Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

Le dimanche après l'Épiphanie
 
Dans les pays où l'Épiphanie est célébrée le dimanche (voir à cette page):
si le dimanche de l'Épiphanie tombe
- le 7 janvier, comme ce fut le cas en 2007,
- le 8 janvier, comme ce fut le cas en 2006,
le Baptême du Seigneur est célébré le lendemain, lundi.


Baptême du Seigneur 

<- Le Baptême du Seigneur - troisième quart du XIIIème siècle - Monastère Sainte-Catherine, Sinaï, Égypte.
Cette icône suit pour l'essentiel la typologie byzantine (bien que, datant de la période des croisades, elle présente quelques éléments stylistiques latins et une graphie hésitante des inscriptions - son auteur est vraisemblablement chypriote).
Le Christ se tient au centre, dans les eaux du Jourdain, tandis que le Baptiste pose sa main droite sur la tête du Sauveur, deux anges (dans les icônes byzantines, ils sont trois, rappelant la Trinité) assistant à la scène; les mains couvertes en signe de respect, ils s'apprêtent à recevoir le corps du "Nouvel Adam", nu comme au moment de la création: par son baptême, il a rétabli en lui l'image originaire de l'homme, sa beauté perdue avec le péché.
La lumière divine, symbolisée par un rayon rouge déchirant le ciel d'or et descendant sur le Christ symbolise la voix du Père; à peu près au milieu de ce rayon le Saint Esprit est représenté sous la forme d'une colombe.
C'est que pour l'Eglise orthodoxe la fête du Baptême est d'abord comprise comme une manifestation de la Sainte Trinité - et reçoit le nom de "Grande Théophanie". Pour l'Orient Chrétien, la fête du Baptême est plus importante que celle de la Nativité, dite "Petite Théophanie" - car elle est la pleine manifestation de la divinité du Christ.
Dans l'eau, la croix qui surmonte un escalier représente celle qui fut édifiée dans le Jourdain à l'époque médiévale, pour marquer l'endroit comme lieu de pèlerinage. Elle a donc une valeur davantage "historique" que théologique - contrairement à celle de l'auréole du Christ.
En revanche, la présence des poissons rappelle que l'iconographie fait souvent figurer des divinités fluviales

<- Détail du Baptême du Christ - icône d'Onuphre-le-Chypriote - début du XVIIème siècle (Institut pour les monuments culturels, Tirana, Albanie) - montrant le grouillement des divinités fluviales dont le Christ sera vainqueur.

dans l'eau du Jourdain, représentée comme un sépulcre liquide (la terre s'ouvre, et elle est cernée par une sorte de grotte) que le Christ sanctifie et recrée par sa présence. La descente dans les eaux du Jourdain préfigure la Descente aux Enfers: le Christ s'anéantit, se plonge dans la mort pour sauver l'homme (c'est la "kénose").

Cette présence des "divinités aquatiques" lors du Baptême du Christ, symbolisant sa mort et sa Résurrection, peut aussi faire penser Gn 1,2 (voir à cette page, le § 3.1.1) - avec l'antagonisme entre le תהום et la רוח אלהים: « et l'Esprit de Dieu (la רוח אלהים) se mouvait sur les eaux (le תהום) ». Le Baptême du Christ inaugure en effet pour le croyant une nouvelle Création: son propre baptême sera pour lui une "mise à la Vie", après la "mise au monde" qu'a été sa naissance.


D'autres représentations iconographiques du Baptême du Seigneur (également appelé en iconographie: "Théophanie", "Épiphanie", "Fête des Lumières", "Abaissement", "Kénosis-Mort"):

 

École ukrainienne - XVIème siècle - Musée national d'art figuratif, Kiev ->
Ici encore, la terre s'ouvre, comme dans les icônes typologiques de la "Descente aux Enfers": le Christ, les reins ceints d'un linge évoquant les bandelettes mortuaires, se plonge dans l'abîme mortel (les eaux du Jourdain, "sépulcre liquide", bouillonnent autour de son corps comme pour l'engloutir) et en sort victorieux.
La colombe de l'Esprit Saint est, ici encore, représentée dans un cercle au centre du rayon de lumière divine, qui ici se divise à partir de la colombe en trois rayons;
les anges aussi sont ici au nombre de trois: autant de symboles de la Sainte Trinité.


 



<- Kargopol (nord de la Russie) - XVIème siècle - Provient du monastère Solovetski (iconostase de l'église de l'Annonciation) - Musée-réserve d'État "Kolomenskoïe", Moscou. 
La typologie est toujours la même, les eaux du Jourdain sortent d'une faille dans le sol et tourbillonnent autour du Christ.
En revanche, on trouve ici un thème propre à l'iconographie du Baptiste: autour de lui, le désert fleurit - symbole de la luxuriance de la vie apportée par le Christ que le Précurseur a annoncé.







Manuscrits arméniens représentant le Baptême du Seigneur:


<- Evangile du prince Vasak - XIIIème siècle - Patriarcat arménien de Jérusalem.
Les disciples du Baptiste sont présents derrière lui; le Christ semble repousser du regard et du geste le monstre fluvial.
















Evangile de la reine Keran - 1272 ->
- Patriarcat arménien de Jérusalem.
Ici, l'accent est davantage mis sur la Sainte Trinité: outre la présence traditionnelle des trois anges, le cercle symbolisant le Père, celui qui entoure la colombe de l'Esprit et l'auréole du Fils sont sensiblement de même diamètre et reliés par un rayon vertical; l'Esprit est à égale distance du Père et du Fils.

Ces représentations reprennent, à de minimes variantes près, la typologie iconographique traditionnelle.



De la tradition iconographique orientale
à une représentation moderne occidentale...
Le même message théologique.
 
<- Le baptême du Christ et la descente aux enfers - 1999 - Mosaïque de Rupnik, chapelle Redemptoris Mater*, Le Vatican.
 
Cette mosaïque présente ensemble, de façon très significative et en suivant leur typologie iconographique, deux mystères de la vie du Christ : son baptême par Jean le Précurseur dans le Jourdain et sa descente aux Enfers après sa mort sur la Croix. Le rapprochement de ces deux épisodes met en relief de façon saisissante ce que l'on appelle la «kénose» du Christ, le mystère de son abaissement volontaire pour nous sauver. Déjà descendu dans l'obscurité de la grotte (la scène de la Nativité est située juste au-dessus du baptême), il descend plus bas encore dans le fleuve le plus bas du monde, le Jourdain, préfigurant sa descente aux enfers, ainsi que les Pères de l'Église l'ont souvent dit.
Ainsi Cyrille de Jérusalem (Catéchèses III,1): «Le dragon d’après Job se trouvait dans les eaux et sa gueule engloutissait le Jourdain. Il fallait briser les têtes du dragon, Jésus descendit donc dans les eaux et il enchaîna le fort afin que nous recevions la puissance de marcher sur les serpents et les scorpions (Lc 10) […] La vie courut au-devant pour que désormais la mort fût refrénée, pour que nous tous, les sauvés, nous puissions dire : "Où est, ô Mort, ton aiguillon ? Où est, ô enfer, ta victoire ?" (1Co 15). Le baptême anéantit l’aiguillon de la mort» .

* Située à l’intérieur du Vatican, la chapelle Redemptoris Mater a été entièrement refaite en 1999 à l’occasion du 50ème anniversaire de l’ordination sacerdotale du Pape Jean-Paul II. Selon le désir du Saint-Père, cette chapelle devait avoir une signification particulière et être embellie de façon à rendre visible la rencontre entre l’Orient et l’Occident. C’est pourquoi sa réalisation a été confiée au père Marko Ivan Rupnik, jésuite, artiste et spécialiste de la signification théologique et missionnaire de l’art qui a travaillé avec des collaborateurs issus des deux traditions chrétiennes orientales et occidentales. S’inspirant de l’art de l’icône tout en l’actualisant, ses mosaïques allient tradition et modernité.


Introduction

Comme on l'a vu plus haut, en Orient la célébration du Baptême du Seigneur Jésus (le 6 janvier) est appelée "Grande Théophanie", et est plus importante que celle de la Nativité et de l'adoration de Jésus par les bergers puis par les mages, dite "Petite Théophanie" (Jésus est reconnu par des hommes) - car la place du Christ dans la Sainte Trinité s'y est clairement manifestée: Jésus est reconnu comme Dieu-Fils par Dieu-Père et Dieu-Esprit. Elle a été célébrée en Orient dès les premiers siècles.

En Occident, à la fin du VIIIème siècle, et dans certaines régions seulement, fut instaurée une Octave de la Nativité, où on lisait l'évangile sur le Baptême.
Dans les liturgies françaises, une fête du Baptême du Seigneur figure, à partir du XVIIIème siècle.

La célébration du Baptême du Seigneur a été inscrite au Calendrier romain en 1960 seulement, et fixée à la date actuelle (cf. supra) en 1969.
Le lectionnaire prévoyait alors un évangile propre pour chaque année du cycle liturgique, mais avec toujours les mêmes premières lectures. Ce n'est que dans sa deuxième édition, en 1981, que chaque année a été dotée de textes bibliques particuliers.


L'ensemble des traditions  liturgiques - malgré leur diversité, voire leurs hésitations - a donc retenu la grande importance de l'événement survenu sur les bords du Jourdain où Jésus est venu pour recevoir le baptême de Jean.

Cette convergence n'a rien d'étonnant, étant donné ce que disent les évangiles:
- Matthieu rapporte le baptême dans un récit détaillé.
- Marc et Luc se contentent de le mentionner.
- Jean enfin l'évoque à l'occasion de l'appel des premiers disciples.

Mais tous - et chacun à sa manière - ont retenu qu'à ce moment-là Jésus a bénéficié d'une manifestation divine qui l'a désigné comme "le Fils bien-aimé" envoyé par le Père. Cette théophanie est le "commencent de l'Évangile" parce qu'alors Jésus a été solennellement investi dans sa mission par le Père et l'Esprit Saint et a reçu ce qu'on pourrait appeler son "ordination messianique".

Il est celui que les prophètes, et tout particulièrement Isaïe, annonçaient: le Serviteur en qui Dieu a fait une Alliance nouvelle, la Lumière des Nations, le "chef de tous les peuples", le "berger qui conduit son troupeau et rassemble ses brebis dispersées".
Qui croit en lui devient "enfant de Dieu, car en lui "la grâce divine s'est manifestée pour le Salut de tous les hommes". Dès lors, on ne peut dissocier le baptême de Jésus et celui que reçoivent ses disciples.



Textes

- Années A: voir à cette page.
- Années B
- Années C: voir à cette page.

________________________________________________________________________






Assistant de création de site fourni par  Vistaprint