Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven


Baptême du Seigneur - Années C








Introduction


Voir à cette page.









<-Le Baptême du Seigneur - troisième quart du XIIIème siècle - Monastère Sainte-Catherine, Sinaï, Égypte.



Les Textes   

• Première Lecture :  

• Is 40,1-5;9-11

Bonne nouvelle! Le Seigneur vient, il est là: Roi puissant mais pacifique, qui apporte le pardon et la libération; Berger attentif aux plus petits et aux plus faibles, il conduit son peuple sur des routes sûres.

Remarques:
Sur "le" livre d'Isaïe, voir à cette page.
Le chapitres 40 inaugure ce qu'on l'on appelle souvent le "Livre de la Consolation d'Israël" (voir ci-dessous v.1). En effet, le prophète y annonce l'œuvre de salut que YHWH va accomplir pour son peuple.
Il ouvre aussi la seconde partie du Livre dit d'Isaïe, dans laquelle on peut repérer une structure tripartite, chaque partie regroupant neuf chapitres (40-48; 49-57; 58-66) et se terminant par un avertissement solennel adressé aux méchants.
Le prophète, portant ses regards vers l'avenir, développe trois grands thèmes:
1- le retour de l'exil babylonien;
2- le salut du peuple de Dieu, et son libérateur;
3- la gloire de la Jérusalem future.
Dès la première partie cependant, Isaïe porte ses regards au-delà de la captivité babylonienne et du retour de l'exil. Écrasant les perspectives, il embrasse toute l'histoire du Salut d'un seul coup d'œil, sans en séparer les étapes.
 
Verset 1.
  נחמו נחמו עמי יאמר אלהיכם׃
Consolez, consolez mon peuple,
Dit votre Dieu.
• נחמו נחמו - Consolez, consolez: ce redoublement - typiquement sémitique - est une forme emphatique, qui souligne la réalité de la consolation que YHWH-Adonaï va accomplir.
עמי - mon peuple: voir Os 2,1-3.
Cette phrase, à elle toute seule, est déjà une Bonne Nouvelle extraordinaire, presque inespérée, pour qui sait l'entendre ! Car les expressions « mon peuple »,  « votre Dieu » sont le rappel de l'Alliance.
Or, c'était la grande question des exilés. Pendant l'Exil à Babylone, c'est-à-dire entre 587 et 538 avant J.C., on pouvait se le demander : est-ce que Dieu n'a pas abandonné son peuple, est-ce qu'il n'a pas renoncé à son Alliance...? Il pourrait bien s'être enfin lassé des infidélités répétées à tous les niveaux. Tout l'objectif de ce livret de la Consolation d'Isaïe est de dire qu'il n'en est rien. Dieu affirme encore « Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu », ce qui était la devise ou plutôt l'idéal de l'Alliance.

Verset 2.
   דברו על־לב ירושׁלם וקראו אליה כי מלאה צבאה כי נרצה עונה כי לקחה מיד יהוה כפלים בכל־חטאתיה׃
Parlez au cœur de Jérusalem, et criez lui
Que sa servitude est finie,
Que son iniquité est expiée,
Qu'elle a reçu de la main de YHWH
Au double de tous ses péchés.
כי מלאה צבאה - Que sa servitude est finie: l'image sert à évoquer le châtiment subi par Juda, i.e. son exil à Babylone, en raison de sa désobéissance.
Cela signifie donc que la servitude à Babylone est finie ; c'est une annonce de la libération et du retour à Jérusalem.
כפלים בכל־חטאתיה - Au double de tous ses péchés: le châtiment subi a été amplement suffisant; allusion à la loi d'Israël: un voleur devait rendre le double de ce qu'il avait volé.
Parler au passé de cette double punition, c'est donc une manière imagée de dire que la libération approche, puisque la peine est déjà purgée. Ce que le prophète, ici, appelle l'« iniquité » de Jérusalem, ses « fautes », ce sont tous les manquements à l'Alliance, les cultes idolâtres, les manquements au sabbat et aux autres prescriptions de la Loi, et surtout les trop nombreux manquements à la justice - pire que tout le reste, le mépris des pauvres.
Le peuple juif a toujours considéré l'Exil comme la conséquence de toutes ces infidélités; on le sait bien : s'écarter de la Loi de Dieu, c'est engendrer soi-même son propre malheur.

Verset 3.
  קול קורא במדבר פנו דרך יהוה ישׁרו בערבה מסלה לאלהינו׃
Une voix crie:
Préparez au désert le chemin de YHWH,
Aplanissez dans les lieux arides
Une route pour notre Dieu.
Ce verset est cité - d'après LXX: φωνὴ βοῶντος ἐν τῇ ἐρήμῳ Ἑτοιμάσατε τὴν ὁδὸν κυρίου, εὐθείας ποιεῖτε τὰς τρίβους τοῦ θεοῦ ἡμῶν· - en Mt 3,3; Mc 1,3; Jn 1,23. Quant à Lc 3,4-6, il cite les vv.3-5.
קול קורא במדבר פנו דרך - Une voix crie: Préparez dans le désert un chemin: dans le Proche-Orient ancien, la venue d'un personnage important était précédé par l'envoi d'émissaires. Comp. Is 57,14; 62,10.
Nulle part l'auteur de ce livret ne nous dit qui il est ; il se présente comme « la voix qui crie de la part de Dieu » ; c'est lui que nous appelons traditionnellement le « deuxième Isaïe ».
Le Nouveau Testament identifiera cette voix à celle de Jean le Précurseur, et indiquera que le changement d'attitude intérieure et extérieure constitue la façon de dégager le chemin pour Dieu (Mt 3,1-8).
מסלה לאלהינוUne route pour notre Dieu: dans les vv.3-11, on retrouve le thème de la מסלּה mesillâh - route, qui évoque le nouvel exode (voir 11,16; 19,23); tout comme le ערבה ‛ărâbâh - désert, voir 32,15-17; 44,3.
Déjà une fois dans l'histoire d'Israël, Dieu a préparé dans le désert le chemin qui menait son peuple de l'esclavage à la liberté : traduisez de l'Égypte à la Terre promise ; puisque le Seigneur a su jadis arracher son peuple à l'oppression égyptienne, il saura aujourd'hui, de la même manière, l'arracher à l'oppression babylonienne.

Verset 4.
   כל־גיא ינשׂא וכל־הר וגבעה ישׁפלו והיה העקב למישׁור והרכסים לבקעה׃
Que toute vallée soit exhaussée,
Que toute montagne et toute colline soient abaissées!
Que les coteaux se changent en plaines,
Et les défilés étroits en vallons!
Ce verset est une allusion aux travaux que les Juifs devaient accomplir à Babylone; en outre, une fois par an, un cortège royal faisait procession avec la statue du dieu Mardouk, et, chaque année, les Juifs devaient préparer la route pour le cortège - ce qui (travailler pour un dieu étranger) constituait pour eux l'humiliation suprême et un véritable déchirement intérieur.
Mais ce nouvel exode, contrairement au premier (sortie d'Égypte), sera aisé (comp. 35,8) - et c'est pour le Dieu Unique et pour son peuple que, contrairement à ce qui se passait à Babylone, la route sera ouverte.

Verset 5.
    ונגלה כבוד יהוה וראו כל־בשׂר יחדו כי פי יהוה דבר׃
Alors la gloire de YHWH sera révélée,
Et au même instant toute chair la verra;
Car la bouche de YHWH a parlé.
Dieu se révèlera, se fera connaître comme il ne l'avait jamais fait (comp. 35,1-2) - et ce, à tous les humains; on pourrait traduire « Dieu sera enfin reconnu comme Dieu et tous verront que Dieu a tenu ses promesses ».

Verset 9.
  על הר־גבה עלי־לך מבשׂרת ציון הרימי בכח קולך מבשׂרת ירושׁלם הרימי אל־תיראי אמרי לערי יהודה הנה אלהיכם׃
Monte sur une haute montagne,
Sion, pour publier la bonne nouvelle;
Élève avec force ta voix,
Jérusalem, pour publier la bonne nouvelle;
Élève ta voix, ne crains point,
Dis aux villes de Juda:
Voici votre Dieu!
ציון - Sion; ירושׁלם - Jérusalem: voir Is 1,8.
Personnifications de Jérusalem, la ville choisie par YHWH-Adonaï, où se trouve son Temple (cf. 2S 5,7;1R 11,13; Ps 2,6; 15,1; 43,3; 46,5).
Ou, de façon moins poétique, plus "concrète", métonymie (la Bible en français courant - "BFC" - traduit: "peuple de Sion", "peuple de Jérusalem").
מבשׂרת - pour publier la bonne nouvelle: celle de l'œuvre de salut que YHWH va accomplir en faveur de son peuple (comp. Is 41,27; 52,7; 61,1).
Noter le parallélisme presque parfait de ces deux phrases :
A- על הר־גבה - sur une haute montagne
B- עלי־לך - monte pour toi
C- מבשׂרת - portant une bonne nouvelle
D- ציון - Sion
A'- בכח - avec force
B'- הרימי קולך - élève ta voix
C'- מבשׂרת - portant une bonne nouvelle
D'- ירושׁלם - Jérusalem
Ce parallélisme, ainsi que la répétition de מבשׂרת (et celle, plus loin, de הרימי) a précisément pour but de porter l'accent sur cette "Bonne Nouvelle", qui va être explicitée au verset suivant: le Seigneur vient!

Verset 10.
    הנה אדני יהוה בחזק יבוא וזרעו משׁלה לו הנה שׂכרו אתו ופעלתו לפניו׃
Voici, le Seigneur, YHWH, vient avec puissance,
Et de son bras il commande;
Voici, le salaire est avec lui,
Et les rétributions le précèdent.
• וזרעו משׁלה - Et de son bras il commande: sur la page sur "le bras de Dieu".

Verset 11.
     כרעה עדרו ירעה בזרעו יקבץ טלאים ובחיקו ישׂא עלות ינהל
Comme un berger, il paîtra son troupeau,
Il prendra les agneaux dans ses bras,
Et les portera dans son sein;
Il conduira les brebis qui allaitent.
• כרעה - Comme un berger: voir Ps 23,1; Ez 34,15. Après le langage de la force ("le bras de Dieu") au verset 10, le langage de ce verset annonce le nouvel exode, au cours duquel YHWH conduira de nouveau son peuple, tel un berger ses brebis (comp. Is 11,16; 35,4;8; Mi 2,12-12; voir aussi la page sur "le berger dans la Bible").
Le bon Roi, pour Israël, doit être un bon chef de guerre contre ses ennemis, mais aussi un "bon berger", qui sait conduire son peuple avec douceur - en particulier envers les plus humbles, les plus faibles.


Le Nouveau Testament fera de Jésus ce Bon Pasteur (Jn 10) ->



Ce texte, dans son ensemble, résonnait donc comme une extraordinaire nouvelle aux oreilles des contemporains d'Isaïe, au VIème siècle av.J.C.
Et cinq ou six cents ans plus tard, quand Jean le Baptiste verra Jésus s'approcher du Jourdain et demander le Baptême, il entendra résonner en lui ces paroles d'Isaïe, et sera empli d'une évidence aveuglante : le voilà celui qui rassemble définitivement le troupeau du Père... Le voilà celui qui va transformer les chemins tortueux des hommes en chemins de lumière... Le voilà celui qui vient redonner au peuple de Dieu sa dignité... Le voilà celui en qui se révèle la gloire (c'est-à-dire la présence) du Seigneur. Fini le temps des prophètes (on appelle souvent Jean le Précurseur "le dernier prophète"): désormais Dieu lui-même est parmi nous !


• Psaume :  

• Ps 104 (hébraïque) /  103  ( LXX, Vulgate et liturgique), 1c-4;24a;24c-25;27-30.

Une création nouvelle - cieux et terre, mers et rivières, tous les êtres vivants, l'univers entier - transfigurée au souffle de l'Esprit

Remarques :
Hymne au Dieu Créateur: l'harmonie de sa création et sa providence sont soulignées ici pour sa plus grande gloire. Ce psaume n'est pas sans liens avec les autres grands textes du Premier Testament relatifs à la création, en particulier Gn 1 et Jb 38-39.
Mais on peut  surtout le comparer avec une prière qui vient d'Égypte : il s'agit d'une hymne adressée au soleil par le roi Aménophis IV, l'époux de Nefertiti. On sait que ce Pharaon a consacré une bonne partie de ses énergies à l'instauration d'une religion nouvelle : il a remplacé le culte d'Amon et de tous les autres dieux (dont le clergé devenait beaucoup trop puissant à ses yeux) par celui du seul dieu Aton, c'est-à-dire le soleil ; et, à cette occasion, il a pris un nouveau nom, Akhenaton. Sa prière a été retrouvée gravée sur un tombeau à Tell El-Amarna en Égypte (au bord du Nil).
La voici : 
« Tu te lèves beau dans l'horizon du ciel, Soleil vivant qui vis depuis l'origine. 
Tu resplendis dans l'horizon de l'Est, tu as rempli tout pays de ta beauté. 
Tu es beau, grand, brillant, tu t'élèves au-dessus de tout pays. 
Combien nombreuses sont tes œuvres, mystérieuses à nos yeux ! 
Seul dieu, tu n'as point de semblable, tu as créé la terre selon ton cœur. 
Les êtres se forment sous ta main comme tu les as voulus. 
Tu resplendis et ils vivent ; tu te couches et ils meurent. 
Toi, tu as la durée de la vie par toi-même, on vit de toi. 
Les yeux sont sur ta beauté jusqu'à ce que tu te caches, 
Et tout travail prend fin quand tu te couches à l'Occident. »
On ne peut pas nier la ressemblance entre cette hymne adressée en Égypte au dieu-soleil et le Ps 104 composé en Israël ; or le texte égyptien est plus ancien que le psaume, il date du quatorzième siècle, donc à une époque où les Hébreux étaient esclaves en Égypte. On peut donc supposer qu'ils ont eu l'occasion d'y entendre ce poème adressé au dieu-soleil ; ils l'auraient alors adapté et transformé à la lumière de leur nouvelle religion, celle du dieu qui les avait libérés d'Égypte, précisément.

Pourtant, si ces deux textes se ressemblent, ils diffèrent plus encore! 

Et sur deux points : premièrement, le Dieu d'Israël est un Dieu personnel, qui a proposé une relation d'Alliance à son peuple. Un Dieu qui a un projet sur l'humanité, un Dieu qui veut l'homme libre.
Par exemple, le psaume commence et finit par l'acclamation « Mon âme, bénis YHWH! » qui est typique de l'Alliance du peuple d'Israël avec son Dieu. Car le nom employé pour désigner Dieu est le fameux nom de l'Alliance, le tétragramme qu'on ne prononce pas, mais qui rappelle la présence de Dieu auprès de son peuple pour toujours. 

Deuxième différence entre la pensée biblique et celle du pharaon Akhénaton: Dieu seul est Dieu, le soleil n'est qu'une créature dépourvue de toute volonté propre : dans d'autres versets de ce psaume, on affirme
« Tu fis la lune qui marque les temps et le soleil qui connaît l'heure de son coucher. Tu fais descendre les ténèbres, la nuit vient. » En d'autres termes, si le soleil a un quelconque pouvoir, c'est Dieu, et Dieu seul, qui le lui a donné. Dans le même sens, nous avons déjà remarqué l'insistance du livre de la Genèse: pour bien mettre le soleil et la lune à leur place de créatures, le poème du premier chapitre ne dit même pas leurs noms : il se contente de les appeler « le grand luminaire et le petit luminaire », c'est-à-dire qu'ils ne sont que des instruments.

Traduction et notes:

Verset 1.
ברכי נפשׁי את־יהוה יהוה אלהי גדלת מאד הוד והדר לבשׁת׃
Mon âme, bénis YHWH!
YHWH, mon Dieu, tu es infiniment grand!
Tu es revêtu d'éclat et de magnificence!
נפשׁי - Mon âme: rappel: le terme " נפשׁ nephesh" est traditionnellement traduit par "âme", mais désigne en fait
- tout ce qui fait la vie d'un humain (son souffle vital, ses pensées, ses affects, etc.), comme c'est le cas ici; on pourrait également traduire par "mon être"; en latin, "anima"
- voire tout être vivant; en latin "animus". 

Verset 2.
עטה־אור כשׂלמה נוטה שׁמים כיריעה׃
Il s'enveloppe de lumière comme d'un manteau;
Il étend les cieux comme une tente.
עטה־אור - Il s'enveloppe de lumière: certains exégètes voient ici un écho au premier jour de la création, selon Gn 1,3. Mais ce terme fait également allusion au thème du Dieu non seulement Créateur, mais aussi Roi de la création. "Le manteau de lumière" appartient en Israël au langage de cour; Ailleurs encore, le psalmiste s'écrie : "Seigneur, mon Dieu, tu es si grand", acclamation royale traditionnelle en Israël où le mot « grand » est aussi un mot du langage de cour. 
נוטה שׁמים כיריעה - Il étend les cieux comme une tente: les mêmes exégètes voient ici un écho au second jour de la création, selon Gn 1,6-8. Comp. Is 40,22.

Verset 3.
המקרה במים עליותיו השׂם־עבים רכובו המהלך על־כנפי־רוח׃
Il forme avec les eaux le faîte de sa demeure;
Il prend les nuées pour son char,
Il s'avance sur les ailes du vent.
במים - avec les eaux: les mêmes voient ici une allusion aux "eaux d'au-dessus", de Gn 1,7.
Le psalmiste souligne en tout cas le fait que YHWH domine toutes les choses créées, qu'il règne sur elles.

Verset 4.
 עשׂה מלאכיו רוחות משׁרתיו אשׁ להט׃
Il fait des vents ses messagers,
Des flammes de feu ses serviteurs.
מלאכיו - ses messagers: le mot "מלאכ mal'âk" désigne tout "messager"; ce peut aussi bien être un simple porteur de nouvelle qu'un ambassadeur. Lorsqu'il s'agit d'un messager divin, c'est celui qui (ap)porte la Parole divine: ce peut donc être un prophète, un "nabi" (maître, enseignant), un prêtre. C'est ce mot que la LXX traduit par ἀγγέλος et la Vulgate par angelus - qui sont à l'origine de notre mot "ange".
Ce verset est cité en Hé 1,7 selon la LXX.
Mais il faut noter que, dans la plupart des traductions, ce verset est traduit de façon incorrecte ici, et correcte en Hé 1,7. En effet:
1°/ מלאכיו - τοὺς ἀγγέλους αὐτοῦ - angelos tuos - en raison de leur place en hébreu et en grec, et de la présence de l'article en grec, ne peuvent être que compléments d'objet direct;
2°/ רוחות - πνεύματα - spiritus - en raison de leur place en hébreu et en grec, et de l'absence de l'article en grec, ne peuvent être qu'attributs du complément d'objet direct.
La deuxième partie du verset en hébreu apporte une précision supplémentaire:
שׁרתיו est précédé du préfixe prépositionnel -מ qui exprime l'origine, et qui explicite le rapport entre les groupes nominaux:
1°/ משׁרתיו, "de ses serviteurs" est un complément circonstanciel - τοὺς λειτουργοὺς αὐτοῦ et ministros tuos sont c.o.d. pour les mêmes raisons que précédemment;
2°/ אשׁ להט - πῦρ φλέγον - ignem urentem sont att.c.o.d. pour les mêmes raisons que précédemment.
Donc la seule traduction possible est celle généralement donnée en : "Celui qui fait de ses anges des vents,
Et de ses serviteurs une flamme de feu"... ce qui est exactement le contraire de ce qui est donné ici!

Verset 24.
  מה־רבו מעשׂיך יהוה כלם בחכמה עשׂית מלאה הארץ קנינך׃
Que tes œuvres sont en grand nombre, ô YHWH-Adonaï!
Tu les as toutes faites avec sagesse.
La terre est remplie de tes biens.

Verset 25.
  זה הים גדול ורחב ידים שׁם־רמשׂ ואין מספר חיות קטנות עם־גדלות׃
Voici la grande et vaste mer:
Là se meuvent sans nombre
Des animaux petits et grands; 

Verset 26.
Le verset 26 a été "coupé" dans la version liturgique - sans doute parce qu'il évoquait le לויתן livyâthân - léviathan, monstre marin (voir à cette page le § 3.1.2)... même s'il est présenté ici comme étant plutôt débonnaire, contrôlé par Dieu, et non plus son antagoniste:
   שׁם אניות יהלכון לויתן זה־יצרת לשׂחק־בו׃
Là se promènent les navires,
Et ce léviathan que tu as formé pour se jouer dans les flots.
 
Verset 27.
   כלם אליך ישׂברון לתת אכלם בעתו׃
Tous ces animaux espèrent en toi,
Pour que tu leur donnes la nourriture en son temps.

Verset 28.
    תתן להם ילקטון תפתח ידך ישׂבעון טוב׃
Tu la leur donnes, et ils la recueillent;
Tu ouvres ta main, et ils se rassasient de biens. 

Versets 29-30.
    תסתיר פניך יבהלון תסף רוחם יגועון ואל־עפרם ישׁובון׃
Tu caches ta face: ils sont tremblants;
Tu leur retires le souffle: ils expirent,
Et retournent dans leur poussière.
 תשׁלח רוחך יבראון ותחדשׁ פני אדמה׃
Tu envoies ton souffle: ils sont créés,
Et tu renouvelles la face de la terre.
פניך - ta face: page sur "la face de Dieu" en préparation.
Certains commentateurs voient ici un écho à Gn 2,7 - en raison de la mention de la poussière; mais il faut en revanche savoir que le mot traduit dans ici par "souffle" (רוּח rûakh) est le terme servant ailleurs à désigner
l' "Esprit" de Dieu, alors qu'en Gn 2,7 on emploie נשׁמה neshâmâh, qui désigne effectivement le souffle vital.
Il est possible que le psalmiste emploie le premier terme à la place du second pour souligner que, par son Esprit, Dieu communique la vie (le souffle vital) aux créatures animées.


• Deuxième Lecture :  

• Tt 2, 11-14; 3,4-7

La Théophanie de Dieu Père et Esprit en faveur du Fils qui eut lieu sur les bords du Jourdain a inauguré l'ultime étape de l'Histoire du Salut.
Ceux que Dieu fait renaître par le bain du baptême et renouvelle dans l'Esprit Saint possèdent dès aujourd'hui les arrhes du Royaume qu'ils reçoivent en héritage.

Traduction et remarques :
Tout ce qui précède et ce qui suit les passages lus aujourd'hui consiste en recommandations extrêmement concrètes à l'intention des membres de la communauté de Crète, vieux et jeunes, hommes et femmes, maîtres et esclaves, responsables qui se doivent d'être irréprochables; si Paul insiste sur ce dernier point, c'est certainement qu'il y avait encore beaucoup à faire!

Chapitre 2.
Verset 11.
᾿Επεφάνη γὰρ ἡ χάρις τοῦ Θεοῦ ἡ σωτήριος πᾶσιν ἀνθρώποις,
Car la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes, a été manifestée.
᾿Επεφάνη - a été manifestée: en Jésus-Christ, voir v.14. De ce verbe "ἐπιφαίνω épiphainô - paraître au-dessus" dérive le substantif "ἐπιφάνεια épiphanéia" (cf. v.13), sur lequel a été calqué notre mot "Épiphanie".
᾿Επεφάνηἡ χάρις τοῦ Θεοῦ -la grâce de Dieu a été manifestée: autrement dit:"Dieu s'est fait homme".
πᾶσιν ἀνθρώποις -pour tous les hommes:le monde attend de nous ce témoignage; il ne s'agit pas de mérites à acquérir, mais de témoignage à porter. Le mystère de l'Incarnation va donc jusque-là: Dieu veut le salut de toute l'humanité, pas seulement le nôtre!  Mais il attend notre collaboration pour cela. Désormais la face du monde est changée, et donc aussi notre comportement. Encore faut-il nous prêter à cette transformation, comme nous le montrent les versets suivants.

Verset 12.
παιδεύουσα ἡμᾶς, ἵνα ἀρνησάμενοι τὴν ἀσέβειαν καὶ τὰς κοσμικὰς ἐπιθυμίας σωφρόνως καὶ δικαίως καὶ εὐσεβῶς ζήσωμεν ἐν τῷ νῦν αἰῶνι, 
Elle nous enseigne à renoncer à l'impiété et aux convoitises mondaines, et à vivre dans le siècle présent selon la sagesse, la justice et la piété,

Verset 13.
προσδεχόμενοι τὴν μακαρίαν ἐλπίδα καὶ ἐπιφάνειαν τῆς δόξης τοῦ μεγάλου Θεοῦ καὶ σωτῆρος ἡμῶν ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ,
en attendant la bienheureuse espérance, et la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ,
• προσδεχόμενοι - en attendant: cette "attente", les croyants l'affirment, « puisque c'est une promesse de Dieu, c'est une certitude ! ».
ἐπιφάνειαν τῆς δόξης ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ - la manifestation de la gloire de Jésus Christ: lors de son retour, au dernier jour, sa gloire sera manifestée de façon évidente, tout comme sa grâce, source de Salut, a été manifestée lors de son incarnation (v.11).
τοῦ μεγάλου Θεοῦ καὶ σωτῆρος ἡμῶν ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ͂ - de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ: certaines traductions (Louis Segond par ex.)
disent "de notre grand Dieu et de notre Sauveur..."; mais étant donné
- le contexte théologique: le retour glorieux de Jésus-Christ,
- et la construction grammaticale de la phrase: un seul article "του" mis en quelque sorte en "facteur commun" aux deux groupes nominaux coordonnés par "καὶ"͂, 
c'est bien Jésus-Christ qui est appelé "notre grand Dieu".

On peut reconnaître ici une phrase que le prêtre prononce à chaque Eucharistie, après le Notre Père : « Nous espérons le bonheur que tu promets et l'avènement de Jésus-Christ notre Sauveur ». Comme bien souvent, ce et signifie « c'est-à-dire ». Il faut entendre « Nous espérons le bonheur que tu promets, qui est l'avènement de Jésus-Christ notre Sauveur ». Ce n'est pas une manière de nous voiler la face sur les lenteurs de cette transformation du monde, c'est un acte de foi : nous osons affirmer que l'amour du Christ aura le dernier mot.
Cette certitude, cette attente sont le moteur de toute liturgie: au cours de la célébration, les Chrétiens ne sont pas des gens tournés vers le passé mais déjà un seul homme, debout, tourné vers l'avenir (= à-venir).

Verset 14.
᾿ὃς ἔδωκεν ἑαυτὸν ὑπὲρ ἡμῶν, ἵνα λυτρώσηται ἡμᾶς ἀπὸ πάσης ἀνομίας καὶ καθαρίσῃ ἑαυτῷ λαὸν περιούσιον, ζηλωτὴν καλῶν ἔργων.
qui s'est donné lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, et de se faire un peuple qui lui appartienne, purifié par lui et zélé pour les bonnes œuvres.


Chapitre 3.
Verset 4.
᾿ὅτε δὲ ἡ χρηστότης καὶ ἡ φιλανθρωπία ἐπεφάνη τοῦ σωτῆρος ἡμῶν Θεοῦ,
Mais, lorsque la bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes ont été manifestés,

Verset 5.
᾿οὐκ ἐξ ἔργων τῶν ἐν δικαιοσύνῃ ὧν ἐποιήσαμεν ἡμεῖς, ἀλλὰ κατὰ τὸν αὐτοῦ ἔλεον ἔσωσεν ἡμᾶς διὰ λουτροῦ παλιγγενεσίας καὶ ἀνακαινώσεως Πνεύματος ῾Αγίου,
il nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous aurions faites, mais selon sa miséricorde, par le baptême de la régénération et le renouvellement du Saint Esprit,
οὐκ ἐξ ἔργων τῶν ἐν δικαιοσύνῃ ὧν ἐποιήσαμεν ἡμεῖς - il nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous aurions faites: le Salut est une œuvre de Dieu, fondée sur sa bonté et son amour (ou sa grâce, v.7). Comp. Ep 2,8-9.
διὰ λουτροῦ παλιγγενεσίας - par le baptême de la régénération: l'action ainsi décrite est l'œuvre de régénération, de renouvellement, effectuée par l'Esprit de Dieu. L'image du bain (Miqvé, baptême) décrit une purification spirituelle.
Le baptême est une mort par rapport au péché - voir théologie des icônes à cette page; Rm 6,4-14; Jn 3,5).

Verset 6.
οὗ ἐξέχεεν ἐφ᾿ ἡμᾶς πλουσίως διὰ ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ τοῦ σωτῆρος ἡμῶν,
qu'il a répandu sur nous avec abondance par Jésus Christ notre Sauveur,
ἐξέχεεν πλουσίως - il a répandu avec abondance: comp. Jl 3,1-2; Ac 2,17-18. La vie chrétienne est - du commencement à la fin - conduite par l'Esprit.
Dans les vv.5-6 sont mentionnées les trois Personnes de la Trinité: le Père a répandu sur nous l'Esprit par le Fils.->

Verset 7.
ἵνα δικαιωθέντες τῇ ἐκείνου χάριτι κληρονόμοι γενώμεθα κατ᾿ ἐλπίδα ζωῆς αἰωνίου.
afin que, justifiés par sa grâce, nous devenions, en espérance, héritiers de la vie éternelle.


• Evangile :  

• Lc 3,15-16;21-22

Jésus a été baptisé au milieu de la foule rassemblée par la prédication de Jésus. Seul dans la prière, comme si souvent au cours de son ministère,il voit l'Esprit descendre sur lui, et il entend une voix du ciel confirmer sa mission de Fils envoyé pour que les hommes renaissent de l'eau et de l'Esprit.

Traduction et remarques :
Luc présente de façon assez détaillée le ministère et le massage de Jean le Précurseur, après l'avoir placé dans son contexte historico-politique (3,1-20).
Le message de Jean suscite deux types de réactions:
- ses auditeurs cherchent à savoir comment se préparer à la venue du Seigneur;
- certains se demandent s'il n'est pas le Messie.
En se faisant baptiser, ses auditeurs expriment leur changement d'attitude, leur repentir et leur adhésion à la volonté de Dieu (qui s'accompagne de conséquences pratiques).
Luc rapporte ensuite le baptême de Jésus (3,21-22), et c'est à ce récit qu'il lie la généalogie de Jésus (3,23-28) - car ces deux péricopes se terminent par cette affirmation: "Jésus est fils de Dieu" (3,22;28).

Verset 15.
᾿Προσδοκῶντος δὲ τοῦ λαοῦ καὶ διαλογιζομένων πάντων ἐν ταῖς καρδίαις αὐτῶν περὶ τοῦ ᾿Ιωάννου, μήποτε αὐτὸς εἴη ὁ Χριστός,
Comme le peuple était dans l'attente, et que tous se demandaient en eux-même si Jean n'était pas le Christ,

Verset 16.
᾿ἀπεκρίνατο ὁ ᾿Ιωάννης ἅπασι λέγων· ἐγὼ μὲν ὕδατι βαπτίζω ὑμᾶς· ἔρχεται δὲ ὁ ἰσχυρότερός μου, οὗ οὐκ εἰμὶ ἱκανὸς λῦσαι τὸν ἱμάντα τῶν ὑποδημάτων αὐτοῦ· αὐτὸς ὑμᾶς βαπτίσει ἐν Πνεύματι ῾Αγίῳ καὶ πυρί.
il leur dit à tous: Moi, je vous baptise d'eau; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers. Lui, il vous baptisera du Saint Esprit et de feu.
Voir Mt 3,11.

Verset 21.
᾿ ᾿Εγένετο δὲ ἐν τῷ βαπτισθῆναι ἅπαντα τὸν λαὸν καὶ ᾿Ιησοῦ βαπτισθέντος καὶ προσευχομένου ἀνεῳχθῆναι τὸν οὐρανὸν
Tout le peuple se faisant baptiser, Jésus aussi fut baptisé; et, pendant qu'il priait, le ciel s'ouvrit,
καὶ ᾿Ιησοῦ βαπτισθέντος - Jésus aussi fut baptisé: en se faisant baptiser, Jésus montre son obéissance au plan de Dieu, qu'il est venu accomplir; en effet, le baptême de Jean étant un rite de purification, Jésus n'a pas besoin de se faire baptiser - mais par son baptême, il s'identifie à Israël qui reconnaît ses péchés et attend le Royaume de Dieu.
προσευχομένου - pendant qu'il priait: Luc est le seul à mentionner ici la prière de Jésus - activité du Seigneur sur laquelle il insiste particulièrement (Lc 5,6; 6,12; 9,29; 10,21; 11,1; 22,32;41; 23,34;46). Par ailleurs, Luc lie plusieurs cas de révélations ou d'événements surnaturels à la prière (Lc1,8-11; 2,37-38; Ac 4,23-31; 10,1-6;9-23;30-32; 13,1-3; 22,17-21).
ἀνεῳχθῆναι τὸν οὐρανὸν - le ciel s'ouvrit:cf. Mt 3,16. Voir Is 63,19b; Ez 1,1.

<-"Le ciel s'ouvrit et le Saint Esprit descendit sur lui [...] comme une colombe": le ciel est représenté comme un arrondi bleu orné d'étoiles d'or; il "s'ouvre" pour laisser descendre une sorte de rayon à l'extrémité duquel se trouve une colombe auréolée; de celle-ci partent trois traits, symboles du rayonnement trinitaire.

Verset 22.
᾿καὶ καταβῆναι τὸ Πνεῦμα τὸ ῞Αγιον σωματικῷ, εἴδει ὡσεὶ περιστερὰν ἐπ᾿ αὐτόν, καὶ φωνὴν ἐξ οὐρανοῦ γενέσθαι λάγουσαν· σὺ εἶ ὁ υἱός μου ὁ ἀγαπητός, ἐν σοὶ εὐδόκησα.
et le Saint Esprit descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe. Et une voix fit entendre du ciel ces paroles: Tu es mon Fils bien-aimé; en toi j'ai mis toute mon affection.
σωματικῷ, εἴδει ὡσεὶ περιστερὰν - sous une forme corporelle, comme une colombe: littéralement "corporellement, en une forme semblable à une colombe". On peut voir dans cette colombe une allusion à Gn 8,8-12, où elle apparaît comme le signe annonciateur du monde nouveau qui sort des eaux (par ex. Mt 24,37-39; 1P 3,20-21).
Certains exégètes y voient une allusion à Gn 1,2: "l'esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux".
La colombe a parfois servi dans le judaïsme de représentation symbolique d'Israël; Jésus serait donc ainsi également représenté comme le Juif par excellence.

ἐν σοὶ εὐδόκησα en toi j'ai mis toute mon affection: le verbe εὐδοκέω eudokeô signifie littéralement "penser (du) bien de"; donc "approuver" un acte, "apprécier" une personne.
σὺ εἶ ὁ υἱός μου ὁ ἀγαπητός, ἐν σοὶ εὐδόκησα - Tu es mon Fils bien-aimé; en toi j'ai mis toute mon affection: une variante remplace ce segment, pourtant cohérent et insistant sur la force d'Amour du lien trinitaire, par la traduction que la LXX donne de Ps 2,7:
בני אתה אני היום ילדתיך
"Υἱός μου εἶ σύ, ἐγὼ σήμερον γεγέννηκά σε- Tu es mon fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré", ce qui était la formule "classique" d'intronisation royale dans toutes les civilisations du Proche-Orient ancien, le souverain étant alors "adopté" par la divinité lors de son intronisation - et, en Israël, le Roi étant "adopté" par le Dieu Unique.
La liturgie propose les deux formules, laissant le choix entre elles au célébrant; mais indique curieusement que la seconde est "la plus probable".

Pour prolonger la méditation:

- Du Premier Testament:
- Is 63,19: "Oh! si tu déchirais les cieux, et si tu descendais,
Les montagnes s'ébranleraient devant toi!"

- Du Nouveau Testament:
- Lc 12,49-50: "Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé! Il est un baptême dont je dois être baptisé, et combien il me tarde qu'il soit accompli!"
- 1Co 12,13: "Nous avons tous, en effet, été baptisés dans un seul Esprit, pour former un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et nous avons tous été abreuvés d'un seul Esprit. "
- Ga 4,6-7: "Et parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit de son Fils, lequel crie: Abba! Père! Ainsi tu n'es plus esclave, mais fils; et si tu es fils, tu es aussi héritier par la grâce de Dieu. "

- Commentaire patristique:
De Saint Grégoire de Nazianze (330-390), Sermon 39 pour la Fête des Lumières (sur la "Fête des Lumières" et en illustration de ce texte, voir à cette page les icônes et leurs commentaires):

     Le Christ est illuminé par le baptême, resplendissons avec lui ; il est plongé dans l'eau, descendons avec lui pour remonter avec lui [...] Jean est en train de baptiser et Jésus s'approche : peut-être pour sanctifier celui qui va le baptiser ; certainement pour ensevelir tout entier le vieil Adam au fond de l'eau. Mais avant cela et en vue de cela, il sanctifie le Jourdain. Et comme il est esprit et chair, il veut pouvoir initier par l'eau et par l'Esprit [...] Voici Jésus qui remonte hors de l'eau. En effet, il porte le monde ; il le fait monter avec lui. « Il voit les cieux se déchirer et s'ouvrir » (Mc 1,10), alors qu'Adam les avait fermés pour lui et sa descendance, quand il a été expulsé du paradis que défendait l'épée de feu.

      Alors l'Esprit atteste sa divinité, car il accourt vers celui qui est de même nature. Une voix descend du ciel, pour rendre témoignage à celui qui en venait ; et, sous l'apparence d'une colombe, elle honore le corps, puisque Dieu, en se montrant sous une apparence corporelle, divinise aussi le corps. C'est ainsi que, bien des siècles auparavant, une colombe est venue annoncer la bonne nouvelle de la fin du déluge (Gn 8,11) [...]

      Pour nous, honorons aujourd'hui le baptême du Christ, et célébrons cette fête de façon irréprochable [...] Soyez entièrement purifiés, et purifiez-vous encore. Car rien ne donne à Dieu autant de joie que le redressement et le salut de l'homme : c'est à cela que tend tout ce discours et tout ce mystère. Soyez « comme des sources de lumière dans le monde » (Ph 2,15), une force vitale pour les autres hommes. Comme des lumières parfaites secondant la grande Lumière, soyez initiés à la vie de lumière qui est au ciel ; soyez illuminés avec plus de clarté et d'éclat par la sainte Trinité, dont vous avez reçu maintenant, d'une façon restreinte, un seul rayon, venant de l'unique divinité, en Jésus notre Seigneur.

- Commentaire moderne:
De Marie-Noëlle Thabut, L'intelligence des Ecritures:

Les trois évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) racontent l'événement du Baptême du Christ, chacun à leur manière. Jean, lui, ne le raconte pas, mais il y fait allusion. Luc a ses accents propres et ce sont eux que je vais essayer ici de mettre en lumière. Par exemple, son texte commence par « Comme tout le peuple se faisait baptiser » : Luc est le seul à mentionner que le peuple se faisait baptiser ; il est aussi le seul à mentionner la prière de Jésus : « Comme tout le peuple se faisait baptiser et que Jésus priait »; ce rapprochement est bien dans la manière de Luc : homme parmi les hommes, Jésus ne cesse pas d'être en même temps uni à son Père.
Luc veut tellement insister sur l'humanité de Jésus que, chez lui et lui seul, curieusement, le récit du baptême est suivi immédiatement par une généalogie. Contrairement à la généalogie placée tout au début de l'évangile de Matthieu et qui part d'Abraham pour descendre jusqu'à Jésus en passant par David et par Joseph, la généalogie de Jésus chez Luc part de lui pour remonter à ses ancêtres ; il est (croyait-on, dit Luc) fils de Joseph, fils de David, fils d'Abraham... Mais Luc remonte encore bien plus haut : il nous dit que Jésus est « fils d'Adam, fils de Dieu ». Cela veut bien dire qu'au moment où il écrit son évangile, les premiers Chrétiens avaient découvert cette relation privilégiée de Jésus le Nazaréen avec Dieu : il était le Fils de Dieu au vrai sens du terme.
La suite n'est pas propre à Luc : Matthieu et Marc emploient à peu près les mêmes termes. Pendant que Jésus priait, « le ciel s'ouvrit » : en trois mots, un événement décisif ! La communication entre le ciel et la terre est rétablie ; la prière du peuple croyant vient d'être entendue ; depuis des siècles, c'était l'attente du peuple juif. « Ah, si tu déchirais les cieux et si tu descendais, tel que les montagnes soient secouées devant toi, tel un feu qui brûle des taillis, tel un feu qui fait bouillonner les eaux. » disait Isaïe (Is 63, 19 - 64, 1). Les eaux, nous y sommes, puisque ceci se passe au bord du Jourdain ; le feu, le voici : « Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et dans le feu » disait Jean-Baptiste. Et Luc continue : « L'Esprit Saint descendit sur Jésus, sous une apparence corporelle, comme une colombe. » Ici l'Esprit n'est pas associé à la violence du feu, mais à la colombe, symbole de douceur et de fragilité. Ce n'est pas contradictoire : force et violence... douceur et fragilité, tel est l'amour, tel est l'Esprit.
Les quatre évangélistes citent cette manifestation de l'Esprit sous la forme d'une colombe : dans les trois évangiles synoptiques, les expressions sont tout à fait similaires : Matthieu et Marc disent que l'Esprit descend « comme une colombe », chez Luc « L'Esprit Saint descendit sur Jésus, sous une apparence corporelle, comme une colombe. » Dans l'évangile de Jean, c'est Jean-Baptiste qui, après coup, raconte la scène : « J'ai vu l'Esprit, tel une colombe, descendre du ciel et demeurer sur lui. Et je ne le connaissais pas, mais celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau, c'est lui qui m'a dit : Celui sur lequel tu verras l'Esprit descendre et demeurer sur lui, c'est lui qui baptise dans l'Esprit Saint. Et moi, j'ai vu et j'atteste qu'il est, lui, le Fils de Dieu. » (Jn 1, 32-34).
Cette représentation de la colombe est donc certainement très importante puisque les quatre évangélistes l'ont retenue. Que pouvait-elle évoquer pour eux ? Dans l'Ancien Testament, elle évoque d'abord la création : le texte de la Genèse ne cite pas la colombe, il dit simplement « le souffle de Dieu planait sur la surface des eaux. » (Gn 1, 2). Mais dans la méditation juive, on avait appris à reconnaître dans ce souffle, l'Esprit même de Dieu ; et un commentaire rabbinique de la Genèse dit « L'Esprit de Dieu planait sur la face des eaux comme une colombe qui plane au-dessus de ses petits, mais ne les touche pas. » (Talmud de Babylone). Ensuite, la colombe évoquait l'Alliance entre Dieu et l'humanité, renouée après le déluge ; vous vous souvenez du lâcher de colombe de Noé : c'est elle qui a indiqué à Noé que le déluge était fini et que la vie pouvait reprendre. Mieux encore, l'amoureux du Cantique des Cantiques appelle sa bien-aimée « ma colombe au creux d'un rocher... ma sœur, ma compagne, ma colombe, ma parfaite. » Or le peuple juif lit le Cantique des Cantiques comme la déclaration d'amour de Dieu à l'humanité.
Nous sommes donc bien à l'aube d'une ère nouvelle : nouvelle création, nouvelle alliance.
A ce moment-là, nous dit Luc, « Du ciel une voix se fit entendre : C'est toi mon Fils : moi, aujourd'hui, je t'ai engendré. » Il ne fait de doute pour personne que cette voix est la voix de Dieu lui-même : depuis bien longtemps, le peuple d'Israël n'avait plus de prophètes; mais les rabbins disaient que rien n'empêche Dieu de se révéler directement et que sa voix, venant des cieux, gémit comme une colombe. Or, cette phrase « C'est toi mon Fils : moi, aujourd'hui, je t'ai engendré » n'était pas nouvelle pour des oreilles juives : elle en était d'autant plus grave ; car c'était un verset du Ps 2 qu'on chantait depuis des siècles dans le Temple de Jérusalem ; alors qu'il n'y avait plus de roi en Israël, on s'obstinait à redire cette phrase pourtant réservée aux rois le jour de leur sacre, dans l'attente du jour où enfin elle serait dite sur un roi en chair et en os, qui serait le Messie. 
Parmi les assistants, ceux qui voulaient bien comprendre, et Jean-Baptiste en tête, ont tout d'un coup compris : la colombe de l'Esprit, c'est elle qui est la couronne du Roi-Messie.

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