Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven
 ראשׁית - Rê'shîyth
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Grec (LXX): ἀρχή - arkhè
Latin (Vulgate): principium

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Fréquence d'emploi dans le Premier Testament: 51 occurrences, dont:
- Deutéronome: 7
- Jérémie: 6
- Proverbes: 5
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Étymologie: Le substantif ראשׁית rê'shîyth appartient à la même famille que le nom ראשׁ rô'sh(que l'on trouve dans le nom de la fête de ראש השנה - Rô'ch HaShanah littéralement "Tête de l'année", le Nouvel An juif), qui signifie "tête" (Gn 3,15), sommet, commencement, chef (rappelons qu'en Ancien français, les mots "chef" et "tête" étaient synonymes); on retrouve ce substantif ראשׁ en Gn 40,13; Ex 17,9; etc. ...
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Traductions:
La LXX utilise ἀρχή - arkhè  pour traduire ראשׁית 
La Vulgate utilise principium; les traductions françaises utilisent généralement "commencement", parfois "début".
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Valeurs et sens:

Gn 1,1:
Le mot בראשׁית est le premier de la Bible, et donne son intitulé à la Genèse dans la TaNaKh. Le substantif ראשׁית est ici précédé du préfixe prépositionnel -ב, qui signifie "dans", "par", "à"...
La traduction française la plus courante pour ce mot est "Au commencement"; Chouraqui traduit "En-tête".

Outre cette occurrence, les emplois du mot ראשׁית se répartissent autour de trois sens principaux.

Valeur chronologique:
- Début d'un règne: ראשׁית ממלכתו - Au début de son règne (Gn 10,10); בראשׁית ממלכות יהויקים - Au commencement du règne de Yoyakim (Jr 26,1; 27,1); בראשׁית ממלכת צדקיה- Au commencement du règne de Sédécias (Jr 28,1; 49,34).
- Début d'une année: מרשׁית השׁנה - du commencement de l'année (Dt 11,12).
- Début d'une saison: כבכורה בתאנה בראשׁיתה - comme les premiers fruits d'un figuier qui commence à fructifier (Os 11,12).

Dans ces cas-là, ראשׁית est le plus souvent à l'état construit, i.e. qualifié par un autre nom ou par le pronom qui lui est affixé; l'ensemble porte alors une connotation manifestement temporelle.

Valeur anthropologique:
"Les premiers fruits, les prémices de la vigueur, de la force virile", i.e. les aînés; par ex.
- Ruben, premier-né de Jacob: ראובן בכרי אתה כחי וראשׁית אוני - Ruben, toi, mon premier-né, Ma force et les prémices de ma vigueur (Gn 49,3);
- tout premier-né d'Israël: כי־הוא ראשׁית אנו לו משׁפט הבכרה - car ce fils est les prémices de sa vigueur, le droit d'aînesse lui appartient (Dt 21,17);
- les premiers-nés des Égyptiens: כל־בכור במצרים ראשׁית אונים - tous les premiers-nés en Égypte, les prémices de la force (Ps 78,51).

Valeur liturgique:
"Les premiers fruits, les prémices de la terre et du travail humain" (froment, blé, huile, vin, etc.), considérés comme la meilleure part, et comme telle, réservés aux offrandes rituelles (par ex. Ex 23,19; 34,26; Lv 23,10; Nb 15, 20-21; 18,12; Dt 18,4; 26,2;10; 2Ch 31,5...).

Valeurs symboliques:
Si la dimension chronologique est partout présente, au moins de façon implicite, elle n'est ni exclusive, ni même centrale.
C'est que le mot ראשׁית désigne une réalité aux qualités exceptionnelles, singulières - exemplaires en quelque sorte.
• C'est avec ce mot que l'on désigne (voir le sens des "prémices" que l'on offre à YHWH):
- la meilleure part d'un pays (Ez 48,14);
- celle d'un butin (1S 15,21);
- l'élite des nations (Am 6,1);
- l'huile la plus exquise (Am 6,6).
Le cas de Mi 1,13: "ראשׁית חטאת היא לבת־ציון - là fut l'origine du péché pour la fille de Sion" est à la limite du sens chronologique et de l'aspect paradigmatique de ראשׁית; on pourrait parler ici du péché "originel" ou du moins "originaire" des habitants de Lakish.
Gn 1,1 est le plus célèbre et le plus évocateur de tous les emplois du mot ראשׁית dans la Bible. Certes, on pourrait parler de "début" chronologique. Mais le sens est beaucoup plus riche: "ouverture", "prémices", "principe".
La tradition juive a relu ce mot à la lumière de mots ou expressions qui, ailleurs dans la Bible (Ps 104,24; Pr 8,22 par ex.) sont synonymes de, ou associés à, ראשׁית et à l'acte créateur de YHWH.
Le "commencement" devient alors celui de "la sagesse", de "la Loi", ou "du peuple" de Dieu: "Depuis le commencement, la parole du Seigneur, avec sagesse, créa et mena à leur accomplissement le ciel et la terre" (Targum Neofiti). Rashi, commentateur juif de la TaNaKh et du Talmud au XIème siècle, écrit: " 'Au début' signifie 'par amour de la Torah [...] et par amour pour le peuple d'Israël'. "
- La LXX pour sa part a rendu "בראשׁית" par "Ἐν ἀρχῇ": "en un commencement", "en un principe"; en grec, le mot "ἀρχή" oscille entre les deux sens principaux de "tête chronologique", "début" et "tête hiérarchique", "pouvoir", "autorité" (Gn 1,1; 40,13,20; 1Ch 26,10; Ne 9,17 par ex.). mais il est, comme le "ראשׁית" hébraïque, investi du sens fort d' "idée originelle", de "modèle".
- L'interprétation chrétienne ancienne de Gn 1,1 a bien vu le caractère récapitulatif du premier mot de la Bible. S'appuyant sur la traduction d'Aquila (où "ראשׁית" est rendu par "κεφάλαιον képhalaïon" et non par "ἀρχή"), Basile de Césarée, Grégoire de Nysse et Jacques de Saroug y voient une annonce du programme de l'œuvre créatrice de Dieu: la création est donnée comme un tout (le ראשׁית), et devra ensuite se déployer dans le temps, dans une série de recommencements.
- Les traductions françaises du "ראשׁית" de Gn 1,1 sont presque toutes - du XVIIème siècle à nos jours - "commencement"; mais des divergences apparaissent toutefois dans l'interprétation du lien entre le ראשׁית et le reste de la phrase. Comment, donc, interpréter ce "au commencement" des traductions françaises? Commencement du temps? Commencement absolu? Commencement de l'œuvre créatrice?...
Le בראשׁית initial paraît être employé à l'état absolu; il est donc préférable de le rendre par un terme ouvert: "En un commencement", "en ouverture" ("en-tête", comme Chouraqui); le mot garde alors - comme en hébreu et en grec - son sens récapitulatif et englobant de "prémice" ou d' "archétype" de l'ensemble de l'œuvre de Dieu.
Le cas de Pr 8,22, où la Sagesse se présente ainsi:
"יהוה קנני ראשׁית דרכו קדם מפעליו מאז
YHWH m'a créée, la première de ses œuvres, avant ses œuvres les plus anciennes"
n'est pas moins intéressant, ni moins intriguant: la LXX garde ici "ἀρχή", alors que la Vulgate passe de "principium" à "initium", insistant donc davantage sur l'aspect chronologique que sur l'aspect globalisant.
Quant aux traductions françaises, elles sont loin d'être unanimes; par ex.:
- BJ: "Yahvé m'a créée, prémices de son œuvre, avant ses œuvres les plus anciennes";
- Louis Segond: "L'Éternel m'a créée la première de ses œuvres,
Avant ses oeuvres les plus anciennes";
- Darby: "L'Éternel m'a possédée au commencement de sa voie, avant ses œuvres d'ancienneté";
- Martin: "L'Éternel m'a possédée dès le commencement de sa voie, même avant qu'il fît aucune de ses œuvres";
-Ostervald (rev.1996): "L'Éternel m'a possédée dès le commencement de ses voies, avant qu'il fît aucune de ses œuvres"...

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