesure qu’il s’abîme dans la contemplation du Père, Jésus s’ouvre intérieurement à la béatitude d’être fils. Pendant qu’il voit ainsi le Père, plus précisément parce qu’il voit ainsi le Père, les disciples, eux, voient le Fils. C’est la vision béatifique du Fils qui fait la leur, parce que c’est dans le Père que la lumière du Fils prend sa source.

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Nous comprenons donc que la prière, au fond, n’est pas mercantile ; elle nous transforme. Elle nous transfigure. La prière est l’ouverture à tous les possibles de Dieu en nous, et donc à ce possible par excellence qu’est sa lumière. L’alliance que Dieu scelle avec l’humanité est lumière et vie ; et dans la dynamique tripartite, le Christ agit comme un prisme pour cette lumière. Un prisme qui fonctionne d’abord à l’envers. L’éclatement de nos vies est saisi en lui, Jésus recompose notre être profond en un faisceau unique et l’oriente vers Dieu. C’est de cette manière que, dans la prière, l’image du Fils s’imprime en nous et nous unifie en elle, jusqu’à ce que nous lui soyons semblables.

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Mais si nous devenons tous semblables au Christ, nous ne devenons pas tous identiques. En nous transfigurant, le Christ transfigure aussi nos différences qui sont un reflet de sa richesse. En ce sens, le Christ est le prisme de l’humanité, c’est-à-dire qu’il révèle ce qu’il y a en nous d’inaliénable, de distinctif et de radicalement individuel. La transfiguration est l’apogée de l’individu, non pas en tant qu’il s’exalte pour faire montre de lui-même, mais en tant qu’il révèle que sa vie prend sa source en Dieu, que sa vie s’épanouit en Dieu et qu’elle est orientée vers lui.

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Récapitulons. L’élection d’Abraham nous a appris que l’alliance de Dieu est vie. La manifestation de Jésus-Christ comme Fils de Dieu nous apprend que la nouvelle alliance est lumière et vie. Mais il reste que nous avons, chacun à notre place, chacun à notre manière, à nous engager dans le combat pour la victoire de la vie et pour la manifestation totale de la lumière du Christ. En louant le Messie de Dieu chaque jour, nous accueillons sa vie ; en priant avec lui et en lui, nous nous transformons en lui. C’est à cette condition que nous vivrons les jours de la Passion pour ce qu’ils sont : une manifestation de la tendresse du père, une victoire de la vie, une apothéose de la lumière de Dieu.

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Seigneur Jésus, nous te bénissons et nous t’adorons parce que tu es l’Envoyé de Dieu qui transmet la vie à toutes les familles de la terre. Nous t’acclamons et nous te glorifions car, par ton sacrifice, tu nous donnes en partage ta gloire, tu nous donnes d’être enfants de lumière. Pour que nous puissions te suivre jusqu’au bout, nous nous offrons maintenant à toi, transfigure-nous, transforme-nous à ta parfaite ressemblance, et Dieu notre Père sera tout en tous.

Frère Dominique
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Troisième dimanche


Textes

Première Lecture: Ex 17,3-7 
Psaume: Ps 95/94,1-2;6-9
Deuxième Lecture: Rm 5,1-2;5-8
Évangile: Jn 4,5-42 (Lecture brève: 5-15;19b-26;39a;40-42)
 


À l’heure la plus chaude de la journée, Jésus, « fatigué par la route », s’arrête au bord du puits creusé par Jacob lui-même, près de Sichem. Il demeure « assis là » pendant que les apôtres entrent dans la ville pour y chercher de quoi se restaurer.

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Et voilà que de manière tout à fait inattendue, arrive une femme venant puiser de l’eau. En général cette corvée s’effectuait plutôt à la fraîcheur du soir, et en groupe ; cette femme désire donc se retrouver seule. Elle doit sans aucun doute être contrariée de se trouver confrontée à cet inconnu, d’autant plus qu’il lui adresse la parole pour lui demander à boire. L’ironie cinglante avec laquelle elle accueille la requête de Jésus trahit sa mauvaise humeur : « Je vois que lorsque la soif vous brûle, vous les Juifs, vous ne vous posez plus la question de savoir si celle qui porte une cruche est hérétique ou pas ! »

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La femme était bien trop préoccupée pour pouvoir saisir d’emblée la dimension symbolique de l’événement. Le puits est en effet le lieu des rencontres providentielles entre ceux que Dieu destine l’un à l’autre : Isaac et Rébecca (Gn 24, 12-14), Moïse et la fille de Jéthro (Ex 2, 19), et bien sûr Jacob et Rachel (Gn 29, 9-11) : l’évangéliste ne vient-il pas de préciser que le puits est creusé sur « le terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph », premier-né de Rachel ? Nous pressentons que la rencontre, apparemment fortuite à laquelle l’évangéliste nous fait assister, va se prêter à une interprétation universelle. 

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Derrière le personnage de la Samaritaine, c’est l’humanité épouse qui se profile. Égarée par le péché, elle a perdu le chemin vers Dieu et erre dans le désert, cherchant en vain à apaiser sa soif du Bien-Aimé. Saura-t-elle reconnaître le temps de sa visite ?

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La demande de Jésus « Donne-moi à boire », fait écho au « J’ai soif » que Notre Seigneur prononcera à la même heure, du haut de la Croix. « J’ai soif de toi. J’ai soif de ton amour. J’ai soif d’être aimé par toi. Viens à moi. Je vais remplir ton cœur. Je vais soigner tes blessures. Je vais faire de toi une nouvelle créature. Je vais te donner la paix au cœur même de toutes tes épreuves » (Mère Teresa). Étonnant renversement : le mendiant de notre amour n’est autre que l’Amour subsistant, qui désire nous combler des Eaux vives de l’Esprit en échange des eaux frelatées de nos cœurs partagés. Paraphrasant la première lecture nous pourrions faire dire à Jésus : « Moi je serai là, devant toi, sur le rocher du mont Golgotha. Tu frapperas le rocher, et il en sortira de l’eau, et tu boiras ! ».

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« Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive ».

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La réponse de la Samaritaine, mi-provocante, mi-inquiète, trahit qu’elle pressent le mystère ; elle perçoit intuitivement que Jésus veut l’entraîner vers le lieu d’une autre quête, bien plus essentielle. Sans doute hésite-t-elle, mais n’ayant plus grand-chose à perdre, elle accepte d’inverser les rôles et reconnaît son besoin : « Seigneur, donne-la moi, cette eau : que je n’aie plus soif ». Elle cède l’initiative ; elle consent à se laisser conduire ; elle s’ouvre au mystère de cet inconnu et « au mystère de l’eau vive, que l’homme ne peut puiser dans un puits, mais ne peut que recevoir comme un don de Dieu lui-même » (Jean-Paul II). 

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Maintenant qu’elle lui a ouvert son cœur, Jésus peut la rejoindre à l’intime de sa souffrance, qu’il l’invite à exprimer : « Je n’ai pas de mari ». Délicatement, Notre Seigneur la conduit sur un chemin de vérité, en l’aidant à passer de la dissimulation à l’aveu : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari, car tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari : là tu dis vrai ». La miséricorde commence déjà à se déverser dans les blessures de cette âme en peine, et à y porter son fruit de repentance. L’attitude de Jésus n’a rien de celle d’un juge : le ton de sa voix n’est pas celui d’une mise en accusation ; Notre Seigneur l’invite avec délicatesse à oser venir à la lumière, afin de retrouver la liberté. 

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Curieusement, devant la révélation du douloureux secret de ses échecs affectifs répétés, la femme ne dit pas : « Seigneur, je l’entends, tu es un prophète », mais « je le vois ». Elle a vu dans ce regard qui plonge directement dans les profondeurs de son âme, qu’un avenir demeure ouvert, même pour une hérétique et une pécheresse. L’espérance s’est infiltrée dans le cœur de cette femme qui s’enfermait dans le silence et l’isolement. Elle saisit la main que le Seigneur lui tend : « Aide-moi à me tourner vers Dieu pour que je puise en lui la force de me repentir et de reprendre le droit chemin. Dis-moi où je dois adorer Dieu pour qu’il entende ma prière. »

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Profitant de la disponibilité de son interlocutrice, Jésus va l’inviter à passer d’une religiosité encore marquée par la superstition à l’ébauche d’une foi trinitaire :
« L’Heure vient, où les vrais adorateurs adoreront le Père en Esprit et Vérité ». La promesse est au futur : il faut d’abord que du haut de la Croix Jésus répande l’Esprit
« que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui » (Jn 7, 39). C’est en buvant l’eau vive jaillie du Rocher (Première Lecture) frappé par la lance, que l’humanité réconciliée trouvera à nouveau le chemin d’une relation vraie avec son Dieu.
« Aujourd’hui ne fermons pas notre cœur, mais écoutons la voix du Seigneur », qui nous invite à « entrer dans son repos » (Psaume). Au cœur de ces quarante jours de traversée du désert, venons, nous aussi, à l’Heure du midi, au bord du puit de la miséricorde, et, pleins de reconnaissance, puisons les eaux aux sources du salut.
« En paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ qui a fait de nous des justes par la foi » (Deuxième Lecture), nous pourrons alors « adorer le Seigneur qui nous a
faits », et confesser pleins de reconnaissance : « La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs ».
 
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Quatrième dimanche

Textes


Première Lecture: 1S 16,1;6-7;10;13a
Psaume: Ps 23/22,
Deuxième Lecture: Ep 5,8-14
Évangile: Jn 9,1-41 (Lecture brève: 1;6-9;13-17;34-38)


Dans le passage de l’évangile de ce dimanche, avant même d’approcher l’aveugle pour le guérir, Jésus déclare à ses disciples : « Je suis la lumière du monde ». C’est là une affirmation capitale. Qu’est-ce que Jésus veut dire en se présentant ainsi ? Se présente-t-il comme un principe statique d’illumination qui attirerait à lui ceux qui passivement se laisseraient éblouir par son éclat ? Stoïciens ou gnostiques ne parlent-ils pas aussi de la lumière d’une intelligence divine qui attire l’homme, à la manière dont une lampe attire les papillons ?

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Le verset 4 de ce chapitre 9 de saint Jean dissipe là-dessus tout risque de malentendu. Il nous révèle que seul Jésus est la vraie lumière qui, comme le dit le Prologue de saint Jean, « éclaire tout homme » (Jn 1,9). Nous découvrons tout d’abord que Jésus est « toujours à l’œuvre », et que Jésus est venu réaliser cette œuvre dans le monde à un moment précis de son histoire : « Pendant qu’il fait jour ». Jésus nous explique que cette œuvre n’est pas la sienne mais celle « de Celui qui l’a envoyé » , c’est-à-dire celle de son Père qui est aussi notre Père : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché, mais c’est afin que soient manifestées en lui les œuvres de Dieu » (Jn 9,3).

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Quelle est donc cette œuvre de Dieu, cette œuvre du Père ? Dans le discours du Pain de Vie, Jésus nous donne la réponse : « L’œuvre de Dieu c’est que vous croyiez en Celui qu’il a envoyé » (Jn 6,29). Encore faut-il reconnaître, « voir », en Jésus et en ses œuvres la volonté du Père réalisée dans le monde.

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Apparaît ici la synonymie johannique entre le « voir » et le « croire ». D’ailleurs, n’est-ce pas la pierre d’achoppement sur laquelle buttent les pharisiens qui dans cette péricope refusent de « voir » le miracle, autrement dit refusent de « croire » en Jésus et en sa mission de salut ? Une fois de plus, nous sommes renvoyés au Prologue : « Le Verbe était la lumière véritable qui éclaire tout homme ; il venait dans le monde. Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l’a pas reconnu » (Jn 1,9-10). A l’inverse, l’aveugle guéri reconnaît en Jésus, qu’il « voit » maintenant, le Fils de l’homme. Et il peut confesser : « Je crois Seigneur » et se prosterner devant la divinité du Fils de Dieu.
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De la lumière à la foi ou de la foi à la lumière qui désormais rayonne du visage de l’aveugle c’est le même mystère qui se présente à nous : celui de notre baptême, sacrement de notre foi.

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En effet, nous avons été illuminés de cette lumière qui resplendit du visage du Christ le jour de notre baptême. Elle nous a guéris de l’aveuglement de notre péché. Elle nous a transformés à un tel point qu’à notre tour, nous sommes devenus des êtres de lumière. N’est-ce pas ce que nous rappelle saint Paul dans la deuxième lecture de ce jour : « À présent, vous êtes lumières dans le Seigneur » (Ep 5,8) ? Oui, en étant baptisés dans le Christ, nous qui auparavant étions ténèbres, nous sommes devenus lumières. Depuis ce jour béni, nous sommes donc des êtres radicalement nouveaux. 

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Le baptême n’a donc rien d’un rite purement extérieur. « Être lumière » ne signifie pas que le baptisé se trouverait dans la lumière comme l’est quelqu’un qui est éclairé par une source extérieure à lui. « Être lumière » renvoie bien davantage à une transformation profonde et intérieure. Le baptisé illuminé de la présence de Dieu, est transfiguré par cette lumière qui désormais rayonne à partir de son être personnel. Il est une lampe qui désormais possède, grâce au Seigneur qui en est la source, la force et le pouvoir de luire et d’éclairer lui-même.

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Dire que les chrétiens, par leur baptême, sont devenus des « enfants de lumières » (Ep 5,8) est une autre manière de dire qu’ils sont devenus « enfants de Dieu » (1Jn 3,1). Le véritable enfant de Dieu est un enfant de lumière qui brille et fait resplendir la lumière du Père du Père qui se reflète sur le visage du Christ. Celui qui est re-né de Dieu pour la lumière ne peut faire autrement que de transmettre aux autres cette lumière de la foi qui lui a été donnée. Conformément à la volonté du Père, il porte ainsi un « fruit de lumière » (Ep 5,9) et contribue à chasser toutes ténèbres du monde.
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Voilà, en ce Carême, une belle exhortation à ne pas laisser sans effet la grâce reçue à notre baptême. Frères et sœurs, comme nous y invite saint Jean Chrysostome,
« soyons lumière, comme les disciples l’ont appris de celui qui est la grande Lumière : ‘Vous êtes la lumière du monde’. Soyons des luminaires dans le monde en tenant haut la parole de vie, c’est-à-dire en étant puissance de vie pour les autres. Partons à la recherche de Dieu ; partons à la recherche de celui qui est la première et la plus pure lumière » (Saint Jean Chrysostome, Sermon sur le saint baptême, 25).

Frère Élie
 

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Cinquième dimanche

Textes

Première Lecture: Ez 37,12-14 
Deuxième Lecture: Rm 8,8-11
Évangile: Jn 11,1-45 (Lecture brève: 3-7;17;20-27;39a;34-45)

La résurrection de Lazare - et toute la liturgie de ce jour - se présente comme un face à face dramatique entre la Vie et la Mort, entre le Seigneur de la Vie, l’Envoyé du Père, Jésus-Christ, et le prince de la mort implicitement présent par ses œuvres : la maladie et le décès de Lazare, le complot contre Jésus.

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Ce récit est d’ailleurs à la charnière entre les deux grandes sections du quatrième évangile : les dix premiers chapitres nous font découvrir les « signes » qui accréditent la messianité de Jésus et le posent par le fait même en rival du prince de ce monde ; les dix derniers nous introduisent dans l’affrontement entre la Lumière et les ténèbres conduisant à la victoire finale du Seigneur ressuscité. Le retour à la vie de Lazare est le septième et le dernier signe, le plus important, celui auquel saint Jean consacre le plus de versets et pour cause : il résume toute la première partie et annonce le déroulement et l’issue de la seconde.

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D’emblée Jésus révèle l’enjeu de la maladie de son ami, qui dévoile aussi l’enjeu de sa passion : cette épreuve « ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle, le Fils de Dieu soit glorifié ». Certes Notre-Seigneur sait bien que la mort a fait son œuvre ; quelques instants plus tard il dira explicitement à ses Apôtres :
« Lazare est mort ».
Mais il sait que cette victoire n’est qu’apparente, éphémère, et que l’amour vivifiant du Père - sa « gloire » - aura le dernier mot.
Que le véritable enjeu du récit concerne la Passion du Seigneur apparaît clairement dans le dialogue avec les disciples qui veulent dissuader leur Maître de retourner en Judée, alors que les juifs cherchent à le lapider. 

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La réponse de Jésus : « Lazare est mort, allons auprès de lui », annonce le chemin sur lequel il s’engage courageusement : c’est en descendant auprès de Lazare dans sa mort, que Notre-Seigneur pourra en triompher ; c’est en se rendant solidaire de notre humanité jusque dans cette ultime conséquence du péché, que le Christ nous sauve de la mort et nous donne part à sa vie.
Désormais plus aucun homme ne meurt seul. Au moment du grand passage, chacun d’entre nous peut dire avec Thomas : « Allons-y nous aussi, pour mourir avec lui », afin de vivre de sa vie. Si du moins nous mettons toute notre espérance en cette Parole qui constitue le cœur lumineux du récit : « Moi je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais ». Si nous mettons notre foi en Jésus, le Père « met dès à présent en nous son Esprit, et nous vivons » de sa vie (Première Lecture) ; sur nous la mort n’a plus aucun pouvoir : elle n’est plus qu’un passage de ce monde éphémère vers notre patrie définitive : « Je vous installerai sur votre terre, et vous saurez que je suis le Seigneur : je l’ai dit, et je le ferai - Parole du Seigneur » (Ibid.).
Le retour à la vie de Lazare, pour spectaculaire qu’il soit, n’est toujours qu’un « signe » confirmant la Parole de Jésus, ou plutôt accréditant son autorité. Car Lazare, tout comme la fille de Jaïre ou le fils de la veuve de Naïm, ont tous déposé une seconde fois la vie naturelle qui leur avait été rendue pour un temps seulement. Par contre, celui qui est « ressuscité d’entre les morts, ne meurt plus » (Rm 6, 9) car il vit de la vie même de Dieu, c'est-à-dire de son Esprit. Or « si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous par la foi, celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous » (Deuxième Lecture). 

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Nous attendons donc bien plus qu’un simple retour à la vie naturelle. Certes nous mourrons, car « notre corps est voué à la mort à cause du péché » (Ibid.) ; mais « si le Christ est en nous » et que nous sommes en lui par une foi vivante, notre âme vivra de sa vie divine, participant ainsi à son immortalité. 

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On pourrait s’étonner que saint Jean écrive : « Et le mort sortit ». N’est-ce pas parce qu’il est revenu à la vie que Lazare peut sortir ? De qui donc parle l’évangéliste ? En fait ce verset s’adresse à nous qui recevons aujourd’hui ce message. Saint Jean nous annonce qu’au moment de fermer les yeux sur ce monde qui passe, lorsque notre âme se séparera de ce corps corruptible, nous entendrons la voix de Notre-Seigneur bien-aimé nous appeler auprès de lui. Comment dès lors un chrétien pourrait-il envisager une « réincarnation », alors que nous entrerons pleinement dans la vie divine que le Christ nous donnera en partage dans l’Esprit ? Bien plus : nous croyons que par le baptême « nous avons été mis au tombeau avec le Christ, afin que nous menions dès à présent une vie nouvelle, nous aussi, de même que le Christ, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts » (Rm 6, 4).

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Telle est la Bonne Nouvelle : les ténèbres mortelles n’ont plus aucune prise sur ceux qui se sont laissés illuminer par le Verbe Lumière qui donne la vie (cf. Jn 1, 4-5). Si l’évangéliste rapporte par deux fois la plainte que Marthe puis Marie formulent dans leur souffrance : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort », n’est-ce pas pour souligner que désormais, ce cri de détresse n’a plus lieu d’être ? Jésus ressuscité est définitivement présent au cœur de nos vies comme de notre mort, pour y faire régner sa vie divine immortelle, une fois pour toutes (cf. He 10, 10).

Mais pour que l’appel du Seigneur nous rejoigne au fond de nos tombeaux, quelle pierre nous faut-il rouler ? Quelle incrédulité, quel doute nous faut-il repousser ? A quelle conversion nous faut-il consentir, pour cesser de résister à la grâce et laisser la Parole nous recréer dans notre filiation divine ?

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« “Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur ; Seigneur écoute mon appel” (Ps 130).
Je le crois : “Tu es le Messie : tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde”.
Tu es dès à présent ma résurrection et ma vie.
Mais augmente ma foi, afin que libéré de la peur de la mort, je vive ici-bas en citoyen du Royaume qui ne passera pas, de sorte que lorsque viendra le moment du grand passage, Dieu soit glorifié par ma mort comme par ma vie, et que je puisse entrer dans la gloire que tu prépares pour tes amis ».
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