Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven




Les Actes des Apôtres


(Ou "Gestes d’envoyés")



1. Présentation;  Chapitres 1-7

    Le cinquième livre du Nouveau Testament continue le troisième évangile et il est dû à la plume du même auteur, Luc. L’attestation, faite par la plus ancienne tradition chrétienne, est confirmée par la lecture critique des deux ouvrages, tous deux dédiés à une seule personne, Théophile, dont nous ne savons rien d’autre que ce qu’en dit la dédicace. Le style, le vocabulaire, et la pensée sous-jacente à l’exposé des faits confirment l’homogénéité de ces deux œuvres, écrites par un Syrien hébraïsé qui exerçait probablement la profession de médecin.
    Le titre grec Πραξεις Αποστολων Praxeïs Apostolôn peut être rendu par "Gestes d’envoyés", de préférence à l’habituel Actes des Apôtres. En effet, Πραξεις est communément employé en grec pour désigner la geste des grands hommes (ou, dans un sens moins favorable,  les gestes qui permettent aux prestidigitateurs de réaliser leurs tours!). Le mot « apôtre », usé par un trop long emploi, est remplacé par envoyé. Le grec αποστολοι traduit en effet l’hébreu שליחים shelikh'îm et désigne les envoyés des différentes communautés religieuses ou des partis qu’Israël déléguait constamment, de Terre sainte vers la גולה, la διασπορά diaspora, pour entretenir le zèle des communautés hébraïques et recueillir leurs offrandes.
    Le livre, écrit après l’évangile de Marc et à la suite de celui de Luc, n’a pas dû bénéficier de la connaissance des Lettres de Paul. La recherche biblique s’est efforcée de déterminer la date de sa rédaction qu’elle fixe, selon les écoles et les auteurs, entre 60 et 80. La même imprécision règne en ce qui concerne le lieu où cette œuvre aurait été écrite; on a suggéré Rome avant la comparution de Paul devant le tribunal de César, pour servir à sa défense.
    Le but de l’auteur est de rapporter les événements, de la Passion de Jésus à la naissance de la communauté chrétienne. L’ouvrage commence par une dédicace, puis l’auteur reprend la finale du troisième évangile (Lc 24,13-53) assurant ainsi la liaison entre ses deux livres (Ac 1,1-11). Suit une mosaïque d’épisodes qui jalonnent la naissance de l’Église à Jérusalem (1,12-7,60) et dans les régions voisines (8,1-12,25). Le récit du premier grand voyage missionnaire de Paul précède le rapport sur le concile de Jérusalem (13,1-15,35). La quatrième partie des Actes est entièrement consacrée au récit des missions de Paul (15,36-21,16). Emprisonné à Jérusalem puis à Césarée, Paul est enfin transféré à Rome où il attend de passer en jugement (21,17-28,31).
    Davantage qu’un livre d’histoire dans le sens moderne du terme, Les Actes des Apôtres est la chronique édifiante de la vie de la nouvelle communauté chrétienne. Il s’agit d’une « défense et illustration » de la foi en Jésus, Messie d’Israël et sauveur de l’humanité.
« Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’à l’extrémité de la terre » avait dit Jésus à ses adeptes (Ac 1,8). L’œuvre nous rapporte l’histoire de cet essor, de Jérusalem à Rome.
    Ce serait une erreur de penser que seule la communauté chrétienne de Jérusalem envoyait des שליחים, des « apôtres » vers la diaspora. L’usage d’agents de liaison entre les communautés de l’exil et la mère patrie était constant en Israël à l’époque du Deuxième Temple. Leשליחshaliakh' représentait toujours une secte ou un parti: il était un envoyé des sadducéens, des zélotes, des esséniens ou, le plus souvent, des pharisiens, qui considéraient la diaspora comme leur chasse gardée. Les missionnaires hébreux étaient des scribes, des prêtres, de savants docteurs de la תורה Tora' ou même des artisans ou des marchands lettrés qui doublaient leurs activités commerciales par un effort de propagande religieuse ou nationale.
    La foi d’Israël, dans toutes ses nuances, née de la Bible et exacerbée par les tragédies de l’histoire, tranchait universellement sur le relâchement des mœurs, qu’encourageaient les mythes et les mystères du paganisme décadent. Dans toute l’étendue de l’empire, le prosélytisme hébraïque répand une littérature abondante, véhicule efficace du monothéisme éthique.
   Les Actes des Apôtres forme un nouveau témoignage du dynamisme spirituel et du zèle incomparable que les Hébreux déploient au sein du monde païen pour répandre leur foi en YHWH-Adonaï, qui compte au sein de l’empire plus de deux millions d’adeptes à l’heure où Pierre et Paul entreprennent leur activité missionnaire. Celle-ci survient en un temps où ce qui rapproche les Hébreux (de quelque tendance qu’ils soient) et les chrétiens est infiniment plus important que ce qui les sépare. Ils adorent le même Dieu; YHWH-Adonaï, s’inspirent des mêmes Écritures, sont fidèles au même sanctuaire et vivent d’une même tradition.
    En fait, les chrétiens se distinguaient des autres adorateurs du Dieu d’Israël sur deux plans: ils voyaient en Jésus le Messie, sauveur du monde et le fils de Dieu.
Une fois exclus de la Synagogue par les pharisiens après que ceux-ci, à la suite du génocide romain, eurent réussi à prendre la direction exclusive des survivants de la nation, les apôtres de la foi nouvelle s’adressèrent, sans doute faute de choix, au monde païen plutôt qu’aux communautés juives jalousement gardées par les rabbis. Mais aux yeux des Romains et des autres païens, tout le débat judéo-chrétien n’était fait que d’incompréhensibles arguties, l’essentiel étant à leurs yeux que tous les Hébreux et les païens « judaïsés » rejetaient « fanatiquement » les dieux de Rome et avec eux les idoles de toutes les nations. Par ce rejet, ils tombaient ensemble sous le coup des lois de l’Empire qui les condamnaient indistinctement pour crime d’athéisme. La confrontation entre Rome et Jérusalem avait un caractère d’autant plus fatal qu’en contestant les idoles, juifs et chrétiens ébranlaient en ses assises le pouvoir politique qui en émanait et qui puisait en elles sa propre légitimité.

    Il est classique de reconnaître trois étapes dans l’essor du christianisme:
- dans un premier temps, l’Église primitive, entièrement hébraïque dans ses racines, vit de la foi purement eschatologique en Jésus, le Messie rédempteur et sauveur;
- par la suite, le christianisme s’éloigne davantage du judaïsme pharisien, et se développe sur l’impulsion des Hébreux hellénisés et du plus éminent d’entre eux, Paul;
- la troisième période commence, après la destruction du Temple de Jérusalem et les massacres ou les déportations qui suivirent cet événement, avec la fondation de la première Église catholique, apostolique dans son esprit et romaine dans sa direction, sous le contrôle de païens convertis au christianisme; elle aboutira à la conversion de l’empereur Constantin et à la proclamation du christianisme en tant qu’unique religion officielle de l’empire.
    Interpréter les Évangiles, les Actes ou les Lettres, qui appartiennent à la première ou, tout au plus, à la deuxième période de l’Église primitive, dans le sens où ces textes ont été lus pendant la troisième période où triomphe l’Église catholique, apostolique et romaine, contribue à rendre plus inextricable l’affrontement judéo-chrétien. Celui-ci s’est manifesté par le rejet par les Juifs de tout ce qui pouvait, de près ou de loin, leur rappeler la religion de la Croix, devenue crucifiante pour eux; et, pour les chrétiens, par un éloignement grandissant de leurs sources hébraïques.
    Pendant les deux premières périodes que nous venons de définir, le conflit le plus profond n’est certainement pas celui qui oppose la Synagogue à l’Église, mais l’opposition de l’une et l’autre à l’Empire. Il est capital de le souligner: la contradiction fondamentale entre l’Église et la Synagogue n’est pas d’ordre théologique mais téléologique, la première ayant choisi pour fin la conversion des païens et le royaume de Dieu; l’autre ayant été contrainte de se replier sur elle-même, de renoncer à tout prosélytisme, pour, sur les ruines de son Temple, de sa terre et de son peuple, resserrer les rangs des survivants et les organiser de telle manière qu’ils puissent sauver, avec la Bible hébraïque, les sources de leur langue, de leur culture et de leur religion, en attendant l’heure promise de leur retour et de leur résurrection. Le choix de l’Église l’éloignait de ses sources hébraïques et semblait constituer une trahison au regard de la Synagogue. L’option de la Synagogue paraissait être une folie ou une perfidie aux yeux de la chrétienté.
    L’une et l’autre étaient cependant confrontées à des missions apparemment impossibles, l’Église à celle de convertir l’humanité entière à la foi au Christ-Roi; la Synagogue vouée, sans aucun support temporel, à sauver une nation, une foi, une culture, une langue assassinées.
    Tel est le drame qui s’ouvre après la crucifixion de Jésus et dont les « gestes » des envoyés, et leurs lettres, dessinent bien les lignes de force. En face des César et de la mort qu’ils répandent dans les pays qui résistent à leur règne, s’élève une double espérance: celle de l’Église, qui s’attend au retour et au triomphe du Christ-Roi, et celle de la Synagogue, condamnée à répéter chaque jour, pendant deux millénaires: « L’an prochain à Jérusalem. »
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• Ac 1, 1-11
 
En plaçant au début du Livre des Actes des Apôtres, comme à la fin de son Evangile, une notice sur l’Ascension du Seigneur, saint Luc fait entendre d’emblée que la mission de l’Église continue celle de Jésus. La tradition a surtout retenu qu’au moment de son départ le Seigneur a institué les Apôtres témoins de sa résurrection et prédicateurs de la Bonne Nouvelle dans le monde entier. Saint Luc ne manque pas de le rappeler. Dans le Livre des Actes, il situe la promesse de l’Esprit et l’ordre de mission dans le cadre d’un ultime repas que le ressuscité a pris avec ses Apôtres avant de disparaître à leurs yeux : ce qui rappelle l’apparition aux deux disciples d’Emmaüs, et donne à ce repas d’adieux une coloration eucharistique.

Le contexte:
Sur Ac 1,1-26: Luc reprend le cours de son récit de l'histoire de Jésus et de l'Esprit là où il l'avait abandonné dans son premier livre, l'évangile: le départ de Jésus lors de l'Ascension annonce la venue de l'Esprit lors de la Pentecôte (Lc 24,49-53).
Ce temps inauguré par la Pentecôte sera celui du rassemblement du peuple du Royaume dans le monde entier, à partir de Jérusalem (Lc 24,47-48; Ac 1,8).
Les verrous de la Samarie et des nations païennes sauteront avant que le Royaume éternel de Dieu ne soit établi sur terre (v.7). Mais avant la Pentecôte elle-même, il faut que les "chefs des tribus" de l'Israël nouveau, qui bénéficiera de l'accomplissement des promesses du PT soient tous nommés (vv.15-26).

Commentaire rhétorique sur Ac 1,1-3:
On oppose souvent la rhétorique biblique – qui est une branche de la rhétorique sémitique – à la rhétorique dite « classique », gréco-romaine. Roland Meynet résume la nette différence entre ces deux façons de s’exprimer par la formule « le Grec démontre, le Juif montre ». La binarité, la parataxe, les constructions concentriques que nous avons souvent rencontrées en hébreu sont en effet bien différentes des développements linéaires de la rhétorique « occidentale ».
Cependant, on trouve bon nombre d’hébraïsmes dans la LXX, ainsi que dans nombre de textes qui ont été rédigés en grec. En revanche, la culture grecque, ses catégories, et surtout sa logique – donc sa rhétorique – ont certainement exercé une influence sur ceux qui, par la force des choses, se sont inculturés dans le monde grec du seul fait qu’ils écrivaient dans sa langue.
C’est le cas dans les longues périodes ( = phrases très structurées) des Ac et dans les épîtres deutéro-pauliniennes.

Cette première phrase des Ac – particulièrement longue, puisqu’elle se déroule sur trois versets, et complexe – ressemble par sa forme aux prologues des orateurs grecs, et est très éloignée de la parataxe hébraïque.

On peut en schématiser ainsi l’analyse logique (les numéros qui précèdent les propositions indiquent leur degré de subordination ; les verbes, noyaux des propositions, sont soulignés, les subordonnants encadrés) :

Ø.  J’ai fait mon premier livre sur toutes les choses, ô Théophile : PRINCIPALE

1. {que} Jésus avait commencé à faire et à enseigner depuis le jour : SUBORDONNEE RELATIVE, complément de détermination de l’antécédent « toutes les choses »

2. {où} … il fut enlevé : SUBORDONNEE RELATIVE, complément de détermination de l’antécédent « le jour »
* ayant instruit les apôtres : participe apposé à « Jésus » repris par le pronom « il » -> inclusion dans la relative

3. {qu’} il avait choisis par l’Esprit Saint : SUBORDONNEE RELATIVE, complément de détermination de l’antécédent « les apôtres »

3. eux {auxquels} il s’était présenté lui-même vivant … avec de nombreuses preuves : SUBORDONNEE RELATIVE, complément de détermination de l’antécédent « les apôtres » repris par le pronom « eux »

4. {après qu’} il eut souffert : SUBORDONNEE CONJONCTIVE, complément circonstanciel de temps de « s’était présenté »
* pendant quarante jours leur étant apparu : participe apposé à « Jésus », repris par « il » (dans « il s’était présenté) -> inclusion dans la relative
* et les ayant entretenus du règne de Dieu : participe apposé à « Jésus », repris par « il » (dans « il s’était présenté), coordonné au participe apposé précédent par « et » -> inclusion dans la relative.
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* Remarque : les participes apposés ne sauraient constituer les noyaux de propositions participiales, puisqu’ils n’ont pas de sujets propres (les pronoms « il » étant déjà sujets de verbes noyaux d’autres propositions).
Comparons:
-          Les parts (S) ayant été faites, le lion (S) parla : Ø. Le lion parla : principale ; 1. Les parts ayant été faites : subordonnée participiale, c. circ. de temps de « parla ».
-         Ø. Ayant fait les parts, le lion (S) parla : indépendante avec le participe « ayant fait (les parts) » apposé à « lion », qui est déjà sujet du verbe « parla » ; le participe apposé est donc inclus dans l’indépendante.
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Nous avons donc cinq niveaux de propositions :
-          la principale (premier niveau);
-          une subordonnée relative déterminant la principale (deuxième niveau; 1er niveau de subordination);
-          une subordonnée relative déterminant la première subordonnée relative (troisième niveau; 2ème niveau de subordination);
-          deux subordonnées relatives déterminant la deuxième subordonnée relative (quatrième niveau; 3ème niveau de subordination);
-          une subordonnée conjonctive complément de l’une des subordonnées relatives de quatrième niveau (cinquième niveau; 4ème niveau de subordination).
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Traduction et notes:

Verset 1.
Τὸν μὲν πρῶτον λόγον ἐποιησάμην περὶ πάντων, ὦ Θεόφιλε, ὧν ἤρξατο ὁ ᾿Ιησοῦς ποιεῖν τε καὶ διδάσκειν,
Théophile, j'ai parlé, dans mon premier livre, de tout ce que Jésus a commencé de faire et d'enseigner dès le commencement
Τὸν πρῶτον λόγον - mon premier livre; ὦ Θεόφιλε - Théophile:Voir Lc 1,1-4 et notes, à cette page. Les Actes sont la suite de l'Évangile selon saint Luc.

Verset 2.
ἄχρι ἧς ἡμέρας ἐντειλάμενος τοῖς ἀποστόλοις διὰ Πνεύματος ῾Αγίου οὓς ἐξελέξατο ἀνελήμφθη·
jusqu'au jour où il fut enlevé au ciel, après avoir donné ses ordres aux apôtres qu'il avait choisis par le Saint Esprit.
• διὰ Πνεύματος ῾Αγίου - par le Saint Esprit:Littéralement: "ἄχρι ἧς ἡμέρας: Jusqu'au jour où, - ἐντειλάμενος:après avoir donné ses ordres -τοῖς ἀποστόλοις: aux apôtres - διὰ Πνεύματος ῾Αγίου :par le Saint Esprit - οὓς ἐξελέξατο:qu'il avait choisis - ἀνελήμφθη:où il fut élevé.
La place du groupe "οὓς ἐξελέξατο:qu'il avait choisis" dans la phrase indique clairement qu'il porte sur le membre dans lequel il est inclus, à savoir "τοῖς ἀποστόλοις: aux apôtres [...]οὓς ἐξελέξατο:qu'il avait choisis"; néanmoins, certaines traductions font (de façon grammaticalement peu logique) porter le groupe sur "ἐντειλάμενος:après avoir donné ses ordres" - donc: "après avoir donné ses ordres par le Saint Esprit"; voire sur "ἀνελήμφθη:où il fut élevé" - donc: "il fut enlevé au ciel par le Saint Esprit".
τοῖς ἀποστόλοις - aux apôtres:Les Douze (Lc 6,13; 9,10),témoins du ministère de Jésus et de sa résurrection (1,21-22).

Verset 3.
οἷς καὶ παρέστησεν ἑαυτὸν ζῶντα μετὰ τὸ παθεῖν αὐτὸν ἐν πολλοῖς τεκμηρίοις, δι᾿ ἡμερῶν τεσσεράκοντα ὀπτανόμενος αὐτοῖς καὶ λέγων τὰ περὶ τῆς βασιλείας τοῦ Θεοῦ·
Après qu'il eut souffert, il leur apparut vivant, et leur en donna de nombreuses preuves, se montrant à eux pendant quarante jours, et parlant des choses qui concernent le royaume de Dieu.
ἐν πολλοῖς τεκμηρίοις - de nombreuses preuves:Les nombreuses apparitions de Jésus à ses disciples, au cours desquelles il a prouvé qu'il était bien vivant, qu'il n'était pas un esprit mais que son corps était bien réel (Lc 24,30;37-39;41-43).
δι᾿ ἡμερῶν τεσσεράκοντα - pendant quarante jours:Indication de la durée de la période séparant Pâques de l'Ascension - qui n'était pas mentionnée dans Lc. En effet, Lc 24,51 ("καὶ ἐγένετο ἐν τῷ εὐλογεῖν αὐτὸν αὐτοὺς διέστη ἀπ᾿ αὐτῶν καὶ ἀνεφέρετο εἰς τὸν οὐρανόν - Pendant qu'il les bénissait, il se sépara d'eux, et fut enlevé au ciel") pourrait donner l'impression que l'Ascension s'est produite le jour de la Résurrection; mais les précisions données dans ce verset corrigent cette impression.
περὶ τῆς βασιλείας τοῦ Θεοῦ - qui concernent le royaume de Dieu:Message par lequel Jésus avait commencé son ministère, et que les apôtres continueront de prêcher (Lc 4,43; Ac 8,12; 19,8; 20,25; 28,23;31).

Verset 4.
καὶ συναλιζόμενος παρήγγειλεν αὐτοῖς ἀπὸ ῾Ιεροσολύμων μὴ χωρίζεσθαι, ἀλλὰ περιμένειν τὴν ἐπαγγελίαν τοῦ πατρὸς ἣν ἠκούσατέ μου·
Comme il se trouvait avec eux, il leur recommanda de ne pas s'éloigner de Jérusalem, mais d'attendre ce que le Père avait promis, "ce que je vous ai annoncé, leur dit-il;
συναλιζόμενος - Comme il se trouvait avec eux: Du verbe συναλίζω sunalidzō ̄de "συν-,avec, ensemble" et "ἁλίζω halidz,̄ affluer, se rassembler"; la traduction "alors qu'il prenait un repas avec eux" (Semeur par ex.; rapprocher du texte liturgique) est extrapolée à partir de Lc 24,41-43;49.

Verset 5.
ὅτι ᾿Ιωάννης μὲν ἐβάπτισεν ὕδατι, ὑμεῖς δὲ βαπτισθήσεσθε ἐν Πνεύματι ῾Αγίῳ οὐ μετὰ πολλὰς ταύτας ἡμέρας.
car Jean a baptisé d'eau, mais vous, dans peu de jours, vous serez baptisés dans l'Esprit Saint".
βαπτισθήσεσθε ἐν Πνεύματι ῾Αγίῳ - vous serez baptisés dans l'Esprit Saint:Voir Mt 3,11.

Verset 6.
Οἱ μὲν οὖν συνελθόντες ἐπηρώτων αὐτὸν λέγοντες· Κύριε, εἰ ἐν τῷ χρόνῳ τούτῳ ἀποκαθιστάνεις τὴν βασιλείαν τῷ ᾿Ισραήλ;
Alors les apôtres réunis lui demandèrent: "Seigneur, est-ce en ce temps que tu rétabliras le royaume d'Israël?"
ἀποκαθιστάνεις τὴν βασιλείαν τῷ ᾿Ισραήλ - tu rétabliras le royaume d'Israël: Litt. "tu rétabliras la royauté pour Israël".
Les disciples expriment-ils ici, une nouvelle fois, une conception politique de la messianité de Jésus en exprimant leur espérance de la libération de l'occupation romaine? Cela paraît peu probable, alors qu'ils viennent d'être enseigné pendant 40 jours par le Ressuscité. Leur question renvoie plutôt à l'enseignement de Jésus en Mt 21,43 (voir Rm 11,26). La réponse de Jésus souligne que, pour l'heure, le moment de l'établissement du Royaume sur la terre renouvelée, avec une Jérusalem transfigurée (Ap 21,10 - 22,5; voir à cette page), n'est pas arrivé (v.7), mais que Dieu va rassembler le peuple du Royaume, de Jérusalem jusque dans le monde entier (v.8).

Verset 7.
εἶπε δὲ πρὸς αὐτούς· οὐχ ὑμῶν ἐστι γνῶναι χρόνους ἢ καιροὺς οὓς ὁ πατὴρ ἔθετο ἐν τῇ ἰδίᾳ ἐξουσίᾳ,
Il leur répondit: "Ce n'est pas à vous de connaître les temps ou les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. 

Verset 8.
ἀλλὰ λήψεσθε δύναμιν ἐπελθόντος τοῦ ῾Αγίου Πνεύματος ἐφ᾿ ὑμᾶς, καὶ ἔσεσθέ μου μάρτυρες ἔν τε ᾿Ιερουσαλὴμ καὶ ἐν πάσῃ τῇ ᾿Ιουδαίᾳ καὶ Σαμαρείᾳ καὶ ἕως ἐσχάτου τῆς γῆς.
Mais vous recevrez une puissance, le Saint Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre."
δύναμιν - une puissance: Cette "puissance" se manifestera par des dons surnaturels (voir le "parler en langues" en 2,4), par la conviction qui sera donnée aux apôtres en vue de leur témoignage et de leur prédication (2,40; 4,13;31; 5,28-29;41-42), par des directives données aux croyants (8,29;39; 10,19; 13,2-4; 16,7; 19,21).
ἔσεσθέ μου μάρτυρες ἔν τε ᾿Ιερουσαλὴμ καὶ ἐν πάσῃ τῇ ᾿Ιουδαίᾳ καὶ Σαμαρείᾳ καὶ ἕως ἐσχάτου τῆς γῆς - vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre: Luc annonce ici le plan de son livre:
- témoins à Jérusalem: 1-7;
- témoins en Judée et en Samarie: 8-9;
- témoins jusqu'aux extrémités de la terre: 10-28.
Il annonce également l'un de ses principaux thèmes: le témoignage des apôtres, par la "puissance" du "Saint Esprit", en tous lieux.
Par ces paroles, Jésus distingue les trois groupes de l'humanité (Juifs, Samaritains, Goïm) qui auront besoin de la présence de Pierre pour que le Royaume leur soit ouvert (v.15; Mt 16,18).

Verset 9.
καὶ ταῦτα εἰπὼν βλεπόντων αὐτῶν ἐπήρθη, καὶ νεφέλη ὑπέλαβεν αὐτὸν ἀπὸ τῶν ὀφθαλμῶν αὐτῶν.
Après avoir dit cela, il fut élevé pendant qu'ils le regardaient, et une nuée le déroba à leurs yeux.
ἐπήρθη, καὶ νεφέλη ὑπέλαβεν αὐτὸν ἀπὸ τῶν ὀφθαλμῶν αὐτῶν - il fut élevé et une nuée le déroba à leurs yeux: Comp. 2R 2,11-12; Dn 7,13.
Jésus ressuscité va demeurer dans la présence du Père jusqu'à son retour pour le jugement (17,13).

Verset 10.
καὶ ὡς ἀτενίζοντες ἦσαν εἰς τὸν οὐρανὸν πορευομένου αὐτοῦ, καὶ ἰδοὺ ἄνδρες δύο παρειστήκεισαν αὐτοῖς ἐν ἐσθῆτι λευκῇ,
Et comme ils avaient les regards fixés vers le ciel pendant qu'il s'en allait, voici, deux hommes vêtus de blanc leur apparurent,
ἄνδρες δύο ἐν ἐσθῆτι λευκῇ - deux hommes vêtus de blanc: Des anges, comp. Lc 24,4 et Ac 10,30.

<- L'Ascension - Attr. Yûsuf Al-Musawwir, avant 1667 - Archevêché grec-orthodoxe de Lattaqieh, Syrie. 

Les deux anges entourant la Vierge (non présentée dans le récit de cette scène dans le NT) montrent d'une main  le Christ aux apôtres et  tiennent dans l'autre chacun un phylactère; on y lit en arabe - sur le premier "Hommes Galiléens, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel?" (Ac1,11a);- sur le second: "Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière que vous l'avez vu allant au ciel." (Ac1,11b).

(Sur l'Ascension et sa représentation iconographique, voir à cette page)


Verset 11.
οἳ καὶ εἶπον· ἄνδρες Γαλιλαῖοι, τί ἑστήκατε ἐμβλέποντες εἰς τὸν οὐρανόν; οὗτος ὁ ᾿Ιησοῦς ὁ ἀναλημφθεὶς ἀφ᾿ ὑμῶν εἰς τὸν οὐρανὸν, οὕτως ἐλεύσεται ὃν τρόπον ἐθεάσασθε αὐτὸν πορευόμενον εἰς τὸν οὐρανόν.
et dirent: Hommes Galiléens, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel? Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière que vous l'avez vu allant au ciel.
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Ac 1,15-17;20a;20c-26

« και εν ταις ημεραις ταυταιςEt en ces jours-là », après l’Ascension, le groupe des Apôtres s’est senti comme amputé par la défection de Judas. Il faut le remplacer, estime Pierre. Deux disciples répondent aux conditions posées ; mais n’est-ce pas au Seigneur que revient le choix entre ces deux hommes ? La communauté en prière lui demande de manifester sa préférence grâce au tirage au sort. Quoi qu’il en soit de ce procédé, trois leçons sont à retenir :
- les Apôtres sont collégialement les témoins officiels du ministère et de la résurrection du Seigneur ;
- dès ses origines, la communauté chrétienne est soucieuse de la continuité de la succession apostolique ;
- quelles que soient les qualités des candidats à l’exercice d’un ministère, c’est l’Eglise qui appelle, sous la motion de l’Esprit.

Notes sur le texte :

Verset 15 :

-Pierre tient effectivement le rôle de « κηφας », de « pierre d’assise » que lui a assigné le Christ (Jn 1,42); il est le chef incontesté des Apôtres.
- αναστας, « se levant » : indique que quelque chose d’important va se passer
- εν μεσω των αδελφων, « au milieu des frères » : le mot frère a encore ici son sens sémitique ; il désigne les personnes de même génération – car en araméen, hébreu, arabe, etc. il n’y a pas de mot spécifique pour désigner, par exemple, les cousins. Chez les chrétiens, le mot désignera ensuite les disciples du Christ, ceux qui font comme lui la volonté du Père.

▪ Versets 16-20 :

1. Luc reprend au verset 16 ce qu’il avait déjà écrit dans son Evangile en 22,47 :
- Ac 1,16 b : [περι] ιουδα του γενομενου οδηγου τοις συλλαβουσιν ιησουν, « [à propos de] Judas, qui a été le conducteur de ceux qui ont pris Jésus »
- Lc 22,47 : ο λεγομενος ιουδας εις των δωδεκα προηρχετο αυτους, « celui qui s'appelait Judas, l'un des douze, marchait devant eux » - à savoir que Judas est celui qui conduisait ceux qui se sont emparés du Christ.

2. Quant à la « prophétie » sur Judas, on peut s’interroger
- quant aux références vétérotestamentaires données par Luc,
- quant aux faits énoncés eux-mêmes.
En effet, à propos de sa mort on peut noter une contradiction (comme il en existe d’ailleurs bon nombre dans la Bible; voir par exemple le double récit de la Création) bien connue : selon l'évangile de Matthieu, Judas s'est pendu (Mt 27,5), mais selon Luc, ici dans les Actes des Apôtres, il a fait une chute mortelle au cours de laquelle il s'est ouvert le ventre et ses entrailles se sont répandues. Pourquoi ?...

Vraisemblablement parce que chacun des deux Apôtres souhaite donner une lecture symbolique des faits en les mettant en rapport avec des textes ou des traditions vétérotestamentaires.

2.1. Si, pour Matthieu, Judas se pend, c’est par allusion à Ahitophel, le conseiller de David (1Ch 27,33) qui, s’étant laissé séduire par Absalom (2S 15,12) et ayant donc trahi son maître, se pend lorsqu’il comprend son erreur et l’échec de sa vie (2S 17,1-23) :
יקם וילך אל־ביתו אל־עירו ויצו אל־ביתו ויחנק וימת
Littéralement : יקם – il se leva ; וילך – et il alla ; אל – vers ; ביתו – sa maison ; אל – vers; עירו – sa  ville ; ויצו – et il ordonna ; אל – à ; ביתו – sa maison ; ויחנק – et il s’étrangla ; וימת – et il mourut.
« 23b. Il se leva et s'en alla en sa maison, dans sa ville; et après qu'il eut mis ordre à sa maison, il s'étrangla et mourut. »
Deux remarques sur ce verset:
-          le verbe יקם– traduit ανεστη par la LXX – « il se leva », indique (cf. supra, au verset 15) qu’un acte important va être posé ;
-          Matthieu ouvre son Evangile par la généalogie de Jésus (Mt 1,1-17), et son premier verset en est :
βιβλος γενεσεως ιησου χριστου υιου δαυιδ υιου αβρααμ
Littéralement : βιβλος – livre ; γενεσεως – de l’origine ; ιησου – de Jésus ; χριστου – Christ ; υιου – fils ; δαυιδ – de David ; υιου – fils ; αβρααμ – d’Abraham. 
« Livre généalogique de Jésus-Christ, fils de David, fils d'Abraham » ;
autrement dit, pour Matthieu, David « annonce » Jésus, dès avant sa naissance et jusqu’aux circonstances de la trahison de celui qui était au nombre de ses plus proches…

2.2. En revanche, Luc, lorsqu’il décrit la mort de Judas, se réfère à la chute des impies, telle que décrite en Sg 4,19 :
ρηξει αυτους αφωνους πρηνεις
« Il les brisera, précipités, muets, la tête la première»;
et ici:
πρηνης γενομενος ελακησεν μεσος 
« S'étant précipité la tête la première, il a crevé par le milieu »;
en outre, l'effusion des entrailles:
ελακησεν μεσος και εξεχυθη παντα τα σπλαγχνα αυτου
Littéralement : ελακησεν – il éclata ; μεσος – au milieu ; και – et ; εξεχυθη – se répandirent ;  παντα – toutes ; τα σπλαγχνα – les entrailles ; αυτου – de lui
« il a crevé par le milieu, et toutes ses entrailles se sont répandues »
est caractéristique de la mort des criminels dans de nombreuses traditions bibliques et de légendes du Proche-Orient ancien.

3. En outre, de nombreux versets du Psaume 69 ont été interprétés dans le Nouveau Testament comme la préfiguration de moments de la Passion du Christ, dont son verset 26:
תהי־טירתם נשמה באהליהם אל־יהי ישב׃
Littéralement : תהי – que soit ; טירתם – leur campement ; נשמה – dévasté ; באהליהם – dans leurs tentes ; אל – que ne pas ; יהי – soit ; ישב – un habitant 
-> LXX – γενηθητω η επαυλις αυτων ηρημωμενη και εν τοις σκηνωμασιν αυτων μη εστω ο κατοικων
Littéralement : γενηθητω – que devienne ; η επαυλις – la campagne ; αυτων – d’eux ; ηρημωμενη – devenue déserte ; και – et ; εν – dans ; τοις σκηνωμασιν – les tentes ; αυτων – d’eux ; μη – que ne pas ; εστω – soit ; ο κατοικων – l’habitant
« Que leur demeure soit déserte, et que personne n'habite dans leurs tentes! »

Mais la citation qui en est faite par Luc :
γενηθητω η επαυλις αυτου ερημος και μη εστω ο κατοικων εν αυτη
« Que sa demeure devienne déserte, et qu'il n'y ait personne qui l'habite »
- amène une nouvelle remarque : là où le psaume parlait au pluriel (des oppresseurs du croyant), Luc parle au singulier (de Judas) ;
- pose une nouvelle question : le lieu auquel le Psaume ferait allusion existait-il déjà du temps du psalmiste ?... Et cette question en soulève une autre, à propos du nom de ce lieu :

▪ Verset 19b :
1.κληθηναι το χωριον εκεινο τη ιδια διαλεκτω αυτωνακελδαμαχ τουτ εστιν χωριον αιματος
Littéralement : κληθηναι – être appelé ;  το χωριον – le domaine ; εκεινο – celui-là ; τη ιδια – dans le propre ; διαλεκτω – dialecte ; αυτων – d’eux ; ακελδαμαχ – Hakeldamach ; τουτ – ceci ; εστιν – est ; χωριον – le domaine ; αιματος – du sang
« […] ce champ a été appelé, dans leur propre langue, Hakeldamach, c'est-à-dire le Champ du sang »

Luc est le plus « grec » des quatre évangélistes ; s’adressant à des lecteurs hellénistes comme lui (parlant de l’hébreu, il écrit « τη ιδια διαλεκτω αυτων »), peu informés de l’hébreu et des traditions juives, il a toujours le souci d’expliquer, d’expliciter ce qui est proprement juif dans ses récits.

La transcription ακελδαμαχ (Vulgate : « Haceldama ») et l’étymologie qu’il donne de ce nom sont à rattacher aux mots araméens/hébreux : חלק = le lopin de terre, la part, la possession; et דמ = le sang.

2. Ce nom avancé par Luc, et l’ « histoire » de ce lieu est à rapprocher du « champ du sang », αγρος αιματος, en Mt 27,8-10.
Mais pour Matthieu, nous l’avons vu, Judas se pend – après avoir rapporté aux grands prêtres et aux anciens les trente pièces que sa trahison lui avait values ; et les grands prêtres achètent alors un terrain, qui est donc qualifié de « champ du sang » (non pas du sang de Judas, comme chez Luc – mais du sang de Jésus), et qui est alors assimilé par Matthieu au « champ du potier » (cf.Za 11,12sqq ; Jr 18,2sqq ; 19,1sqq ; 32,6-15 – voir la page « Le berger dans la Bible »), situé, selon une très ancienne tradition, dans la vallée de Hinnom.

Quoi qu’il en soit, Luc s’appuie sur une / des tradition(s) pour arriver à citer un autre psaume, Ps 109,8b:
פקדתו יקח אחר׃
Littéralement : פקדתו – sa charge ; יקח – que prenne ; אחר – un autre
« Qu'un autre prenne sa charge! »
Mais ici encore, il en « gauchit » quelque peu le contexte… En effet, dans ce passage du psaume 109, c'est le Juste persécuté qui cite les paroles de ses persécuteurs !

Cependant, cela lui permet d’introduire et d’asseoir « bibliquement » ce qui va être le premier « conseil », ou « concile », des disciples.

▪ Versets 21-22 :
δει ουν των συνελθοντων ημιν ανδρων εν παντι χρονω ω εισηλθεν και εξηλθεν εφ ημας ο κυριος ιησους
αρξαμενος απο του βαπτισματος ιωαννου αχρι της ημερας ης ανελημφθη αφ ημων μαρτυρα της αναστασεως αυτου συν ημιν γενεσθαι ενα τουτων
Littéralement :δει – il faut ; ουν – donc ; των συνελθοντων – parmi les venus avec ; ημιν – nous ; ανδρων – hommes ; εν – dans ; παντι – tout ; χρονω – le temps ; ω – où ; εισηλθεν – entra ; και – et ; εξηλθεν – sortit ; εφ – au milieu de ; ημας – nous ; ο κυριος – le Seigneur ; ιησους – Jésus
αρξαμενος – en commençant ; απο – depuis ; του βαπτισματος – le baptême ; ιωαννου – [donné par] Jean ; αχρι – jusque ; της ημερας – le jour ; ης – où ; ανελημφθη – il fut enlevé ; αφ – de ; ημων – nous ; μαρτυρα – témoin ; της αναστασεως – de la résurrection ; αυτου – de lui ; συν – avec ; ημιν – nous ; γενεσθαι – devenir ; ενα – un ; τουτων – de ceux-ci
« 21. Il faut donc que des hommes qui ont été avec nous pendant tout le temps que le Seigneur Jésus a vécu parmi nous,
22. Depuis le baptême de Jean, jusqu'au jour où le Seigneur a été enlevé d'avec nous, il y en ait un qui soit témoin avec nous de sa résurrection. »

Les expressions « των συνελθοντων ημιν ανδρων », « συν ημιν », « αφ ημων », « συν ημιν » indiquent que ce conseil ne concerne pas seulement les Apôtres (« nous »), que l’on doit faire revenir au nombre symbolique de douze, mais bien « les frères » - cf. supra, au verset 15 :
ην τε οχλος ονοματων επι το αυτο ωσει εκατον εικοσι 
Littéralement : ην – étaient ; τε – et ; οχλος – une foule ; ονοματων – de noms ; επι – dans ; το αυτο – le même [lieu] ; ωσει – environ ; εκατον – cent ; εικοσι – vingt
« assemblés au nombre d'environ cent vingt personnes ».
On peut remarquer que ce nombre de cent vingt personnes est lui aussi symbolique, puisqu’il s’agit de dix fois douze.

Pourquoi faut-il que les Apôtres soient à nouveau au nombre de « douze » ? Parce qu’il faut que le Conseil des Douze Apôtres (pensons aux « douze » tribus d’Israël) soit à nouveau au complet avant de recevoir l’Esprit.

Dans ces versets, nous trouvons également la définition de l’Apôtre : s’il doit, comme tous les disciples, avoir été témoin de la vie du Christ dans toute sa partie « publique » (soit depuis son baptême par son cousin Jean « le Baptiste »), il est surtout témoin de sa Résurrection : « μαρτυρα της αναστασεως αυτου συν ημιν »

▪ Versets 23-26 :

1.« και εστησαν δυο » - Cette locution, est diversement traduite, donnant divers sens au geste posé. En effet,
- δυο pouvant être un nominatif (sujet) ou un accusatif (complément d'objet direct),
- et le verbe ιστημι – très courant – pouvant prendre de nombreux sens différents, on peut traduire,
- avec δυο comme nominatif: « et deux se levèrent », « se tinrent debout », donc « se présentèrent » ;
- ou, avec δυο comme accusatif: « et ils en présentèrent deux ».
Or nous avons :
a. En latin (Vulgate) : « Et statuerunt duos », ce qui est une prise de position en faveur de δυο = accusatif.
b. En français :
- La BJ (Bible de Jérusalem) et la TOB (Traduction Œcuménique de la Bible): « on en présenta deux » – ce qui, malgré l’emploi d'un gallicisme,« on », ou plutôt grâce à lui, est la traduction la plus conforme à l’esprit et à la lettre des textes grec : en effet, « on », pronom indéfini, peut aussi bien désigner les deux candidats que les onze Apôtres ou même que les 120 disciples ; et latin, puisque δυο = accusatif.
- La Bible « en français courant » traduit « on proposa deux hommes », ce qui est, grammaticalement, équivalent à la traduction précédente ;
- Ostervald (Olivétan, 1535, revue en 1996 par Ostervald) ; Martin (1744) ; Louis Segond (version 1910) : « ils en présentèrent deux » - traduction conforme à la Vulgate - ce qui renvoie directement au collège des Apôtres, puisque « ils », dans le verset suivant, renvoie aux Onze ;
- Darby (version 1991) : « ils en mirent deux sur les rangs », ce qui est, grammaticalement, équivalent à la traduction précédente ;
- Enfin la BJ, en note, fait allusion à une variante au singulier : « il en présenta deux », qui se rapporterait à Pierre ; néanmoins, il faut remarquer que ni Wescott-Hort, ni Nestlé-Aland ne proposent de variante grecque...

2. « ιωσηφ τον καλουμενον βαρσαββαν ος επεκληθη ιουστος »,
« Joseph, le nommé Barsabbas, qui a été surnommé Ioustos » est un hapax, c'est-à-dire qu’on ne le trouve cité qu’ici.
Barsabbas – de l’araméen Bar-saba, « fils de l’élevé » ou Bar-shabba, « fils du shabbat ».
Ioustos – transcription grecque du latin Justus, « le Juste » (n’oublions pas que, si la langue véhiculaire y est le grec comme dans tout l’Empire, Israël est sous domination romaine)

3. Les expressions : (24) προσευξαμενοι ειπαν συ κυριε […] αναδειξονον εξελεξω εκ τουτων των δυο ενα ; (25) και εδωκαν κληρους αυτοις Littéralement : προσευξαμενοι – ayant prié ; ειπαν – ils dirent ; συ – toi ; κυριε – Seigneur ; αναδειξον – désigne ; ον – lequel ; εξελεξω – tu as choisi ; εκ – parmi ; τουτων – ces ; των δυο – deux ; ενα – un ;
Και – et ; εδωκαν – ils donnèrent ; κληρους – les sorts ; αυτοις – à eux
« 24. Après avoir prié, ils dirent: Toi, Seigneur, […] montre-nous lequel de ces deux tu as choisi ;
25. Et ils tirèrent au sort »
montrent que les Apôtres et les disciples s’en remettent totalement à la volonté divine.

Ce mode archaïque de choix  par tirage au sort est attesté dans le Premier Testament, ainsi en 1S 14,41-42 :
ויאמר שאול אל־יהוה אלהי ישראל הבה תמים
ויאמר שאול הפילו ביני ובין יונתן בני וילכד יונתן׃
Littéralement : ויאמר – et dit ; שאול – Saül ; אל – à ; יהוה – YHWH l’Eternel ; אלהי – le Dieu de ; ישראל – Israël ; הבה – donne ; תמים – la vérité ; וילכד – et fut saisi ; יונתן – Jonathan ; ושאול – et Saül.
ויאמר – et dit ; שאול – Saül ; הפילו – faites tomber ; ביני – entre moi ; ובין – et entre ; יונתן – Jonathan ; בני – mon fils ; וילכד – et fut saisi ; יונתן – Jonathan.
« 41a. Et Saül dit à l'Éternel: Dieu d'Israël, fais connaître la vérité ! […]
42. Et Saül dit: Jetez le sort entre moi et Jonathan, mon fils. Et Jonathan fut désigné. »
Mais aussi dans le Nouveau Testament (Lc 1,9a) :
κατα το εθος της ιερατειας ελαχε
Littéralement : κατα – selon ; το εθος – la coutume ; της ιερατειας – du sacerdoce ; ελαχε – il fut tiré au sort. 
« Il lui échut par le sort, selon la coutume de la sacrificature […]».
Peut-être les Apôtres, n’ayant pas encore reçu l’effusion de l’Esprit, ne se sentent-ils pas d’opérer eux-mêmes ce choix difficile, mais préfèrent laisser Dieu exprimer ainsi sa volonté.

En tout cas, le tirage au sort fera bientôt place dans la communauté primitive à des procédures moins « mécaniques » :
-          Le choix par élection (au sens moderne du terme, puisque le sens étymologique en est, précisément, « choix », du latin eligere, choisir) en Ac 6,3-6 : επισκεψασθε δε αδελφοι ανδρας εξ υμων
Littéralement : επισκεψασθε – recherchez ; δε – donc ; αδελφοι – frères ; ανδρας – des hommes ; εξ – parmi ; υμων – vous 
« Choisissez donc, frères, des hommes parmi vous »
[…] ηρεσεν ο λογος ενωπιον παντος του πληθους και εξελεξαντο στεφανον[…]
Littéralement :  ηρεσεν – plut ; ο λογος – la parole ; ενωπιον – devant ; παντος – toute ; του πληθους – la foule ; και – et ; εξελεξαντο – ils choisirent ; στεφανον – Etienne
« […] Cette proposition plut à toute l'assemblée; et ils élurent Étienne […] »
-          Le choix par inspiration divine en Ac 13,2-3 :
λειτουργουντων δε αυτων τω κυριω και νηστευοντων ειπεν το πνευμα το αγιον αφορισατε δη μοι τον βαρναβαν και σαυλον […]
Littéralement : λειτουργουντων – officiant ; δε –d’autre part ; αυτων – eux ; τω κυριω – pour le Seigneur ; και – et ; νηστευοντων – jeûnant ; ειπεν – dit ; το πνευμα – l’Esprit ; το αγιον – le Saint ; αφορισατε – mettez à part ; δη – certes ; μοι – pour moi ; τον βαρναβαν – Barnabas ; και – et ; σαυλον – Saul 
« Pendant qu'ils célébraient le culte du Seigneur, et qu'ils jeûnaient, le Saint-Esprit leur dit: Mettez à part pour moi Barnabas et Saul […] »

4. Il faut noter que si « επεσεν ο κληρος επι μαθθιαν και συνκατεψηφισθη μετα των ενδεκα αποστολων- Littéralement : επεσεν – tomba ; ο κληρος – le sort ; επι – sur ; μαθθιαν – Matthias ; και – et ; συνκατεψηφισθη – il fut intégré ; μετα – avec ; των ενδεκα – les onze ; αποστολων - apôtres le sort tomba sur Matthias, qui, d'un commun accord, fut mis au rang des onze apôtres », ce dernier n’est plus jamais cité dans les Actes. Son nom, diminutif de Mattathias, n’apparaît donc que deux fois dans la Bible, et c'est ici, en Ac 1,23 et 1,26.
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• Ac 2,1-11

De la multitude inorganisée qui fuyait l’Égypte, la Loi promulguée au Sinaï a fait un peuple doté d’une « constitution » (voir la page sur Chavouot, la Pentecôte juive, en cliquant ici)
Grâce à l’Esprit Saint donné le jour qui commémorait cet événement fondateur, les hommes du monde entier peuvent bénéficier de l’élection divine et des merveilles opérées par Dieu.
Bien plus, chacun peut désormais entendre « dans sa langue » la Bonne Nouvelle : la Pentecôte restaure l’unité que Babel avait brisée.

Le contexte:
Sur Ac 2,1-47: Conformément à la promesse de Jésus (1,8), l'Esprit descend sur les apôtres (ou les disciples - voir ci-dessous, note sur le v.1) rassemblés: le don de l'Esprit répond au don de la Loi, que l'on célébrait à Chavouot, la Pentecôte juive (voir note sur le v.1).

Cet événement est l'accomplissement d'un souhait que Moïse avait déjà exprimé (Nb 11,29): le peuple de Dieu, enfin, n'est plus seulement un peuple dont les marques d'appartenance à YHWH sont extérieures; conformément à ce qu'annonçait le PT, l'Esprit fait des croyants le peuple dont Dieu est la vie (16-21).

Mais cette œuvre de l'Esprit opère un tri en Israël: seuls ceux qui croient que Jésus est le Messie et le Seigneur (33-36) que Dieu a ressuscité (25-32) ont part à l'Esprit (38-40).

En revanche, ce tri en Israël laisse entrevoir une ouverture aux hommes du monde entier. Car l'Esprit descend sur les disciples sous la forme de langues de feu, et les fait parler les langues des nations non-juives (1-13).

Cette réunion des langues annonce que, dans le peuple de l'Esprit, Dieu réunira sous la seigneurie du Ressuscité ce qu'à Babel il avait désuni (Gn 11,1-9).

<- Jérôme BOSCH - Triptyque de Haywain (panneau droit) - 1500-02 - L'Enfer, symbolisé par la chute de Babel - Le Prado, Madrid.

La vie de la première Église en est le témoignage concret.


Traduction et notes:

Verset 1.
Καὶ ἐν τῷ συμπληροῦσθαι τὴν ἡμέραν τῆς πεντηκοστῆς ἦσαν ἅπαντες ὁμοθυμαδὸν ἐπὶ τὸ αὐτό.
Le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble dans le même lieu.
τὴν ἡμέραν τῆς πεντηκοστῆς - Le jour de la Pentecôte: Chavouot, comme son nom grec l'indique, avait lieu cinquante jours après la Pâque (Lv 23,15-16). On l'appelait aussi fête des Prémices (Nb 28,26) ou fête de la moisson (Ex 23,16). On lui avait associé le souvenir du don de la Loi au Sinaï et l'Alliance de Dieu avec son peuple.

 Haggadah de Ferrare (1583): Moïse recevant les Tables de la Loi sur le Mont Sinaï ->
Paris, Bibliothèque Nationale.
En bas, le peuple attend le retour de Moïse.

ἦσαν ἅπαντεςὁμοθυμαδὸν - ils étaient tous ensemble:
- On peut noter ici deux leçons principales (de même sens) pour ce segment:
1. "ησαν απαντες ομοθυμαδον"est donné par Textus Receptus, c'est-à-dire par Stephens (1550)/Scrivener (1894); et par la Byzantine (2000);
2. "ησαν παντες ομου" est donné par Wescot-Hort (1881)/Nestlé-Aland et Tischendorf (1869);
3. on voit que Codex Sinaiticus ->
(IVème s.) donne "ησαν ομου"; "παντες", omis, figure en marge. Le signe diacritique de renvoi ˜ permet effectivement de le replacer entre "ησαν" et "ομου".
- Le sujet de "ἦσαν" peut être "les disciples" (voir 1,14-15) ou seulement "les apôtres" (dernières personnes explicitement désignée, au v.26); l'apposition "()παντες", "tous", ainsi que la grammaire, feraient plutôt pencher pour "les Douze"; ou alors la salle de rassemblement était relativement vaste, puisqu'au v.15 Luc mentionne "environ cent vingt personnes"...
La représentation artistique penche généralement pour les Douze, rassemblés autour de la Vierge Marie; cependant, il faut savoir que jusqu'au XVIIème siècle cette dernière ne figure pas dans les icônes de la Pentecôte (voir plus bas).

 <- La Descente de l'Esprit Saint (1365-68) - ANDREA DA FIRENZE - Chapelle Spagnuolo, Santa Maria Novella, Florence.

ἐπὶ τὸ αὐτό - dans le même lieu: Voir v.2. 1,13 et la préposition "ἐπί" semblent bien faire référence à un lieu situé "en hauteur", vraisemblablement "sur" la terrasse où l'on se retrouve fréquemment par temps chaud dans les maisons proche-orientales.

Verset 2.
καὶ ἐγένετο ἄφνω ἐκ τοῦ οὐρανοῦ ἦχος ὥσπερ φερομένης πνοῆς βιαίας, καὶ ἐπλήρωσεν ὅλον τὸν οἶκον οὗ ἦσαν καθήμενοι·
Tout à coup il vint du ciel un bruit comme celui d'un vent impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis.
ὥσπερ - comme: La description de ce phénomène si extraordinaire est faite au moyen de comparaisons (voir aussi "ὡσεὶ" au v.3). La scène présente des points communs avec les théophanies du PT (Ex 19,18; 1R 19,11-12; Is 29,6; 30,27-28).

Verset 3.
καὶ ὤφθησαν αὐτοῖς διαμεριζόμεναι γλῶσσαι ὡσεὶ πυρός, ἐκάθισέ τε ἐφ᾿ ἕνα ἕκαστον αὐτῶν,
Des langues, semblables à des langues de feu, leur apparurent, séparées les unes des autres, et se posèrent sur chacun d'eux.

Joseph Ignaz MILDORFER - La Pentecôte (vers 1750) ->
Galerie Nationale hongroise - Budapest

Verset 4.
καὶ ἐπλήσθησαν ἅπαντες Πνεύματος ῾Αγίου, καὶ ἤρξαντο λαλεῖν ἑτέραις γλώσσαις καθὼς τὸ Πνεῦμα ἐδίδου αὐτοῖς ἀποφθέγγεσθαι.
Et ils furent tous emplis du Saint Esprit, et se mirent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer.
• ἐπλήσθησαν- ils furent emplis: Ce verbe "πλήθω plēthō" décrit chez Luc une plénitude soudaine de l'Esprit, rendant capable d'accomplir un service ou de parler de la part de Dieu (Lc 1,15;41;67; Ac 4,8;31; 13,9).
ἑτέραις γλώσσαις- en d'autres langues: Ces langues diffèrent de la langue maternelle de ceux qui parlent (l'araméen). Ce discours "en d'autres langues" est mentionné deux autres fois dans les Ac, en 10,46 et en 19,6. Paul pourrait mentionner un phénomène similaire, en 1Co 12 et 14 (voir à cette page).
Pour l'interprétation de ce phénomène, voir ci-dessus, "Le contexte".

Verset 5.
῏Ησαν δὲ ἐν ῾Ιερουσαλὴμ κατοικοῦντες ᾿Ιουδαῖοι, ἄνδρες εὐλαβεῖς ἀπὸ παντὸς ἔθνους τῶν ὑπὸ τὸν οὐρανόν·
Or, il y avait en séjour à Jérusalem des Juifs, hommes pieux, de toutes les nations qui sont sous le ciel.
Ησαν δὲ ἐν ῾Ιερουσαλὴμκατοικοῦντες - Or, il y avait en séjour à Jérusalem: Le verbe "κατοικέω katoïkeō" signifie "résider", en principe de façon permanente - en tout cas pour un long séjour. Pourtant (la mention "ἄνδρες εὐλαβεῖς - hommes pieux" tendrait à confirmer cette interprétation), si certains de ces Juifs sont revenus définitivement s'installer à Jérusalem, on peut penser que la plupart sont venus pour y célébrer Chavouot (l'une des trois fêtes de pèlerinage, avec la Pâque et Soukkot, lors desquelles les Juifs de la Diaspora devaient se rendre à Jérusalem: Ex 23,14-17).

















La Descente de l'Esprit Saint (détail)- ANDREA DA FIRENZE

L'artiste a représenté des personnages en tenues d'ecclésiastiques de son temps (les "hommes pieux"), d'autres en costumes "exotiques" ("de toutes les nations qui sont sous le ciel"); tous semblent s'interroger sur ce qui se passe "à l'étage supérieur de la maison" (Ac 1,13)

Verset 6.
γενομένης δὲ τῆς φωνῆς ταύτης συνῆλθε τὸ πλῆθος καὶ συνεχύθη, ὅτι ἤκουον εἷς ἕκαστος τῇ ἰδίᾳ διαλέκτῳ λαλούντων αὐτῶν.
Au bruit qui eut lieu, la multitude accourut, et elle fut confondue parce que chacun les entendait parler dans sa propre langue.

Verset 7.
ἐξίσταντο δὲ πάντες καὶ ἐθαύμαζον λέγοντες πρὸς ἀλλήλους· οὐκ ἰδοὺ πάντες οὗτοί εἰσιν οἱ λαλοῦντες Γαλιλαῖοι;
Ils étaient tous dans l'étonnement et la surprise, et ils se disaient les uns aux autres: Voici, ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens?

Verset 8.
καὶ πῶς ἡμεῖς ἀκούομεν ἕκαστος τῇ ἰδίᾳ διαλέκτῳ ἡμῶν ἐν ᾗ ἐγεννήθημεν;
Et comment les entendons-nous dans notre propre langue à chacun, dans notre langue maternelle?

Versets 9-11.
Πάρθοι καὶ Μῆδοι καὶ ᾿Ελαμῖται, καὶ οἱ κατοικοῦντες τὴν Μεσοποταμίαν, ᾿Ιουδαίαν τε καὶ Καππαδοκίαν,, Πόντον καὶ τὴν ᾿Ασίαν,
Parthes, Mèdes, Élamites, ceux qui habitent la Mésopotamie, la Judée, la Cappadoce, le Pont, l'Asie,

Φρυγίαν τε καὶ Παμφυλίαν, Αἴγυπτον καὶ τὰ μέρη τῆς Λιβύης τῆς κατὰ Κυρήνην, καὶ οἱ ἐπιδημοῦντες ῾Ρωμαῖοι,
la Phrygie, la Pamphylie, l'Égypte, le territoire de la Libye voisine de Cyrène, et ceux qui sont venus de Rome, 
᾿Ιουδαῖοί τε καὶ προσήλυτοι, Κρῆτες καὶ ῎Αραβες, ἀκούομεν λαλούντων αὐτῶν ταῖς ἡμετέραις γλώσσαις τὰ μεγαλεῖα τοῦ Θεοῦ.
Juifs et prosélytes, Crétois et Arabes, comment les entendons-nous parler dans nos langues des merveilles de Dieu?

Toutes les nations mentionnées avaient une importante communauté juive. Les Juifs étaient en particulier nombreux en Égypte (n'oublions pas que la LXX a été élaborée à Alexandrie) et dans la Cyrénaïque - au point qu'ils avaient leur propre synagogue à Jérusalem.
προσήλυτοι- prosélytes: Ce mot désigne étymologiquement ceux qui viennent d'un autre pays; on le traduit parfois par "convertis" (au Judaïsme); mais il peut aussi désigner des "sympathisants", qui croient en YHWH, respectent la plupart des rites et des règles de vie du Judaïsme, mais sans être "convertis" (ce qui suppose, principalement, la circoncision). C'est au sein de ce dernier groupe de "prosélytes" du Judaïsme, convertis au Christianisme, que se posera principalement le problème de la circoncision (qui donnera lieu au "Concile de Jérusalem", Ac 15, voir plus bas).
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• Ac 2,14;22b-33

La Résurrection du Seigneur est, depuis le jour de la Pentecôte, l'objet central de la prédication apostolique.

C'est elle qui permet de saisir le sens de ce que Jésus de Nazareth a fait au cours de son ministère, de connaître l'action de Dieu dans son enseignement, comme dans les signes et les prodiges qui l'accompagnaient.
Elle accomplit les Écritures et les promesses divines.

Élevé dans la gloire de Dieu, Jésus ressuscité nous donne part à l'Esprit qu'il a reçu en plénitude.

Ce que Pierre annonce là avec assurance est le cœur du Credo des chrétiens depuis les temps apostoliques.  

Remarques:

Sur le Livre des Actes des Apôtres et sur Ac 2,1-47: voir plus haut.

Traduction et notes:

Verset 14.
Σταθεὶς δὲ ὁ Πέτρος σὺν τοῖς ἕνδεκα ἐπῆρε τὴν φωνὴν αὐτοῦ καὶ ἀπεφθέγξατο αὐτοῖς· ἄνδρες ᾿Ιουδαῖοι καὶ οἱ κατοικοῦντες ῾Ιερουσαλὴμ ἅπαντες, τοῦτο ὑμῖν γνωστὸν ἔστω καὶ ἐνωτίσασθε τὰ ῥήματά μου.
Mais Pierre, s'étant levé avec les onze, éleva sa voix, et leur parla: "Hommes juifs, et vous tous qui habitez Jérusalem, sachez ceci, et prêtez l'oreille à mes paroles;
Σταθεὶς δὲ ὁ Πέτρος - Mais Pierre, s'étant levé:
À l'encontre de ce que certains témoins de la Pentecôte viennent de déclarer ("d'autres, se moquant, disaient: Ils sont pleins de vin doux", v.13), l'action de "se lever" avant de parler indique (ici comme dans toute la Bible, PT et NT) la solennité, la gravité du discours qui va suivre.
Comme souvent dans les évangiles ou dans les Actes, Pierre est le porte-parole du groupe de disciples.
Conformément à Mt 16,18-19, et suite à sa réhabilitation de Jn 21,15-18 (il semble aussi avoir été le premier des Douze à rencontrer le Ressuscité: Lc 24,34; 1Co 15,5), Pierre joue un rôle prépondérant dans le groupe des apôtres et dans l'histoire de l'ouverture du Royaume aux Juifs, aux Samaritains et aux païens (1,15;3,1;4,8;8,14;10,5;9;12,3).
Comp. 1,15.
Dans les vv.15-21, Pierre justifie l'attitude des apôtres: non, ils ne sont pas ivres (v.15); puis il cite Jl 3,1-5;en effet ce passage de Joël (comme, entre autres, Is 44,3; Jr 31,33-34; Ez 36,25-27;37,9;14;39,29) annonce que l'effusion de l'Esprit sur le peuple est l'une des manifestations attendues pour les temps messianiques:
והיה [...] אשׁפוך את־רוחי על־כל־בשׂר
"Je répandrai mon Esprit sur toute chair" (Jl 3,1) [...]
והיה כל אשׁר־יקרא בשׁם יהוה ימלט
"et il arrivera que quiconque invoquera le nom de l'Éternel sera sauvé" (Jl 3,5).
Il faut souligner que le texte de Joël s'accomplit bien pour les Juifs, puisque les croyants réunis à Jérusalem pour le "חג khag", "pèlerinage" de "שבועות Chavou'ot" sont des Juifs pratiquants, de naissance ou convertis, de tout le pays, et de la diaspora (Ac 2,9-11; voir à cette page).
ἄνδρες ᾿Ιουδαῖοι καὶ οἱ κατοικοῦντες ῾Ιερουσαλὴμ ἅπαντες - Hommes juifs, et vous tous qui habitez Jérusalem:
L'adjectif Ἰουδαῖος Ioudaios est dérivé du substantif Ἰουδά Iouda - transcription de l'hébreu יהוּדה Yehûdâh, désignant Juda, la tribu qui en descend et son territoire; ou le territoire des tribus du Sud dès avant le schisme de 933 av. notre ère, et surtout après celui-ci, quand se forment les deux royaumes: de Juda au Sud et d'Israël au Nord (voir v. suivant).
Ἰουδά Iouda est donc le nom grec de la région dont Jérusalem est la ville principale.
Dans le NT, comme dans le PT, la Judée est le sud du pays (la Samarie en est le centre et la Galilée le nord, la Décapole étant à l'est, en grande partie au-delà du Jourdain).
Hérode est roi de Judée (Lc 1,5); plus tard, Pilate en est le préfet (= représentant de Rome; Lc 3,1), avec résidence à Césarée (Ac 23,23-24).

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Verset 22.
῎Ανδρες ᾿Ισραηλῖται, ἀκούσατε τοὺς λόγους τούτους· ᾿Ιησοῦν τὸν Ναζωραῖον, ἄνδρα ἀπὸ τοῦ Θεοῦ ἀποδεδειγμένον εἰς ὑμᾶς δυνάμεσι καὶ τέρασι καὶ σημείοις οἷς ἐποίησε δι᾿ αὐτοῦ ὁ Θεὸς ἐν μέσῳ ὑμῶν, καθὼς καὶ αὐτοὶ οἴδατε,
Hommes israélites, écoutez ces paroles: Jésus le Nazaréen, homme approuvé de Dieu auprès de vous par les miracles et les prodiges et les signes que Dieu a faits par lui au milieu de vous, comme vous-mêmes vous le savez,
Ανδρες ᾿Ισραηλῖται - Hommes israélites:
L'adjectif Ἰσραηλίτης Israēlits est dérivé du substantif Ἰσραήλ Israēl - transcription de l'hébreu ישׂראל Yiśrâ'êl, "Israël", désignant: Jacob après sa lutte avec l'ange (voir récit et commentaire à cette page); la totalité des douze tribus issues de Jacob - les "fils d'Israël" ou Israélites; ou les seules tribus du Nord (voir note au v. précédent).
En s'adressant d'abord aux "ἄνδρες ᾿Ιουδαῖοι" au v.14, puis aux "ἄνδρες ᾿Ισραηλῖται" ici, Pierre s'adresse par mérisme à l'ensemble des Juifs (voir note v.29).

Verset 23.
τοῦτον τῇ ὡρισμένῃ βουλῇ καὶ προγνώσει τοῦ Θεοῦ ἔκδοτον λαβόντες, διὰ χειρὸς ἀνόμων προσπήξαντες ἀνείλατε·
cet homme, livré selon le dessein arrêté et selon la prescience de Dieu, vous l'avez crucifié, vous l'avez fait mourir par la main des impies.
Même si les choses se sont passées conformément au plan de Dieu, les acteurs du drame n'en sont pas moins responsables de leurs actes.
On notera que Pierre précise bien "διὰ χειρὸς ἀνόμων"; il faut savoir
- que l'adjectif "ἄνομος anomos" signifie étymologiquement "sans loi", c'est-à-dire sans la Loi; donc non-Juif, d'où la traduction "impie" ou "païen";
- la locution est exacte, puisque la crucifixion est un châtiment typiquement romain (donc de "païens", d'"impies"), réservé aux esclaves; si Jésus avait été condamné par un tribunal juif, il aurait été lapidé; en outre, il est vraisemblable qu'il n'y aurait alors pas eu les divers "télescopages" de dates rencontrés lors de ces événements, car des Juifs auraient choisi des jours et heures plus propices, moins en contradiction avec les Lois (de pureté rituelle en particulier).

Verset 24.
ὃν ὁ Θεὸς ἀνέστησε λύσας τὰς ὠδῖνας τοῦ θανάτου, καθότι οὐκ ἦν δυνατὸν κρατεῖσθαι αὐτὸν ὑπ᾿ αὐτοῦ.
Dieu l'a ressuscité, en le délivrant des liens de la mort, parce qu'il n'était pas possible qu'il fût retenu par elle.

Versets 25-28.
Δαυῒδ γὰρ λέγει εἰς αὐτόν· Προωρώμην τὸν Κύριον ἐνώπιόν μου διὰ παντός, ὅτι ἐκ δεξιῶν μού ἐστιν ἵνα μὴ σαλευθῶ.
Car David dit de lui:
"Je voyais constamment le Seigneur devant moi,
Parce qu'il est à ma droite, afin que je ne sois point ébranlé.
διὰ τοῦτο εὐφράνθη ἡ καρδία μου καὶ ἡγαλλιάσατο ἡ γλῶσσά μου, ἔτι δὲ καὶ ἡ σάρξ μου κατασκηνώσει ἐπ᾿ ἐλπίδι,
Aussi mon coeur est dans la joie, et ma langue dans l'allégresse;
Et même ma chair reposera avec espérance,
ὅτι οὐκ ἐγκαταλείψεις τὴν ψυχήν μου εἰς ᾅδου οὐδὲ δώσεις τὸν ὅσιόν σου ἰδεῖν διαφθοράν.
Car tu n'abandonneras pas mon âme dans le séjour des morts,
Et tu ne permettras pas que ton Saint voie la corruption.
ἐγνώρισάς μοι ὁδοὺς ζωῆς, πληρώσεις με εὐφροσύνης μετὰ τοῦ προσώπου σου.
Tu m'as fait connaître les sentiers de la vie,
Tu me rempliras de joie par ta présence".
Citation (vv.25-28) de Ps 16,8-11; la citation dit la proximité de Jésus avec Dieu, même dans la mort.
εἰς ᾅδου - dans le séjour des morts: LXX traduit par "εἰς ᾅδην", "dans l'Hadès" (terme mythologique grec pour désigner le séjour des ombres, des morts - et la divinité surveillant ce séjour) l'hébreu "שׁאול she'ôl".  

Verset 29.
 ῎Ανδρες ἀδελφοί, ἐξὸν εἰπεῖν μετὰ παρρησίας πρὸς ὑμᾶς περὶ τοῦ πατριάρχου Δαυῒδ ὅτι καὶ ἐτελεύτησε καὶ ἐτάφη καὶ τὸ μνῆμα αὐτοῦ ἔστιν ἐν ἡμῖν ἄχρι τῆς ἡμέρας ταύτης.
Hommes frères, qu'il me soit permis de vous dire avec liberté, au sujet du patriarche David, et qu'il est mort, et qu'il a été enseveli, et que son sépulcre est au milieu de nous jusqu'à ce jour.
•  ῎Ανδρες ἀδελφοί - Hommes frères:
En hébreu, "אנשים אחים - gens frères"; contrairement au français où le mot "frère" est surtout un substantif, en hébreu et en grec c'est plutôt un adjectif; surtout  comme ici au vocatif, où il a besoin d'un "substantif d'appui".
Après avoir appelé ses auditeurs "ἄνδρες ᾿Ιουδαῖοι" au v.14, puis aux "ἄνδρες ᾿Ισραηλῖται" au v.22, donc après avoir interpellé l'ensemble des Juifs présents (voir notes sur ces vv.), Pierre s'identifie à ses compatriotes, les entraînant ainsi à sa suite (voir leur réponse au v.37, où ils reprennent la même locution "ἄνδρες ἀδελφοί" pour s'adresser à Pierre et aux apôtres, afin de leur demander "τί ποιήσομεν;" "que ferons-nous? que devons-nous faire?").
περὶ τοῦ πατριάρχου Δαυῒδ - au sujet du patriarche David:Les ancêtres des Israélites (Abraham, Isaac et Jacob) étaient appelés "patriarches". Par extension, ce titre a été également appliqué aux douze fils de Jacob-Israël, et ici au roi David.
τὸ μνῆμα αὐτοῦ - son sépulcre:Ce tombeau, bien connu et vénéré, se trouvait sur le mont Sion.

Verset 30.
προφήτης οὖν ὑπάρχων, καὶ εἰδὼς ὅτι ὅρκῳ ὤμοσεν αὐτῷ ὁ Θεὸς ἐκ καρποῦ τῆς ὀσφύος αὐτοῦ τὸ κατὰ σάρκα ἀναστήσειν τὸν Χριστὸν καθίσαι ἐπὶ τοῦ θρόνου αὐτοῦ,
Étant donc prophète - et sachant que Dieu lui avait juré, avec serment, qu'il ferait asseoir quelqu'un, suscité du fruit de ses reins, sur son trône - 
ὅρκῳ ὤμοσεν αὐτῷ ὁ Θεὸς [...] ἐπὶ τοῦ θρόνου αὐτοῦ - sachant que Dieu lui avait juré, avec serment [...] sur son trône: Cf. Ps 132,11:
 נשׁבע־יהוה לדוד אמת לא־ישׁוב ממנה מפרי בטנך אשׁית לכסא־לך׃
"YHWH-l'Éternel a juré à David en vérité, il n'y reviendra pas: Je mettrai du fruit de ton ventre sur ton trône". Voir aussi 2S 7,16; 1Ch 17,12.

Verset 31.
προϊδὼν ἐλάλησε περὶ τῆς ἀναστάσεως τοῦ Χριστοῦ ὅτι οὐ κατελείφθη ἡ ψυχὴ αὐτοῦ εἰς ᾅδου οὐδὲ ἡ σὰρξ αὐτοῦ εἶδε διαφθοράν.
il a dit de la résurrection du Christ, en la prévoyant, que son âme n'a pas été laissée dans l'Hadès, et que sa chair non plus n'a pas vu la corruption.
οὐ κατελείφθη ἡ ψυχὴ αὐτοῦ εἰς ᾅδου οὐδὲ ἡ σὰρξ αὐτοῦ εἶδε διαφθοράν - son âme n'a pas été laissée dans l'Hadès, et que sa chair non plus n'a pas vu la corruption: Cf. Ps 16,10:
  כי לא־תעזב נפשׁי לשׁאול לא־תתן חסידך לראות שׁחת׃
"Car tu n'abandonneras pas mon âme au shéol, tu ne permettras pas que ton fidèle voie la corruption".
Sur la "נפשׁ" (grec: "ψυχή"), voir ici.
Sur le "שׁאול" (grec: "ᾅδης"), voir note sur le v.28.
La mort et la "corruption" physique de David dans son "sépulcre" (v.29) est, pour Pierre, la preuve  qu'il ne parlait pas de lui-même dans ce psaume: par l'Esprit de prophétie (v.30a), il annonçait donc par avance le sort d'un de ses descendants, le Messie.

Verset 32.
τοῦτον τὸν ᾿Ιησοῦν ἀνέστησεν ὁ Θεός, οὗ πάντες ἡμεῖς ἐσμεν μάρτυρες.
Ce Jésus, Dieu l'a ressuscité, ce dont nous, nous sommes tous témoins.

Verset 33.
τῇ δεξιᾷ οὖν τοῦ Θεοῦ ὑψωθεὶς, τήν τε ἐπαγγελίαν τοῦ ῾Αγίου Πνεύματος λαβὼν παρὰ τοῦ πατρὸς, ἐξέχεε τοῦτο ὃ νῦν ὑμεῖς βλέπετε καὶ ἀκούετε.
Ayant donc été exalté par la droite de Dieu, et ayant reçu de la part du Père l'Esprit Saint promis, il a répandu ce que vous voyez et entendez.
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• Ac 2,14a;36-41

"Environ trois mille personnes"!

Au-delà de son extraordinaire résultat, la première prédication de Pierre proclame ce qui demeure l'essentiel du message chrétien :
- Jésus, crucifié par les hommes, a été ressuscité par Dieu ;
- pour avoir part au salut, acquis par sa Pâque et offert à tous, il faut se convertir,
- c'est-à-dire se détourner de ses égarements et recevoir le baptême, sacrement du pardon des péché et du don de l'Esprit Saint, qui introduit dans la communauté des sauvés.

Tout ce qu'on peut ajouter relève de la catéchèse et de l'exhortation, dont le but est de faire comprendre le prix de cette Bonne Nouvelle, et de presser le plus grand nombre de l’accueillir avec joie.


Remarques:

Sur le Livre des Actes des Apôtres et sur Ac 2,1-47: voir plus haut.
Traduction du v.14 et notes: voir ci-dessus.

Traduction et notes:

Verset 36.
ἀσφαλῶς οὖν γινωσκέτω πᾶς οἶκος ᾿Ισραὴλ ὅτι καὶ Κύριον καὶ Χριστὸν αὐτὸν ὁ Θεός ἐποίησε, τοῦτον τὸν ᾿Ιησοῦν ὃν ὑμεῖς ἐσταυρώσατε.
Que toute la maison d'Israël sache donc avec certitude que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié.

Verset 37.
᾿Ακούσαντες δὲ κατενύγησαν τῇ καρδίᾳ, εἶπόν τε πρὸς τὸν Πέτρον καὶ τοὺς λοιποὺς ἀποστόλους· τί ποιήσομεν, ἄνδρες ἀδελφοί;
Après avoir entendu ce discours, ils eurent le coeur vivement touché, et ils dirent à Pierre et aux autres apôtres: Hommes frères, que ferons-nous?
•  ῎Ανδρες ἀδελφοί - Hommes frères:
En hébreu, "אנשים אחים - gens frères"; contrairement au français où le mot "frère" est surtout un substantif, en hébreu et en grec c'est plutôt un adjectif; surtout  comme ici au vocatif, où il a besoin d'un "substantif d'appui".
Après avoir appelé ses auditeurs "ἄνδρες ᾿Ιουδαῖοι" au v.14, puis  "ἄνδρες ᾿Ισραηλῖται" au v.22, donc après avoir interpellé l'ensemble des Juifs présents (voir ci-dessus, notes sur ces vv.), Pierre s'est identifié au v.29 à ses compatriotes, les entraînant ainsi à sa suite (ils reprennent effectivement ici cette même locution "ἄνδρες ἀδελφοί" pour s'adresser à Pierre et aux apôtres, afin de leur demander "τί ποιήσομεν;" "que ferons-nous? que devons-nous faire?").

Verset 38.
᾿Πέτρος δὲ ἔφη πρὸς αὐτούς· μετανοήσατε, καὶ βαπτισθήτω ἕκαστος ὑμῶν ἐπὶ τῷ ὀνόματι ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ εἰς ἄφεσιν ἁμαρτιῶν, καὶ λήψεσθε τὴν δωρεὰν τοῦ ῾Αγίου Πνεύματος.
Et Pierre leur dit: Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ, en rémission des péchés; et vous recevrez le don du Saint Esprit:
• βαπτισθήτω - que soit baptisé:
Le verbe "baptiser" est la transcription directe du grec "βαπτίζω baptidzō", qui signifie "plonger", "immerger".
Voir Mt 3,6sqq, sur le baptême proposé par Jean le Précurseur.
Différentes ablutions rituelles étaient pratiquées dans le judaïsme, en particulier chez les Esséniens de Qumrân (que Jean aurait, peut-être, fréquentés); mais aucunes ne correspond au baptême de Jean. La coutume qui s'en rapproche le plus est le passage des prosélytes au Miqvé
- mais son origine est peut-être plus tardive. Cependant la comparaison donne cependant une idée de la force du message de Jean: il invitait en effet les descendants d'Abraham à revenir vers Dieu, à la manière des païens désirant venir au Dieu d'Israël. Le baptême de Jean était précédé de la reconnaissance des péchés, et il doit être compris à la lumière de la mission du Précurseur: préparer la venue du Messie.
Ici, si le rôle du baptême est toujours de confirmer de manière publique et visible la repentance ("εἰς ἄφεσιν ἁμαρτιῶν"), il est aussi de confesser la foi en Jésus Christ:
•  ἐπὶ τῷ ὀνόματι ᾿Ιησοῦ Χριστοῦau nom de Jésus Christ: Le "nom de Jésus" était mentionné lors du baptême, son autorité reconnue, indiquant l'appartenance du baptisé au "Christ". C'est un baptême "pour le Christ" (voir Rm 6,3).
λήψεσθε τὴν δωρεὰν τοῦ ῾Αγίου Πνεύματος - vous recevrez le don du Saint Esprit: Le "don du Saint Esprit" est lié à la foi en Jésus, Christ. Cette vérité doit être profondément troublante pour ceux qui ont une part de responsabilité dans sa mort (v.36).

Verset 39.
ὑμῖν γάρ ἐστιν ἡ ἐπαγγελία καὶ τοῖς τέκνοις ὑμῶν καὶ πᾶσι τοῖς εἰς μακρὰν, ὅσους ἂν προσκαλέσηται Κύριος ὁ Θεὸς ἡμῶν.
car la promesse est pour vous, pour vos enfants, et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera. 
ἂν προσκαλέσηταιappellera: Voir Jl 3,5.

Verset 40.
ἑτέροις τε λόγοις πλείοσι διεμαρτύρατο καὶ παρεκάλει λέγων· σώθητε ἀπὸ τῆς γενεᾶς τῆς σκολιᾶς ταύτης.
Et, par plusieurs autres paroles, il les conjurait et les exhortait, disant: Sauvez-vous de cette génération perverse.
ἑτέροις τε λόγοις πλείοσι - Et, par plusieurs autres paroles:Le discours que Luc rapporte ici est un résumé de l'ensemble de ce que Pierre disait.
ἀπὸ τῆς γενεᾶς τῆς σκολιᾶς ταύτης - de cette génération perverse: Pierre est conscient que Dieu est en train d'opérer un tri en Israël (voir Mt 3,11-12 et notes à cette page).

Verset 41.
οἱ μὲν οὖν ἀσμένως ἀποδεξάμενοι τὸν λόγον αὐτοῦ ἐβαπτίσθησαν, καὶ προσετέθησαν τῇ ἡμέρᾳ ἐκείνῃ ψυχαὶ ὡσεὶ τρισχίλιαι.
Ceux donc qui reçurent sa parole furent baptisés; et en ce jour-là furent ajoutées environ trois mille âmes.
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• Ac 2,42-47

La Parole annoncée par les Apôtres, la vie fraternelle, la prière et l'Eucharistie (appelée "Fraction du Pain") font l'Église.
Assemblée des disciples du Christ ressuscité, qui témoigne de la présence du Seigneur au milieu des siens, voilà ce qu'a voulu être la communauté primitive, et ce qu'est l'idéal vers lequel doit tendre chaque communauté d'aujourd'hui.   

Remarques:

Sur le Livre des Actes des Apôtres, voir plus haut.
Sur Ac 2,1-47: voir ci-dessus. 

Traduction et notes:

Verset 42.
 ῏Ησαν δὲ προσκαρτεροῦντες τῇ διδαχῇ τῶν ἀποστόλων καὶ τῇ κοινωνίᾳ καὶ τῇ κλάσει τοῦ ἄρτου καὶ ταῖς προσευχαῖς.
Et ils persévéraient dans la doctrine des apôtres, la communauté, la fraction du pain et les prières.
τῇ διδαχῇ τῶν ἀποστόλων - la doctrine des apôtres: À l'enseignement du PT, les premiers chrétiens avaient ajouté "la doctrine" de Jésus, rapportée, expliquée et appliquée par "les apôtres".
τῇ κοινωνίᾳla communau:
-- Le substantif κοινωνία koïnōnia (dérivé de l'adjectif κοινός koïnos, "commun" - voir "κοινά", v.44), désigne toute "participation", "mise en commun", "distribution", etc.  
-- Il marque ici l'importance de la dimension communautaire de la vie des croyants: leur attachement au Christ, leur foi et leur salut communs, les rendaient proches, solidaires les uns des autres. 
τῇ κλάσει τοῦ ἄρτου-la fraction du pain: Il pourrait s'agir de repas communs, où l'on prenait la Cène (v.46;20,7; 1Co 10,16;11,20).
ταῖς προσευχαῖς-les prières: La prière en commun est l'un des aspects de cette vie fraternelle.

Verset 43.
᾿Εγένετο δὲ πάσῃ ψυχῇ φόβος, πολλά τε τέρατα καὶ σημεῖα διὰ τῶν ἀποστόλων ἐγίνετο.
Et toute âme avait de la crainte; et beaucoup de prodiges et de miracles se faisaient par les apôtres.

Verset 44.
πάντες δὲ οἱ πιστεύοντες ἦσαν ἐπὶ τὸ αὐτὸ καὶ εἶχον ἅπαντα κοινά,
Et tous les croyants étaient en un même lieu, et ils avaient toutes choses communes; 
ἐπὶ τὸ αὐτό- en un même lieu: Leur unité se manifestait par leur attachement à la communion fraternelle (voir aussi "κοινωνία", v.42) et par leur solidarité.
εἶχον ἅπαντα κοινά- ils avaient toutes choses communes:
-- Voir v.45;4,32-5,11;6,1.
-- Certains ont voulu expliquer cette attitude par la conviction des croyants que Jésus allait revenir sans tarder - mais rien ne justifie une telle interprétation dans le contexte (voir, au contraire, le v.39).
-- D'autres y ont vu l'expression d'un idéal de vie communautaire d'inspiration essénienne - mais le partage des biens n'était pas obligatoire (voir 5,4), contrairement à ce qui se passait chez les esséniens.
-- Sans doute le sentiment de solidarité face aux besoins criants de certains membres de l'Église (voir 6,1) suffit-il à expliquer l'attitude des croyants.

Verset 45.
καὶ τὰ κτήματα καὶ τὰς ὑπάρξεις ἐπίπρασκον καὶ διεμέριζον αὐτὰ πᾶσι καθότι ἄν τις χρείαν εἶχε·
et ils vendaient leurs possessions et leurs biens, et les distribuaient à tous, selon que quelqu'un pouvait en avoir besoin.

Verset 46.
καθ᾿ ἡμέραν τε προσκαρτεροῦντες ὁμοθυμαδὸν ἐν τῷ ἱερῷ, κλῶντές τε κατ᾿ οἶκον ἄρτον, μετελάμβανον τροφῆς ἐν ἀγαλλιάσει καὶ ἀφελότητι καρδίας,
Et tous les jours ils persévéraient d'un commun accord dans le Temple; et, rompant le pain dans leurs maisons, ils prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de coeur,
ἐν τῷ ἱερῷ - dans le Temple: Pas plus que Jésus lui-même, les croyants de Jérusalem n'ont rompu radicalement avec les pratiques de l'ancienne Alliance (3,3;5,12;20-21;42). Celles-ci en effet avaient été inspirées par Dieu, et leur caractère typologique (symbolique) leur conservait une valeur pour les croyants de la nouvelle Alliance (voir 21,23-24). Le "jugement de Dieu" qui s'abattra sur le peuple de l'ancienne Alliance en 70 (voir à cette page) mettra un terme à ces pratiques au sein de l'Église.

Verset 46.
αἰνοῦντες τὸν Θεὸν καὶ ἔχοντες χάριν πρὸς ὅλον τὸν λαόν. ὁ δὲ Κύριος προσετίθει τοὺς σῳζομένους καθ᾿ ἡμέραν τῇ ἐκκλησίᾳ.
louant Dieu, et ayant la faveur de tout le peuple. Et le Seigneur ajoutait tous les jours à l'assemblée ceux qui devaient être sauvés.
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Ac 3, 13-15 ;17-19

Premier miracle opéré par un Apôtre après le départ du Seigneur : Pierre « au nom de Jésus » guérit un infirme qui ne demandait qu’une aumône. « Il est vivant celui qu’on avait crucifié » proclame alors l’Apôtre à la foule étonnée.

La vigueur sans nuances de l’apostrophe de Pierre ne revient pas à faire supporter par tout le peuple la responsabilité directe de la mort de Jésus, à condamner Israël comme déicide.
Mais elle invite chacun – aujourd’hui comme hier – à s’interroger sur la manière dont il se situe par rapport au Messie mort et ressuscité « conformément aux Écritures », à se convertir et à revenir à Dieu pour obtenir, par le Christ, le pardon de ses péchés.

Le contexte -Ac 3,1 – 4,31 :

Comme celui de leur Maître, le ministère des apôtres est accompagné de miracles qui authentifient leur parole (voir 2,22).

Ici, c'est un paralysé (les paralysés étaient généralement exclus du sacerdoce – Lv 21,17-18 – et leur accès au Temple était limité – voir par ex. 2S 5,8) qui est guéri par la puissance du Ressuscité (3,1-11).

Face à la stupéfaction de la foule, Pierre explique le miracle (3,12-26).

Sa prédication développe les mêmes vérités que celle de 2,14-36 :
  • C'est avec la venue de Jésus que le plan de Dieu s'est accompli (3,18// 2,23), conformément à son Alliance (3,25// 2,30), et que les promesses du PT se sont réalisées (3,18;22-24;25// 2,16-21;25-31,34-35).
  • Le peuple a rejeté le Messie et l'a fait mourir (3,14-15// 2,23;36 ; voir aussi 4,10-11) en le livrant aux païens (2,23 ; voir aussi 4,25-27).
  • Mais Dieu a manifesté qu'il l'approuvait en le ressuscitant des morts (3,15// 2,24;31) et en le faisant siéger en Seigneur et Messie sur son trône jusqu'au jour de son retour, lorsqu'il rétablira son royaume sur terre (3,20-21// 2,30;33-36).
  • La mort de Jésus elle-même a été conforme au plan divin, car le Messie devait souffrir et mourir (3,18// 2,23) pour assurer le pardon des péchés (3,19// 2,38).
  • C'est pourquoi, malgré les péchés du peuple, Dieu proclame la grâce de ce dernier (3,17// 2,39) s'il se détourne de sa révolte et se confie en Jésus Christ (3,19;26 // 2,38), et lui donne l'Esprit et le repos promis (3,20// 2,38).
  • Mais, à ceux qui rejettent le Messie, c'est la mort qui est réservée (3,23 ; voir aussi 4,12).

Selon ces textes, Jésus est :
  • le משיח-Messie-χριστος-Christ (3,18;20// 2,31;36;38 ; voir aussi 4,10),
  • le Prophète (3,22-23),
  • le Serviteur (3,13;26),
  • le Seigneur (2,34;36) ;
comme Dieu lui-même, il est :
  • le Saint et le Juste (3,14),
  • l'auteur de la vie (3,15),
  • le Nom puissant qui guérit (3,16),
  • le seul qui sauve (4,12) car il est le Seigneur (2,34;36 ; à comparer avec2,40;3,20;22).

Ces résumés des prédications de Pierre permettent ainsi d'entrevoir la théologie de la première Église.

Traduction et notes:

Verset 13.
ο θεος αβρααμ και ισαακ και ιακωβ ο θεος των πατερων ημων εδοξασεν τον παιδα αυτου ιησουν ον υμεις παρεδωκατε και ηρνησασθε αυτον κατα προσωπον πιλατου κριναντος εκεινου απολυειν
Le Dieu d'Abraham et d'Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères, a glorifié son serviteur Jésus, que vous, vous avez livré, et que vous avez renié devant Pilate, lorsqu'il avait décidé de le relâcher.
• ο θεος αβρααμ και ισαακ και ιακωβ ο θεος των πατερων ημων - Le Dieu d'Abraham et d'Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères: En hébreu, "אלהי אברהם אלהי יצחק ואלהי יעקב אלהי אבותינו", "le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob, le Dieu de vos pères"; voir par ex. Ex 3,6;15.
• τον παιδα αυτου- son serviteur:
-Le terme grec est "παῖςpaïs" (d'où dérivent les mots français tels que "péd-iatre", "péd-agogie") est généralement traduit par "enfant". En réalité, dérivé du verbe-racine "παίω païō - frapper sans violence", il désigne celui que l'on peut frapper ainsi, c'est-à-dire un (jeune) esclave.
-Voir les vv.18;26; 4,27;30. Référence possible au Serviteur d'Isaïe (en particulier Is 52,13-14); sur ce thème, voir cette page.
• κριναντος εκεινου απολυειν- lorsqu'il avait décidé de le relâcher: Voir Lc 23,4;16. 

Verset 14.
υμεις δε τον αγιον και δικαιον ηρνησασθε και ητησασθε ανδρα φονεα χαρισθηναι υμιν
Mais vous, vous avez renié le saint-et-juste, et vous avez demandé qu'on vous accordât un meurtrier; 
• υμεις δε- Mais vous, vous: Le texte insiste très fortement (double système d'emphase: utilisation du pronom personnel; situation de celui-ci en tête de phrase) sur les locuteurs de Pierre. Mais, curieusement, la traduction liturgique insiste non sur "vous", mais sur "lui".
τον αγιον και δικαιον- le saint-et-juste:
- L'emploi d'un seul article devant les deux adjectifs substantivé fait de ce segment une sorte de locution.
- Dans le PT, Dieu est appelé "le Saint" (voir par ex. Lv 11,44-45; Ps 78,41); pour "le Juste", voir Is 53,11.
ητησασθε ανδρα φονεα χαρισθηναι υμιν- vous avez demandé qu'on vous accordât un <homme> meurtrier: Barrabas (voir Lc 23,18-25).
 
Verset 15.
τον δε αρχηγον της ζωης απεκτεινατε ον ο θεος ηγειρεν εκ νεκρων ου ημεις μαρτυρες εσμεν
et vous avez mis à mort le prince de la vie, que Dieu a ressuscité d'entre les morts; ce dont nous, nous sommes témoins.
• τον ... αρχηγον της ζωης- le prince de la vie: Comp. Hé 2,10;12,2.
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Verset 17.
και νυν αδελφοι οιδα οτι κατα αγνοιαν επραξατε ωσπερ και οι αρχοντες υμων
Et maintenant, frères, je sais que vous l'avez fait par ignorance, de même que vos chefs, eux aussi;
αδελφοι- frères: Pierre s'identifie à nouveau à ses compatriotes (voir plus haut, 2,29 et note), même s'il s'adresse à eux à la 2ème personne.
κατα αγνοιαν- par ignorance: Après avoir affirmé la responsabilité de ses auditeurs (au v.15), Pierrereconnaît qu'ils ont agi par ignorance. Comp. Lc 23,34.
Dans le PT, les sacrifices ne concernaient que le pardon des péchés commis par inadvertance (Nb 15,27-31). Mais le temps de l'ignorance est maintenant passé, et il est urgent de se repentir et de se retourner vers Dieu. En 17,30, c'est l'ignorance des non-Juifs qui sera mentionnée.
 
Verset 18.
ο δε θεος α προκατηγγειλεν δια στοματος παντων των προφητων αυτου παθειν τον χριστον επληρωσεν ουτως
mais Dieu a ainsi accompli ce qu'il avait prédit par la bouche de tous les prophètes: que son Christ devait ainsi souffrir.
αυτου παθειν τον χριστον επληρωσεν ουτως- que son Christ devait ainsi souffrir: Voir Lc 24,26.
• μετανοησατε- Repentez-vous: Voir plus haut 2,38 et notes.
Ce v. décrit le double mouvement de la conversion: la repentance (se détourner du péché) et la foi (se tourner vers Dieu).
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• Ac 4,8-12

Comme Jésus, les Apôtres doivent s’expliquer sur le bien fait à un homme. Pierre répond en proclamant que ce miracle est  signe du salut que seul le Seigneur ressuscité peut apporter.

Le contexte -Ac 3,1 – 4,31 : Voir ci-dessus.

Remarque :

On notera que saint Luc dans ce passage des Actes des Apôtres cite un verset du Ps 118/117 :

-         Texte original du verset 22 de ce psaume, en hébreu :
אבן מאסו הבונים היתה לראש פנה׃
Traduction linéaire : אבן la pierre [que] – מאסו ont rejeté – הבונים ceux qui bâtissent – היתה est devenue – לראש à la tête –  פנה de l’angle
-         Traduction grecque du verset (LXX) : λιθον ον απεδοκιμασαν οι οικοδομουντες ουτος εγενηθη εις κεφαλην γωνιας
Traduction linéaire : λιθον la pierre – ον que – απεδοκιμασαν ont rejeté – οι οικοδομουντες ceux qui bâtissent – ουτος celle-ci – εγενηθη est devenue – εις κεφαλην à la tête – γωνιας de l’angle
-         Citation de Luc, en Ac 4,11 : ουτος εστιν ο λιθος ο εξουθενηθεις υφ υμων των οικοδομων ο γενομενος εις κεφαλην γωνιας
Traduction linéaire : ουτος celui-ci – εστιν est – ο λιθος la pierre – ο εξουθενηθεις la méprisée –  υφ υμων par vous – των οικοδομων les bâtisseurs – ο γενομενος la devenue – εις κεφαλην à la tête – γωνιας de l’angle

Nous pouvons donc constater :
-         que la LXX donne une traduction absolument littérale de l’hébreu ;
-         que Luc reprend presque littéralement la LXX – le démonstratif ουτος, qui reprend dans la LXX λιθον (accusatif de ο λιθος-la pierre, qui est en grec un nom masculin) désignant chez lui Jésus, ce qui renforce lamétaphore.

Ce fait nous rappelle que les contemporains de Jésus et de ses Apôtres
- s’exprimaient en araméen,
- priaient avec les textes de la Bible hébraïque,
- avaient pour langue écrite véhiculaire le grec.

Par ailleurs, nous devons également noter
- que Luc cite également ce verset dans son Évangile, en 20,17 :
ο δε εμβλεψας αυτοις ειπεν τι ουν εστιν το γεγραμμενον τουτο λιθον ον απεδοκιμασαν οι οικοδομουντες ουτος εγενηθη εις κεφαλην γωνιας
Mais lui [Jésus], les regardant, leur dit: "Que signifie donc ce qui est écrit: 'La pierre que ceux qui bâtissaient ont rejetée est devenue la principale pierre de l'angle'?" – mettant cette fois dans la bouche du Christ les mots mêmes de la LXX;
- que plusieurs autres versets de ce Psaume sont cités dans le NT :
- le verset 6 en Hé 13,6 ;
- les versets 22-23 également en Mt 21,42; Mc 12,10; 1P 2,7;
- les versets 25-26 en Mt 21,29;
- le verset 26 enLc 13,34;19,38.
Au total, Luc cite donc deux fois ce verset, quatre fois le Psaume dont il est tiré; et le NT neuf fois ce dernier!

Traduction et notes:

Verset 8.
τοτε πετρος πλησθεις πνευματος αγιου ειπεν προς αυτους αρχοντες του λαου και πρεσβυτεροι του ισραηλ
Alors Pierre, étant rempli de l'Esprit Saint, leur dit: "Chefs du peuple et anciens d'Israël,
πλησθεις πνευματος αγιου- étant rempli de l'Esprit Saint: Voir, plus haut, 2,4 et note.

Verset 9.
ει ημεις σημερον ανακρινομεθα επι ευεργεσια ανθρωπου ασθενους εν τινι ουτος σεσωσται
si nous, aujourd'hui, nous sommes interrogés au sujet de la bonne œuvre qui a été faite à un homme impotent, et qu'on veuille apprendre comment il a été guéri,

Verset 10.
γνωστον εστω πασιν υμιν και παντι τω λαω ισραηλ οτι εν τω ονοματι ιησου χριστου του ναζωραιου ον υμεις εσταυρωσατε ον ο θεος ηγειρεν εκ νεκρων εν τουτω ουτος παρεστηκεν ενωπιον υμων υγιης
qu'il soit su de vous tous, et de tout le peuple d'Israël, que cela a été par le nom de Jésus Christ le Nazaréen, que vous, vous avez crucifié, et que Dieu a ressuscité d'entre les morts; <c'est, dis-je,> par ce <nom> que cet homme est ici devant vous, plein de santé.
εν τω ονοματι - par le nom: C'est-à-dire "par l'autorité et la puissance".

Verset 11.
ουτος εστιν ο λιθος ο εξουθενηθεις υφ υμων των οικοδομουντων ο γενομενος εις κεφαλην γωνιας
Celui-ci est la pierre méprisée par vous qui bâtissez qui est devenue la pierre angulaire;
Sur ce v., voir ci-dessus, "Remarque".
Métaphore filée dans le Ps et ici - avec une série de comparants / comparés:
- Le roi (dans le Ps), le Christ ici, est un comparé; la pierre un comparant.
- La "ראשׁ פנהrô'sh pinnâh tête d'angle" est la pierre de fondation que l'on place à l'angle, et à partir de laquelle on aligne les murs du bâtiment (comp.Za 3,9;4,7;10,4).
Le peuple de l'Éternel est donc le comparé, le bâtiment le comparant; le roi/le Christ en est la pierre principale, autour de lui son peuple s'organise.
- "הבוניםhâ bownyîm les bâtisseurs" est le comparant pour désigner les dirigeants du peuple.
Le texte suggère que ces dirigeants ne voulaient pas du roi choisi par l'Éternel - lequel lui a néanmoins confié la royauté; ni reconnaître Jésus comme Messie - pourtant envoyé par le Père.
Le thème de la « pierre d’angle » (qui peut devenir « pierre d’achoppement ») est un thème messianique chez les prophètes, comme Isaïe (ainsi Is 28,16) ou Zacharie.
Rejeté par les autorités religieuses, le Christ a été choisi par Dieu pour le salut.

Verset 12.
και ουκ εστιν εν αλλω ουδενι η σωτηρια ουτε γαρ ονομα εστιν ετερον υπο τον ουρανον το δεδομενον εν ανθρωποις εν ω δει σωθηναι ημας
et il n'y a de salut en aucun autre; en effet aussi il n'est point d'autre nom sous le ciel, qui soit donné parmi les hommes, par lequel il nous faille être sauvés".
εν αλλω ουδενι - en aucun autre:Voir Jn 14,6; 1Tm 2,5.
• σωθηναιêtre sauvés:Le verbe "σωζω sōdzō" employé ici et au v.9 ("σεσωσται"), dérivé comme le substantif "σωτηρια" d'un mot-racine obsolète "σαος saos, sain et/ou sauf", signifie aussi bien "guérir" (= rendre sain) que "sauver" (= rendre sauf). La guérison du paralysé est donc une œuvre intrinsèquement bonne, mais aussi une image du salut qui lui est donné.

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Ac 4, 32-35

Ce passage est un tableau qui décrit en quelques traits caractéristiques l’Église apostolique aux lendemains de la Résurrection. Les communautés chrétiennes de tous les temps y ont vu l’idéal qu’elles devaient s’efforcer d’imiter.
 

Le partage, la redistribution des biens pour qu’il n’y ait pas de miséreux : un devoir dont les chrétiens doivent donner l’exemple.


Aujourd’hui, il faut en outre travailler à changer les structures et les mécanismes économiques qui permettent aux uns (états, groupes sociaux, individus) de s’enrichir de plus en plus tandis que les autres, les plus nombreux, ne cessent de s’appauvrir.

Sur ce texte:
Sur Ac 4,32 - 5,42:
- Un bref résumé (4,32-35) de la vie communautaire de la première Église met en valeur la solidarité matérielle qui unit les les croyants et qui est marquée par la générosité et le désintéressement.
- Deux exemples suivent immédiatement: celui, positif, de Barnabas (4,36-37) et celui, négatif, d'Ananias et Saphira (5,1-11).
- Un nouveau résumé de la vie des apôtres (5,12-16) met cette fois en avant leurs relations avec l'extérieur de la communauté: c'est au sein du peuple que Dieu accomplit des miracles par leur intermédiaire.
- Leurs actes les conduisent à nouveau en prison, puis devant le Sanhédrin, le Grand-Conseil (5,17-27). Mais la perplexité des autorités, leur prudence et l'assurance des apôtres inversent le cours du procès.
- C'est donc le grand-prêtre qui se considère comme accusé (5,28), et Pierre qui invite le Grand-Conseil à recevoir la grâce du changement et du salut (5,29-32).
- Malgré la fureur des autorités, la sagesse de Gamaliel permet la libération des apôtres et la poursuite de leur ministère (5,33-42).

Traduction et notes:
Verset 32.
του δε πληθους των πιστευσαντων ην η καρδια και η ψυχη μια και ουδ εις τι των υπαρχοντων αυτω ελεγεν ιδιον ειναι αλλ ην αυτοις απαντα κοινα
Or la multitude de ceux qui avaient cru était un seul cœur et une seule âme; et nul ne disait d'aucune des choses qu'il possédait, qu'elle fût à lui; mais toutes choses étaient communes entre eux.

Verset 33.
και μεγαλη δυναμει απεδιδουν το μαρτυριον οι αποστολοι της αναστασεως του κυριου ιησου χαρις τε μεγαλη ην επι παντας αυτους
Et les apôtres rendaient avec une grande puissance le témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus; et une grande grâce était sur eux tous.

Verset 34.
ουδε γαρ ενδεης τις υπηρχεν εν αυτοις οσοι γαρ κτητορες χωριων η οικιων υπηρχον πωλουντες εφερον τας τιμας των πιπρασκομενων
En effet, il n'y avait parmi eux aucune personne nécessiteuse; car tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient, et apportaient le prix des choses vendues,

Verset 35.
και ετιθουν παρα τους ποδας των αποστολων διεδιδοτο δε εκαστω καθοτι αν τις χρειαν ειχεν
et le mettaient aux pieds des apôtres; et il était distribué à chacun, selon que l'un ou l'autre pouvait en avoir besoin.
• καθοτι αν τις χρειαν ειχεν - selon que l'un ou l'autre pouvait en avoir besoin: Voir plus haut la note sur "ils avaient toutes choses communes" (2,44). Comp. Dt 15,4.
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• Ac 5,27b-32;40b-41.

Mis à mort par les hommes, Jésus a été ressuscité par Dieu; condamné comme un malfaiteur, il apporte à tous le salut et la rémission des péchés: telle est la foi que - depuis les temps apostoliques - l'Église ne cesse de proclamer, avec l'assistance de l'Esprit Saint.
Menaces et persécutions ne sauraient la réduire au silence. 

Sur ce texte:

Sur Ac 4,32 - 5,42: Voir ci-dessus.

Traduction et notes:

Verset 27.
 ᾿Αγαγόντες δὲ αὐτοὺς ἔστησαν ἐν τῷ συνεδρίῳ. καὶ ἐπηρώτησεν αὐτοὺς ὁ ἀρχιερεὺς
Après qu'ils les eurent amenés en présence du sanhédrin, le souverain sacrificateur les interrogea 

Verset 28.
λέγων· Οὐ παραγγελία παρηγγείλαμεν ὑμῖν μὴ διδάσκειν ἐπὶ τῷ ὀνόματι τούτῳ; καὶ ἰδοὺ πεπληρώκατε τὴν ῾Ιερουσαλὴμ τῆς διδαχῆς ὑμῶν, καὶ βούλεσθε ἐπαγαγεῖν ἐφ᾿ ἡμᾶς τὸ αἷμα τοῦ ἀνθρώπου τούτου.
en ces termes: Ne vous avons-nous pas défendu expressément d'enseigner en ce nom-là? Et voici, vous avez rempli Jérusalem de votre enseignement, et vous voulez faire retomber sur nous le sang de cet homme!
•  Οὐ παραγγελία παρηγγείλαμεν ὑμῖν μὴ διδάσκειν ἐπὶ τῷ ὀνόματι τούτῳ; - Ne vous avons-nous pas défendu expressément d'enseigner en ce nom-là?: Voir 4,17-18;21.
• ἐπαγαγεῖν ἐφ᾿ ἡμᾶς- vous voulez faire retomber sur nous: Voir 4,10-11.

Verset 29.
ἀποκριθεὶς δὲ Πέτρος καὶ οἱ ἀπόστολοι εἶπον· πειθαρχεῖν δεῖ Θεῷ μᾶλλον ἢ ἀνθρώποις. 
Pierre et les apôtres répondirent: Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes.

Verset 30.
ὁ Θεὸς τῶν πατέρων ἡμῶν ἤγειρεν ᾿Ιησοῦν, ὃν ὑμεῖς διεχειρίσασθε κρεμάσαντες ἐπὶ ξύλου·
Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus, que vous avez tué, en le pendant sur le bois. 
• ἐπὶ ξύλου - sur le bois: Comp. Dt 21,22-23.
 
Verset 31.
τοῦτον ὁ Θεὸς ἀρχηγὸν καὶ σωτῆρα ὕψωσεν τῇ δεξιᾷ αὐτοῦ δοῦναι μετάνοιαν τῷ ᾿Ισραὴλ καὶ ἄφεσιν ἁμαρτιῶν.
Dieu l'a élevé par sa droite comme Prince et Sauveur, pour donner à Israël la repentance et le pardon des péchés. 
τῇ δεξιᾷ αὐτοῦ - par sa droite: La "droite" de Dieu, sa main droite = sa puissance (voir la page sur "Le bras et la main de Dieu").
σωτῆρα- comme Sauveur: La mort de Jésus fait de lui le "Sauveur" qui peut conduire à "la repentance" et offrir "le pardon des péchés".
μετάνοιαν- la repentance: Voir 2,38.

Verset 32.
καὶ ἡμεῖς ἐσμεν αὐτοῦ μάρτυρες τῶν ῥημάτων τούτων, καὶ τὸ Πνεῦμα δὲ τὸ ῞Αγιον ὃ ἔδωκεν ὁ Θεὸς τοῖς πειθαρχοῦσιν αὐτῷ.
Nous sommes témoins de ces choses, de même que le Saint Esprit, que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent.
τοῖς πειθαρχοῦσιν αὐτῷ- à ceux qui lui obéissent: Il s'agit de l' "obéissance" de la foi (Rm 1,5). Comp. Jn 15,26-27; 16,8-11. Le "Saint Esprit" suscite, conduit et accompagne le "témoignage" des disciples du Christ.

Verset 40.
καὶ προσκαλεσάμενοι τοὺς ἀποστόλους δείραντες παρήγγειλαν μὴ λαλεῖν ἐπὶ τῷ ὀνόματι τοῦ ᾿Ιησοῦ, καὶ ἀπέλυσαν αὐτούς.
Et ayant appelé les apôtres, ils les firent battre de verges, ils leur défendirent de parler au nom de Jésus, et ils les relâchèrent.
δείραντες - ils les firent battre de verges: Il s'agit peut-être des "quarante coups au plus" prévus par la Loi (voir Dt 25,3; voir aussi 2Co 11,24: Paul parle de "quarante coups moins un", car, la Loi interdisant d'aller au-delà de quarante coups de bâton, les Juifs s'arrêtaient à trente-neuf pour être surs de ne pas dépasser cette limite).

Verset 41.
οἱ μὲν οὖν ἐπορεύοντο χαίροντες ἀπὸ προσώπου τοῦ συνεδρίου, ὅτι ὑπὲρ τοῦ ὀνόματος αὐτοῦ κατηξιώθησαν ἀτιμασθῆναι·
Les apôtres se retirèrent de devant le sanhédrin, joyeux d'avoir été jugés dignes de subir des outrages pour le nom de Jésus.
χαίροντες- joyeux: Comp. 1P 4,12-13. Ce n'est bien entendu pas la souffrance en elle-même qui suscite la "joie" des apôtres, mais la cause de cette souffrance: leur attachement à Jésus; ils considèrent le traitement qu'ils ont subi (v.40) non comme un "outrage", une humiliation, mais comme un honneur.
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• Ac 6,1-7

Remarques:

Sur le Livre des Actes des Apôtres: voir plus haut.
Sur ce passage:
« En ces jours-là, le nombre des disciples se multipliant, il s'éleva un murmure des Hellénisants contre les Hébraïsants » : paradoxalement, le problème de la nouvelle communauté chrétienne vient de son succès : « le nombre des disciples » augmentait si bien que l'unité devenait difficile ; tous les groupes en expansion sont affrontés à cette question : comment rester unis quand on devient nombreux - nombreux donc différents?...
Cette difficulté était déjà en germe au matin de la Pentecôte : même si les nouveaux convertis sonttous des Juifs (la question de l'admission de non-Juifs ne s'est posée que plus tard), un certain nombre d'entre eux sont des juifs de laδιασπορά diaspora(équivalent grec de l'hébreu גולה) venus à Jérusalem en pèlerinage, de tout l'empire romain ; leur langue maternelle n'est pas l'hébreu (ou plutôt l'araméen), mais le grec.
Or la « barrière de la langue » est beaucoup plus qu'une difficulté de traduction : des langues maternelles différentes impliquent aussi des cultures, des coutumes, une compréhension de l'existence, des manières d'envisager et de résoudre les problèmes, différentes.
Dans la jeune communauté de Jérusalem existe donc un problème latent de cohabitation entre les frères de langue grecque et ceux de langue hébraïque ; et le révélateur de ce problème sera l'inégalité flagrante dans les secours portés quotidiennement aux veuves.
On ne s'étonnera pas que la communauté ait eu à coeur de prendre en charge les veuves: c'était une règle du monde juif (voir note, v.1) ; mais il faut croire que ceux qui en étaient chargés (logiquement recrutés dans le groupe majoritaire, donc celui des hébraïsants) avaient tendance à favoriser les veuves de leur groupe.

La réaction des Apôtres à ce problème tient en trois points :
- ils convoquent tous les disciples en assemblée plénière pour qu'une décision soit prise ;
- ils leur rappellent qu'ils se doivent de rester fidèles à trois exigences de la vie apostolique :
la prière, le service de la Parole, le service des frères ;
- ils proposent une organisation nouvelle (la fidélité exigeant de savoir s'adapter à des conditions nouvelles, non de rester figé sur le passé).

Quant à l'objectif principal, comme l'a écrit saint Jean, c'est « qu'ils soient UN pour que le monde croie » ; sans doute est-ce pour cette raison que les Apôtres n'ont jamais envisagé de scinder la communauté en deux: les frères de langue grecque d'un côté, ceux de langue hébraïque de l'autre.
L'acceptation des diversités est un défi pour toute communauté qui grandit ; mais quand les différends surgissent, la séparation n'est certes pas la meilleure solution.
C'est l'Esprit-Saint qui a suscité ces conversions nombreuses et diverses ; c'est lui aussi qui inspire aux Apôtres l'idée de changer d'organisation, afin d'assumer les conséquences liées à ces différences de culture.

Les Douze décident donc de nommer des hommes capables d'assumer ce service des tables puisque c'est cela qui pose problème. « Cherchez, frères, sept d'entre vous, qui soient des hommes estimés de tous, remplis d'Esprit-Saint et de sagesse, et nous leur confierons cette tâche. Pour notre part, nous resterons fidèles à la prière et au service de la Parole ».

Une nouvelle institution est donc née.

(On notera d'ailleurs que ces nouveaux serviteurs de la communauté n'ont pas encore de titre ; et, en particulier, le mot « diacre » n'est pas employé dans le texte (voir notes, vv.1;4): n'assimilons donc pas - comme cela est trop souvent le cas! - nos diacres d'aujourd'hui à ces hommes chargés du service des tables à Jérusalem.)

Cette première initiative, prise pour répondre à des nécessités d'organisation matérielle, aura des conséquences, imprévues à moment-là, et sera suivie de bien d'autres.
Les Sept se verront bientôt associés aux Douze pour l'annonce de l'Évangile. Des ministères nouveaux seront progressivement institués pour répondre aux besoin de l'Église et de la mission.
Soyons assurés que, de même, l'Esprit saura nous inspirer, à chaque époque et en chaque lieu, les innovations qui seront indispensables pour assurer fidèlement les diverses missions et priorités de l'Église.


Traduction et notes:

Verset 1.
 ᾿Εν δὲ ταῖς ἡμέραις ταύταις πληθυνόντων τῶν μαθητῶν ἐγένετο γογγυσμὸς τῶν ῾Ελληνιστῶν πρὸς τοὺς ῾Εβραίους, ὅτι παρεθεωροῦντο ἐν τῇ διακονίᾳ τῇ καθημερινῇ αἱ χῆραι αὐτῶν. 
Or en ces jours-là, le nombre des disciples se multipliant, il s'éleva un murmure des Hellénisants contre les Hébraïsants, parce que leurs veuves étaient négligées dans le service journalier. 
• αἱ χῆραι αὐτῶνleurs veuves: Dans la société antique, les veuves étaient souvent dans une situation matérielle des plus précaires. C'est pourquoi la תורה Torah, laLoi recommandait déjà de prendre soin d'elles (Ex 22,21; Dt 10,18).
L'attitude de l'Église naissante à leur égard correspond à la solidarité matérielle décrite dans les chapitres 2 et 4 (voir 2,44-45;4,34-35; ainsi que les recommandations de Jc 1,27).
ἐν τῇ διακονίᾳ τῇ καθημερινῇ - dans le service journalier:
--Le terme διακονία diakonia, ici traduit par "service", est dérivé du substantif "διάκονος diakonos", lui-même dérivé d'un verbe "*διάκω diakō" (tombé en désuétude) "suivre" - lui-même dérivé (comme "διώκω diōkō", "poursuivre", qui en est une forme causative) d'un verbe-racine "*δίω diō", "fuir".
Le "διάκονος" avait pour rôle d'être "à la suite", de faire partie de la "suite" d'un maître, de le "suivre", afin de pouvoir le "servir"; c'est donc un "serviteur".
La "διακονία" désigne donc le rôle de ce "serviteur", le "service". 
--Ce "service" journalier pouvait consister en distributions aux veuves
- soit de nourriture,
- soit d'aide financière en vue de l'achat de nourriture.  

Verset 2.
 προσκαλεσάμενοι δὲ οἱ δώδεκα τὸ πλῆθος τῶν μαθητῶν εἶπον· οὐκ ἀρεστόν ἐστιν ἡμᾶς καταλείψαντας τὸν λόγον τοῦ Θεοῦ διακονεῖν τραπέζαις.
Et les Douze, ayant convoqué la multitude des disciples, dirent: Il ne convient pas que, délaissant la parole de Dieu, nous servions aux tables.  
οὐκ ἀρεστόν ἐστιν ἡμᾶς... διακονεῖν τραπέζαις - Il ne convient pas que... nous servions aux tables : Jusque là, les Apôtres avaient eu la responsabilité de gérer la solidarité matérielle (4,35;5,1-2). S'ils avaient dû traiter ce problème particulier - ou, pis encore! - participer physiquement à ce service concernant un nombre sans cesse croissant de personnes, ils auraient dû aussi se détourner (au moins partiellement) de la prière et de l'enseignement.

Verset 3.
πισκέψασθε οὖν, ἀδελφοί, ἄνδρας ἐξ ὑμῶν μαρτυρουμένους ἑπτὰ, πλήρεις Πνεύματος ῾Αγίου καὶ σοφίας, οὓς καταστήσομεν ἐπὶ τῆς χρείας ταύτης·
Jetez donc les yeux, frères, sur sept hommes d'entre vous, à la bonne réputation, pleins de l'Esprit Saint et de sagesse, que nous établirons sur cette affaire.  
πλήρεις Πνεύματος ῾Αγίου - pleins de l'Esprit Saint :Ici, il s'agit d'un état durable, correspondant au caractère de celui qui appartient pleinement au Seigneur (de même en 6,5;7,55;11,24;13,52; Lc 4,11; Ep 5,18; voir aussi Ac 2,4 et note à cette page). 
• σοφίας- de sagesse :Qui leur permettra d'évaluer la situation et de prendre les bonnes décisions. 

Verset 4.
ἡμεῖς δὲ τῇ προσευχῇ καὶ τῇ διακονίᾳ τοῦ λόγου προσκαρτερήσομεν.
Et nous, nous continuerons à nous appliquer à la prière et au service de la Parole. 
τῇ διακονίᾳ τοῦ λόγου - au service de la Parole :"La Parole", c'est-à-dire l'enseignement de la Parole divine, est considérée - au même titre que la distribution de l'aide matérielle - comme un "service", une
"διακονία".
L'emploi du même terme ici qu'au v.1 indique que ce serait de façon indue que l'on verrait dans ce passage l'institution de notre actuel "diaconat" (voir introduction); en réalité, on assiste ici à une "répartition des services": les Sept se voient attribuer le "service journalier" des distributions aux veuves; les Douze s'appliquent à la prière et au "service de la Parole".

Verset 5.
καὶ ἤρεσεν ὁ λόγος ἐνώπιον παντὸς τοῦ πλήθους· καὶ ἐξελέξαντο Στέφανον, ἄνδρα πλήρη πίστεως καὶ Πνεύματος ῾Αγίου, καὶ Φίλιππον καὶ Πρόχορον καὶ Νικάνορα καὶ Τίμωνα καὶ Παρμενᾶν καὶ Νικόλαον προσήλυτον ᾿Αντιοχέα,
Et ce discours plut à toute la multitude; et ils choisirent Étienne, homme plein de foi et de l'Esprit Saint, et Philippe, et Prochore, et Nicanor, et Timon, et Parménas, et Nicolas, prosélyte d'Antioche,
Στέφανον, ...  καὶ Φίλιππον καὶ Πρόχορον καὶ Νικάνορα καὶ Τίμωνα καὶ Παρμενᾶν καὶ Νικόλαον - Étienne, ... et Philippe, et Prochore, et Nicanor, et Timon, et Parménas, et Nicolas : On notera que les sept hommes désignés portent des noms grecs ; ils font donc sans doute partie du groupe des chrétiens de langue grecque, d'autant que c'est dans ce groupe qu'il y avait des récriminations.
Στέφανον - Étienne : Étienne (ou Stéphane: Στέφανος stéphanos, litt. "le couronné", "le décoré") est particulièrement mis en avant dans la suite du récit, à cause de son caractère, des miracles qu'il accomplit, de son témoignage, de son martyre (6-7); son ministère ne s'est pas limité à cette distribution d'aide matérielle: chargé au départ de la gestion d'une partie des affaires matérielles internes à la communauté, il était probablement devenu ensuite un des responsables de l'Église de Jérusalem.
Φίλιππον - Philippe : Ce "Philippe" ne doit pas être confondu avec le "Philippe" membre des Douze. Helléniste, il est cité ici comme membre des Sept ; puis en 8,26-39, où il convertit la reine d'Éthiopie; et en 21,9, où Luc indique qu'il a quatre filles, prophétesses.

Verset 6.
οὓς ἔστησαν ἐνώπιον τῶν ἀποστόλων· καὶ προσευξάμενοι ἐπέθηκαν αὐτοῖς τὰς χεῖρας.
qu'ils présentèrent aux apôtres; et, après avoir prié, ils leur imposèrent les mains.
ἐπέθηκαν αὐτοῖς τὰς χεῖρας - ils leur imposèrent les mains : Geste de consécration, que l'on trouve dès le PT (Dt 34,9).

Verset 7.
Καὶ ὁ λόγος τοῦ Θεοῦ ηὔξανε, καὶ ἐπληθύνετο ὁ ἀριθμὸς τῶν μαθητῶν ἐν ῾Ιερουσαλὴμ σφόδρα, πολύς τε ὄχλος τῶν ἱερέων ὑπήκουον τῇ πίστει.
Et la parole de Dieu se répandait, et le nombre des disciples se multipliait beaucoup dans Jérusalem, et une grande foule de sacrificateurs obéissait à la foi.
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• Ac 7,55-60.

Au-delà des faits qu'il rapporte, le récit de la passion d'Étienne est une réflexion sur le sens du témoignage exemplaire rendu au Christ par les martyrs et par tous ceux qui endurent des épreuves à cause de Lui, en priant pour leurs persécuteurs.

Le contexte:
Sur Ac 6,1 - 7,60:
L'incident lié à la distribution de l'aide aux veuves (6,1-7) montre, si besoin était, que Luc ne cherche pas à présenter une vision idéalisée de la première communauté chrétienne. Pour que les croyants d'origine juive mais de culture grecque n'aient plus à se plaindre, l'Église confie à sept d'entre eux, dont le caractère est irréprochable, la gestion des distributions quotidiennes.
L'un d'eux, Étienne (ou Stéphane: Στέφανος stéphanos, litt. "le couronné", "le décoré") est particulièrement mis en avant dans la suite du récit, à cause de son caractère, des miracles qu'il accomplit, de son témoignage (6,8-15); son ministère ne s'est pas limité à cette distribution d'aide matérielle: chargé au départ de la gestion d'une partie des affaires matérielles internes à la communauté, il était probablement devenu ensuite un des responsables de l'Église de Jérusalem.
En outre son discours (7,2-53) est le plus long de ceux du livre. Il signale l'importance du personnage et des événements qui l'entourent.
Étienne ne répond qu'indirectement aux accusations qui sont portées contre lui (6,13-14). Les éléments les plus saillants de sa défense sont les suivants:
- Dieu a établi avec Abraham son alliance dont le signe est la circoncision (7,2-8);
- puis, à travers de nombreuses vicissitudes (9-16),
- il l'a confirmée sous Moïse (17-38)
- en lui donnant la Loi (38).
- Cependant, le peuple a régulièrement rejeté ceux que le Seigneur avait choisis (9;25-28;35;39),
- et a prouvé par ses actes que son coeur était idolâtre (38-43).
- Même le culte du Temple que Salomon avait construit à YHWH-l'Éternel a été dévoyé, car on ne peut enfermer le Créateur dans des rites (44-50).
- L'idolâtrie et la désobéissance à la Loi ont régulièrement conduit le peuple à persécuter les prophètes; c'est ce qui explique aussi la mort de Jésus (51-53).
Avec celui d'Étienne, après les menaces (4,21) et les coups (5,40), l'Église connaît son premier martyre (7,54-60). C'est pourquoi on surnomme Étienne "le protomartyr", en particulier en Orient.

Traduction et notes:

Verset 55.
ὑπάρχων δὲ πλήρης Πνεύματος ῾Αγίου, ἀτενίσας εἰς τὸν οὐρανὸν εἶδε δόξαν Θεοῦ καὶ ᾿Ιησοῦν ἑστῶτα ἐκ δεξιῶν τοῦ Θεοῦ,
Mais Étienne, rempli du Saint Esprit, et fixant les regards vers le ciel, vit la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu.
πλήρης Πνεύματος ῾Αγίου - rempli du Saint Esprit: Voir aussi 6,3;5; 11,24; 13,52; Lc 4,1; Ep 5,18; il s'agit dans tous ces cas d'un état durable, correspondant au caractère de celui qui appartient pleinement au Seigneur.
Le calme d'Étienne contraste avec l'extrême colère des membres du Grand-Conseil. 
᾿Ιησοῦν ἑστῶτα - Jésus debout: Jésus est présenté comme le témoin qui prend la défense dtienne, contre ses accusateurs, devant le tribunal divin (voir Lc 12,8). 

Verset 56.
καὶ εἶπεν· ἰδοὺ θεωρῶ τοὺς οὐρανοὺς ἀνεῳγμένους καὶ τὸν Υἱὸν τοῦ ἀνθρώπου ἐκ δεξιῶν ἑστῶτα τοῦ Θεοῦ.
Et il dit: Voici, je vois les cieux ouverts, et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu. 
τὸν Υἱὸν τοῦ ἀνθρώπου - le Fils de l'homme: Seul emploi de l'expression dans le NT hors des évangiles. Celle-ci, qui renvoie à Dn 7,13-14, est celle qu'employait le plus souvent Jésus lorsqu'il parlait de lui-même.

Verset 57.
κράξαντες δὲ φωνῇ μεγάλῃ συνέσχον τὰ ὦτα αὐτῶν καὶ ὥρμησαν ὁμοθυμαδὸν ἐπ᾿ αὐτόν, 
Ils poussèrent alors de grands cris, en se bouchant les oreilles, et ils se précipitèrent tous ensemble sur lui,

Verset 58.
καὶ ἐκβαλόντες ἔξω τῆς πόλεως ἐλιθοβόλουν. καὶ οἱ μάρτυρες ἀπέθεντο τὰ ἱμάτια αὐτῶν παρὰ τοὺς πόδας νεανίου καλουμένου Σαύλου,
le traînèrent hors de la ville, et le lapidèrent. Les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d'un jeune homme nommé Saül.  
ἐλιθοβόλουν - le lapidèrent: La description faite par Étienne (Jésus à la droite de Dieu) est reçue comme un blasphème. Elle suscite donc une mise à mort "spontanée" (Dt 13,6; 17,2-5), mais juridiquement valable (c'est un procès: 7,1) car conforme à la Loi mosaïque, comme le signale la présence de "témoins" (Dt 17,6-7).
Pourtant seules les autorités romaines d'occupation avaient le droit d'appliquer les sentences capitales.
παρὰ τοὺς πόδας νεανίου καλουμένου Σαύλου - aux pieds d'un jeune homme nommé Saül: Paul n'oubliera pas cette scène (22,20; 26,10).

Verset 59.
καὶ ἐλιθοβόλουν τὸν Στέφανον, ἐπικαλούμενον καὶ λέγοντα· Κύριε ᾿Ιησοῦ, δέξαι τὸ πνεῦμά μου.
Et ils lapidaient Étienne, qui priait et disait: Seigneur Jésus, reçois mon esprit!

Verset 60.
θεὶς δὲ τὰ γόνατα ἔκραξε φωνῇ μεγάλῃ· Κύριε, μὴ στήσῃς αὐτοῖς τὴν ἁμαρτίαν ταύτην. καὶ τοῦτο εἰπὼν ἐκοιμήθη.
Puis, s'étant mis à genoux, il s'écria d'une voix forte: Seigneur, ne leur impute pas ce péché! Et, après ces paroles, il s'endormit.
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