Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

חנכה - 'Hanoukka


Après la plénitude du mois de Tichri, on traverse presque deux mois (Heshvane - le seul mois de l'année qui ne compte aucun événement religieux, et qui est pour cela appelé Mar'Heshvane, amer Heshvane - et Kislev) vides de fête, dont la monotonie liturgique n'est brisée que par le Shabbat.

Mais à partir du 25 Kislev au soir, et pendant huit jours, jusqu'au 2 Tevet, la fête de 'Hanoukka va illuminer les foyers.

Chaque soir, après la tombée de la nuit, la famille réunie procède à l'allumage des lampes de 'Hanoukka sur le chandelier à huit branches (plus le שמש shamash, le "serviteur", avec lequel on allume les autres), la מנורה menorah, souvent appelée חַנֻכִּיָּה 'hanoukkia.
Le premier soir de 'Hanoukka, après avoir prononcé les bénédictions, on allume une flamme à l'extrémité droite de la Ménorah.
Chacun des soirs suivants, on rajoute une bougie à gauche de celles allumées précédemment. On allume d'abord la nouvelle bougie, suivie de celle immédiatement à sa droite et ainsi de suite. On reproduit ce schéma chaque jour jusqu'à ce que, le huitième soir, les huit bougies brillent de tous leurs feux.



Parfois, seul le chef de famille procède à l'allumage; mais le plus souvent chacun, petit ou grand, possède sa 'hanoukia et accomplit ainsi la מצוה Mitsva.



Et, même si les jours de 'Hanoukka ne sont pas fériés - contrairement aux grandes fêtes - chaque soir, autour des lumières de la 'hanoukkia, dans l'intimité familiale et dans la joie (durant la demi-heure de combustion, toute activité domestique s'interrompt; les enfants, à qui l'on a donné un peu d'argent de poche* ont l'habitude de jouer à la toupie**), tous se retrouvent et chantent les bénédictions consacrées, des cantiques spécifiques, et des chants populaires.
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* Le Dmei ‘Hanouka (ou ‘Hanouka Gelt en yiddish).
Cette tradition augmente grandement la joie des enfants et leur participation à l'esprit de la fête. En outre, cela procure une occasion d'encourager les enfants à toujours s'améliorer (dans l'assiduité au travail, dans les bonnes actions, etc.) C’est en outre l’occasion pour eux de pratiquer le prélèvement du Maasser, la dîme (= le dixième), que l’on donne à la Tsedaka (la charité).
** Les Grecs (voir plus bas, "L'origine historique de la fête") avaient décrété que l'étude de la Torah était un crime passible de mort. Mais les enfants juifs continuèrent à étudier en secret et, à l'approche des patrouilles grecques, faisaient semblant de jouer à la toupie. Sur chacune des quatre facettes de la toupie de 'Hanoukka est inscrite une lettre hébraïque:נ  Nun, ג Ghimel, ה, ש Shin.Ces lettres sont l'acronyme de la phrase "Ness Gadol Haya Sham Un grand miracle est arrivé là-bas"
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Si la place rituelle de la 'hanoukia est à la porte d'entrée de la maison, face à la מזוזה mezouza, on en placera généralement une près d'une fenêtre*, pour être visible du dehors afin, dit la tradition, de "publier le miracle", de l'annoncer au monde.
Les enfants quant à eux, allument généralement la leur à la porte de leur chambre à coucher.
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* Mais ceci est impossible dans le cas de 'hanoukiot à panneau arrière (voir plus bas, les deux 'hanoukiot orientales anciennes), car dans ce cas, si les lumières sont dirigées vers l'extérieur, elles ne sont pas visibles à l'intérieur.
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L'origine historique de la fête.


De quel miracle s'agit-il?


"Ce miracle n'est pas écrit".

Pour être plus précis, il n'est pas consigné dans la TaNaKh (sur la TaNaKh voir cette page, et sur la fixation de son canon, voir celle-ci ainsi que celle-ci) - mais dans des livres en grec (en fait, le premier, rédigé en hébreu, n'a été conservé que dans sa traduction grecque; alors que le second a été directement rédigé en grec) donc deutérocanoniques, jamais lus à la synagogue: ce sont les livres des Maccabées, considérés par les Juifs comme des livres d'histoire.
Ainsi la mémoire juive est-elle ici transmise dans une autre langue que l'hébreu, à travers un autre espace culturel.
C'est peut-être là un des enseignements de 'Hanoukka: la lumière n'est possible qu'à travers le dialogue des cultures et non pas dans le rejet, comme pourrait le laisser penser l'histoire lue "au premier degré":
les lumières de 'Hanoukka
sont comme des mains de lumière,
tendues pour le dialogue et la paix.


L'histoire.

En -336, Alexandre qui deviendra "le Grand" succède à son père, Philippe de Macédoine. Aristote son précepteur lui donne une solide formation en rhétorique et en littérature, et stimule sa curiosité en sciences, en médecine et en philosophie.
Âgé d'à peine 20 ans, il unifie son pays avant d'entreprendre la conquête de tout le bassin méditerranéen. 
C'est ainsi qu'il soumet la Perse, la Phénicie, l'Égypte et, en -333, la Judée.
La tradition rapporte qu'au moment où Alexandre se dirigeait vers le Temple, le Grand Prêtre s'avança avec ses somptueux habits de service. Alexandre se prosterna humblement devant ce saint homme. Quand ses généraux lui demandèrent le sens de cette curieuse conduite, Alexandre répondit : "Lorsque j'étais en Macédoine et que je rêvais de conquérir les pays d'Orient, je vis en songe un ange semblable à ce Grand Prêtre qui me prédit que j'atteindrais mon but. Maintenant que je le vois en réalité, je m'incline devant Celui qui a parlé par sa bouche."
La Judée est soumise à l'autorité grecque, mais le Temple (בית־המקדש Beit HaMikdach) est épargné.
A la mort d'Alexandre son empire est divisé entre ses généraux, dont l'un (Lagos) régnait en Égypte (-> les Lagides) et l'autre (Séleucos) en Syrie (-> les Séleucides).  

La Judée, après une guerre de partage, finit par appartenir au royaume de Syrie, où gouvernait donc la dynastie des Séleucides.

Antiochos III, roi de Syrie, domina alors la Judée. Bienveillant à l'égard des Juifs, il développe leur économie et les soutient sur le plan religieux. Un sénat est créé qui deviendra plus tard le Sanhédrin. L'autorité religieuse suprême reste le Grand Prêtre, garant des valeurs de la Torah. Inévitablement, l'essor économique alors généré engendre un déséquilibre entre les riches et les pauvres. Les nantis, plus proches du pouvoir, abandonnent les pratiques religieuses pour prendre la culture grecque comme modèle (on les nomme les hellénisants).

Antiochos IV Epiphane (surnommé "Epimane" - "le fou" - par les Juifs), monté sur le trône en -175 (3585 du calendrier hébraïque) va vouloir hâter l'hellénisation de la Judée en interdisant notamment la pratique du Shabbat, celle de la ברית Berit מילה Mila (Alliance de la Circoncision), du Roch Hodech (Nouveau Mois), le respect de la Casherout et l'étude de la Torah. 

<- Antiochos IV Epiphane devant Jérusalem, et le pillage du Temple - Enluminure, Ecole française, XVème siècle - Musée Condé, Chantilly

Un certain nombre de Juifs assimila totalement les mœurs grecques; mais pour la plupart (alors appelés les 'Hassidim) ils s'y opposèrent. Quant Antiochos Épiphane introduisit dans le Temple, sur l'autel, une statue de Zeus sculptée à sa propre effigie, "abomination de la désolation", et fit de son propre couronnement une "épiphanie", la résistance s'organisa et prit deux formes:
- certains préfèrent mourir martyrs de leur foi plutôt que d'enfreindre la Loi divine (2M 6,18sqq; 7);

<- "Le martyre des sept frères" (2M 7) - Gustave Doré, 1866

 - d'autres, guidés par Matthatias (מתתיהוMatithyahou) l'Asmonéen, grand prêtre, son fils Juda - surnommé "Maccabi" (marteau) - et ses quatre autre fils décidèrent, dans leur petit village de Modiine, non loin de Jérusalem, qu'il valait mieux prendre les armes plutôt que de se laisser mourir, laissant ainsi disparaître la Torah, et, avec elle, la présence au monde de Dieu, du seul vrai Dieu, le Dieu de la Révélation. 
En effet, des soldats d'Antiochos, arrivés à Modiine, érigèrent un autel sur l'"agora", et invitèrent tous les Juifs à venir offrir des sacrifices aux dieux grecs. Matthatias proclama: "Mes fils, mes frères et moi-même resterons fidèles à l'Alliance de nos ancêtres". Mais un Juif hellénisant s'avança vers l'autel, prêt à sacrifier. Matthatias se saisit d'une épée et le tua sur place.

<- "Le sacrifice de Modîine"(1M 2,23,28) - Gustave Doré, 1866

Ce fut le signe de la révolte. Les fils et amis de Matthatias se ruèrent sur les officiers et soldats grecs, en tuèrent beaucoup, le reste s'enfuit; puis ils démolirent l'autel sacrilège, et se réfugièrent dans les montagnes.
Bientôt des 'Hassidim et des Juifs indécis les rejoignirent - et la révolte devint celle de tout le peuple juif de Judée.

"Matthatias au désert" - Matthatias et ses amis viennent d'apprendre que les Juifs qui les avaient suivi ont péri sous l'assaut des hommes du roi sans chercher à résister, le jour du Shabbat; ils décident alors d'entrer en résistance active (1M 2,39-41) -
Gustave Doré, 1866 -> 

Après avoir vaincu successivement les troupes grecques des généraux Apollonios, Nicanor et Gorgias, ils arrivèrent jusqu'à Jérusalem.

Trois ans, jour pour jour, après la profanation du Temple, le 25 Kislev 3595, Juda célébra le premier sacrifice sur un autel rebâti, dans un Temple purifié (1M 4, 20-59; 2M 10,8). Certes, la Judée n'était pas libérée, mais le judaïsme pouvait vivre, alors qu'il avait été grandement menacé. L'événement fut accompagné de diverses manifestations d'allégresse, et Juda Maccabée décida de faire commémorer chaque année, pendant huit jours, la dédicace ("חנכת־הבית 'Hanoukkat HaBayit") nouvelle du Temple de Jérusalem (1M 4,59; 2M 1,8sqq). 


La fête.

Elle a pris, dès son institution, une grande importance.

1- Notons d'abord que cette fête est alors appelée "τὰς ἡμέρας τῆς σκηνοπηγίας τοῦ Χασελευ μηνός" - "les jours de Soukkôt du mois de Kislev" (2M 1,9; 2M 10,6).

2- L'historien juif Flavius Josèphe lui donne le nom de "fête des lumières" car, écrit-il, par la victoire des Maccabées a lui "la lumière des Juifs" (Ant. XII,316 sqq).

3- Mais c'est l'aspect du "miracle de la lumière" que les rabbins retiendront dans le Talmud (Shab. 21b) pour fonder la fête:

Le miracle de la lumière.

"Qu'est-ce que 'Hanoukka? Nos maîtres ont enseigné: ce 25 Kislev commencent les jours de 'Hanoukka qui sont au nombre de huit, durant lesquels on ne peut faire ni de lamentations sur les morts ni de jeûne. Car, lorsque les Grecs pénétrèrent dans le Temple, ils rendirent impure toute l'huile sainte qui était dans le sanctuaire. 

<- Représentation "à plat" du Tabernacle - on distingue, sous le "toit", les Tables de la Loi, tout autour les objets du culte, et, au-devant, la Menorah.
Torah du Xème siècle (parchemin enluminé, provenance: Palestine ou Égypte) - Bibliothèque publique de Saint-Petersbourg.

Mais,lorsque la dynastie des Asmonéens s'affermit et vainquit les Grecs, ils ne purent découvrir qu'une seule fiole d'huile qui portait encore le sceau du grand-prêtre. Elle ne pouvait suffire à allumer (la Menorah) qu'un seul jour. Mais il y eut un miracle, et ils purent allumer durant huit jours. L'année suivante, ces jours furent instaurés comme une fête, avec la récitation du Hallel et d'actions de grâce".
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Sans doute la plus ancienne 'hanoukkia actuellement connue: 
en pierre, elle comporte huit alvéoles pour l'huile 
et date du Vème siècle de l'ère courante (Collection Einhorn, Tel-Aviv) 
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Sens de la fête.


• De la Menorah du Temple à la 'hanoukkia.

1- Lorsque les Maccabées - après avoir purifié le Temple - ont voulu allumer la Menorah, ils constatèrent qu'elle avait été volée par les Grecs syriens.
Ils fabriquèrent alors un autre chandelier provisoire.
Mais la Menorah du Temple avait sept branches...
Pourquoi la Menorah en a-t-elle aujourd'hui huit?
Parce que l'interdit de la représentation inclut de façon essentielle l'interdiction de reproduire les objets qui se trouvaient dans le Temple. Les huit jours du miracle ont donc donné naissance à un nouveau candélabre, à huit branches au lieu de sept.

2- Les lampes de 'Hanoukka ne sont pas toujours des chandeliers à huit branches, comme sur les premières photos de la page. Elles présentent, suivant les pays d'origine, une grande diversité; elles peuvent en particulier comporter non pas huit emplacements de bougies - mais huit alvéoles à huile, comme celle présentée ci-contre, d'origine orientale, ou celle présentée en fin de page; ou encore être "mixtes", c'est-à-dire avoir l'aspect de ces dernières, tout en permettant d'y placer des bougies, comme celle-ci (modèle moderne, fabriqué en Israël):

• L'allumage.

1- La lampe ou la bougie qui sert à allumer les lumières de la 'hanoukkia s'appelle le Chamach, "le serviteur"; elle placée sur le côté ou au centre, un peu plus haut ou de façon décalée, pour ne pas la confondre avec la bougie du jour.

2- Pourquoi ne pas allumer les huit lumières (lampes à huile ou bougies) en même temps?
Parce que cette progression introduit l'idée de la nécessité d'une amélioration, d'un renouvellement ininterrompu. Selon le principe qu'énonce l'École de Hillel, "on monte en sainteté, et on ne descend pas".

3- Dans la prière que l'on dit chaque soir après avoir allumé les lumières: "Ces bougies, nous les allumons pour les miracles, le salut et les exploits, les délivrances, les prodiges et les consolations que Tu as réalisés, pour nos ancêtres à leur époque, et de nos jours, par l'intermédiaire de tes saints Prêtres. Et pendant les huit jours de 'Hanoukka, ces bougies Te sont consacrées et nous n'avons pas le droit de nous en servir, mais nous devons uniquement les regarder, afin de rendre hommage à Ton Nom pour Tes miracles, Tes prodiges et Tes délivrances"  il est bien précisé: nous n'avons pas le droit de nous en servir, mais nous devons uniquement les regarder
"Ne pas nous en servir", c'est-à-dire ne pas travailler, ne pas les utiliser comme éclairage, ne rien faire d'autre que "les regarder".
"Les regarder", car ce qu'elles donnent à voir c'est que, pendant toutes les années où les Grecs ont voulu entamer l'âme du peuple juif, quelques-uns avaient su garder, dans un lieu caché, une huile transparente et intacte, prête au service du seul véritable maître, YHWH. Quelques-uns avaient compris que, face aux grands empires qui se disputaient le monde, ils devaient préserver la lumière de la Torah, de la Parole divine,
 נר־לרגלי דברך ואור לנתיבתי׃
"Ta parole est une lampe à mes pieds, 
Et une lumière sur mon sentier" (Ps 119,105).
"Les regarder" pour que, année après année, de génération en génération, le peuple de Dieu soit toujours prêt à dénoncer toutes les idolâtries, et à être אור גוים "la lumière des nations" (Is 42,6).


Quel miracle?

La lecture prophétique prescrite par les Pharisiens pour le shabbat de 'Hanoukka est le chapitre 4 du livre de Zacharie, où l'on trouve la phrase:
לאמר לא בחיל ולא בכח כי אם־ברוחי אמר יהוה צבאות
"Non par la puissance, non par la force, mais par mon Esprit, dit YHWH צבאות tsâbaôt - des armées" (Za 4,6).
L' "autre miracle" de 'Hanoukka n'est pas celui d'une victoire militaire.
Ce n'est pas le combat des Maccabées que les maîtres du Talmud ont retenu pour le célébrer.
Le miracle, c'est que "Dieu a livré les forts aux faibles, les impurs aux purs, le grand nombre au petit nombre, les méchants aux justes, les orgueilleux à ceux que préoccupe sa Loi" (Al'Hassidim, adjonction à la prière quotidienne lors des huit jours de 'Hanoukka).
Le miracle, c'est la victoire de l'Esprit sur la force.


• "Le miracle de 'Hanoukka doit être proclamé".

Ce miracle à publier, ce n'est
- ni la victoire militaire des Asmonéens,
- ni même celui de la fiole d'huile
- ni la ré-inauguration du Temple,
car ce miracle perdure, bien après la destruction du Temple...
Le miracle de la fiole d'huile dit le miracle de la permanence juive au service de la Torah, malgré la profanation ou la destruction du Temple, malgré la diaspora, malgré les persécutions...
Miracle d'une permanence qui s'alimente et se renouvelle à la lumière de la Fidélité à YHWH, de la Foi en YHWH...
Miracle qui doit être annoncé, publié, proclamé, pour qu'arrive le jour où
היה יהוה למלך על־כל־הארץ ביום ההוא יהיה יהוה אחד ושׁמו אחד׃
"YHWH sera roi de toute la terre;
En ce jour-là, YHWH sera le seul Éternel,
Et son Nom sera le seul nom" (Za 14,9)

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