Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

L'Apocalypse
(ou Révélation)
de saint Jean

"Saint Jean à Patmos", volet de droite du triptyque de Hans Memling (ci-dessous) - Hôpital Saint-Jean - Bruges) - Voir plus bas, sur Ap 7,2-4;9-14, détail et commentaire du panneau.



 D'après André Chouraqui:
"Le Découvrement deיוחנןIohanân"

    À quatre reprises l’auteur de ce livre se désigne sous le nom de ιωαννης Iôannès, et il est identifié avec l’apôtre Jean par une tradition dont le plus ancien témoin est saint Justin, vers 150. Cependant, dès le IIIème siècle, cette paternité est contestée si vigoureusement que l’Église d’Orient hésite à inclure l’Apocalypse au nombre des livres canoniques. Quant à la critique biblique, elle enseigne que le quatrième évangile et les lettres d’une part et l’Apocalypse d’autre part ne sauraient être de la même main, du moins dans leur forme actuelle. M. E. Boismard les attribue cependant à une même école de pensée qui s’origine en l’apôtre Jean.
    La même incertitude demeure pour la date de cet écrit. Il appartient de toute évidence à la littérature apocalyptique, qui compte de nombreux écrits juifs et quelque cent cinquante textes chrétiens. Ils décrivent « les secrets des ciels et de la terre » dans le style énigmatique des « hommes de la dernière génération ». Le mot « apocalypse », transcrit du grec αποκαλυψις, n’a d’ailleurs pas le sens, qu’il a fini par prendre en français et dans d’autres langues, de catastrophe redoutable. Il traduit constamment en grec, sous ses formes différentes, l’hébreu גּלה, « découvrir ». Dans le Pentateuque, il est souvent employé pour désigner l’acte de découvrir le sexe d’un homme ou d’une femme; ou encore le découvrement de l’oreille ou des yeux devant un secret ou un mystère, aussi cachés que le sexe d’une personne.
YHWH peut être l’agent de ce découvrement.
Ici, il s’agit du découvrement de Iéshoua‘, Jésus, le Messie, signifié par un messager de YHWH à son serviteur Iohanân, Jean (Ap 1,1), qui le reçoit dans une inspiration surnaturelle, נבוּאה neboua, dans une contemplation, חזון kh'azôn.
    On a supposé que ce texte fut conçu entre les règnes de Claude (41-54) et de Trajan (98-117): c’est dire l’étendue des doutes qui règnent en la matière. John A. T. Robinson, fidèle à sa datation générale des livres du Nouveau Testament, opte pour la fin de l’année 68, quelques mois avant la destruction du Temple de Jérusalem par Titus, le 9 Av 70: un tel événement n’aurait pourtant pu s’être passé sans laisser de trace dans un texte de cette nature.
    Le livre de Daniel, qui scelle le canon de la Bible hébraïque, y introduit le style apocalyptique qui devait proliférer à la mesure des épreuves d’Israël. L’eschatologie est le thème dominant de cette littérature où la fin du monde est conçue comme un événement cosmique certain: il résultera de l’affrontement final des justes, les fils de la Lumière, et des criminels, les fils des Ténèbres. Le salut d’Israël, écrasé par les empires qui consomment sa perte, sera l’ œuvre de YHWH et de son Messie. Cette certitude, évidente pour les Hébreux mais insupportable à leurs ennemis, ne peut s’exprimer que dans un style qui soit incompréhensible à ces derniers. L’obscurité voulue de ce genre littéraire deviendrait impénétrable si on l’arrachait à son contexte historique et à son substrat sémitique.
    Un fait central, rarement mis en relief par les exégètes, explique la prolifération de cette littérature dans les siècles qui entourent la naissance du Christ: aucun écrit ne pouvait circuler sans risque s’il n’avait l’approbation au moins tacite des polices de l’empire.
    Cette pratique est appliquée avec la plus grande rigueur dans les pays conquis: ce n’était pas seulement l’impiété ou le blasphème mais la simple critique contre l’Empire qui sont sévèrement châtiés.
Est-ce que ces faits n’expliquent pas, à eux seuls, maintes affirmations et maints silences du Nouveau Testament qui resteraient incompréhensibles sans cette écrasante évidence ?
On parle avec prudence quand on s’exprime clairement et l’on exprime le fond de sa pensée quand on emploie, de préférence en hébreu ou en araméen, le style apocalyptique que les vainqueurs ne pouvaient ni comprendre ni donc réprimer.
    Nous sommes ainsi devant un langage à clés­ et dont les clés sont le plus souvent perdues pour nous.
    En fait, ce genre littéraire qui marie l’eschatologie à la politique est un phénomène typiquement hébraïque, né au confluent d’une situation politique déterminée et d’une dialectique qui oppose, sur la scène de l’histoire, le royaume du Messie à l’empire du prince de ce monde.
Ce que les Évangiles, les Actes et les Lettres ne peuvent dire ouvertement, l’Apocalypse le crie en images éclatantes de vie et de mouvement, en des scènes hautes en couleurs: le visionnaire qui nous parle décrit aussi sobrement qu’il le peut l’exubérante contemplation qui le hante.

    D’innombrables analyses ont été écrites afin de déceler le plan de l’œuvre. Notons-en du moins les thèmes principaux:
I.  Titre du livre; salutations aux sept Églises (1,1-8).
II.  Lettres aux sept communautés (1,9 - 3,22).
III.  Les visions prophétiques (4,1 - 11,19):
  a)  le trône de YHWH (4,1-11);
  b)  le livre scellé est remis à l’agneau (5,1-14);
  c)  l’ouverture des sceaux (6,1-8,6);
  d)  les sept chofars (8,7 - 11,19).
IV.  Le procès du salut (12,1 - 22,5):
  a)  la femme et le dragon (12,1-18);
  b)  les deux bêtes (13,1-18);
  c)  l’agneau et ses compagnons (14,1-5);
  d)  l’heure du jugement (14,6 - 19,10);
  e)  la victoire finale sur les bêtes (19,11-21);
  f)  le règne de mille ans; la victoire sur le dragon (20,1-10);
  g)  le jugement dernier (20,11-15);
  h)  la nouvelle Jérusalem (21,1 - 22,15);
  i)  épilogue (22,16).

    Il est cependant possible d’analyser l’œuvre de mainte autre manière en tenant compte, par exemple, des sources qu’on lui suppose. À vrai dire, un texte de cette nature ne saurait être disséqué avec les exigences d’une logique formelle: notre scalpel le tuerait. Jacques Ellul l’a bien compris: renonçant à découper ce texte en tranches mortes, il nous fait sentir les rythmes de son « architecture en mouvement ». Jean semble voir se dérouler le procès d’un salut universel dont il nous décrit les scènes et les actes principaux. Il le fait en déployant les ressources de sa science de lettré formé à toutes les disciplines de l’exégèse hébraïque: à n’en pas douter l’auteur est un fils d’Israël si familiarisé avec les Écritures que celles-ci, même quand il ne les cite pas explicitement, viennent tout naturellement sous sa plume.
    Plus de la moitié de ses réminiscences proviennent de textes de la Genèse, de l’Exode, d’Isaïe, d’Ézéchiel, de Zacharie, des Psaumes et de Daniel, ce dernier livre étant le plus fréquemment cité. L’auteur, comme souvent les rabbis, donne une interprétation créatrice de textes qui prennent une signification renouvelée dans son regard de visionnaire: ainsi s’inspire-t-il visiblement du récit des plaies d’Égypte pour décrire les fléaux déchaînés par les sept shofars et les sept coupes. Mais Jean adapte les symboles qu’il puise dans la Bible à sa vision personnelle: l’idée du Messie de gloire n’a évidemment aucun précédent dans la Bible hébraïque.

    Lire l’Apocalypse comme une musique, certes, mais comment l’interpréter? Qu’a voulu dire l’auteur avec des avalanches de symboles, une pluie de nombres qui inscrivent leur mystère aux pôles d’un univers menacé de disparition, dans la danse effrénée de bêtes mythiques, de prostituées triomphantes, sous le regard de l’Ancien des jours et d’un Messie de gloire qui attend l’heure de son triomphe pour établir son règne sur la nouvelle Jérusalem ?
À un premier niveau, l’exégète voit dans le texte de l’Apocalypse le reflet des réalités politiques et religieuses du temps où l’œuvre fut rédigée, sans référence à l’avenir, même si l’auteur semble prophétiser.
Un second niveau de lecture préfère adopter une interprétation prophétique, l’auteur révèle l’avenir, depuis le temps où il écrit jusqu’à la fin du monde.
Une troisième voie est frayée par les lecteurs fondamentalistes qui voient dans l’Apocalypse un guide précis d’événements qui ne surviendront qu’à la fin du monde.
Enfin l’approche mystique et poétique de ce texte innombrable y voit essentiellement un poème célébrant le triomphe certain deYHWH et de son Messie sur les forces du mal.

    Quel que soit le parti retenu par le lecteur, qu’il sache qu’aucune des voies choisies ne saurait épuiser le mystère d’un texte qui nourrit depuis deux millénaires la pensée mystique de la chrétienté.
Mais ce serait faire fausse route que de négliger le contexte historique et le substrat sémitique dans lesquels l’Apocalypse est née. Nous sommes de toute évidence en présence d’un texte polémique écrit dans les années les plus troublées de l’histoire d’Israël; d’où l’extrême violence de ses invectives dirigées contre Babel, c’est-à-dire Rome, puissance païenne et impérialiste, décrite sous l’aspect de bêtes mythiques terrifiantes.
    Comme Daniel, Jean écrit son oeuvre pour ranimer la vaillance des fils de la lumière, menacés par les déploiements de la persécution. Du temps de Daniel, l’ennemi était l’hellénisme païen. Pour Jean, c’est l’Empire romain qui impose à l’Asie le culte de Rome et d’un empereur divinisé. La loi exigeait en effet qu’un sacrifice fût offert devant la statue de l’empereur, désigné comme « seigneur ».
    Toute l’Apocalypse annonce comme certaine la fin de l’Empire et le triomphe de la nouvelle Jérusalem. La vision mystique traduit bien le rêve d’hommes écrasés par les tragiques réalités historiques qu’ils subissent ou qu’ils pressentent: ils projettent dans un inaccessible avenir la réalisation de l’utopie prophétique, celle d’une terre nouvelle, de ciels neufs et d’un homme nouveau.
    Écrit voici près de vingt siècles, ce texte ne cesse de parler à tous les temps, puisque tous les temps voient réapparaître sur la scène de l’histoire les protagonistes d’un drame en vérité universel. La bête représente, à coup sûr, l’Empire romain, mais elle est aussi le symbole de toutes les puissances de mort qui menacent de siècle en siècle la vie ou la survie de l’humanité.
L’Apocalypse, au-delà de son sens historique, a une valeur permanente dans sa dénonciation de la Bête et de ses œuvres, dans l’espérance de la libération et du triomphe d’une humanité régénérée sous les regards de YHWH et de son Messie; la mort sera vaincue, éteint le feu du Shéol, au réveil (n'oublions pas que notre mot "cimetière" vient du latin coemeterium, lui-même issu du grec - qui signifie "dortoir,  "lieu de repos") et au relèvement de tous les morts, dans l’essor de l’homme nouveau.
_______________________________________
_______________________________________

- De saint Jérôme, Lettre LIII, sur l'Apocalypse:

L'Apocalypse présente un livre scellé de sept sceaux (Ap 5,1)*.
Présente-le à un homme lettré, il te répondra: "Je ne peux pas le lire, il est scellé." ** Combien nombreux sont ceux qui imaginent être lettrés: ils tiennent en mains un livre scellé, qu'ils ne peuvent pas ouvrir, à moins que n'ouvre les sceaux celui qui détient "la clef de David: elle ouvre et nul ne ferme, elle ferme et nul n'ouvre." (Ap 3,7)***
-------
* Καὶ εἶδον ἐπὶ τὴν δεξιὰν τοῦ καθημένου ἐπὶ τοῦ θρόνου βιβλίον γεγραμμένον ἔσωθεν καὶ ὄπισθεν, κατεσφραγισμένον σφραγῖσιν ἑπτά.
Καὶ Puis - εἶδον je vis - ἐπὶ τὴν δεξιὰν dans la main droite - τοῦ καθημένου de celui qui était assis - ἐπὶ τοῦ θρόνου sur le trône - βιβλίον un livre - γεγραμμένον écrit - ἔσωθεν en dedans - καὶ ὄπισθεν et en dehors - κατεσφραγισμένον scellé - σφραγῖσιν ἑπτά de sept sceaux.
Puis je vis dans la main droite de celui qui était assis sur le trône un livre écrit en dedans et en dehors, scellé de sept sceaux.
** Jusqu'au IVème siècle, les ouvrages étaient écrits sur des rouleaux de papyrus. Terminés, ils étaient enroulés comme un parchemin, puis scellés. Pour les lire, il fallait donc les "desceller".
*** τάδε λέγει ὁ ἅγιος, ὁ ἀληθινός, ὁ ἔχων τὴν κλεῖν Δαυΐδ, ὁ ἀνοίγων καὶ οὐδεὶς κλείσει, καὶ κλείων καὶ οὐδεὶς ἀνοίξει
τάδε λέγει Voici ce que dit - ὁ ἅγιος le Saint - ὁ ἀληθινόςle Véritable - ὁ ἔχων celui qui a - τὴν κλεῖν Δαυΐδ la clef de David - ὁ ἀνοίγων celui qui ouvre - καὶ οὐδεὶς et personne - κλείσει ne fermera - καὶ κλείων celui qui ferme - καὶ οὐδεὶς et personne - ἀνοίξει n'ouvrira
Voici ce que dit le Saint, le Véritable, celui qui a la clef de David, celui qui ouvre, et personne ne fermera, celui qui ferme, et personne n'ouvrira.
_______________________________________
_______________________________________

• Ap 1,5-8

La force de Jésus Christ est celle de l'amour. Il "nous a délivrés par son sang". "Il vient". "Tout homme le verra", revêtu de "gloire et puissance". Alors apparaîtra au grand jour ce qui demeure encore caché: la réalité de son pouvoir royal universel et le rôle de ses disciples dans le monde. "Oui, vraiment! Amen!"

Comme Dn 7,13-14, ce passage comporte un certain nombre d'expressions qui demandent à être éclaircies de façon rigoureuse.

Verset 4:
Ce verset est lu en partie dans la péricope - même s'il n'est pas indiqué.
᾿Ιωάννης ταῖς ἑπτὰ ἐκκλησίαις ταῖς ἐν τῇ ᾿Ασίᾳ· χάρις ὑμῖν καὶ εἰρήνη ἀπὸ ὁ ὢν καὶ ὁ ἦν καὶ ὁ ἐρχόμενος, καὶ ἀπὸ τῶν ἑπτὰ πνευμάτων, ἃ ἐνώπιον τοῦ θρόνου αὐτοῦ,
"Jean aux sept Églises qui sont en Asie: que la grâce et la paix vous soient données de la part de celui qui est, qui était, et qui vient, et de la part des sept esprits qui sont devant son trône, "
Ιωάννης [ταῖς ἑπτὰ ἐκκλησίαις ταῖς ἐν τῇ ᾿Ασία]ͅ· χάρις ὑμῖν καὶ εἰρήνη: cette "apocalypse" (révélation, prophétie) est présentée sous une forme épistolaire; c'est l'une des caractéristiques de l'Apocalypse de Jean que de mêler divers genres littéraires. Jean reprend mot pour mot l'en-tête la plus classique des lettres de son temps:
- le nom de l'auteur: Ιωάννης Jean;
- le nom du destinataire au datif (cas de celui à qui s'adresse l'action exprimée par le verbe; équivalent de notre complément d'objet second: par exemple "dire qq chose = c. objet direct, à qq'un = c.objet second): ici ταῖς ἑπτὰ ἐκκλησίαις ταῖς ἐν τῇ ᾿Ασία "aux sept Eglises qui sont en Asie" (cf.infra). Dans la reprise de cette formulation, j'ai mis cette locution entre crochets car dans une lettre classique ce nom n'est pas toujours explicité; en outre, il est ici repris ensuite par ὑμῖν "à vous".
- un souhait: χάρις καὶ εἰρήνη "le bonheur et la paix"; dans un contexte chrétien, le mot χάρις prend le sens plus particulier de "grâce divine": cette grâce permettra aux croyants de persévérer malgré les difficultés (verset 9) - jusqu'à trouver εἰρήνη "la paix intérieure" malgré l'hostilité du monde extérieur.
ἐν τῇ ᾿Ασία "en Asie": il s'agit bien entendu de l'Asie Mineure.
ταῖς ἑπτὰ ἐκκλησίαις "aux sept Eglises": énumérées aux chapitres 2 et 3 (Ephèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie, Laodicée), elles sont situées dans un rayon de 80km autour d'Ephèse. Comme le chiffre sept joue un rôle capital dans le Livre de l'Apocalypse, et a généralement une valeur totalisatrice dans la Bible, certains ont pensé que cette adresse concernait toutes les Églises d'Asie - et, par extension, les Églises du monde entier et de tous les temps. Il est vraisemblable que Jean s'adresse vraiment aux "sept Églises d'Asie" (puisqu'ensuite il s'adresse à chacune d'entre elles en particulier), mais en en faisant le symbole de l'Eglise universelle.
ἀπὸ "de la part de": cette préposition n'a pas de raison de figurer dans une lettre "classique", puisque l'auteur s'est déjà nommé... C'est qu'ici Jean ne s'exprime pas en son nom, mais au nom du Dieu trin (voir ci-après).
ὁ ὢν καὶ ὁ ἦν καὶ ὁ ἐρχόμενος littéralement, "celui étant et celui qui était et celui venant"; cette formule joue un rôle important dans l'Apocalypse; c'est la paraphrase grecque du Nom révélé à Moïse (Ex 3,14-15); le Targum de Jérusalem emploie - en hébreu - cette expression. Voir sur ce sujet ce que je résume ici, à cette page :
On peut comparer le Nom tétragrammique de Dieu, יהוה, au verbe היה  « exister » (le verbe-copule « être» français n'est très généralement pas exprimé). Le tétragramme peut alors être considéré comme la contraction en ses quatre lettres
- de notre « passé » :היה HYH (= Il existait de tout temps),
- de l’ « actuel » :הוה HWH (=  Il existe aujourd'hui),
- et notre « futur » :יהה YHH (= Il existera de toute éternité),
de ce verbe « être, exister ».
C’est pourquoi l’on traduit souvent יהוה YHWH par « Celui qui est, qui était et qui vient ».
Cette locution, désignant ici le Père, est devenue un "bloc" invariable - puisque, malgré la préposition ἀπὸ qui l'introduit (et qui devrait être suivie, comme c'est le cas ensuite, du génitif), elle reste au nominatif.
καὶ ἀπὸ τῶν ἑπτὰ πνευμάτων, ἃ ἐνώπιον τοῦ θρόνου αὐτοῦ "et de la part des sept esprits qui sont devant son trône": l'expression "les sept Esprits" désigne l'action universelle de l'Esprit Saint (on a vu plus haut la valeur totalisatrice du chiffre sept).

Verset 5a:
καὶ ἀπὸ ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ, ὁ μάρτυς ὁ πιστός, ὁ πρωτότοκος τῶν νεκρῶν καὶ ὁ ἄρχων τῶν βασιλέων τῆς γῆς.
"et de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle, le premier-né des morts, et le prince des rois de la terre!"
Comme nous l'avons vu à cette page, la séparation en chapitres et versets s'est faite progressivement, et façon totalement arbitraire. En effet, la première partie de ce verset se rattache à l'adresse du verset 4, et la seconde fait partie - syntaxiquement et sémantiquement - de la phrase développée au verset 6.
καὶ ἀπὸ ᾿Ιησοῦ Χριστου "et de la part de Jésus le Christ": troisième élément, donc, de la salutation trinitaire: Jésus, le Fils. Jean s'adresse donc bien aux Eglises au nom du Dieu trin. Χριστόςest la traduction grecque de l'hébreu משׁיח qui signifie "oint"; c'est le terme que l'on appliquait au roi dans la Tora'h.
ὁ μάρτυς "le témoin": c'est de ce mot grec que vient notre nom "martyr"; le martyr est celui qui est prêt à témoigner de sa foi jusqu'au martyre, jusqu'à la mort. L'expression עד (LXX:μαρτύριος) qualifie déjà le Messie en Is 55,4.
ὁ πιστός "le fidèle": ce mot possède une double valeur, objective et subjective; c'est celui qui est fidèle (valeur subjective) ou celui à qui on peut se fier (valeur objective) - ici, Jésus est certes fidèle (au Père), mais surtout c'est le témoin "digne de foi".
ὁ πρωτότοκος τῶν νεκρῶν "le premier-né d'entre les morts": cette locution peut paraître surprenante; en fait, elle prend tout son poids si l'on examine chacun de ses termes.
- ὁ πρωτότοκος "le premier-né": Dans toutes les civilisations, la première naissance dans une famille est un événement décisif, preuve d'une fécondité dont on ne pouvait être assuré par avance. Elle est donc ressentie comme un don de la divinité. Il en est d'ailleurs de même pour le bétail. D'où l'institution de rites religieux pouvant aller jusqu'au sacrifice du premier-né, "rendu" alors au dieu dans l'espoir de recevoir en retour une fécondité encore plus grande.
<- On peut ainsi penser à Abraham, acceptant l'idée de sacrifier Isaac (Gn 22,1-18).
La Bible s'insère donc dans le courant des religions - mais elle le fait en référence à l'Exode, avec le
souvenir de la dernière plaie d'Egypte: les premiers-nés d'Israël furent épargnés, tandis que ceux d'Egypte (y compris celui de Pharaon) mouraient (voir page sur Pessa'h). C'est donc à ce titre que les premiers-nés appartiennent à Dieu.
On doit alors les lui offrir, s'il s'agit d'animaux (tout comme, d'ailleurs, les prémices des récoltes - voir page sur Chavouot), ou les "racheter" s'il s'agit de nouveaux-nés (Ex 12,2;11-13; Dt 15,19-20).
C'est à ce titre que lors de la "Présentation de Jésus au Temple" (en fait, Purification de Marie, "relevailles" - voir à cette page), Joseph offre des colombes.
Dans le Psaume 89, au verset 28, Dieu dit de David (et on peut extrapoler à tout roi et en particulier au Messie, descendant davidique):
אף־אני בכור אתנהו עליון למלכי־ארץ׃
"Et moi, je ferai de lui le premier-né (hébreu:בּכור; grec LXX: πρωτότοκον), Le plus élevé des rois de la terre."
Jésus est donc le "Premier-Né" par excellence, puisqu'il est le Fils Unique de Dieu, le "premier-né" de l'humanité sauvée, le Messie.
- τῶν νεκρῶν "d'entre les morts": nous avons ici un superbe oxymore, une alliance de mots en apparence totalement contradictoires entre "ὁ πρωτότοκος le premier-né" et "τῶν νεκρῶν parmi les morts". En fait, non seulement Jésus est notre "frère aîné", le "premier fils" du Père, mais il est aussi le premier Ressuscité - celui qui, par sa Résurrection, permettra la nôtre. Ainsi le baptême, plongée dans l'eau, est le symbole de la plongée dans la mort qui permet la résurrection.
καὶ ὁ ἄρχων τῶν βασιλέων τῆς γῆς "et le chef des rois de la terre": nous avons ici le "qualificatif-clef" de la célébration du Christ aujourd'hui: il est le "Roi au-dessus de tous les autres rois" - car son Royaume n'est pas un royaume terrestre, humain.
Le Christ est donc
- témoin persévérant jusqu'à la mort,
- ressuscité,
- souverain.
Dans l'union avec lui (1,9), le chrétien peut persévérer malgré l'adversité, dans l'espérance de la résurrection et du règne avec lui (1,6).
Or témoignage - résurrection - souveraineté sont trois thèmes qui seront développés tout au long du livre de l'Apocalypse - y compris par la voie des contrastes: voir ainsi la contre-proclamation de la deuxième bête (13,11sqq), la parodie du Ressuscité par la première (13,3), le pouvoir usurpé par leur maître, le dragon (13,4).

Versets 5b-6:
Avant d'être étudiée terme à terme, cette phrase doit d'abord être lue et analysée dans son intégralité, car sa structure est complexe - voire "bancale" si on l'envisage sous un angle rhétorique strictement "grec"!

SUJET [VERBE]: ἡ δόξα καὶ τὸ κράτος - "[que] la gloire et la puissance [soient]"
C. d'ATTRIBUTION 1: τῷ ἀγαπῶντι ἡμᾶς - "à l'aimant (participe substantivé) nous" = à celui qui nous aime
C. d'ATTRIBUTION 2 (coordonné): καὶ λούσαντι ἡμᾶς - "et à l'ayant lavé (participe substantivé) nous" = et à celui qui nous a lavés; ἀπὸ τῶν ἁμαρτιῶν ἡμῶν - "de nos fautes"; ἐν τῷ αἵματι αὐτοῦ - "dans le sang de lui"
C. d'ATTRIBUTION 1+2 (reprise): αὐτῷ - "à lui"
C.C. de TEMPS: εἰς τοὺς αἰῶνας τῶν αἰώνων - "pour les ères des ères".

Mais que faire du segment καὶ ἐποίησεν ἡμᾶς βασιλείαν, ἱερεῖς τῷ Θεῷ καὶ πατρὶ αὐτου - "et il a fait nous royauté, prêtres pour Dieu le Père de lui"?... Strictement et syntaxiquement parlant, cette proposition est une autre indépendante, coordonnée à la première par "καὶ "; mais sémantiquement elle est à mettre sur le même plan que les deux participes substantivés au datif.
Nous avons donc ici, plus encore qu'un hendiadys, une véritable rupture de construction, et c'est sans doute pourquoi l'auteur a ressenti la nécessité de reprendre par "αὐτω" les deux c. d'attribution, pour bien marquer l'inclusion de cette proposition dans le groupe sémantique auquel elle appartient. Nous avons ici un exemple flagrant d'un fait que nous ne devons jamais oublier lorsque nous étudions des textes du Nouveau Testament: même s'ils ont été rédigés en grec, ils l'ont été par des Juifs, dont le mode de pensée et donc d'expression est d'abord sémitique! (voir à cette page, ainsi que l'introduction à l'Évangile de Jean à cette page)

Verset 5b:
τῷ ἀγαπῶντι ἡμᾶς καὶ λούσαντι ἡμᾶς ἀπὸ τῶν ἁμαρτιῶν ἡμῶν ἐν τῷ αἵματι αὐτοῦ,
"A celui qui nous aime, qui nous a lavés de nos péchés par son sang,"
τῷ ἀγαπῶντι ἡμᾶς "à celui qui nous aime": nous retrouvons ici la double image du berger qui "aime ses brebis", au point de donner sa vie pour elles, et celle de l'agneau, victime expiatoire que l'on trouvait, par exemple, en Isaïe, au chapitre 53 : « 6b. L'Éternel a fait venir sur lui l'iniquité de nous tous. […] 7b. Comme un agneau mené à la boucherie, […] 7d. il n'ouvrit point la bouche. 11b. Mon serviteur juste en justifiera plusieurs, […] 12c. il a livré sa vie à la mort, […] 12e. il a porté les péchés de plusieurs, et intercédé pour les pécheurs. » (voir la page "Le berger dans la Bible", et les réf. bibliques qui y sont indiquées).
καὶ λούσαντι ἡμᾶς "et à celui qui nous a lavés": on trouve ici deux leçons: l'une, la plus satisfaisante dans le contexte, donne le verbe λούω, laver (comme ici) - donc, dans un contexte biblique "purifier"; l'autre donne le verbe λύω, délier, libérer (acceptable, mais bien moins fort et moins imagé).
ἀπὸ τῶν ἁμαρτιῶν "de nos péchés":
- ici encore, deux leçons: on trouve la préposition ἐκ, hors de, qui indique simplement la sortie d'un lieu; ou la préposition ἀπὸ (comme ici), qui indique de façon plus nette l'éloignement: Jésus nous fera non seulement sortir du péché, mais il nous en éloignera, nous en mettra à l'abri;
- le nom ἁμαρτία désigne littéralement un "manque (α- privatif) de bon comportement, de respect (de μέρος)"; la "faute", c'est le non-respect de la Loi divine.
τῷ [...] λούσαντι ἡμᾶς [...] ἐν τῷ αἵματι αὐτοῦ "celui qui nous a lavés dans son sang": nous trouvons déjà une annonce de la célèbre phrase d'Ap 7,14:"ἔπλυναν τὰς στολὰς αὐτῶν καὶ ἐλεύκαναν αὐτὰς ἐν τῷ αἵματι τοῦ ἀρνίου - ils ont lavé leurs robes, et ils les ont blanchies dans le sang de l'agneau" (voir page sur "Le sang dans la Bible"); dans le Premier Testament, le sang des animaux immolés (en particulier d'un agneau: Lv 14, 13-14) est purificateur; on peut rapprocher également du sang d'Ex 12,13: "Le sang vous servira de signe sur les maisons où vous serez; je verrai le sang, et je passerai par-dessus vous, et il n'y aura point de plaie qui vous détruise, quand je frapperai le pays d'Égypte": le sang sert à discriminer les Juifs, peuple de Dieu, des Égyptiens; ce sera ensuite le sang de l'Alliance.
Cette phrase peut également faire penser au baptême, plongée dans la mort du Christ (donc dans son sang) pour ressusciter, "blanchi" (d'où l'imposition du vêtement blanc), avec lui.

Verset 6:
καὶ ἐποίησεν ἡμᾶς βασιλείαν, ἱερεῖς τῷ Θεῷ καὶ πατρὶ αὐτοῦ, αὐτῷ ἡ δόξα καὶ τὸ κράτος εἰς τοὺς αἰῶνας τῶν αἰώνων· ἀμήν.
"et qui a fait de nous un royaume, des prêtres pour Dieu son Père, à lui soient la gloire et la puissance, aux siècles des siècles! Amen!"
καὶ ἐποίησεν ἡμᾶς βασιλείαν "et il a fait nous un royaume": "βασιλείαν" est attribut du COD "ἡμᾶς "; les fidèles de Dieu, une fois "lavés dans le sang de l'Agneau", deviendront un peuple de rois (cf. Dn 7,22;23; Is 45 11-17; Za 12,1-3; et aussi Ap 2,26-27;5,10; etc.) qui régneront avec lui sur tous les peuples.
ἱερεῖς τῷ Θεῷ καὶ πατρὶ αὐτου "des prêtres pour Dieu et Père de lui": ἱερεύς est l'équivalent de l'hébreu כּהן. Les fidèles forment une "royauté de prêtres" - cf. Ex 19,6sqq. Prêtres, unis au Christ Prêtre, ils offrent à Dieu le Père l'univers entier en sacrifice de louange.
εἰς τοὺς αἰῶνας τῶν αἰώνων "en vue des ères des ères": le renforcement d'un terme par sa répétition, normal dans les langues sémitiques, a trouvé son équivalent grec, dans la LXX puis dans le Nouveau Testament, par cette tournure avec le second terme au génitif. Nous avons ensuite gardé, via le latin de la Vulgate "in saecula saeculorum", cette même tournure "dans / pour les siècles des siècles"; le second terme n'a aucune valeur de détermination, mais est purement et simplement un calque du grec puis du latin bibliques... L'expression signifie "pour tous les siècles", c'est-à-dire "pour l'éternité".
ἀμήν, hébreu אמן: littéralement "vraiment!"

Verset 7:
 ᾿Ιδοὺ ἔρχεται μετὰ τῶν νεφελῶν, καὶ ὄψεται αὐτὸν πᾶς ὀφθαλμὸς καὶ οἵτινες αὐτὸν ἐξεκέντησαν, καὶ κόψονται ἐπ᾿ αὐτὸν πᾶσαι αἱ φυλαὶ τῆς γῆς. ναί, ἀμήν.
"Voici, il vient avec les nuées. Et tout œil le verra, même ceux qui l'ont percé; et toutes les tribus de la terre se lamenteront à cause de lui. Oui. Amen!"
ἔρχεται "il vient": l'imminence de cette venue est soulignée ici par l'emploi du présent (comparer à 1,1: ἐν τάχει "bientôt"; 1,3: ὁ καιρὸς ἐγγύς "le temps est proche").
μετὰ τῶν νεφελῶν "avec les nuées": voir Dn 7,13: עם־ענני שׁמיא - sur les nuées des cieux. La "nuée" accompagne les théophanies (Ex 19,16; Is 6,4; etc.). De même, lors de la manifestation de la gloire du Fils (Lc 9; Ac 1,9).
ὄψεται αὐτὸν πᾶς ὀφθαλμὸς καὶ οἵτινες αὐτὸν ἐξεκέντησαν, καὶ κόψονται ἐπ᾿ αὐτὸν πᾶσαι αἱ φυλαὶ τῆς γῆς "tout œil le verra, même ceux qui l'ont percé; et toutes les tribus de la terre se lamenteront à cause de lui": voir Za 12,10-14, en particulier 10b
והביטו אלי את אשׁר־דקרו וספדו עליו כמספד על־היחיד והמר עליו כהמר על־הבכור׃
"Ils tourneront les regards vers moi, celui qu'ils ont percé.
Ils pleureront sur lui comme on pleure sur un fils unique,
Ils pleureront amèrement sur lui comme on pleure sur un premier-né." (Sur l'importance du premier-né, cf. supra)
Jean emploie également ce passage dans son Evangile.

Verset 8:
᾿Εγώ εἰμι τὸ Α καὶ τὸ Ω, λέγει Κύριος ὁ Θεός, ὁ ὢν καὶ ὁ ἦν καὶ ὁ ἐρχόμενος, ὁ παντοκράτωρ.
"Moi, je suis l'alpha et l'oméga, dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était, et qui vient, le Tout Puissant."
Εγώ εἰμι "moi, je suis": en grec (non plus qu'en latin), le pronom sujet n'est pas exprimé; la désinence verbale suffit. Ici le pronom ἐγώ (ego dans la Vulgate) a donc une valeur emphatique - d'autant plus que, nous l'avons vu plus haut, le fait d'exprimer le verbe "être" a déjà une certaine valeur d'emphase pour un auteur de culture sémitique. Ces deux mots en tête de phrase donnent donc à celle-ci une valeur de déclaration très solennelle.
τὸ Α καὶ τὸ Ω "l'alpha et l'oméga": première et dernière lettres de l'alphabet grec, elles signifient que Dieu est l'origine et la fin de toute chose. C'est pourquoi l'on retrouve, par exemple, ces deux lettres sur le cierge pascal. Il est intéressant de noter que la Vulgate prend soin d'expliciter: "Alpha et Omega principium et finis", ainsi que les Bibles traduites à partir de celle-ci, par exemple:
- en français: "l'Alpha et l'Oméga, le commencement et la fin" (Martin; Ostervald);
- en anglais: "Alpha and Omega, the beginning and the ending" (King James, Webster);"Alpha and Omega, the beginning and the end" (Douay-Reims, Young);
- en allemand: "das A und das O, der Anfang und das Ende" (Luther 1545; Luther rev.1912; Schlachter); en revanche, Elberfelder (1871) traduit le texte grec, mais l'explique entre parenthèses: "das Alpha und das Omega, (Alpha und Omega (A und O) sind der erste und der letzte Buchstabe des griechischen Alphabets)" = "l'Alpha et l'Oméga (alpha et omega (A et O) sont la première et la dernière lettres de l'alphabet grec)", alors que sa version révisée en 1905 supprime l'explication entre parenthèses et écrit seulement:"das Alpha und das Omega";
- en espagnol: "el Alfa y la Omega: principio y fin" (Sagradas Escrituras 1569); "el Alpha y la Omega, el principio y fin" (Reina Valera1858);
- en italien: " l’Alfa, e l’Omega; il principio, e la fine" (G.Diodati 1649);
- en néerlandais: "de Alfa en de Omega, het Begin en het Einde" (Staten Vertaling); etc.
Dieu est l'origine et la fin de l'histoire humaine, il règne sur toute chose; comparer à Ap 2,6; 22,13.
ὁ ὢν καὶ ὁ ἦν καὶ ὁ ἐρχόμενος: voir au verset 4.
ὁ παντοκράτωρ "le tout-Puissant": équivalent de l'hébreu שׁדּי-Shaddaï;voir le commentaire sur le Christ Pantocrator de Cefalù.
_______________________________________

• Ap 7,2-4;9-14.


L'Apocalypse, détail de "Saint Jean à Patmos"
(volet de droite du triptyque de Hans Memling - Hôpital Saint-Jean - Bruges).
Dans la partie gauche, "le ciel", on remarque le Christ-Agneau, avec d'abord autour de lui "les quatre vivants" : à gauche, le lion (identifié ensuite à Marc), puis le bœuf (Luc), l'homme (Matthieu), l'aigle (Jean); ensuite, en un second cercle, les "Anciens", au nombre de douze. Devant le Christ, saint Jean, déjà glorifié, semble nous le montrer.
Dans la partie gauche, "la terre" , on remarque en particulier, dans le ciel, la "Femme" dans sa mandorle, et le dragon qui tente de s'attaquer à elle; et à nouveau saint Jean - plus grand que les autres personnages - puisqu'il ne fait pas partie de la "vision" - exactement parallèle par sa gestuelle à son personnage de la partie gauche: lui aussi nous "montre" ce qu'il voit. Certains des morts sortant de leur tombeau portent déjà le "vêtement blanc", tout comme "les Anciens". On distingue également les "cavaliers".

La première vision dévoile la face cachée de l'étape terrestre de l'avènement du salut.
La seconde, l'accomplissement céleste du dessein de Dieu.
Le temps présent est une période de rémission: le jugement est remis à plus tard.
144000 = 12x12x1000 (12 000 pour chacune des douze tribus d'Israël) est un nombre de plénitude: aucun ne sera laissé pour compte de ceux qui appartiennent à Dieu. La vision de la grande liturgie du ciel révèle que les élus seront une multitude incalculable, et qu'ils viendront de partout.
Si les deux scènes contemplées par saint Jean se déroulent sur deux plans, céleste et terrestre (comme dans l'illustration), on passe sans cesse de l'un à l'autre (comme nous le fait voir la double représentation de Jean): ce qui advient ici-bas a son retentissement dans le ciel.
_______________________________________

• Ap 7,9;14b-17.

Comme par une fenêtre ouverte, saint Jean contemple l'immense foule des élus rassemblés dans les parvis du ciel. Les premiers arrivés sont là, dans l'attitude des orants des représentations antiques. Ils ont déposé les vêtements qu'ils portaient dans la vie quotidienne pour revêtir "les vêtements blancs" de la liturgie - et ils tiennent déjà les palmes à la main. Ils attendent que les rejoignent leurs frères encore aux prises avec la "grande épreuve". 

Le contexte:
Sur Ap 6,1 - 8,6:
Puisqu'il est digne de rompre les sceaux du livre (5,2;9), l'Agneau le fait dans cette section de l'Apocalypse. Le jugement des sceaux - ainsi que celui des trompettes et des coupes - relève de l'autorité divine. C'est ce que souligne la correspondance entre les signes accompagnant d'une part l'apparition de Dieu (4,5) et d'autre part l'ouverture du septième sceau (8,5), le son de la septième trompette (11,13;15) et la septième coupe (16,17sqq).

- L'ouverture des sceaux libère des forces destructrices qui sont mises en œuvre, sous l'autorité de Dieu et dans le cadre de son plan de jugement et de rédemption (6,1-8).
- Ces forces produisent des épreuves punitives et purificatrices. Le texte insiste sur la souveraineté de Dieu (les ordres adressés aux cavaliers viennent de son trône) et permet d'éclairer les aléas de l'histoire à partir d'une perspective céleste sur la souffrance terrestre: les souffrances de l'Église sont sont à l'image de celles du Christ, elles s'intègrent à l'avancement du Royaume, elles ont une fin qui est déjà fixée (6,9-11).
- Cette fin correspond au jour du Jugement (6,12-17), où Dieu révèlera sa justice.

Le chap.7 interrompt l'ouverture des sceaux, avant que le dernier d'entre eux ne soit brisé (tout comme 10,1 - 11,14 joue le rôle d'interlude entre la sixième et la septième trompette).

- Au sein de la détresse, les croyants reçoivent une protection spirituelle de la part de Dieu (7,1-8), afin de pouvoir subsister au grand jour anticipé de la colère (6,17).
- Cette assurance doit être pour l'Église un encouragement à tenir ferme, jusqu'au jour où la promesse s'accomplira (7,9-17).
- Enfin, le septième sceau est ouvert (8,1-5) et, en réponse aux prières des saints, le jugement de Dieu est sur le point d'être exécuté.

Le polyptyque de Gand (ouvert) – 1432 – Van Eyck (av.1395 - av.1441) – Cathédrale de Gand.
Dans cette disposition, le polyptyque représente la Communion des Saints, « le nouveau ciel et la nouvelle terre ».
En haut, Dieu Tout-Puissant, le Verbe, essence et origine de l'univers, est vêtu de rouge et couronné d'une tiare splendide. A sa droite, la Vierge Marie et à sa gauche saint Jean Baptiste (même disposition que dans une déisis orientale). Puis de part et d'autre, des chœurs d'anges. Et, aux extrémités, Adam et Eve semblent sculptés dans des niches en trompe-l'oeil.


Le panneau central inférieur représente les saints, symbolisant les huit Béatitudes, rassemblés autour de l'autel du sacrifice de l'Agneau, au centre d'un jardin céleste irrigué par la fontaine de son Sang. Aux premiers rangs, certains agenouillés, les grandes figures du PT et du NT. Derrière eux, la hiérarchie de l'Eglise et les saints; certains portent le vêtement rouge du martyre. A l'arrière-plan, d'un côté les Confesseurs de la Foi, de l'autre les Vierges martyres.
Au centre du panneau, autour de l'autel où le Sang de l'Agneau est répandu, des anges sont agenouillés, portant les emblèmes de sa Passion. La Grâce est symbolisée par une colombe rayonnante, illuminant le ciel, et par la fontaine de Vie éternelle.
Un paysage paradisiaque, présentant ensemble des plantes de tous lieux et de toutes saisons, se déroule sur les cinq panneaux inférieurs, les réunissant en une unique composition; les bâtiments qui se détachent à l'horizon représentent la Jérusalem céleste.

La Communion des saints se déploie également sur les quatre panneaux latéraux.


<- Les cavaliers superbement équipés représentent les Soldats du Christ, suivis par les Justes Juges.

Face à eux, se trouvent les Saints Ermites qui ont renoncé au monde - qui servirent de modèles d'identification tout au long du Moyen-Age. Le géant qui semble les guider est saint Christophe. -> 
 
Traduction et notes:

Verset 9.
Μετὰ ταῦτα εἶδον, καὶ ἰδοὺ ὄχλος πολύς, ὃν ἀριθμῆσαι αὐτὸν οὐδεὶς ἐδύνατο, ἐκ παντὸς ἔθνους καὶ φυλῶν καὶ λαῶν καὶ γλωσσῶν, ἑστῶτες ἐνώπιον τοῦ θρόνου καὶ ἐνώπιον τοῦ ἀρνίου, περιβεβλημένους στολὰς λευκάς, καὶ φοίνικες ἐν ταῖς χερσὶν αὐτῶν·
Après cela, je regardai, et voici, il y avait une grande foule, que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, et de toute langue. Ils se tenaient devant le trône et devant l'agneau, revêtus de robes blanches, et des palmes dans leurs mains.
• ὄχλος πολύς- une grande foule: D'après le v.14, il s'agit de ceux "qui viennent de la grande détresse". Ce groupe n'est pas forcément des 144 000 du v.4; il peut représenter la la même réalité vue sous l'angle de son accomplissement futur.
ἐνώπιον τοῦ θρόνου καὶ ἐνώπιον τοῦ ἀρνίου- devant le trône et devant l'agneau: Pour cette scène, il s'agit du même lieu et des mêmes acteurs qu'en 4,1-5;14.
στολὰς λευκάς- robes blanches: Voir 3,4;18; 4,4; 6,11; 7,9 et 13-14; 22,14). Symboles de pardon et de pureté (revêtir un vêtement blanc est une image de la purification du péché). Dans l'Ap, ces robes sont données aux rachetés, à ceux qui sont restés fidèles malgré les épreuves.

φοίνικες ἐν ταῖς χερσὶν αὐτῶν- des palmes dans leurs mains: Lors de la fête des Tentes (voir à cette page), les Juifs entraient en cortège dans le Temple en chantant le Ps 118 et en agitant des branches
de palmier, qui font partie du
<- Loulav,
en signe de joie et de victoire (voir Jn 12,13 - où branches de palmes et Ps 118 sont aussi associés). Les branches de palmier étaient ainsi également utilisées lors de la fête de la Consécration pour célébrer la victoire des Maccabées et leur entrée dans Jérusalem (voir à cette page).

Verset 14.
καὶ εἴρηκα αὐτῷ· κύριέ μου, σὺ οἶδας. καὶ εἶπέ μοι· οὗτοί εἰσιν οἱ ἐρχόμενοι ἐκ τῆς θλίψεως τῆς μεγάλης, καὶ ἔπλυναν τὰς στολὰς αὐτῶν καὶ ἐλεύκαναν αὐτὰς ἐν τῷ αἵματι τοῦ ἀρνίου.
Je lui dis: Mon seigneur, c'est toi qui le sais. Et il me dit: Ce sont ceux qui viennent de la grande tribulation; ils ont lavé leurs robes, et ils les ont blanchies dans le sang de l'agneau.
ἐκ τῆς θλίψεως τῆς μεγάλης - de la grande tribulation: (ou "épreuve", ou "détresse"). Comme en 3,10 (l'épreuve que connaissent déjà les chrétiens de Philadelphie et des autres Églises, qui va s'intensifier et prendre une dimension universelle; i.e. le combat que se livrent l'Évangile d'une part, et la propagande satanique d'autre part, pour capter les âmes), certains pensent à
- une référence historique: soit à une grande épreuve finale qui s'achèvera par la chute et le jugement d'un monde hostile au Christ,
- soit à une persécution qui devait s'abattre très rapidement sur les Églises d'Asie Mineure (comp. 2,10;22);
- une référence théologique: suivre l'Agneau et imiter son témoignage, c'est prendre le chemin de ses souffrances (1,9; comp. Mc 13, 9). 
καὶ ἔπλυναν τὰς στολὰς αὐτῶν καὶ ἐλεύκαναν αὐτὰς ἐν τῷ αἵματι τοῦ ἀρνίου - ils ont lavé leurs robes, et ils les ont blanchies dans le sang de l'agneau: Nouvelle image de purification (comp. Hé 9,14; 1Jn 1,7).

Verset 15.
διὰ τοῦτό εἰσιν ἐνώπιον τοῦ θρόνου τοῦ Θεοῦ καὶ λατρεύουσιν αὐτῷ ἡμέρας καὶ νυκτὸς ἐν τῷ ναῷ αὐτοῦ. καὶ ὁ καθήμενος ἐπὶ τοῦ θρόνου σκηνώσει ἐπ᾿ αὐτούς.
C'est pour cela qu'ils sont devant le trône de Dieu, et le servent jour et nuit dans son temple. Celui qui est assis sur le trône dressera sa tente sur eux;
σκηνώσει ἐπ᾿ αὐτούς - dressera sa tente sur eux: Nouvelle allusion à la fête de Soukkot, et donc à la précarité de l'Exode. Is 4,6 emploie la même image. Ces gens ont accès à la présence de Dieu (comparer avec le voile pourpre des icônes, qui symbolise cette même présence divine) et de l'Agneau, parce qu'ils ont été purifiés (v.14). Comp. 6,16-17, où ceux qui sont poursuivis essaient au contraire de fuir loin de cette présence.

Verset 16.
οὐ πεινάσουσιν ἔτι οὐδὲ διψήσουσιν ἔτι, οὐδὲ μὴ πέσῃ ἐπ᾿ αὐτοὺς ὁ ἥλιος οὐδὲ πᾶν καῦμα,
ils n'auront plus faim, ils n'auront plus soif, et le soleil ne les frappera point, ni aucune chaleur.
οὐ πεινάσουσιν ἔτι οὐδὲ διψήσουσιν ἔτι, οὐδὲ μὴ πέσῃ ἐπ᾿ αὐτοὺς ὁ ἥλιος - ils n'auront plus faim, ils n'auront plus soif, et le soleil ne les frappera point: Comp Is 49,10:
לא ירעבו ולא יצמאו ולא־יכם שׁרב ושׁמשׁ
Ils n'auront pas faim et ils n'auront pas soif;
Le mirage et le soleil ne les feront point souffrir.

Verset 17.
ὅτι τὸ ἀρνίον τὸ ἀνὰ μέσον τοῦ θρόνου ποιμανεῖ αὐτούς, καὶ ὁδηγήσει αὐτοὺς ἐπὶ ζωῆς πηγὰς ὑδάτων, καὶ ἐξαλείψει ὁ Θεὸς πᾶν δάκρυον ἐκ τῶν ὀφθαλμῶν αὐτῶν.
Car l'agneau qui est au milieu du trône les paîtra et les conduira aux sources des eaux de la vie, et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux.
ποιμανεῖ αὐτούς, καὶ ὁδηγήσει αὐτοὺς ἐπὶ ζωῆς πηγὰς ὑδάτων- les paîtra et les conduira aux sources des eaux de la vie: Voir Ps 23; Jn 4,10-15; 10,1-17.
Noter le passage, qui s'opère ici, de l'Agneau au Berger.
_______________________________________

• Ap 11,19a; 12, 1-6a; 10ab

Deux images se superposent dans cette vision.
D'une part, celle de la Femme qui enfante, dans la crainte et la douleur, un nourrisson menacé par la puissance extraordinaire d'un terrible dragon. On songe à l'Eglise dont les fils ont sans cesse à redouter les assauts de l'Ennemi qui veut leur perte.
D'autre part, la Femme mère du berger qui préserve les siens de tout danger.
On songe alors à Marie - sur qui le mal n'a eu aucune prise et qui mit au monde le Sauveur.

Mais les deux mystérieuses visions s'estompent pour laisser toute la place à la gloire de Dieu et de son Christ, vers qui monte une vibrante action de grâce.

Traduction et notes:

CHAP. 11
Verset 19a.
καὶ ἠνοίγη ὁ ναὸς τοῦ Θεοῦ ὁ ἐν τῷ οὐρανῷ, καὶ ὤφθη ἡ κιβωτὸς τῆς διαθήκης αὐτοῦ ἐν τῷ ναῷ αὐτοῦ
Et le temple de Dieu dans le ciel fut ouvert, et l'arche de son alliance apparut dans son temple
ὁ ναὸς τοῦ Θεοῦ ὁ ἐν τῷ οὐρανῷ, καὶ [...] ἡ κιβωτὸς τῆς διαθήκης αὐτοῦ ἐν τῷ ναῷ αὐτοῦ - le temple de Dieu dans le ciel, et l'arche de son alliance  dans son temple: Saint Jean contemple les modèles célestes sur lesquels avaient été fabriqués les signes terrestres de l'Alliance; le but de cette dernière (i.e. l'instauration du règne de Dieu) semble donc atteint ici (comp. 15,5). Sur le Temple de Jérusalem et l'arche d'alliance, voir cette page.


CHAP. 12
Verset 1.
Καὶ σημεῖον μέγα ὤφθη ἐν τῷ οὐρανῷ, γυνὴ περιβεβλημένη τὸν ἥλιον, καὶ ἡ σελήνη ὑποκάτω τῶν ποδῶν αὐτῆς, καὶ ἐπὶ τῆς κεφαλῆς αὐτῆς στέφανος ἀστέρων δώδεκα,
Un grand signe parut dans le ciel: une femme enveloppée du soleil, la lune sous ses pieds, et une couronne de douze étoiles sur sa tête.
σημεῖον μέγα - Un grand signe: Premier de trois passages (avec 12,3 et 15,1) où il est question de "signes" célestes.

L’Apocalypse de saint Jean -  La femme enceinte vêtue de soleil (détail) - 1497-98 – A. Dürer (Nuremberg, 1471-1528) – Staatliche Kunsthalle, Karlsruhe

Certains ont vu ici des constellations; d'autres une référence à l'Exode, avec une "femme-peuple" dans le désert, un dragon qui rappelle le pharaon (comp. Ez 29,3; 32,2) et des chœurs qui chantent l'hymne de délivrance de Moïse; d'autres encore pensent que, pour saint Jean, la femme symbolisait l'Église voire l'humanité dans son rapport avec Dieu; quant à son identification à la Vierge Marie, ce serait une interprétation médiévale - due à saint Bonaventure et ses disciples.
γυνὴ περιβεβλημένη τὸν ἥλιον - une femme enveloppée du soleil: Sa grandeur, sa magnificence et sa beauté sont célestes, contrairement à la parure de la prostituée en 17,4 et 18,16.
• ἀστέρων δώδεκα - de douze étoiles: Comme, dans le PT, les "douze" tribus d'Israël (comp. Gn 37,19).
La description de cette femme rappelle celle de Jérusalem dans le PT (Is 26,17-18; 54,1-8). Par la suite, le lecteur sera invité à la comparer à deux autres femmes-villes: Babylone-la-prostituée (17-18) et Jérusalem-la-mariée (21-22).

Verset 2.
καὶ ἐν γαστρὶ ἔχουσα κράζει ὠδίνουσα καὶ βασανιζομένη τεκεῖν.
Elle était enceinte, et elle criait, étant en travail et dans les douleurs de l'enfantement.
ἐν γαστρὶ ἔχουσα κράζει - étant enceinte, elle criait: Comp. à Sion qui enfante un fils dans la douleur en Is 66,7-9.

Verset 3.
καὶ ὤφθη ἄλλο σημεῖον ἐν τῷ οὐρανῷ, καὶ ἰδοὺ δράκων πυρρός μέγας, ἔχων κεφαλὰς ἑπτὰ καὶ κέρατα δέκα, καὶ ἐπὶ τὰς κεφαλὰς αὐτοῦ ἑπτὰ διαδήματα,
Un autre signe parut encore dans le ciel; et voici, c'était un grand dragon rouge, ayant sept têtes et dix cornes, et sur ses têtes sept diadèmes.
δράκων - un dragon: Animal légendaire symbolisant le diable (12,9; 20,2; voir aussi, par ex. Is 27,1; Jb 3,8). Le mot hébreu: לויתןlivyâthân désigne, concrètement, un serpent marin

<- L’Apocalypse de saint Jean -  Le dragon à sept têtes et dix cornes (détail) - 1497-98 – A. Dürer (Nuremberg, 1471-1528) – Staatliche Kunsthalle, Karlsruhe

La femme et le dragon, détail de "Saint Jean à Patmos" (volet de droite du triptyque de Hans Memling - Hôpital Saint-Jean - Bruges) - voir plus haut. ->

ou un crocodile. Mais (et il est alors souvent transcrit "Léviathan") il désigne très souvent dans la Bible un monstre marin emprunté aux mythologies du Proche-Orient ancien (voir par ex. le thème du conflit entre un dieu - souvent le dieu-créateur - et un monstre aqueux dans les pages sur les cosmogonies du POa); cette image est alors utilisée pour évoquer l'ennemi de Dieu, la puissance maléfique qui se cache derrière les nations païennes hostiles au peuple de Dieu (Babylone, l'Égypte, l'Assyrie) et qui les manipule (Ps 74,14 par ex.); ce monstre est souvent aussi présenté comme un "לויתן נחשׁ livyâthân nâkh'âsh Léviathan-serpent" (Is 27,1) ou comme un "תּנּין tannîyn dragon" (Is 51,9). Dans la perspective de l'Apocalypse johannique, il s'agit cette fois de l'empire romain - qui voulait contraindre ses sujets (Juifs et chrétiens en particulier) à sacrifier à ses dieux et à ses empereurs divinisés. 
κεφαλὰς ἑπτὰ καὶ κέρατα δέκα - sept têtes et dix cornes: Qu'auront également les "bêtes" de 13,1 et 17,3; elles représentent le pouvoir du dragon, caricature de l'autorité de l'Agneau (comp. 5,6).

Verset 4.
καὶ ἡ οὐρὰ αὐτοῦ σύρει τὸ τρίτον τῶν ἀστέρων τοῦ οὐρανοῦ, καὶ ἔβαλεν αὐτοὺς ἐπὶ τὴν γῆν. καὶ ὁ δράκων ἕστηκεν ἐνώπιον τῆς γυναικὸς τῆς μελλούσης τεκεῖν, ἵνα, ὅταν τέκῃ, τὸ τέκνον αὐτῆς καταφάγῃ.
Sa queue entraînait le tiers des étoiles du ciel, et les jetait sur la terre. Le dragon se tint devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer son enfant, lorsqu'elle aurait enfanté.
τὸ τρίτον τῶν ἀστέρων τοῦ οὐρανου - le tiers des étoiles du ciel: Voir Dn 8,10. Le dragon remporte une victoire partielle sur les anges sur les justes (voir Dn 12,3).
ἵνα καταφάγῃ - afin de dévorer: Voir Jr 51,34.

Verset 5.
καὶ ἔτεκεν υἱὸν ἄρρενα, ὅς μέλλει ποιμαίνειν πάντα τὰ ἔθνη ἐν ῥάβδῳ σιδηρᾷ. καὶ ἡρπάσθη τὸ τέκνον αὐτῆς πρὸς τὸν Θεὸν καὶ πρὸς τὸν θρόνον αὐτοῦ.
Elle enfanta un fils, qui doit paître toutes les nations avec une houlette de fer. Et son enfant fut enlevé vers Dieu et vers son trône.
ὅς μέλλει ποιμαίνειν - qui doit paître: Voir "Le berger dans la Bible".
ἐν ῥάβδῳ σιδηρᾷ - avec une houlette de fer: Voir Ps 2,9 :
"תרעם בשׁבט ברזל - Tu les briseras avec une verge de fer". 
L’Apocalypse de saint Jean - Planche 10. La femme enceinte vêtue de soleil et le dragon aux sept têtes - 1497-98 – A. Dürer (Nuremberg, 1471-1528) – Staatliche Kunsthalle, Karlsruhe

L'"enfant" est le Messie; sa délivrance des griffes du dragon est présentée comme une ascension "vers Dieu" (sans doute incluant sa mort, victoire apparente et brève du mal; et sa résurrection, victoire définitive sur le mal).
Le contraste entre la "femme" mère du Messie (qu'on l'interprète comme étant l'Église ou la Vierge Marie) et la mère des prostituées en 17,5-6 est saisissant.

Verset 6.
καὶ ἡ γυνὴ ἔφυγεν εἰς τὴν ἔρημον, ὅπου ἔχει ἐκεῖ τόπον ἡτοιμασμένον ἀπὸ τοῦ Θεοῦ, ἵνα ἐκεῖ τρέφωσιν αὐτὴν ἡμέρας χιλίας διακοσίας ἑξήκοντα.
Et la femme s'enfuit dans le désert, où elle avait un lieu préparé par Dieu, afin qu'elle y fût nourrie pendant mille deux cent soixante jours.
ἡ γυνή - la femme: On y a vu (voir la note sur le "σημεῖον μέγα" au v.1) Israël/Sion, l'Église, la Vierge Marie; mais, comme la "ville céleste", elle représente peut-être une réalité bien plus vaste: l'humanité dans son rapport avec Dieu.  
εἰς τὴν ἔρημον - dans le désert: Voir 12,13sqq pour la suite du récit.
Allusion à l'Exode, qui rapproche la "naissance" du Messie de la délivrance d'autrefois. Comme le peuple d'Israël, la "femme" (la communauté de la nouvelle Alliance) est "nourrie" et protégée par Dieu au "désert".
Mais "le désert" est également dans la Bible le lieu où habitent le mal, le péché, les esprits mauvais (Is 34,10-15; Jr 12,10-12; Lm 4,19; Jl 2,3; Mt 12,43; Ap 17,3).
ἡμέρας χιλίας διακοσίας ἑξήκοντα - mille deux cent soixante jours: Période équivalente à d'autres unités de temps employée dans le texte:
- "quarante-deux mois" (11,2; 13,5);
- "trois temps et demi" (12,14 - comp. Dn 7,25; 12,7;11-12; Lc 4,25);
et également employée en 11,3.
Cette durée représente, comme chez Daniel, une période limitée d'épreuves et de persécutions, où le mal sévit et où le peuple de Dieu, bien que protégé, souffre.
Certains y voient un parallèle avec la "dernière heure" des "ἀντίχριστοι antichrists (ou antéchrists)", par ex. en 1Jn 2,18.

Verset 10ab.
καὶ ἤκουσα φωνὴν μεγάλην ἐν τῷ οὐρανῷ λέγουσαν· ἄρτι ἐγένετο ἡ σωτηρία καὶ ἡ δύναμις καὶ ἡ βασιλεία τοῦ Θεοῦ ἡμῶν καὶ ἡ ἐξουσία τοῦ Χριστοῦ αὐτοῦ.
Et j'entendis dans le ciel une voix forte qui disait: Maintenant le salut est arrivé, et la puissance, et le règne de notre Dieu, et l'autorité de son Christ.
ἤκουσα φωνὴν μεγάλην ἐν τῷ οὐρανῷ λέγουσαν - j'entendis dans le ciel une voix forte qui disait: Comme souvent, un cantique (ici, vv.10b-12) vient expliciter la portée théologique de ce qui est raconté.
ἡ ἐξουσία τοῦ Χριστοῦ αὐτοῦ - l'autorité de son Christ: Comp. 5,7. Dieu délègue sa "puissance", son "règne" à "son Christ" en lui donnant l'"autorité"; de même, le dragon délèguera son pouvoir à ses représentants sur la terre (13,2;12).
_______________________________________

• Ap 21,1-5a.

Une création nouvelle, une cité sainte venue du ciel, d'auprès de Dieu: il ne s'agit pas là de vaines espérances, mais de promesses dont saint Jean, un jour, dans une vision, a eu le privilège de contempler l'accomplissement.

<- Alonso CANO  (1601-1667) - La vision de Jérusalem par Saint Jean l'Évangéliste - 1636-37 - Wallace Collection, Londres

Le contexte:
Sur Ap 21,1 - 22,21:
La vision de 21,1-8, qu'on peut rattacher à 19,11 - 20,15, est le premier de trois volets parallèles (avec 21,9-27 et 22,1-5) où il est question, d'une manière ou d'une autre, de la Jérusalem nouvelle et de la nouvelle création:
- 21,1-8 décrit le monde nouveau où Dieu habite avec les hommes;
- 21,9-27, le plus long des trois tableaux, décrit la ville venue d'auprès de Dieu en la présentant comme l'antithèse de Babylone;
- 22,1-5 a pour thème une ville-paradis dans laquelle Dieu est venu résider.
Par cette vision de l'Église glorifiée, s'accomplit la vocation des Églises d'Asie: à la place de leurs imperfections et infidélités, on découvre un amour parfait - représenté par une mariée rayonnante.
Cette vision globale est destinée à inspirer le peuple de Dieu, à susciter son adoration, à l'inciter à demeurer dans le présent en communion avec Dieu.
L'accomplissement parfait de la vocation de l'Église - le peuple que Dieu rassemble, pour demeurer en son sein - est dépeint à l'aide d'images et de symboles de beauté, de perfection, de richesse, qui reprennent tout ce que les prophètes avaient entrevu. Leur message est intégré à une toile encore plus magnifique, et à l'histoire de l'Agneau immolé et ressuscité.
Dans une conclusion (22,6-21) qui réaffirme la vérité du témoignage de Jean et la portée de la révélation qu'il transmet, le Ressuscité adresse la parole une dernière fois aux siens. Leur réponse exprime leur vif désir de le rencontrer, et ramène l'Apocalypse et ses destinataires au point de départ: le temps est proche et leur Seigneur également: double incitation à la persévérance dans la foi!

Traduction et notes:

Verset 1.
Καὶ εἶδον οὐρανὸν καινὸν καὶ γῆν καινήν· ὁ γὰρ πρῶτος οὐρανὸς καὶ ἡ πρώτη γῆ ἀπῆλθον, καὶ ἡ θάλασσα οὐκ ἔστιν ἔτι.
Puis je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre; car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et la mer n'était plus.
εἶδον - je vis: Entre 19,11 et 21,1 cette expression revient huit fois (19,11;17;19; 20,1;4;11; 21,1;2). Elle structure une série de visions décrivant la victoire du Christ et le jugement des forces qui s'opposent à lui. Ces visions s'achèvent sur une fresque grandiose.
• οὐρανὸν καινὸν καὶ γῆν καινήν - un nouveau ciel et une nouvelle terre: L'adjectif employé ici est le même (καινός kaïnos) que celui désignant la "Nouvelle Alliance". Il exprime une idée de véritable, complète, radicale nouveauté, contrairement à νέος néos (et à son comparatif νεώτερος néôteros) qui exprime une idée de jeunesse, de nouveauté par rapport à autre chose. Dans la LXX, il traduit l'adjectif hébreu חדשׁ kh'âdâsh dont le sens est tout aussi radical.
Voir Is 65,17a:
כי־הנני בורא שׁמים חדשׁים וארץ חדשׁה
Car je vais créer de nouveaux cieux
Et une nouvelle terre

LXX: ἔσται γὰρ ὁ οὐρανὸς καινὸς καὶ ἡ γῆ καινή (litt.: car il y aura le nouveau ciel et la nouvelle terre),
et Is 66,22.
Il s'agit du remplacement de l'ancienne création, temporaire, par la nouvelle, éternelle.
ἡ θάλασσα οὐκ ἔστιν ἔτι - la mer n'était plus: Les forces opposées à Dieu sont souvent représentées comme des puissances "aquatiques" (voir par ex. les icônes du Baptême du Christ - à cette page; et les textes et notes sur les Cosmogonies Proche-Orientales - à cette page et aux suivantes). Comme elles ont été anéanties, leur "habitat" n'a plus de raison d'être.

Verset 2.
καὶ τὴν πόλιν τὴν ἁγίαν ῾Ιερουσαλὴμ καινὴν εἶδον καταβαίνουσαν ἐκ τοῦ οὐρανοῦ ἀπὸ τοῦ Θεοῦ, ἡτοιμασμένην ὡς νύμφην κεκοσμημένην τῷ ἀνδρὶ αὐτῆς.
Alonso CANO  (1601-1667) - La vision de Jérusalem par Saint Jean l'Évangéliste -1636-37 - (Détail) - Wallace Collection, Londres
Et je vis descendre du ciel, d'auprès de Dieu, la ville sainte, nouvelle Jérusalem, préparée comme une épouse qui s'est parée pour son époux.
Ιερουσαλὴμ καινὴν - nouvelle Jérusalem: La description de la "nouvelle Jérusalem" rappelle la vision de la "Jérusalem restaurée" d'Ez 40-48 et d'Is 60.
"La ville" est présentée dans Ap 21-22 à la fois
- comme le cadre de vie de la communauté des croyants dans la nouvelle création
- comme cette communauté elle-même.
"La nouvelle Jérusalem" est le symbole de la communion entre "Dieu" et son peuple; elle est la "mariée", "l'Épouse de l'Agneau" (v.9). Voir Ap 3,12; 19,7.

Verset 3.
καὶ ἤκουσα φωνῆς μεγάλης ἐκ τοῦ οὐρανοῦ λεγούσης· ἰδοὺ ἡ σκηνὴ τοῦ Θεοῦ μετὰ τῶν ἀνθρώπων, καὶ σκηνώσει μετ᾿ αὐτῶν, καὶ αὐτοὶ λαοὶ αὐτοῦ ἔσονται, καὶ αὐτὸς ὁ Θεὸς ἔσται μετ᾿ αὐτῶν·
Et j'entendis du trône une forte voix qui disait: Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes! Il habitera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux.
μετὰ τῶν ἀνθρώπων - avec les hommes: Voir Lv 26,11-13; Ez37,27. Ez se termine sur le nom de la ville:
ושׁם־העיר מיום יהוה שׁמה׃
Et, dès ce jour, le nom de la ville sera: "YHWH-l'Éternel est ici" (Ez 48,35).
La communion parfaite qui existera entre Dieu et son peuple accomplira les attentes prophétiques. Comp. aussi Jn 1,14.
αὐτὸς ὁ Θεὸς ἔσται μετ᾿ αὐτῶν - Dieu lui-même sera avec eux: Voir Is 7,14; 8,1.

Verset 4.
καὶ ἐξαλείψει ὁ Θεὸς πᾶν δάκρυον ἀπὸ τῶν ὀφθαλμῶν αὐτῶν, καὶ ὁ θάνατος οὐκ ἔσται ἔτι, οὔτε πένθος οὔτε κραυγὴ οὔτε πόνος οὐκ ἔσται ἔτι· ὅτι τὰ πρῶτα ἀπῆλθον.
Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu.
Voir Is 25,8. La présence de Dieu dans toute sa plénitude implique la disparition des souffrances, caractéristiques de l'ancienne création (voir 7,17).

Verset 5.
Καὶ εἶπεν ὁ καθήμενος ἐπὶ τῷ θρόνῳ· ἰδοὺ καινὰ ποιῶ πάντα. καὶ λέγει μοι· γράψον, ὅτι οὗτοι οἱ λόγοι πιστοὶ καὶ ἀληθινοί εἰσι.
Et celui qui était assis sur le trône dit: Voici, je fais toutes choses nouvelles. Et il dit: Écris; car ces paroles sont certaines et véritables.
καινὰ ποιῶ πάντα - je fais toutes choses nouvelles: Voir Mt 19,28 - qui parle de la "nouvelle naissance" de la terre; Rm 8,21.

<- Christ en Majesté et la Jérusalem céleste - vers 1120 - Fresque - Chapelle Conventuelle de  l'église abbatiale de St. Chef en Dauphiné

Le Christ dans une mandorle est assis sur un trône couvert de coussins, les bras levés en une geste de bénédiction.
L'Agneau est curieusement placé au-dessus de la couronne du Christ, et à l'envers par rapport à ce dernier; il se rattache ainsi au registre supérieur de la voûte, et fait partie de la Jérusalem céleste que contemple saint Jean, conduit par un ange (à gauche):

_______________________________________

• Ap 21,10-14;22-23.

Une création nouvelle, une cité sainte venue du ciel, d'auprès de Dieu: il ne s'agit pas là de vaines espérances, mais de promesses dont saint Jean, un jour, dans une vision, a eu le privilège de contempler l'accomplissement.

Le contexte:
Sur Ap 21,1 - 22,21: Cf. supra.

Traduction et notes:

Verset 10.
καὶ ἀπήνεγκέ με ἐν πνεύματι ἐπ᾿ ὄρος μέγα καὶ ὑψηλόν, καὶ ἔδειξέ μοι τὴν πόλιν τὴν ἁγίαν ῾Ιερουσαλὴμ καταβαίνουσαν ἐκ τοῦ οὐρανοῦ ἀπὸ τοῦ Θεοῦ,
Et il me transporta en esprit sur une grande et haute montagne. Et il me montra la ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel d'auprès de Dieu,
καὶ ἀπήνεγκέ με ἐν πνεύματι - Et il me transporta en esprit: Comp. 1,10; 4,2; 17,3.
On notera le contraste de lieu: le "désert" de la ville des hommes devient la "grande et haute montagne" (comp. Is 2,2; Ez 40,2; Mi 4,1; Ps 48,2) de la cité de Dieu.

Verset 11.
ἔχουσαν τὴν δόξαν τοῦ Θεοῦ· ὁ φωστὴρ αὐτῆς ὅμοιος λίθῳ τιμιωτάτῳ, ὡς λίθῳ ἰάσπιδι κρυσταλλίζοντι·
ayant la gloire de Dieu. Son éclat était semblable à celui d'une pierre très précieuse, d'une pierre de jaspe transparente comme du cristal. 
• τὴν δόξαν τοῦ Θεοῦla gloire de Dieu: Comp. 21,23. Le mot "δόξα doxa" traduit l'hébreu "כּבד ou כּבוד kâbôd"; dans le Premier Testament, la "gloire de Dieu" emplissait le Temple; dans la nouvelle création, cette "gloire" rayonne au sein du peuple de Dieu.
Comp. avec 15,8, où la fumée indique la présence glorieuse de Dieu et empêche (comme au tabernacle ou au Temple: Ex 40,34-35; 1R 8,10-11; 2Ch 7,1-3; voir aussi Is 6,4; Ps 18,9; et surtout Ez 10,4) l'assistance humaine.
λίθῳ ἰάσπιδι - d'une pierre de jaspe: Le jaspe paraît jouer le rôle de pierre au reflet divin (voir ainsi 4,3). Comme dans les théophanies du PT (voir par ex. Ex 24,10; Ez1,26;28), les pierres précieuses (qui jouent un rôle symbolique sur le vêtement du grand-prêtre: Ex 28,17-20) contribuent à un récit de vision qui tente d'exprimer l'indicible: la majesté et la gloire de Dieu; on les retrouvera dans la suite de la description de la nouvelle création, en 18,21.

Verset 12.
ἔχουσα τεῖχος μέγα καὶ ὑψηλόν, ἔχουσα πυλῶνας δώδεκα, καὶ ἐπὶ τοῖς πυλῶσιν ἀγγέλους δώδεκα, καὶ ὀνόματα ἐπιγεγραμμένα, ἅ ἐστι τῶν δώδεκα φυλῶν τῶν υἱῶν ᾿Ισραήλ. 
Elle avait une grande et haute muraille. Elle avait douze portes, et sur les portes douze anges, et des noms écrits, ceux des douze tribus des fils d'Israël:

<- Christ en Majesté et la Jérusalem céleste - vers 1120 - Fresque - Chapelle Conventuelle de  l'église abbatiale de St. Chef en Dauphiné - détail: La Jérusalem céleste, protégée par des anges, et demeure de l'Agneau.

πυλῶνας δώδεκα - douze portes: La "haute muraille" symbolise la sécurité dont bénéficient les habitants - et on pourrait penser que ces "douze portes", avec leurs douze anges "gardiens", représentent aussi cette sécurité; mais on verra en 21,25 que ces portes sont toujours ouvertes. 
δώδεκα φυλῶν τῶν υἱῶν ᾿Ισραήλ - les douze tribus des fils d'Israël: Voir en 7,5-8 le rappel des douze tribus: Juda, Ruben, Gad, Aser, Nephthali, Manassé, Siméon, Lévi, Issacar, Zabulon, Joseph, Benjamin.

Verset 13.
ἀπὸ ἀνατολῆς πυλῶνες τρεῖς, καὶ ἀπὸ βορρᾶ πυλῶνες τρεῖς, καὶ ἀπὸ νότου πυλῶνες τρεῖς, καὶ ἀπὸ δυσμῶν πυλῶνες τρεῖς.
à l'orient trois portes, au nord trois portes, au midi trois portes, et à l'occident trois portes. 
Les points cardinaux sont cités par Jean dans le même ordre qu'en Ez 42, 16sqq.

Verset 14.
καὶ τὸ τεῖχος τῆς πόλεως ἔχων θεμελίους δώδεκα, καὶ ἐπ᾿ αὐτῶν δώδεκα ὀνόματα τῶν δώδεκα ἀποστόλων τοῦ ἀρνίου. 
La muraille de la ville avait douze fondements, et sur eux les douze noms des douze apôtres de l'Agneau. 
δώδεκα ἀποστόλων τοῦ ἀρνίουles douze apôtres de l'Agneau: Les noms des douze apôtres, associés à ceux des douze tribus, représentent l'ensemble du peuple de Dieu, Première et Nouvelle Alliance confondues.
-------

Verset 22.
Καὶ ναὸν οὐκ εἶδον ἐν αὐτῇ· ὁ γὰρ Κύριος ὁ Θεὸς ὁ παντοκράτωρ ναὸς αὐτῆς ἐστι, καὶ τὸ ἀρνίον.
Je ne vis point de temple dans la ville; car le Seigneur Dieu tout puissant est son temple, ainsi que l'Agneau.

ναὸν οὐκ εἶδον - Je ne vis point de temple: Ce qui est une surprise par rapport à la prophétie d'Ézéchiel; mais, dans la mesure où la ville a pris la forme du "Lieu Très-Saint" (voir description au v.16), l'absence de temple matériel est très largement compensée par la présence de Dieu et de l'Agneau (voir Jn 2,19-22, où Jésus parle du "Temple" qu'est son corps): Dieu est dorénavant parfaitement et universellement présent au milieu de son peuple, aucune impureté n'interdit plus l'accès à sa Présence (v.27).

Verset 23.
καὶ ἡ πόλις οὐ χρείαν ἔχει τοῦ ἡλίου οὐδὲ τῆς σελήνης ἵνα φαίνωσιν αὐτῇ· ἡ γὰρ δόξα τοῦ Θεοῦ ἐφώτισεν αὐτήν, καὶ ὁ λύχνος αὐτῆς τὸ ἀρνίον.
La ville n'a besoin ni du soleil ni de la lune pour l'éclairer; car la gloire de Dieu l'éclaire, et l'Agneau est son flambeau. 

ὁ λύχνος αὐτῆς - son flambeau: Comp. à l' "éclat" du v.11; la "gloire de Dieu" (comp. 15,8) et "l'Agneau" surpassent par leur rayonnement le soleil et la lune, qui n'ont donc plus de raison d'être - conformément à Is 60,19;20.
_______________________________________

• Ap 22,12-14;16-20.

L'Apocalypse (et donc, avec ce livre, la Bible chrétienne) s'achève par un solennel avertissement: rien ne doit être ajouté ou retranché aux saintes Écritures.

Le contexte:
Sur Ap 21,1 - 22,21: Cf. supra.

Traduction et notes:

Verset 12.
᾿Ιδοὺ ταχύ, καὶ ὁ μισθός μου μετ᾿ ἐμοῦ, ἀποδοῦναι ἑκάστῳ ὡς τὸ ἔργον ἔσται αὐτοῦ. 
Voici, je viens bientôt, et ma rétribution est avec moi, pour rendre à chacun selon ce qu'est son œuvre.
• ἀποδοῦναι ἑκάστῳ ὡς τὸ ἔργον ἔσται αὐτουpour rendre à chacun selon ce qu'est son œuvre: Voir 11,18.

Verset 13.
᾿ἐγὼ τὸ Α καὶ τὸ Ω, ὁ πρῶτος καὶ ὁ ἔσχατος, ἀρχὴ καὶ τέλος.  
Je suis l'alpha et l'oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin.
ἐγὼ τὸ Α καὶ τὸ Ω - Je suis l'alpha et l'oméga: Voir 1,8; 21,6. Première et dernière lettres de l'alphabet grec (que l'on retrouve, par ex., sur le cierge pascal - ou sur l'auréole du Christ dans de nombreuses icônes). Dieu règne sur toute l'histoire humaine, il est le commencement et la fin de toute chose.
Le verbe "être"-copule n'étant pas exprimé dans la phrase (ce qui est normal en grec, comme en hébreu et dans de nombreuses autres langues): "Moi, l'alpha et l'oméga", certaines traductions reprennent le verbe "ἔρχομαι - je viens" de la phrase précédente: "Moi, l'alpha et l'oméga, le premier... je viens".
ἐγὼ τὸ Α καὶ τὸ Ω, ὁ πρῶτος καὶ ὁ ἔσχατος, ἀρχὴ καὶ τέλος - Je suis l'alpha et l'oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin: De deux titres en 21,6, on passe ici à trois, en ajoutant celui de 1,17 et 2,8. Par cette triple affirmation d'éternité, le Christ se montre habilité à prononcer l'ultime béatitude du v.14.

Verset 14.
᾿Μακάριοι οἱ ποιοῦντες τὰς ἐντολὰς αὐτοῦ, ἵνα ἔσται ἡ ἐξουσία αὐτῶν ἐπὶ τὸ ξύλον τῆς ζωῆς, καὶ τοῖς πυλῶσιν εἰσέλθωσιν εἰς τὴν πόλιν.  
Heureux ceux qui lavent leurs robes, afin d'avoir droit à l'arbre de vie, et d'entrer par les portes dans la ville!
Μακάριοι - Heureux: Septième et dernière béatitude de l'Apocalypse; les précédentes sont:
- 1,3: "Heureux celui qui lit et ceux qui entendent les paroles de la prophétie, et qui gardent les choses qui y sont écrites!"
- 14,3: "Heureux dès à présent les morts qui meurent dans le Seigneur!"
- 16,15: "Heureux celui qui veille, et qui garde ses vêtements, afin qu'il ne marche pas nu et qu'on ne voie pas sa honte!"
- 19,9: "Heureux ceux qui sont appelés au festin des noces de l'agneau!"
- 20,6: "Heureux et saints ceux qui ont part à la première résurrection!"
- 22,7: "Heureux celui qui garde les paroles de la prophétie de ce livre!"
οἱ ποιοῦντες τὰς ἐντολὰς αὐτοῦ - ceux qui lavent leurs robes: Voir 7,14 (et note à cette page); 19,7-8.
ἔσται ἡ ἐξουσία αὐτῶν ἐπὶ τὸ ξύλον τῆς ζωῆς - avoir droit à l'arbre de vie: "Droit" retiré après la chute (Gn 3,24). Le mot ἐξουσία a de multiples sens, tous apparentés à l'idée de "possibilité"; on peut ainsi le traduire par "autorité" (2,26; 13,7; 16,9) ou encore "pouvoir" (6,8; 11,6).

Verset 16.
᾿ ᾿Εγὼ ᾿Ιησοῦς ἔπεμψα τὸν ἄγγελόν μου μαρτυρῆσαι ὑμῖν ταῦτα ἐπὶ ταῖς ἐκκλησίαις. ἐγώ εἰμι ἡ ῥίζα καὶ τὸ γένος Δαυΐδ, ὁ ἀστὴρ ὁ λαμπρὸς ὁ πρωϊνός.  
Moi, Jésus, j'ai envoyé mon ange pour vous attester ces choses dans les Églises. Je suis le rejeton et la postérité de David, l'étoile brillante du matin.
ἡ ῥίζα καὶ τὸ γένος Δαυΐδ - le rejeton et la postérité de David: Reprise du titre messianique "ἡ ῥίζα Δαυΐδ" employé en 5,5 - mais en y adjoignant l'idée de descendance.
ὁ ἀστὴρ ὁ λαμπρὸς ὁ πρωϊνός - l'étoile brillante du matin: Voir Nb 24,17:
"כוכב מיעקב - Un astre sort de Jacob"; et Ap 2,28: "καὶ δώσω αὐτῷ τὸν ἀστέρα τὸν πρωϊνόν - Et je lui donnerai l'étoile du matin".

Verset 17.
᾿Καὶ τὸ Πνεῦμα καὶ ἡ νύμφη λέγουσιν· ἔρχου, καὶ ὁ ἀκούων εἰπάτω· ἔρχου. καὶ ὁ διψῶν ἐρχέσθω, καὶ ὁ θέλων λαβέτω ὕδωρ ζωῆς δωρεάν.
Et l'Esprit et l'épouse disent: Viens. Et que celui qui entend dise: Viens. Et que celui qui a soif vienne; que celui qui veut, prenne de l'eau de la vie, gratuitement.
ἔρχου [...] ἔρχου [...] ἐρχέσθω  - Viens [...] Viens [...] que vienne: Cette invitation répétée semble en anticiper une autre, décisive: "ἔρχου, Κύριε ᾿Ιησοῦ - Viens, Seigneur Jésus!" au v.20.
On peut voir ici un dialogue entre l'Esprit qui appelle et "l'épouse" (l'Église) qui répond; c'est pourquoi certains exégètes ont pensé, à propos de ce verset, à une liturgie à deux ou plusieurs voix, peut-être utilisée lors de l'Eucharistie.

Versets 18-19.
᾿Μαρτυρῶ ἐγὼ παντὶ τῷ ἀκούοντι τοὺς λόγους τῆς προφητείας τοῦ βιβλίου τούτου· ἐάν τις ἐπιθῇ ἐπ᾿ αὐτά, ἐπιθήσει ὁ Θεὸς ἐπ᾿ αὐτὸν τὰς πληγὰς τὰς γεγραμμένας ἐν τῷ βιβλίῳ τούτῳ·
Je le déclare à quiconque entend les paroles de la prophétie de ce livre: Si quelqu'un y ajoute quelque chose, Dieu le frappera des fléaux décrits dans ce livre;
καὶ ἐάν τις ἀφέλῃ ἀπὸ τῶν λόγων τοῦ βιβλίου τῆς προφητείας ταύτης, ἀφελεῖ ὁ Θεὸς τὸ μέρος αὐτοῦ ἀπὸ τοῦ ξύλου τῆς ζωῆς καὶ ἐκ τῆς πόλεως τῆς ἁγίας, τῶν γεγραμμένων ἐν τῷ βιβλίῳ τούτῳ.
et si quelqu'un retranche quelque chose des paroles du livre de cette prophétie, Dieu retranchera sa part de l'arbre de la vie et de la ville sainte, décrits dans ce livre.
• ἐάν τις ἐπιθῇ [...] ἐάν τις ἀφέλῃ Si quelqu'un ajoute [...] si quelqu'un retranche: Comp. Dt 4,2:
 לא תספו על־הדבר אשׁר אנכי מצוה אתכם ולא תגרעו ממנו לשׁמר את־מצות יהוה אלהיכם אשׁר אנכי מצוה אתכם׃ 
"Vous n'ajouterez rien à ce que je vous prescris, et vous n'en retrancherez rien; mais vous observerez les commandements de l'Éternel, votre Dieu, tels que je vous les prescris".
La mise en garde pourrait concerner des faux prophètes, susceptibles de ne pas accepter cette "Révélation" ("Apocalypse"), ou plus simplement tout lecteur qui la prendrait à la légère.

Verset 20.
᾿Λέγει ὁ μαρτυρῶν ταῦτα· ναί ἔρχομαι ταχύ. ἀμήν, ναὶ ἔρχου, Κύριε ᾿Ιησοῦ.
Celui qui atteste ces choses dit: Oui, je viens bientôt. Amen! Oui! Viens, Seigneur Jésus!
ὁ μαρτυρῶν ταῦτα  - Celui qui atteste ces choses: Sans doute "ὁ μάρτυς ὁ πιστός - le témoin fidèle" de 1,5.
ἔρχου, Κύριε ᾿Ιησοῦ  - Viens, Seigneur Jésus: Voir note sur v.17. Référence à l'acclamation araméenne "ܡܪܢ ܐܬܐ - Maran atha - Notre Seigneur, viens!" utilisée dans les cultes de l'Église apostolique (voir, par ex., 1Co 16,22).
_______________________________________
Assistant de création de site fourni par  Vistaprint