Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

Le 25 mars:



L'Annonciation du Seigneur




Introduction

Si, historiquement, la foi en l'Incarnation est explicitement attestée depuis le IIème s. après J.-C., elle a bien entendu toujours été centrale pour l'Eglise apostolique.

A côté des fêtes solennelles de l'Epiphanie et de Pâques, qui soulignent cette centralité du Christ, on a d'abord exalté "la divine maternité de Marie" (concile d'Ephèse, 431): Marie a été choisie par Dieu pour porter son Incarnation, Jésus, "עמנו אל = Emmanuel = Dieu [est] avec nous"¹

 Annonciation ->
Scènes de la vie de la Vierge, devant d'autel de Santa Maria d'Avià - Musée d'art de Catalogne - Barcelone

Lors de la célébration de la fête de l'Annonciation - ou de "l'annonce de la divine Incarnation à la bienheureuse Vierge Marie" comme elle est mentionnée pour la première fois dans un texte du Concile de Tolède, en 656 - il s'agit de commémorer l'annonce faite à Marie par l'archange Gabriel de cette élection divine.
On trouve la célébration de cette fête à Rome environ trente ans plus tard. Toutefois, elle est certainement plus ancienne.

• C'est une fête très importante pour les chrétiens, car elle nous dit que, si Dieu s'est fait homme en Marie, il peut aussi "naître en nous - non point dans le sens où il fut mis au monde [...] par la Vierge Marie - mais dans le sens d'une prise de possession toute spirituelle quoique réelle de notre personne par le Sauveur" (Père Lev Gillet)

• Quant à cette date du 25 mars, si elle a été choisie parce qu'elle tombe exactement neuf mois avant Noël, elle ne s'est pas imposée partout: en Espagne jusqu'à l'an 1000 environ, ainsi que dans certains rites aujourd'hui encore, on célèbre cette fête une semaine avant Noël, soit le 18 décembre.

• Enfin, il ne faut pas oublier que l'Annonciation est très vite suivie de la Visitation (en général fêtée le 31 mai): Marie, bien qu'étant elle-même enceinte, se hâtera d'aller auprès de sa tante Elisabeth, elle-même enceinte en son âge avancé de Jean (le) Baptiste, "le Précurseur" - celui qui "préparera les chemins du Seigneur" Jésus, et le baptisera "dans l'eau" - pour l'assister: Marie ne se replie pas sur sa Joie de future mère de l'Emmanuel, mais pense à se dépenser pour les autres (voir Lc 1,39-56, texte, notes et illustrations à cette page)!



<- Visitation - Scènes de la vie de la Vierge, devant d'autel de Santa Maria d'Avià - Musée d'art de Catalogne - Barcelone)



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¹Cf. Ex 17,7; Ps 46/45, etc.: nom symbolique d'un descendant de la Maison de David, annoncé à Achaz - Is 7,14; 8,8-10 - qui, par-delà Ezechias désigne, selon Mt 1,23, le Messie, fils de Dieu, porté par Marie, fils adopté par Joseph.
En Ap 21,3, "Dieu avec eux" est la transposition de "Emmanuel".

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Étude d'icônes typologiques.

La fête du 25 mars coïncide avec l'équinoxe du printemps, moment où, selon les conceptions anciennes, le premier homme, Adam, a été créé.
La Vierge Marie est la nouvelle Ève, dont naîtra Jésus.

Appellations:
- l'Annonciation
- Ho Chairetismos (nom grec)
- Blagovechtchenie (nom slave)

Sources:
Lc 1,28-30
- Protévangile de Jacques
- Hymne Acathiste.

Iconographie:
- Gabriel debout devant Marie;
- Marie au puits; ou dans sa chambre, assise sur un trône; filant la pourpre pour le voile du Temple.

<- L'Annonciation - vers 1120 - Galerie Tretiakov, Moscou.
(Le fond et les auréoles dorés de cette icône ont été perdus au XVIème siècle, lorsqu'elle fut transférée de Novgorod à Moscou.)

Le caractère archaïque de l'attitude solennelle de l'ange Gabriel se manifeste dans la douce fermeté du mouvement de bénédiction de son bras tendu.
La Vierge Marie tient la tête légèrement inclinée à l'écoute de l'ange; la position de sa main droite est parallèle à celle de l'ange, et répète le geste de salut.
Le Christ prend forme en son sein: Jésus est en effet représenté symboliquement dans les plis de son vêtement, comme s'il naissait du fil de pourpre qui remonte de l'écheveau qu'elle tient dans sa main gauche.
La nature humaine de Marie est symbolisée par sa tunique bleu-vert, cependant que son manteau rouge foncé indique qu'elle a été revêtue de la royauté divine. De même, le marchepied sur lequel la Vierge se tient debout la situe dans une dimension divine.
Dieu le Père est présent dans le demi-cercle inscrit entre les auréoles de l'ange et de la Vierge.




L'Annonciation - Andreï Roublev et assistants - 1408 - Galerie Tretiakov, Moscou. ->

Le ciel s'ouvre pour laisser passer un rayon divin dirigé vers la Vierge; on sait par ailleurs que le voile de pourpre symbolise la présence divine. Le bâton que tient Gabriel est signe de son pouvoir.




Théologie de l'icône:
Comme on l'a vu, la date de cette fête tombe exactement neuf mois avant la Nativité; mais également six mois après la conception de saint Jean Baptiste, le 23 septembre: Marie reçoit en effet aussi de Gabriel l'annonce que sa cousine Elisabeth, future mère du Précurseur, est au sixième mois de sa grossesse (Lc 1,36-37).
Les premières icônes de l'Annonciation présentent Marie et Gabriel debout, l'un en face de l'autre, dans un dialogue muet des yeux et des mains:
- si la main de Marie est est dirigée vers l'archange, comme pour l'arrêter, elle indique réserve et détachement;
- si au contraire elle est repliée sur la poitrine, elle exprime accord et soumission.
Par la suite, la composition acquiert du mouvement, et l'archange accourt vers la Vierge Marie, assise sur un trône royal.

L'iconographie de l'Annonciation inspirée du Protévangile de Jacques (souvent présente dans les icônes à scènes multiples: voir par ex. à cette page ou ci-dessous) se divise en deux moments:
- l'archange apparaît une première fois au puits, d'où Marie est en train de puiser de l'eau,
- puis une seconde fois dans la maison, alors qu'elle file la pourpre pour le voile du Temple, et ce voile, symbole de la présence divine, représente le corps de Jésus qui prend chair en elle.


Ci-dessous:
L'Annonciation avec des scènes de la vie de la Mère de Dieu
1580-1590 - Musée d'Histoire et d'Art, Solvytchedosk.

L'icône centrale est conforme à la typologie (Dieu le Père fait descendre sa bénédiction, sous forme d'un rayon, sur la Vierge; la scène se passe devant les murs de la ville; la Vierge tient un écheveau de pourpre et se tient sur un marchepied - la position de sa main droite indiquant sa stupeur).

<- Compartiments supérieurs: scène de la vie d'Anne et Joachim


<- A ce niveau, à gauche: La naissance de Marie


<- A ce niveau, de part et d'autre de l'icône centrale: Scènes de l'enfance de Marie

<- A ce niveau, à gauche: La présentation de Marie au Temple

<- A ce niveau, de part et d'autre de l'icône centrale: Le mariage de Marie et Joseph, et l'Annonciation au puits.

<- Compartiments inférieurs: La Nativité du Seigneur - L'archange Gabriel annonce à Marie sa mort prochaine - Marie au Mont des Oliviers - Marie prend congé des femmes de Jérusalem - La Dormition de la Vierge Marie.

On notera aussi dans l'icône centrale la grotte qui s'ouvre entre Gabriel et la Vierge Marie: c'est à la fois une allusion à la Nativité, et un symbole de la mort et des enfers.
Le Christ, par sa naissance et par sa mort, entrera dans cette grotte pour racheter le monde de la mort et du péché (voir les icônes de "La Descente aux enfers").  

Texte:
"Ce jour est le commencement de notre salut et la manifestation du mystère éternel.
Le Fils de Dieu devient le fils de la Vierge et Gabriel annonce la grâce. 
C'est pourquoi nous adressons à la Mère de Dieu cette exclamation:
'Réjouis-toi, ô pleine de grâce, le Seigneur est avec toi!' "
(hymne byzantine).

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Les Textes

• Première lecture: Is 7,10-14
Le sens et la portée des prophéties se précisent au fur et à mesure que les événements se déroulent, et que la prophétie, de son côté, permet de mieux les comprendre.
Il en va ainsi pour l'oracle assez énigmatique de l'Emmanuel (voir, plus haut, l'introduction).
L'initiative que Dieu tenait en réserve était l'envoi d'un Sauveur né d'une fille d'Israël - et cet événement, que nul autre n'aurait pu prévoir, se situe dans la continuité des promesses du Seigneur.

• Psaume: Ps 40(hébr) /39(LXX et lit),7-11
"Voici, je viens": humble et totale disponibilité du psalmiste (David), de Marie, de Jésus, de l'Eglise.

• Deuxième lecture: Hé 10,4-10
"Me voici pour faire ta volonté": ce "oui" sans réserve à la volonté du Père est cause de notre rédemption. 
Celui de Marie l'avait annoncé. 

• Evangile: Lc 1,26-38
Bien qu'elle ait été très souvent représentée, l'Annonciation du Seigneur est tout autre chose qu'une simple scène d'"imagerie pieuse"...
Le récit évangélique témoigne d'un mystère indicible: celui d'un appel tout spécial adressé à "une jeune fille, une vierge de Nazareth", et du consentement, étonné mais sans réticence, donné par Marie.
Tout le reste est Mystère. Le Mystère de Dieu, et celui de Marie.

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Pour méditer

- De Saint Bède le Vénérable (v. 673-735), moine, docteur de l'Église, Homélies pour l'Avent

      « L'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie »:
Ce qui est dit de la maison de David ne concerne pas seulement Joseph, mais aussi Marie. Car la Loi prescrivait que chacun devait épouser une femme de sa tribu et de sa famille, au témoignage de l'apôtre Paul, qui écrit à Timothée : « Souviens-toi de Jésus Christ, le descendant de David : il est ressuscité d'entre les morts, voilà mon évangile » (2Tm 2,8) [...]
      « Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père »:
Le trône de David désigne ici le pouvoir sur le peuple d'Israël, que David gouverna en son temps avec un zèle plein de foi [...] Ce peuple, que David dirigea par son pouvoir temporel, le Christ va l'entraîner par une grâce spirituelle vers le royaume éternel [...]
      « Il régnera pour toujours sur la maison de Jacob »:
La maison de Jacob désigne l'Église universelle qui, par la foi et le témoignage rendus au Christ, se rattache à la destinée des patriarches, soit chez ceux qui ont tiré leur origine charnelle de leur souche, soit chez ceux qui, nés charnellement d'une autre nation, sont renés dans le Christ, par le baptême dans l'Esprit.
C'est sur cette maison de Jacob qu'il régnera éternellement :
      « et son règne n'aura pas de fin ».
Oui, il règne sur elle dans la vie présente, lorsqu'il gouverne le coeur des élus où il habite, par leur foi et leur amour envers lui ; et il les gouverne par sa continuelle protection, pour leur faire parvenir les dons de la rétribution céleste ; il règne dans l'avenir, lorsque, une fois achevé l'état de l'exil temporel, il les introduit dans le séjour de la patrie céleste. Et là, ils se réjouissent de ce que sa présence visible leur rappelle continuellement qu'ils n'ont rien à faire d'autre que de chanter ses louanges.

L'Annonciation et la Visitation - 1211-1225 - Cathédrale de Reims.
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